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Cet après-midi-là Aragon fut rue de Bretagne; Jules Vallès allait à la Corderie


L'occasion de ce parcours est une emmenée promener autour de la librairie Publico, 145 rue Amelot dans le 11ème.

1925. Meurisse. Gallica
- Théâtre du Château d’Eau (plus tard Alhambra), 50 rue de Malte. Y est donné, en mars 1871, un vaudeville, Le Procès des francs-fileurs, d’après le qualificatif inventé par le Tintamarre pour ceux qui, lors du siège de Paris, avaient prudemment fui en province ou à l’étranger.
- Alhambra (puis "Alhambra Maurice Chevalier"), 50 rue de Malte (démoli en 1967; l'actuel parking souterrain y porte encore ce nom d'Alhambra). En 1936, Gilles et Julien y chantent « La Belle France : il était question de bleuets et de coquelicots, on aurait dit du Déroulède » ironise Simone de Beauvoir, mais ils ont aussi à leur répertoire La chanson des 40 heures.

Des bâtiments contemporains de Marie Dorval au soir d'Antony, le 3 mai 1831 :
- 21, rue Meslay, PLU: maison de la première moitié du XIXe  siècle, dernier étage en retrait desservi par un balcon filant. Balcon central de deux travées au second étage soutenu par de puissantes consoles. Persiennes.
- 22, rue Meslay, (en face du 21) PLU: accès cocher d'une grande cour pavée très régulière (formant un rectangle) de l'immeuble de rapport de style néo-classique, fin 18ème, du 15 bd St-Martin.
- Au n°19, maison du début du XIXe siècle. La façade est encadrée de deux chaînes. Le décor du rez-dechaussée simule un faux appareil. Porte cochère.
- 18, rue Meslay, PLU: 1ère moitié du 19ème, arrière du 11 boulevard Saint-Martin, donnant sur la large cour pavée comportant deux anciennes fontaines en fonte.
- n°17, PLU: remarquable grande maison Louis-Philippe présentant un riche décor de moulures inspiré de la Renaissance française et un grand balcon en pierre sculpté desservant les trois travées centrales de l'étage noble. Oeuvre non attestée de Ballu (construit sur un terrain propriété de Ballu père).

- Appartement de Marie Dorval, 15 rue Meslay. Là qu’on raccompagne l'actrice le soir d’Antony. Voir la balade Hugo en anarcho-autonome dans le ravin du bd Saint-Martin.
 (Elle quittera l'adresse pour le 44, rue Saint-Lazare, en 1833, avec Alfred de Vigny, sa nouvelle liaison. Puis, en octobre 1835, Marie Dorval, la Kitty Bell de Chatterton, drame en prose que Vigny a écrit pour elle, emménagera au 1er étage du 40, rue Blanche, parce qu’il y là pavillon d’écurie et remise où la voiture et les chevaux qu’elle possède désormais pourront trouver place).
George Sand la connaît après Indiana, en 1832 ; elle lui écrit, Marie Dorval accourt (elle a 34 ans, Sand six de moins), long portrait dans Histoire de ma vie : « Elle était mieux que jolie, elle était charmante ; et cependant elle était jolie, mais si charmante que cela était inutile. Ce n'était pas une figure, c'était une physionomie, une âme. » C'était une époque où « se manifestait un paroxysme de passion peu voilé », où l'on aimait les poitrinaires parce que leur amour était plus brûlant, où l'on ouvrait les tombes pour revoir l’aimé. On connaît des lettres enflammées de Sand, de Vigny à Marie Dorval, datées de 1833-34, et de l'une, de Vigny, Léon Séché écrira qu'elle est « l’acte d’un malade et d’un fou » : « Il fallait vraiment que Vigny eut perdu la raison pour avoir écrit la lettre qui commence par « Pour lire au lit » ». Cette lettre a été détruite en 1913.
D'autres maisons contemporaines de ce temps de feu :
- 14, rue Meslay (en face du 9), arrière du 3 boulevard Saint-Martin, PLU: Immeuble de rapport de la fin du XVIIIe siècle.
- 11, rue Meslay, PLU: Grande maison à loyer vers 1800 présentant une façade néo-classique très bien conservée. La façade est bornée par deux chaînes d'angle. Le rez-de-chaussée est orné de refends. Trait de refends dans l'enduit sur le reste de la façade. Garde-corps à motif de losanges. Persiennes ajoutées ultérieurement. Hiérarchisation de la taille des baies en fonction des étages. Porte cochère surmontée d'un fronton triangulaire inspirée par Ledoux et ouvrant sur une cour pavée. Escalier à barreaux ronds sur limon conservé.

