métro Mairie des Lilas
— Depuis les années 1840, Paris est entourée d’une double ligne fortifiée : son enceinte d’abord et, quelque cinq kilomètres plus loin, l’arc pointillé des forts, du nord au sud-ouest et de Saint-Denis à Issy-les-Moulineaux, tandis que les boucles serpentines de la Seine, avec la seule forteresse du Mont Valérien, suffisent à la défense du flanc ouest. Entre ces deux lignes concentriques, la Troisième République placera 5 ou 6 grands cimetières « parisiens », l’assainissement de ses égouts à Clichy, et quatre incinérateurs d’ordures ménagères. Suivront le traitement des eaux, les usines à gaz et les centrales électriques, quelques-uns de ses grands hôpitaux… Le département de la Seine se compose alors de Paris et de 80 communes de banlieues, bien au-delà, donc, des 28 de la première couronne. La capitale y fait la loi, élisant de dix à quatre fois plus de conseillers généraux que la banlieue ; la loi du 10 avril 1935, ne réduisant que peu l’écart, vient de porter leur nombre à 90 pour Paris et 50 pour la Seine-banlieue. Dès 1912, l’Humanité réclamait « la constitution d’une grande commune parisienne s’étendant jusqu’aux limites du département », l’équité électorale et fiscale, l’unification de tous les services publics, depuis les transports jusqu’à l’habitation, en passant par l’eau, le gaz et l’enseignement. À partir de 1925, le quotidien se dote d’une rubrique « Grand Paris ».
En 1928, le conseil général de la Seine décide de la prolongation en banlieue de 15 lignes du métro parisien, mais toujours dans les limites de la première couronne, en deçà de l’anneau des forts : trois aboutiront, en 1934, au Château de Vincennes, à la Mairie d’Issy et au Pont de Sèvres ; quatre, en 1937, à Mairie des Lilas, Pont de Neuilly, Pont de Levallois, Mairie de Montreuil. Se constituera ainsi, loin des revendications de « super-commune » et de « Gouvernement d’agglomération », un « Paris-métro », qui sera plus décisif que n’importe quelle délimitation administrative pour ce qui est de l’augmentation du prix des loyers.
— La non encore station Mairie des Lilas, (elle ne sera inaugurée qu’en février 1937), est le point d’arrivée habituel, on ne sait depuis combien de temps, de Daniel Guérin, la trentaine, tendance Gauche révolutionnaire de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), sur les pas d’un voisin qu’il a suivi au long de la rue de Paris :
« ... Quand il a rejoint son lieu de travail, le chantier de construction de la station de métro Mairie des Lilas, qu'il a dénudé ses bras gonflés, saisi la large pelle, commencé à s'humecter de sueur, je fais demi-tour (…) Je n'oserai échanger deux mots brefs avec lui qu'au cours des journées révolutionnaires de Juin 36, lorsque les gars du bâtiment occuperont les chantiers du métro et que j'aurai — enfin ! — une raison plausible de leur rendre, et de lui rendre, visite en tant que délégué syndical, avec à la manche un brassard rouge. »
Madame Guérin donnera naissance peu après, le 22 août, à leur fille Anne. Lui travaille de nuit comme correcteur d’imprimerie, elle, dans une banque, en journée, ce qui lui laisse tout loisir pour ses filatures, dont il ne livrera le récit que bien longtemps après.
Daniel Guérin siège au Comité directeur de la Gauche révolutionnaire et au Conseil administratif du Populaire ; il est responsable du Comité de propagande et d’action syndicale des Lilas où se retrouvent ses camarades de la section socialiste mais aussi des militants de l’UA (Union anarchiste) et de la JAC (Jeunesse anarchiste communiste) ; le mouvement social l’enthousiasme. Il est également adhérent du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA).
En mai-juin 36, le Comité local de propagande et d'action syndicale tient une permanence, ouverte toute la journée, à la salle du sous-sol de la mairie et lance, dans le Populaire, un pressant appel à la solidarité : à la différence de toutes les communes voisines, la municipalité du radical-socialiste Eugène Decros, industriel marbrier du parti radical-socialiste, constamment réélu depuis plus de trente ans, ne fait rien pour le ravitaillement des boîtes en grève, que le comité doit assurer par ses propres moyens.
En septembre 36, en tant que secrétaire du Comité intersyndical des Lilas, Daniel Guérin envoie un pneumatique à l’Etoile Nord-Africaine pour lui signaler que des émissaires du service de la police spéciale de la rue Lecomte, qui contrôle alors l’émigration algérienne, incitent les travailleurs algériens à se désolidariser de leurs camarades en grève qui occupent une usine. Un délégué de l’Etoile vient aussitôt haranguer, en arabe dialectal, les grévistes nord-africains et les exhorte, avec succès, à continuer la grève.
Daniel Guérin quitte le Comité de propagande et d’action syndicale à la fin de novembre 1937 : il ne supporte plus « l’entreprise de colonisation » par les « staliniens » de ce qu’il avait vécu comme « un petit soviet », ni leur « duplicité ».
bd de la Liberté
— Le 24 avril 1925 à l’aube, la police perquisitionne ici, au 44 boulevard de la Liberté, le domicile de Suzanne Girault et de son compagnon François (Gabriel) Sauvage. Lui est secrétaire à l’organisation de la Section française de l’Internationale communiste (SFIC), secrétariat créé l’année précédente, année de la “bolchévisation” du parti. « L’Amazone rouge », comme l’appelle la grande presse, était professeur de français à Odessa depuis une quinzaine d’années quand avait éclaté la révolution russe : elle s’était ralliée au communisme, avait été interprète au 2ème congrès de l’Internationale, en 1920. Rentrée en France, elle avait été élue au Bureau Politique du Parti communiste SFIC dès 1923, et elle allait être la dirigeante de fait du parti, en duo avec Albert Treint, de l’été 1924 à la fin 1925.
La veille au soir, 23 avril, lors d’une réunion électorale à laquelle ils avaient apporté la contradiction, les communistes avaient accueilli des renforts envoyés par les Jeunesses patriotes à coups de revolver : ils en avaient tué trois et blessé mortellement un quatrième. Albert Treint expliquera dans l’Humanité du surlendemain que « Le fascisme a voulu la bataille préparée par lui contre les communistes. Il l'a eue. (…) Il faut que les « Chemises noires » de France sachent bien que le prolétariat se défendra, que le Parti communiste sera à sa tête et que la règle du jeu n'exige nullement, bien au contraire, que les pertes soient du côté de la classe ouvrière ! »
Au procès d’assises des deux militants communistes arrêtés rue Damrémont (18ème arr.), un an plus tard, parmi une foule de personnalités venues témoigner, Victor Basch, président de la Ligue des Droits de l’Homme, déclarera que « Les crimes des réactionnaires expliquent, je ne dis pas excusent, le crime qu'on juge en ce moment ». Jean Piot, rédacteur en chef de l’Œuvre, trois fois blessé en 14-18, Croix de guerre, etc., dira que « si ces hommes ont tiré, ils ont tiré sur le fascisme ». L’un des accusés est déclaré innocent par le jury, l’autre, jugé coupable d’un meurtre et de trois tentatives, mais au bénéfice des circonstances atténuantes et avec l’excuse de la provocation, n’est condamné qu’à 3 ans.
La fouille de l’appartement de Suzanne Girault, motivée par l’affaire de la rue Damrémont, permet à la police de saisir la comptabilité de « l’or de Moscou » : les trente mille dollars, soit six cent mille francs de l’époque, qu’elle est chargée de répartir entre les sections européennes de l’Internationale communiste.
En 1927, elle sera condamnée, avec Pierre Sémard (alors secrétaire général du Parti communiste, mais uniquement tourné vers la direction de la CGT Unitaire), à 13 mois de prison pour des propos de meeting, qualifiés de propagande antimilitariste, tenus à Tours en juin 1925, pendant la guerre du Rif. Exclue du PC au début de 1928, en même temps que Treint, parce que proche de l’opposition Zinoviev-Trotski, elle y est réintégrée en juin 1930.
par la rue Léon Renault, on arrive face à la Cité Jardins
— Une Commission de l’Extension de Paris, au Conseil général de la Seine, préconisait dès 1911 de substituer, au « réseau militaire » de l’enceinte et des forts, un « réseau sanitaire » de terrains de jeux et de parcs. Sur cette base, un concours lancé après la guerre de 14-18, avait proposé une rocade paysagée reliant la ligne des défenses avancées et, aux Lilas, la création d’une cité-jardin au pied du fort de Romainville. L’Office public d'habitations à bon marché de la Seine en avait lancé les travaux en 1919. Cette cité, faite pour durer quinze ans au maximum, et construite de parpaings de mâchefer, s’était vu adjoindre, en 1930-1931, des immeubles collectifs de deux étages, en brique enduite de mortier de chaux, teints de jaune moutarde, aux toits de tuile très pentus, dans l’angle de la rue de Paris et de la rue des Sablons. Autour d’une place des Myosotis et d’une allée des Hortensias, de nombreux arbres, vestiges de l’ancien bois de Romainville, l’ombragent encore. Nous y retrouvons Daniel Guérin.
Ce diplômé de Sciences Po, issu d’une grande famille bourgeoise libérale et dreyfusarde, avait publié début 1929 chez Albin Michel, La Vie selon la chair, dont la couverture s’ornait de ce bandeau : « Soyons francs, c'est bien moins notre cœur qui appelle que notre chair qui crie. » Selon le compte-rendu que Lucien Peyrin en donne dans l’Homme libre, le quotidien de Georges Clémenceau, on y suit un Hubert Jasmier « que la solitude, l'ennui, une timidité maladive ont fini par faire dévier de la normale (...) et qui dispute à Hélène la chair de son nouvel amant, le bel athlète Georges » Dès l’année suivante, Daniel Guérin avait renié ses écrits littéraires, choisi de devenir correcteur d'imprimerie, de loger à Belleville, et commencé de militer avec les syndicalistes révolutionnaires de la revue La Révolution prolétarienne, fondée par Pierre Monatte.
En août-septembre 1932, avec un camarade, il parcourait à pied, sac au dos et d’une auberge de jeunesse à l’autre, l’Allemagne de Kehl à Berlin en passant par Hambourg et Leipzig. Il en partageait le récit dans quatre numéros de Monde, l’hebdomadaire d’Henri Barbusse, deux mois plus tard. À la fin du printemps de 1933, il y repartait pour cinq semaines, à vélo cette fois. Ses reportages, publiés dans le Populaire durant l’été, seraient réunis ensuite en une brochure de 64 pages à la Librairie du Travail.