- Fédération de la Seine du Parti Socialiste S.F.I.O., 7 bis rue Meslay. C’est du même coup l’adresse de la Librairie fédérale, et aussi le siège d’une coopérative de production et de distribution de films, l’Equipe, créée vers février 1937.
Le 16 mars 1937, une militante du 18e arrondissement de la Gauche révolutionnaire, la tendance de Marceau Pivert, sera parmi les six victimes de la police de Marx Dormoy, à Clichy. « Les forces de police tirant sur les ouvriers antifascistes, et sous un gouvernement du Front populaire à direction socialiste, est-ce la rançon de la politique de confiance exigée par les banques ? » demande sur les murs de Paris une affiche de la Gauche révolutionnaire, qu’en réponse la police va lacérer, tandis que le PS aura interdit la tendance dès la fin d’avril. Désormais sans nom, les amis de Pivert n’en auront pas moins conquis la direction de la Fédération de la Seine neuf mois plus tard. C’est alors sa Fédération de la Seine toute entière que la direction du PS dissout, le 11 avril 1938. Les dissous s’entêtent et se maintiennent de force dans les locaux de la rue Meslay : « Ils veulent la dissolution pour mieux trahir, nous répondons, la Fédération continue », affirme Juin 36, leur hebdomadaire. Mais ils s’inclineront devant le congrès qui, en juin, confirme la dissolution. Marceau Pivert y annonce alors la création du Parti Socialiste Ouvrier et Paysan (PSOP).
Dans cette même rue, les Gerhardt, réfugiés antinazis, ouvrent en 1933 une librairie qui sera un lieu de rencontre d’immigrés politiques allemands.

- les Editions Sociales, 168, rue du Temple, dans les années 1970 encore. S’y trouve aussi La Pensée, revue du rationalisme moderne.
On descend la rue Turbigo pour passer devant la rue du Vertbois:

- table d’hôte de la mère Caviole, rue du Vertbois. C’est la cantine du noyau de la Révolution prolétarienne, alors rue du Château d’eau : Monatte, Robert Louzon quand il passe à Paris, le Dr Louis Bercher, médecin de la marine marchande qui signe J. Péra, Daniel Guérin.

Puis par le passage Ste-Elisabeth, le long d'une église que l'on doit au maître-maçon Michel Villedo, dédiée à sainte Élisabeth de Hongrie et à Notre-Dame de Pitié, consacrée en 1646 par Jean-François Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, alors coadjuteur de l'archevêque de Paris (MH), on rejoint la :

Rue Dupetit-Thouars. Atget. Gallica
- salle du 10 rue Dupetit-Thouars. (Et 22, rue de la Corderie), PLU: Maison d'angle vers le milieu du XIXe  présentant une façade bien proportionnée composée de sept travées sur la rue Dupetit Thouars et de deux travées principales sur la rue de la Corderie et de trois étages carrés sur rez-de-chaussée. Des bandeaux séparent les étages. Persiennes en bois.
C'est dans cette salle que juste après l’armistice de 1918, la Muse Rouge vient se produire. (Voir pour ce groupe la balade Hugo en anarcho-autonome dans le ravin du bd Saint-Martin). La Muse Rouge y sera de retour une douzaine d’années plus tard, quand déclarée par le PC « en dehors du mouvement culturel de lutte de classe », elle aura été chassée de la Maison Commune, devenue communiste, du 3e arrondissement.
La Muse Rouge aura son siège entretemps à l’Union des coopératives, (voir plus bas).