En 1945, André Guérin dédiera une réédition de ces deux voyages, sous le titre de La Peste brune a passé par là, à Arno Barr, militant communiste de Leipzig, qui l’avait « aidé à rédiger » le texte. Avait-il connu le jeune Allemand, de huit ans son cadet, donc 20 ans en 1932 (et lui 28), lors de son premier voyage ? On ne possède quelques renseignements sur Arno Barr que grâce aux recherches menées en 2024 par les Archives départementales de Lot-et-Garonne et le Lycée Jean-Baptiste de Baudre, successeur de l’École pratique de commerce et d’industrie d’Agen. Arno Barr y fut inscrit le 31 octobre 1934, avec quatorze autres jeunes réfugiés juifs allemands, par le Comité agriculture et artisanat, pour se former en vue de son départ vers la Palestine mandataire « vers laquelle il part[irait] probablement pendant l'été 1935. » On y lit qu’Arno, sixième des sept enfants d’un cordonnier d’origine ukrainienne et d’une mère d’origine polonaise, était arrivé à Paris le 1er avril 1933 (soit un mois avant le départ de Daniel Guérin pour son second voyage allemand), puis « pris en charge par le Comité national de secours aux réfugiés allemands victimes de l'antisémitisme », (ce qui ne put avoir lieu avant juillet 1933, le comité n’ayant été créé qu’à cette date.) Le feuilleton de « La peste brune a passé par là... » s’était étalé en Une du Populaire du 25 juin - (Guérin était rentré d’Allemagne plus de quinze jours auparavant) - au 13 juillet. Arno était présent à Paris à cette période, comme encore quand Daniel Guérin avait entrepris, dès les lendemains du 6 février 1934, dira-t-il, la rédaction de Fascisme et grand capital. Il s’agissait maintenant d’élucider les causes de la victoire du nazisme dont il avait observé de visu les débuts.
À l’automne 1934, alors qu’Arno part pour l’École pratique de commerce et d’industrie d’Agen, Daniel Guérin et Marie Fortwangler, ex militante des JC autrichiennes réfugiée en France, qui se sont mariés un mois plus tôt, s’installent Cité Jardins.
Depuis la construction des premières maisons de la Cité Jardin, environ cinq mille nouveaux habitants sont arrivés aux Lilas, qui en comptent maintenant pas loin de 20 000, souvent des Italiens et des Espagnols. Est-ce le cas du voisin de Daniel Guérin ? « Je n'en suis pas moins troublé, de jour, commençait le récit dont nous avons lu précédemment la fin, par un proche voisin, un jeune et grand gars du bâtiment. Il arpente majestueusement la rue de Paris, aux Lilas, le torse puissant, toujours ceint de noir : en hiver, paletot de cuir, en été, veste de satin. Ses cuisses noueuses se meuvent dans un pantalon bouffant, en velours à côtes, large à mi-hauteur, étroit aux chevilles, et serré à la taille par une large ceinture de cuir patiné par l'usage. Il marche vite, grâce à ses longues guibolles, mais d'un pas dansant et tranquille, très droit, roulant des épaules et fendant l'air avec la visière batailleuse de sa casquette. Seul à la maison, je passe de longues heures à rédiger un livre sur le fascisme... » Ce livre, c’est Fascisme et grand capital, qui paraîtra à la N.R.F. en septembre 1936. Anne, la fille de Daniel et Marie sera née auparavant, le 22 août.
À la mi-octobre 1936, Arno est parti combattre en Espagne dans les Brigades internationales. Depuis la Palestine ? (Ils seront quelque 300 volontaires juifs à le faire.) Depuis la France qu’il aurait regagnée entretemps ? « Il est tombé devant Madrid à la fin de 1936, rapporte Daniel Guérin dans sa préface de 1945. “Madrid sera le tombeau du fascisme”, m’avait-il écrit quelques jours plus tôt. Il ne s’est trompé que sur la date et le lieu. (...) Demeure en paix, Arno. »
on va au bout de l’allée des Myosotis, contre la grille arrière du lycée Paul Robert, le n° 187 de la Cité Jardin ayant été emporté avec deux ou trois autres par la construction du lycée
— Le « 187 Cité-Jardin », un bâtiment parallèle à la rue des Sablons, le plus au nord de la cité, s’est vu recouvrir par le lycée inauguré en mars 1994, œuvre de Roger Taillibert, architecte entre autres du Parc des princes (1972) et du stade olympique de Montréal (1976). “Architecture contemporaine remarquable”.
Alfred Rosmer et son épouse, Marguerite Thévenet, habitent là. Alfred Rosmer, fils d’un ouvrier réfugié aux U.S.A. après la Commune, libertaire puis syndicaliste révolutionnaire avant 1914, collaborateur de La Vie Ouvrière de Pierre Monatte, a été l’un des rares militants ouvriers français à refuser l’Union Sacrée et à tisonner le feu sacré du petit noyau internationaliste qui continuait à se réunir à Librairie du Travail du quai de Jemmapes durant la première guerre impérialiste mondiale. L’un des fondateurs du Parti communiste, délégué au deuxième congrès du Komintern, à Moscou, il y a croisé Suzanne Girault qui, comme on l’a vu, habite maintenant à quatre pas de chez eux, boulevard de la Liberté. De retour en France après plus de deux années en URSS, il sera membre du BP du parti communiste SFIC avant d’en être exclu en octobre 1924, en même temps que Pierre Monatte, pour y avoir fait circuler le « testament de Lénine ». Ils fonderont ensemble, en janvier 1925, la Révolution prolétarienne. En 1936, au 187 Cité Jardins, il est en train de relire Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale dont le premier tome doit paraître à la Librairie du Travail.
À l’été 1939, Marguerite Thévenet réussira à retrouver le petit-fils de Trotski, Vsevolod (Sieva) Volkov, qu’elle ramène Cité Jardins. Sieva est né le 7 mars 1926 à Yalta, de Zinaïda, fille aînée de Léon Trotski et d’Alexandra Sokolovskaïa, et de Platon Ivanovich Volkov, membre de l’Opposition de gauche. Sa mère s’est suicidée en janvier 1933 (Trotski étant déjà exilé en Turquie depuis 4 ans), son père a disparu l’année suivante, certainement « épuré ». L’orphelin a pu vivre un temps avec son demi-oncle, Léon Sedov, fils du second mariage de Trotski, mort probablement assassiné en février 1938. C’est en partant de la Cité Jardin que les Rosmer accompagneront Sieva à Coyoacan (Mexico) auprès de son grand-père, dans son nouvel exil.
par l’allée des Hortensias, le long du lycée, puis l’av. Paul de Kock, on descend jusqu’au Théâtre du Garde-Chasse
— Aujourd’hui théâtre, cinéma, scène de concerts et de spectacles, cette salle des Fêtes imitant le Petit Trianon de Versailles, ornée d’un plafond peint à la Tiepolo, était à sa construction, en 1902, « la plus vaste de la couronne parisienne ».
En janvier 1932, l’Humanité, sous ce titre : « Les radicaux des Lilas entassent les écoliers dans un sous-sol près d’une chaufferie ! », explique que 4 classes de garçons viennent d’être aménagées dans le sous-sol de la salle des Fêtes où règne une température suffocante. Alors que « la municipalité possède aux confins de la ville une cité-jardins dont les modestes pavillons sont réservés aux familles nombreuses. 700 habitants y forment en réalité un nouveau quartier qui est encore appelé à s’étendre [avec la construction des petits immeubles jaunes où habiteront les Guérin et les Rosmer]. L’espace y est large. C’est bien là qu’aurait dû être édifié un vaste groupe scolaire pour filles, garçons et maternelle. » Au lieu de quoi, etc.
C’est dans cette même salle des Fêtes que, le 15 février 1936, le comité radical et radical-socialiste célèbrera les 40 ans de mandat municipal d’Eugène Decros par une cérémonie terminée par un « brillant concert ».
En mai 1945, la Résistance désignera à la mairie des Lilas, Daniel Georges, frère aîné de Pierre Georges, dit colonel Fabien. Le 3 octobre, se tiendra à la salle des Fêtes un grand meeting réunissant Jacques Duclos, secrétaire du PCF, Charles Tillon, ministre de l’Air, et Fernand Grenier, député communiste de Saint-Denis, dans la perspective des élections à venir, moins de trois semaines plus tard, pour l’assemblée constituante. Le PC, avec 151 députés, y constituera le premier groupe, devant le MRP, 150, et les socialistes, 139.
L’intérieur de la salle des Fêtes est protégé au titre des monuments historiques en totalité.
on remonte par l’av. Waldeck-Rousseau
— Le Rond-point est la première partie du bois de Romainville défrichée et lotie au long de ses allées cavalières disposées en étoile. Le square Georges Gay s’y étend à l’arrière du Centre culturel d'Anglemont (Jean Cocteau), installé dans un ancien hôtel particulier du milieu du XIXe siècle, puis institution de jeunes filles où Régine, la reine de la nuit des années 1950 à 1990 fut élève. À l’extrémité de la bibliothèque André Malraux, qui fait un angle droit avec le centre culturel, on jouit d’une vaste vue sur une partie de Paris et de la banlieue, où l’on distingue, par exemple, à Bobigny, le beffroi de l’ancienne imprimerie du journal l’Illustration, construite en 1933, réhabilitée pour accueillir l’IUT de l’Université Paris XIII.
par les rues Ch. Bernard, Henri Barbusse à g., Jean Duda à dr., de la Convention en tournant autour du cimetière des Lilas, l’av. Faidherbe, puis le passage du Trou Morin à dr., qui traverse la limite communale, on entre au Pré-Saint-Gervais. On débouche, av. Ed. Vaillant, sur la cité-jardins Henri Sellier
— C'est le terrain, soit le Trou Morin que rappelle le nom du passage, une dépression de 20 m de profondeur et en déclivité entre 113 m d’altitude au sud et 70 m au nord, dépression remblayée par les gravats des travaux de la ligne 7 du métro, qui a imposé le type de bâti : pavillons sur ses parties les moins solides, immeubles sur les plus résistantes. La cité, qui avec plus de 1200 logements et 56 pavillons, s’étend sur les communes du Pré-Saint-Gervais et de Pantin, est l'œuvre de Félix Dumail pour l'Office public d'habitations à bon marché de la Seine dirigé par Henri Sellier, entre 1927 et 1954. Pour le même OPHBMS, Dumail agrandira la cité-jardins de Suresnes, (ville dont Sellier est le maire), entre 1938 et 1956. Entretemps, autour de 1930, il aura dessiné les sièges de Saïgon et d’Hanoï de la Banque d’Indochine, aussi bien que le groupe scolaire Jean-Jaurès, de 1930 à 1935, face à l’un des porches monumentaux de la cité-jardin du Pré-Saint-Gervais. La cité-jardin ne bénéficie, et seulement sa partie située sur le territoire du Pré-Saint-Gervais, que d'une protection au titre des sites pittoresques.
on descend l’av. Ed. Vaillant jusqu’à la place Séverine
Au sud de la place Séverine, où sont concentrés les commerces, un cordon de logements rouge brique entoure le stade aujourd’hui Léo Lagrange ; au nord, un cordon du même type est doublé par un cordon parallèle de pavillons autour du square Henri Sellier.