- 16, rue de la Corderie, siège du Parti Socialiste (SFIO) en 1910. PLU : Maison ancienne présentant une façade composée de quatre travées principales et d'un étage carré sur rez-de-chaussée. Persiennes. Lucarnes en "chiens assis". Passage cocher ouvrant sur une cour.

Le 2, rue de la Corderie. Atget. Gallica
- L’Assommoir, 6 place de la Corderie-du-Temple (auj. 14, rue de la Corderie), au rez-de-chaussée. Le cabaret était connu dans tout l’arrondissement sous ce nom, même s’il n’en portait aucun ; il inspirera Zola, dont le roman éponyme, publié en feuilleton en 1876 dans le Bien public, propriété d’Emile Menier, le célèbre chocolatier, sera immédiatement accusé « d’insulter la classe ouvrière », et sa publication interrompue pour ne se poursuivre qu’avec des coupures, un mois plus tard, dans la République des lettres dirigée par Théodore de Banville.

- Bal Montier, 6 place de la Corderie-du-Temple, au 1er étage. S’y réunissaient jusque vers 1858, trois sociétés chantantes, les mardi, jeudi et samedi, au public exclusivement composé d’ouvriers. Dans celle dite Les Enfants du Temple, le jeudi, sous la présidence de Dalès aîné, se retrouvaient les chansonniers Auguste Alais, horloger, Eugène Baillet, ouvrier bijoutier, Charles Colmance, graveur sur bois pour impression sur étoffes, qui y chanta l’anticolonialiste Chant de l’Arabe vers 1850, Charles Gilles, coupeur de corsets, Gustave Leroy, brossier, Victor Rabineau, sculpteur marbrier.

- Chambre Fédérale des sociétés ouvrières, 6 place de la Corderie-du-Temple. Formée entre mars et décembre 1869, elle réunit les principales sociétés ouvrières de la capitale ; tous ses animateurs, dont Varlin, sont des Internationaux. Elle siège à la « Corderie ».
Il a fallu une décennie, après la répression des années 1850, pour que des grèves éclatent à Paris, les plus retentissantes étant, de 1862 à 1864, celles des typographes. Elles ont été sanctionnées de peines sévères mais l’empereur a ensuite accordé sa grâce, et demandé au Corps Législatif de voter une loi abolissant le délit de coalition (de grève), ce qui sera fait au printemps 1864. Les bronziers se mettent en grève dès l’année suivante sur la durée du travail. Si le droit de coalition a été acquis, le droit d’association (de se syndiquer) n’existe toujours pas, et les délégations ouvrières à l’Exposition de 1867 revendiqueront le droit de constituer des chambres syndicales. L’Empire, sur sa fin, laisse à peu près faire, tandis qu’il impulse une Caisse des Invalides du Travail - où siège le coupeur de chaussures Jacques Durand, futur membre de la Commune -, et que préfectures et municipalités développent des Sociétés de Secours Mutuels qui vont intégrer 15 à 20% de l’effectif ouvrier. De nombreuses grèves visent à obtenir un droit de contrôle, voire de gestion, des caisses de secours qu’alimentent les amendes dont les ouvriers sont frappés. La Chambre des cordonniers, sans doute la première en ce domaine, a dès 1866 des statuts prévoyant, en leur article 2, que les ouvrières seront consultées, et qu’elles exerceront le même ordre de contrôle que les hommes. La tolérance est quasi officialisée en août 1868, et les grèves de 1868-1869 vont multiplier les chambres corporatives.
Une Fédération des sections parisiennes regroupe, le 3 mars 1870, des sections qui se sont constituées par quartier à côté de la fédération de métiers. Le 4 septembre 1870, les délégués des chambres syndicales ouvrières, les membres de l’Internationale et les socialistes les plus connus comme orateurs des réunions publiques se réunissent place de la Corderie. Ils adoptent une adresse au peuple allemand, à la fois aux autorités pour les prendre au mot de leurs déclarations de non ingérence, et aux ouvriers allemands pour les conjurer de cesser de prendre part à cette lutte fratricide. Mais comment la diffuser largement à l’armée allemande ? La réunion nomme aussi une délégation pour aller à l’Hôtel de Ville assurer la Défense nationale de son concours, sous réserve d’un certains nombre de conditions, dont la deuxième est « la suppression de la préfecture de police et la restitution aux municipalités parisiennes de la plupart des services centralisés à cette préfecture ». La délégation sera reçue à 1 heure du matin par Gambetta pour l’entendre multiplier des promesses vagues.
Dans l’intervalle, l’assemblée a également décidé de susciter 20 comités d’arrondissement, ou comités républicains de vigilance, élus dans les réunions populaires de leur arrondissement et qui, par l’envoi de quatre délégués chacun, constitueraient un Comité Central. Celui-ci sera sur pieds dès le 11 septembre et s'installera à la Corderie. Trois jours plus tard, il fait placarder un avis, - « Le Comité central républicain des 20 arrondissements aux Citoyens de Paris », signé Cluseret, Napoléon Gaillard, Charles Longuet, Benoît Malon, Edouard Vaillant, Jules Vallès, entre autres -, qui reprend les conditions portées par la délégation, dont le premier est maintenant « Supprimer la police telle qu’elle était constituée sous tous les gouvernements monarchiques pour asservir les citoyens et non pour les défendre ».