— 1, place Séverine (qui ne porte pas alors le nom de la collaboratrice de Jules Vallès au Cri du Peuple, qui deviendrait la directrice du quotidien à la mort de celui-ci.) Séverine (1855-1929), militante libertaire, avait en 1913 témoigné en faveur de Victor Serge, accusé à tort dans le procès de la Bande à Bonnot. À la mi-mai 1937, Victor Serge, tiré à 47 ans des griffes de Staline par la mobilisation d’intellectuels français, trouve un point de chute dans la cité-jardin où vit déjà Rirette Maîtrejean, sa compagne du temps de leur collaboration à l’anarchie et de leur implication dans le procès de la Bande à Bonnot, qui avait valu à Serge cinq ans de prison à la Santé. Passé en URSS en 1919, Serge avait été du 2ème congrès de l’IC, collaborateur de Zinoviev, puis membre de l’Opposition de gauche de Trotski ; exclu du PCUS en 1928, il avait été déporté dans l’Oural.
Rirette Maîtrejean avait quitté Belleville pour la cité HBM du Pré-Saint-Gervais au début des années 1930 ; elle y vivait avec Maurice Merle, syndicaliste des usines Renault, et avait collaboré à La Revue anarchiste, comme Léo Malet, jusqu’à la fin de sa parution en juin 1936. Ses deux filles, Henriette et Sarah, vivent elles-aussi dans la cité.
Fin février 1938, Victor Serge part d’ici pour se rendre à l’enterrement de Léon Sedov, fils de Léon Trotski et de Natalia Sedova :
« Un jour faiblement ensoleillé, au cimetière du Père-Lachaise. Quelques drapeaux rouges – des drapeaux de groupes pauvres, sans pointes en cuivre, – portés par des jeunes gens en chemise grise. Peu de monde, peut-être un millier de personnes, sur qui planent des voix grêles chantant un hymne aux morts, traduit du russe, celui que je préfère parce qu’il contient cet engagement :
Nous tomberons comme toi — pour la cause ouvrière…
Des visages de vieux socialistes russes et de jeunes trotskistes français. Des visages des premiers congrès de Moscou et des récentes émeutes de Barcelone. Des voix qui parlent de la prison de Moabit [à Berlin], une jeune femme qui raconte les bombardements (et les prisons, hélas !) de Madrid. Le vieux Pfemfert qui, pendant vingt ans, maintint, avec Die Aktion, la pensée syndicaliste libertaire en Allemagne. On arrive devant un caveau provisoire : des mains soulèvent au-dessus des têtes un cercueil en bois blanc recouvert d’un drapeau rouge soviétique. Poings tendus, cœurs serrés, Internationale – et naturellement le couplet interdit :
…ils sauront bientôt que nos balles sont pour nos propres généraux… »
D’emblée actif dans le « Comité de défense de la révolution espagnole », avec Magdeleine Paz, Henri Poulaille, Marceau Pivert, Victor Margueritte, c’est dans son appartement du 1, place Séverine, que se tient, à la mi-février 1939, la première réunion exécutive du POUM en exil qui réunit Juan Andrade, Julian Gorkin et six autres camarades.
C’est au Pré-Saint-Gervais que Serge termine S’il est minuit dans le siècle, qu’il publiera à l’automne chez Grasset, et qui s’ouvre sur cette dédicace :
« À la mémoire
Kurt Landau, Andrés Nin, Erwin Wolf, disparus à Barcelone et dont on nous a ravi la mort même,
à Joaquin Maurin, dans une prison d’Espagne,
à Juan Andrade, Julian Gorkin, Katia Landau, Olga Nin, et à travers eux à tous ceux dont ils incarnent la vaillance,
je dédie les messages de leurs frères de Russie. »
Dans le Populaire du 25 novembre, la « Tribune des femmes socialistes » rend compte de ce roman des grands procès de Moscou et des purges staliniennes, pour affirmer que « le socialisme de Victor Serge, membre de notre Parti, c’est le nôtre, c’est le socialisme démocratique. ».
Victor Serge quitte le Pré le 10 juin 1940 : « Dernières images de Paris : du haut de la porte des Lilas, la banlieue couverte d’une étrange brume bleuâtre, gaz ou fumée suspecte, qui monte vers Belleville et Montmartre. On dit que les réservoirs d’essence de Rouen brûlent. »
on descend l’av. Jean-Jaures jusqu’au groupe scolaire
— Groupe scolaire Jean-Jaurès 34 av. Jean-Jaurès ; 1931, Dumail. À son ouverture, cette école était très novatrice, tant pour ses qualités architecturales que par ses réponses aux réflexions menées par les hygiénistes sur les bienfaits de l'air et de la lumière. Les deux bâtiments de classes orientés est-ouest peuvent recevoir le soleil matin et soir. Ils sont reliés par un élégant volume d'entrée, et sont flanqués de grandes cages d'escaliers en pavés de verre aux deux extrémités. À l'origine les toitures terrasses étaient utilisées comme solarium et pour la gymnastique de plein air. Protégé au titre des monuments historiques, y compris le sol des cours.
on pénètre, en face, ds la cité-jardin, dont on fera le tour intérieur ds sens antihoraire
— Terrain acquis en 1924 ; construction années 1930. Elle est composée d'une double enceinte de bâtiments, collectifs à l'extérieur et individuels à l'intérieur, organisés autour du square. 74 maisons individuelles, en bande, aux formes géométriques épurées et revêtues de crépi sont envahies par la végétation. Très modernes dans leurs formes et dotées d'ateliers d'artistes, elles présentent une simplicité qui fait leur originalité. Elles jouent une grande part dans l'identité de la cité et sont toutes dotées d'un double jardin privatif, d'ornement à l'avant et potager à l'arrière. Les haies, taillées uniformément par l'Office départemental de HLM, bailleur actuel, forment un ruban vert unificateur.
on sort par la rue Jacquemin, on remonte la rue Auffret pour prendre l’av. Thalie ; on est maintenant à Pantin
— La cité-jardin des Auteurs, dernière tranche de la cité-jardins projetée dès l'origine par Félix Dumail, a été retardée par la guerre et vu le jour entre 1947 et 1952. Les façades lisses de mignonnette de ses 228 logements ne sont rompues que par les rebords de fenêtre, à la différence des bâtiments contemporains de Denis Honegger, que l’on verra plus loin à Pantin, quadrillés par leur ossature de béton bien apparente et des encadrements de fenêtres en saillie.
rue Marcelle à g., rue de Candale à g., rue des Pommiers à g.
— Au pied du coteau et de la cité des Auteurs, la cité-jardin des Pommiers adossée à la colline en 1932-1933, au coin de la rue éponyme et de la rue Jules-Auffret, a été conçue par l'architecte Félix Dumail pour l'Office public d'HBM de la Seine, comme sa voisine du Pré-Saint-Gervais, dont cette partie pantinoise est la plus monumentale. Ses 320 logements ont été réhabilités en 1998.
rue Jules Auffret, rue Kléber
— Le 2 juillet 1933, le Populaire donne « Rendez-vous à 13h45 à la mairie de Pantin pour les camarades désirant assister à l’inauguration du stade Charles Auray [que l’on a devant les yeux], et à la présentation gymnique faite par 1 500 enfants des écoles de la ville. » Charles Auray est coprésident, depuis 1923, de l’USSGT, la branche socialiste du sport ouvrier, lequel s’est scindé comme toutes les organisations des travailleurs entre socialistes et communistes. Il le restera jusqu’en 1934.
L’inauguration du stade a lieu quinze jours avant le XXXe Congrès du parti socialiste S.F.I.O., au cours duquel Barthélémy Montagnon, Adrien Marquet et Marcel Déat prononceront des discours qu’ils publieront ensuite sous ce titre : Néo-socialisme ? : ordre, autorité, nation. Le 16 juillet, Léon Blum avait interrompu Marquet, l’auteur de la formule, par ces mots : « Je suis épouvanté ! » Les néos seront exclus de la SFIO en novembre et, pour une partie d’entre eux, fonderont le Parti socialiste de France (PSdF) ; Charles Auray en sera le secrétaire général de la Fédération de la Seine.
Socialiste depuis 1905, le comptable Charles Auray a été élu maire de Pantin en 1919, en même temps qu’Henri Sellier à Suresnes, André Morizet à Boulogne-Billancourt et Louis Rouquier à Levallois, lors de municipales où SFIO et apparentés ont gagné 24 villes de la Seine Banlieue. Auray a choisi le PC au Congrès de Tours, l’a quitté au tournant 1922-23, quand les francs-maçons en ont été exclus (Il sera permanent du Grand Orient, son secrétaire général et bibliothécaire.)
Aux législatives du 11 mai 1924, Auray sera élu député de la Seine (4ème secteur, celui de la Banlieue), sous l’étiquette « communiste unitaire », sur la liste du Cartel des gauches et des intérêts de la banlieue, conduite par Pierre Laval, « républicain socialiste ». Il s'inscrira au groupe socialiste, sera chargé de rapporter la loi sur les lotissements défectueux (1925). Il sera élu sénateur de la Seine trois ans plus tard, le 9 janvier 1927, sur une liste SFIO, (Laval l’étant cette fois sur la liste dite du Référendum en tant que « socialiste indépendant »), et réélu aux sénatoriale du 20 octobre 1935, comme candidat du Parti socialiste de France (PSdF), sur la liste du Front populaire où un siège a été réservé à ce que l’on englobe sous l’étiquette de néosocialistes.
La tribune du stade Charles-Auray, (1959-1965), dessinée par Jacques Kalisz et Jean Perrottet, bénéficie du label “Architecture contemporaine remarquable”.
rue de Candale, rue Méhul à dr.
— C’est à la ville de Paris, et au ministère de la Guerre, que Pantin a dû louer, puis racheter en 1928, le parc de la Seigneurie du plateau de Romainville, et sept hectares et demi de la zone inconstructible ceignant le fort. Il était prévu d’y bâtir des HBM, des terrains de sport municipaux (on vient de voir le stade), une maison de la jeunesse et une école de plein-air, (ce que, en prévention de la tuberculose, on appelle alors un préventorium) pour 320 enfants.
— Les HBM, (on vient de les contourner sous leur étiquette HLM et leur construction d’après-guerre : une tour et une barre reliées par des commerces), seront l’œuvre de Denis Honegger, un élève d’Auguste Perret. Les 135 logements, réalisés entre 1953 et 1955, ont des caractéristiques, (panneaux d’un béton dans lequel sont pris de minuscules galets, qu’on appelle “mignonnette” ; claustras croisillonnés aérant les cages d’escalier), communes à l’architecte du Havre et à son disciple, qu’on retrouvera à Pantin dans le programme plus vaste du quartier de l’Église.
L’école de plein-air existait depuis 1923 sous toile et n’était ouverte que durant les 7 ou 8 mois les plus cléments de l’année. L’architecte Florent Nanquette (architecte communal de Montreuil, auteur, en 1935, de la mairie monumentale de cette commune), lui donna dix ans plus tard ses bâtiments placés sous le signe de l’air et du soleil, orienté au sud pour le jardin comme pour les classes, toutes ouvertes de plain-pied sur l’extérieur par de grandes baies vitrées. Sur la salle de jeux en rotonde, qui fait le petit bras central du plan en E, le toit terrasse sert de solarium.