- section parisienne de l’Internationale, 6 place de la Corderie-du-Temple, 3e étage. Elle s’installe ici après la rue des Gravilliers : « Connaissez-vous, entre le Temple et le Château-d’Eau, pas loin de l’Hôtel de Ville, une place encaissée, tout humide, entre quelques rangées de maisons ? Elles sont habitées, au rez-de- chaussée, par de petits commerçants, dont les enfants jouent sur les trottoirs. Il ne passe pas de voitures. Les mansardes sont pleines de pauvres !
On appelle ce triangle vide la Place de la Corderie.
C’est désert et triste, comme la rue de Versailles où le tiers état trottait sous la pluie ; mais de cette place, comme jadis de la rue qu’enfila Mirabeau, peut partir le signal, s’élancer le mot d’ordre que vont écouter les foules.
Regardez bien cette maison qui tourne le dos à la Caserne et
jette un œil sur le Marché. Elle est calme entre toutes. – Montez !
Au troisième étage, une porte qu’un coup d’épaule ferait sauter, et par laquelle on entre dans une salle grande et nue comme une classe de collège.
Saluez ! Voici le nouveau parlement !
C’est la Révolution qui est assise sur ces bancs, debout contre ces murs, accoudée à cette tribune : la Révolution en habit d’ouvrier ! C’est ici que l’Association internationale des travailleurs tient ses séances, et que la Fédération des corporations ouvrières donne ses rendez-vous. » Ainsi la décrivait Jules Vallès, dans le Cri du Peuple du 27 février 1871, repris dans L’Insurgé.
Le 21 mars 1871, le Comité central républicain, réuni à la Corderie, entend Camelinat, Malon, et Vaillant faire le point de la situation, qui conduit, deux jours plus tard à un appel, « Aux urnes, citoyens ! », signé aussi par Eugène Pottier et Vallès.
Le cortège funèbre de Paul et Laura Lafargue, née Marx, à la fin de novembre 1911, derrière des corbillards chargés d’immortelles rouges, est parti de la Corderie. Par la rue des Fontaines, et la rue du Temple, il monte vers le père Lachaise. Jean Longuet, leur neveu, le fils de Jenny Marx (deux des filles de Karl ayant épousé des internationalistes parisiens: « Le dernier proudhonien et le dernier bakouniniste, que le diable les emporte ! », bougonnait le papa), marche en tête de 15 000 personnes ; Alexandra Kollontaï y représente le bureau étranger du parti socialiste russe, Lénine le Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie. Lui qui ne parle jamais français en public fera pour ces funérailles sa seule exception.
Les 3 et 5 rue Béranger vus de la rue Charlot. 1898. Atget. Gallica. Remarquez sur le mur pignon la trace des fenêtres qui avaient donné sur la basse-cour de l'hôtel Bergeret de Frouville

- 3 rue Béranger, restes de l'Hôtel Bergeret de Frouville, 1720, qui semble aujourd'hui ne former qu'un seul ensemble architectural avec l'immeuble voisin dit hôtel de la Haye, du fait de leur acquisition à la fin du 19e siècle par la Ville de Paris. La symétrie dans la composition des deux hôtels semble avoir été voulue dès l'origine. Au 18e siècle, une basse-cour entourée de bâtiments s'étendait au sud, à l'emplacement de l'actuelle rue de la Franche-Comté. On voit aujourd'hui à cet endroit un vaste mur pignon où l'on devine encore les anciens percements de la façade sur la basse cour de l'hôtel. A noter, à l'intérieur, le bel escalier à rampe en fer forgé inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1925 ainsi que de fort belles caves voûtées assez semblables à celles de l'hôtel de la Haye au 5 rue Béranger.
- 5, rue Béranger, donnant sur 2 rue de la Corderie. Hôtel de 1720. Son état actuel est fort semblable à la description qui en est faite en 1776. L'entrée de l'hôtel se fait par une très belle porte monumentale, inscrite sur l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926. A l'intérieur de l'hôtel subsistent un très bel escalier déjà inscrit en 1926, ainsi que de très belles caves voûtées transformées en réfectoire. Du très beau décor intérieur, il subsiste un ensemble de boiseries fin 18e siècle, dans une pièce du premier étage dans l'aile de droite. Ce serait dans cette pièce que Béranger serait mort, après y avoir vécu 3 ans, le 16 juillet 1857. Il était né rue Montorgueil, « Dans ce Paris plein d’or et de misère, / En l’an du Christ mil sept cent quatre-vingt, / Chez un tailleur, mon pauvre et vieux grand-père ». Il avait été admis, en 1813, comme membre du Caveau Moderne, ou Rocher de Cancale, qui se réunissait chez le marchand d’huîtres de la rue ; il avait été, sous la Restauration, « un poète libéral, le seul vrai », dirait Sainte-Beuve. Béranger avait sous-titré sa Conspiration des chansons d’un Instructions ajoutées à la circulaire de M. le Préfet de Police concernant les réunions chantantes appelées goguettes. Au moment où il meurt, d’autres chansonniers, dont Louis-Charles Colmance, se réunissent dans une goguette de la rue, dite Les Épicuriens. Et au n° 10 habite Frédérick Lemaître.
On remarque également dans certaines pièces des vestiges de corniches à rinceaux et rubans, ainsi qu'à l'entrée de la cave un très beau bas-relief représentant un jeune Bacchus (inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926).

1901. Atget. Gallica
- fontaine Boucherat : MH : Édifiée en 1697 par l’architecte parisien Jean Beausire, elle porte le nom du chancelier Louis Boucherat.

- Union des coopératives, immeuble situé 29-31 bd du Temple et 85 rue Charlot (auj. annexe de la Bourse du Travail). Acquise au début de 1919, grâce au concours financier du Magasin de Gros, de la Verrerie ouvrière d’Albi et de la Bellevilloise, cette Maison de la Coopération remplace le siège installé auparavant au 13, rue de l’Entrepôt, dans le 10e. Suivant les résolutions du congrès coopératif de 1912, qui préconisaient la fusion, l’opération s’est faite avec La Prolétarienne du 5e, l’Avenir social du 2e, et la Bercy-Picpus, tandis qu’est en cours un rapprochement avec l’Economie parisienne du 3e, La Lutèce sociale, et l’Union des coopérateurs parisiens. L’Union des Coopératives compte maintenant 39 168 sociétaires, emploie 1 398 personnes et possède 230 établissements à Paris, en banlieue et dans l’Oise, y compris trois colonies de vacances et trois entrepôts. Rien qu’au cours de l’année écoulée, ont été ouverts à Paris, quatre restaurants, sept épiceries et trois boucheries. Une blanchisserie est désormais commune à l’Union des coopératives, à la Bellevilloise, à l’Union des coopérateurs parisiens et aux restaurants ouvriers de Puteaux.
L’assemblée générale de 1919 vote une subvention de 500 F en faveur de la Fédération sportive du Travail (FST), et la création d’un challenge de 3 000 F ; et une autre subvention à l’Ecole coopérative. Elle entérine la création en faveur des sociétaires, de cartes de réduction pour le Théâtre Antoine et pour le Cirque d’hiver. Elle se préoccupe de l’organisation d’une bibliothèque centrale à la Maison de la Coopération, que doublerait une bibliothèque circulante. Un restaurant et une brasserie y sont déjà installés, là où étaient Bonvalet et le café Turc son voisin. Elle vérifie le fonctionnement du bulletin de l’Union des coopératives, tiré à 28 000 exemplaires. Clamamus, député-maire de Bobigny, est membre de sa Commission de surveillance.
La Muse Rouge y a son siège dans les années 1920, après qu’elle a quitté la salle Jules. La société chantante organise toujours des fêtes pour les organisations d’avant-garde ; elle édite aussi, sous un titre éponyme, une « revue de propagande révolutionnaire par les arts ». Le 21 février 1931, son assemblée générale se prononce, à la majorité des membres, contre l’adhésion à la FTOF qui lui a été proposée. La sanction ne se fait pas attendre : un mois plus tard, l’Humanité demande à toutes les organisations que le parti influence de ne plus faire appel au groupe qui, par son refus, s’est placé « en dehors du mouvement culturel de lutte de classe ».