Nanquette réalisa la même année les 121 HBM “améliorées”, symétriques des HLM d’Honegger, de l’autre côté de l’école.
L’école de plein-air de Charles Auray aura coûté 6 millions de francs, deux fois plus cher que celles de Roubaix, ouverte dès 1921, ou celle de Lille, inaugurée en 1931. Mais le maire de la première, Jean-Baptiste Lebas, comme celui de la seconde, Roger Salengro, qui seront l’un ministre du Travail, l’autre de l’Intérieur dans le gouvernement Blum, sont des figures de l’hostilité au néosocialisme dont Auray est le représentant à Pantin.
L’école est à l’inventaire sup. des monuments historiques.
retour rue de Candale
— 1, rue de Candale, Hélène Brion, institutrice à l’école maternelle, a eu ici son logement de fonction. Élue au comité confédéral de la fédération des instituteurs CGT dès 1912, elle en est devenue la secrétaire générale par intérim après la mobilisation. La police l’a empêchée de se rendre à la conférence pacifiste de Zimmerwald en 1915 ; elle a écrit à Merrheim, le secrétaire de la fédération des métaux, qui s’y rend : « Nous qui n’avons rien pu pour empêcher la guerre puisque nous ne possédons aucun droit civil ni politique, nous sommes de cœur avec vous pour en vouloir la fin. »
Hélène Brion ne pourra pas plus se rendre à la conférence de Kiental. Elle sera traînée devant un Conseil de guerre, au printemps 1918, pour propagande défaitiste. Séverine y témoignera pour elle : « Je me suis livrée à une enquête sur Hélène Brion. (...) elle m’a rappelé beaucoup une autre femme que j’ai connue et qui a été très calomniée aussi, (...) c’était Louise Michel. » Hélène Brion pointera haut et fort devant la justice militaire cette absurdité patriarcale : Je comparais ici même inculpée d’un délit politique : or, je suis dépouillée de tous les droits politiques. Elle écopera de 3 ans de prison avec sursis, et sera révoquée de l’Éducation nationale dont elle était déjà suspendue depuis l’été 1917.
Adhérente du PC SFIC, elle séjourne à Moscou en 1920-1921, y retourne en 1922, s’y lie d’amitié avec Angelica Balabanoff qui avait été l’une des principales organisatrices de la conférence de Zimmerwald et est maintenant secrétaire de l'Internationale communiste. Solidaire de Pierre Monatte et Alfred Rosmer, elle quitte le PC peu après leur exclusion ; elle se voit, dans le même temps, réintégrée dans l’éducation nationale par le Cartel des gauches. À sa retraite, au terme de l’année scolaire 1937-38, elle habitait toujours au 1 rue de Candale et partageait son appartement avec Marguerite Othon, une enseignante syndicaliste de vingt-quatre ans sa cadette. Les deux femmes y avaient reçu ensemble Angelica Balabanoff qui, à Paris entre 1927 et 1935, dirigeait l’Avanti des socialistes maximalistes italiens en exil, et faisait la liaison avec le Bureau international des partis socialistes révolutionnaires qui s’essayait à fonder une nouvelle internationale entre la SFIO et la SFIC.
rue Ch. Auray, av. du 8 Mai 1945 à g.,
— L’opération de démolition-reconstruction du vieux village de Pantin aux maisons insalubres, pilotée par le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU), créé en 1944, fut confiée à Denis Honegger. Dans cette cité HLM de plus de 400 logements, dont les travaux débutent en 1953, on retrouve en trois fois plus grand, les carrés de béton préfabriqués et toutes les caractéristiques de sa manière déjà vues au carrefour Candale/Méhul. “Architecture contemporaine remarquable”
rue Jules Auffret à dr., avenue Jean Lolive à g.
— La salle du 104 de l’alors rue de Paris, construite en 1886 pour abriter la justice de paix, sera transformée deux ans plus tard en salle des Fêtes et, un siècle après en cinéma municipal, Le 104.
Les 1er et 2 novembre 1935, se tient à la salle des Fêtes le 4ème (et dernier) congrès du PSdF, dont Marcel Déat, député du XXe arrondissement de Paris, est le secrétaire général. C’est celui de son auto-dissolution pour préparer l’union du surlendemain, dans cette même salle, avec le vieux Parti républicain-socialiste, né en 1905 du refus de la fusion des différents courants socialistes dans la SFIO, et avec le Parti socialiste français, dissidence droitière de la SFIO en mars 1920, avant donc le Congrès de Tours. Ces deux partis-là avaient déjà fusionné en 1926 avant de se séparer à nouveau deux ans plus tard. Le 4 novembre se crée donc une Union socialiste et républicaine, avec pour président Joseph Paul-Boncour, qui a été ces dernières années, ministre de la Guerre puis des Affaires étrangères, et même président du Conseil durant un mois et demi, et pour secrétaire général Marcel Déat. Le nouveau parti se dote d’un périodique, Le Front, sous-titré « socialiste – républicain – français », dont Marcel Déat est le directeur politique. La séance plénière du congrès de fusion, l’après-midi, est présidée par Charles Auray.
L’Union socialiste s’inscrit dans le Front populaire, comme déjà le PSdF ; elle affirmera même en avoir été le précurseur. Aussi dans cette même salle des Fêtes, verra-t-on le 8 novembre 1935, une « très belle réunion du Front populaire », où se presseront plus de 1 200 personnes, sous la présidence de Charles Auray et d’Eugène Hénaff, membre du Bureau confédéral de la CGTU, avec Marcel Gitton, membre du BP du Parti communiste, et Marcel Déat pour l’Union socialiste et républicaine.