1928. agence Meurisse. Gallica
On revient sur nos pas, en descendant vers le carreau du Temple. L’enclos du Temple, avec son église, son couvent, son cloître, ses vastes cours meublées d’hôtels particuliers et de maisons d’artisans, était une ville à part dans Paris, presque un État, jouissant de privilèges spéciaux, d’une justice, d’une police, d’une voirie particulières. C’est de ces atouts qu’entendit profiter la spéculation qui y construisit « La Rotonde » en 1788, galerie ovale de quarante-quatre arcades s’ouvrant devant des boutiques dont le logement était à l’entresol, tandis que les étages supérieurs étaient faits de petits appartements.
Le donjon du Temple a été abattu dans le même temps et quatre hangars construits devant la rotonde, faisant de l’ensemble un colossal marché aux puces : on les désignait des sobriquets pittoresques de Palais-Royal pour la mode, Pavillon de Flore pour le meuble, Pou-Volant pour la ferraille, et Forêt-Noire pour la chaussure. On n’y parlait à peu près que l’argot, et « être à court d’argent » s’y disait, au choix, « nib de braise » ou « nisco braisicoto ». En 1863, des halles type Baltard les remplacent, qui ne conservent qu'un vestige 8, rue Perrée.

1898. Atget. Gallica
- Le marché des Enfants-Rouges, Petit Marché du Marais en 1628, tira son nom ensuite de la proximité de l'Hospice des Enfants-Rouges créé par Marguerite de Navarre pour des orphelins dont l'uniforme était rouge. Il a été rénové à la fin des années 1990. MH.

- siège de la Fédération de Paris du parti socialiste, 49 rue de Bretagne. Au premier étage, une salle toute en longueur dotée d’une petite scène. Lénine y avait donné, le 21 mai 1909, à 20h30, sous l’égide du Club du Proletari, une conférence consacrée au « parti ouvrier et la religion ». Le dimanche 2 janvier 1910, il écrivait à sa sœur : « aujourd’hui même, je compte aller dans un cabaret pour une goguette révolutionnaire avec des chansonniers » (en français dans le texte), reprenant ainsi les termes mêmes d’un programme de la Muse Rouge, ce qui a fait penser à Robert Brécy que c’est elle qu’il allait voir, et ici. La salle Jules étant devenue trop petite, la Muse Rouge se produisait en effet rue de Bretagne depuis 1910, si son siège était resté boulevard Magenta.
André Breton, alors correcteur d’épreuves à la NRF, puis conseiller artistique du couturier Jacques Doucet, aux appointements de 800 francs par mois, nouveau « salarié » donc (il vient d’abandonner médecine à l’hôtel des Grands Hommes), s’en va, en compagnie d’Aragon, adhérer au Parti socialiste, comme l’on dit encore dans l’immédiat après-congrès de Tours : « Voilà, nous sommes à votre disposition, nous ne sommes pas des communistes, mais nous ferons ce que nous pourrons pour le devenir... » Mis en vers ensuite par Aragon dans les Yeux et la mémoire, ça aura beaucoup d’allure : « Il m’eût fallu une âme bien mesquine / Pour ne pas me sentir cet hiver-là saisi / Quant au Congrès de Tours parut Clara Zetkin / D’un frisson que je crus être la poésie (...) Cet après-midi-là je fus rue de Bretagne (...) Le ciel gris de Paris au sortir du local / J’errais Il y avait par là dans ce quartier / Le siège de la Première Internationale / On vient de loin disait Paul Vaillant-Couturier ». Sauf que ce jour de janvier 1921, d’y voir un « gros homme » nommé Georges Pioch, et son « espèce de fausse bonhomie » suffit à leur faire faire demi-tour.
Le restaurant de la Maison commune à midi