Des trois néos réunis sous la bannière ordre, autorité, nation, Marquet sera ministre de l’Intérieur sous Pétain jusqu'au 6 septembre 1940, Déat et Montagnon se retrouveront dans le Rassemblement national populaire, fondé par Déat en février 1941, et qui sera, dans la collaboration avec l'Allemagne nazie, sur un pied d’égalité avec le Parti populaire français de Jacques Doriot, (créé dès juin 1936), l'un et l’autre comptant de 20 à 30 000 membres. Charles Auray était mort en cours de mandat en janvier 1938 ; lui avait succédé son adjoint, Henri Labeyrie, tout aussi néo PSdF de 1933, et franc-maçon, qui sera malgré ce dernier point, maintenu à la mairie par Vichy jusqu’en 1944.
retour sur ses pas pour prendre la rue Delizy, à g., et le pont qui la prolonge
— À l’Est, le canal de l’Ourcq s’élargit en un port que la ville de Paris, propriétaire du canal comme de ses berges, a fait creuser au printemps 1929 pour l’accueil des péniches de gros tonnage en provenance de Rouen, via la Seine, le canal Saint-Denis et le rond-point des Canaux de la Villette. C’est aussi la capitale qui donne en concession quatre hectares de plancher d’entrepôts à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris. Sur la rive gauche, le bâtiment dit « anciens Magasins Généraux » ouvre ses portes en 1931, emmagasinant farine, céréales, papiers et tissus jusqu’à sa désaffection en 1950. Ses 20 000 m2 de béton armé ont été un haut lieu du Street-art dans les années 2000. En 2016, il a accueilli l’agence de publicité BETC.
sur la rive d’en face :
— De 1910 à sa faillite de fin 1935, on trouve à cette adresse la fabrique de parquets en tous genres de Fender, adjudicataire, par exemple, des parquets de l’hôtel des Postes de Saint-Germain-en-Laye en 1912, ou du « parquet en chêne 1er choix » de la nouvelle mairie de Lille en 1927. Un “correspondant ouvrier” (un “rabcor”, abréviation du russe rabochiy korrespondent), de l’Humanité décrit la boîte, en 1930, comme « un véritable bagne, où les [200] copains travaillent comme des bêtes du matin au soir et pour des salaires de famine variant de 5 francs à 5 fr. 45 maximum et sont traités comme des chiens par leurs chefs. » C’est un ancien entrepôt utilisé au stockage du riz, quand la ville de Pantin le rachète en 2023 pour y loger les Théâtres du fil de l’eau, (théâtre, danse, cirque, marionnettes, humour) qui offrent maintenant 218 places.
on revient sur le chemin de halage que l’on prend vers l’ouest
— La construction d'un centre administratif, doté dans le projet d’un beffroi, et regroupant quantité de services en plus de la Maison du Peuple pour les syndicats, avait été voulue dès 1938 sous la municipalité socialiste d'Henri Labeyrie, afin de renforcer la centralité que seule la mairie assurait alors à cette commune coupée en deux par le canal et un très large faisceau ferroviaire. Stoppé par la guerre, le projet n'est relancé qu'en juillet 1958 par la municipalité SFIO de Louis Collaveri, avant d’être endossé par le député et nouveau maire communiste Jean Lolive qui, en 1962, en charge l’architecte Jacques Kalisz. Les travaux ne sont lancés qu’en 1968, année où Jean Lolive, qui vient d’être réélu aux législatives de juin, meurt brutalement le 6 septembre. Ils s’achèveront à l'automne 1972 pour une inauguration en janvier de l’année suivante. Le palier de l’escalier extérieur, perpendiculaire au pignon, servira de chaire à la parole tribunitienne durant les 28 ans qui restent à venir au communisme municipal avant la perte de la mairie en 2001. À ce moment-là, il est désaffecté depuis quelque temps. “Architecture contemporaine remarquable” En 2004, sa réhabilitation en Centre national de la Danse a reçu l’Équerre d’argent.
rue Victor Hugo à g. manufacture Louis ; à dr. résidence Victor Hugo
— La manufacture de meubles Louis, implantée en 1907 et réalisé par l'architecte Étienne Jacquin, plan en U, brique polychrome et meulière, scierie au fond, dépôt des meubles, communs, écuries, sellerie, un pavillon d'habitation et la loge du concierge, sur les côtés.
— Située sur l’ancien site des usines Delizy - Doisteau (liqueurs et sirops), la résidence Victor-Hugo, a été réalisée par les architectes Fernand Pouillon et Roland Dubrulle de 1957 à 1961, après l’aménagement du front du Vieux-Port de Marseille, réalisé à la Libération, à peu près en même temps que le programme de Montrouge, que suivra la gigantesque opération de Boulogne-Billancourt. L’entrée principale de la résidence de 282 logements en copropriété est au n° 99 de l’avenue Jean-Lolive ; une tour de section carrée la signale de ce côté-là, une tour rectangulaire lui répond rue Victor-Hugo. L’entrée donnant sur cette rue par un passage sous voûte, amène à une place dont les façades sont ornées de pilastres de marbre rose. Caractéristique du style de Pouillon, la pierre de taille partout présente fait contraste avec la mignonette et la brique vues précédemment. “Architecture contemporaine remarquable”.
on s’en va par le métro Église de Pantin (1942)