Quelque temps plus tard, c’est Hô Chi Minh qui vient profiter ici des goguettes de chaque premier dimanche des mois d’octobre à mai, où il retrouve ses amis Voltaire et Renan, vrais prénoms d’état civil des fils du gérant des lieux.
La Fédération Nationale des Cercles de Coopératives Révolutionnaires, qui s’est constituée en avril 1925 pour « le redressement et l’assainissement de la Coopération française au moyen de la Coopération révolutionnaire, lutte de classes, par opposition avec le Coopératisme dit de neutralité politique, imposé aux Coopératives de consommation » comme l’écrit Georges Marrane dans sa brochure, a fait triompher la ligne du parti au 49 rue de Bretagne. Quand, le 26 mars, l’Humanité publie une « Mise en garde contre le groupe la Muse Rouge », la Muse Rouge n’a plus qu’à quitter les lieux.

En face, au 46: Mairie du 3e arrondissement édifiée sous le Second-Empire. De style néo-Renaissance, la façade s'inspire des châteaux des XVIe et XVIIe siècles français et italiens. La partie la plus spectaculaire est l'escalier d'honneur se développant dans le hall d'entrée.
Ayant accédé au péristyle, le visiteur découvre un plafond concave décoré de bas-reliefs de Jean Lagrange. Dans les angles, les symboles des arts et des métiers; dans les caissons octogonaux, les différentes étapes de la vie du citoyen, et c'est pour les anars que l'on fait le détour : après La Naissance et Le Mariage, Le Vote y précède La Mort. Ils furent achevés en 1866.

- 90, rue des Archives, MH : Vestiges de l'ancienne chapelle Saint-Julien-des-Enfants-Rouges, de 1533.

78, rue des Archives. Atget. Gallica
- 78, rue des Archives (et 12 rue Pastourelle), MH : Ancien hôtel Amelot de Chaillou, ou hôtel de Tallard du 18ème siècle, de Pierre Bullet.

- 76, rue des Archives (et 19-21 rue Pastourelle), MH : Hôtel Le Pelletier de Souzy, de 1642.

70, rue des Archives. Atget. Gallica
- 70, rue des Archives, MH : Hôtel de Michel Simon ou de Montescot, de 1728.

- rédaction de la Scène Ouvrière, 68, rue des Archives, durant l’année 1931. L'ex hôtel Pomponne de Refuge, puis de Vougny à compter de 1728, fut le premier siège de la Fédération du Théâtre Ouvrier de France (permanence tous les samedis de 14 à 17h), dont le congrès constitutif avait eu lieu le 25 janvier 1931.
La création de la FTOF a mis à l’ordre du jour la transformation des troupes de théâtre amateur en groupes d’agit-prop, et instauré le sectarisme : le numéro 3 de la Scène Ouvrière, en mars 1931, lance à son tour l’anathème sur La Muse Rouge. Mais la revue a surtout pour rôle de fournir un répertoire : son numéro suivant propose une saynète, « A bas le sport bourgeois », qui a pour épilogue : « Travailleurs, le sport bourgeois est pourri, le sport bourgeois c’est le militarisme. Adhérez à votre organisation sportive de classe, à la FST. Formez des comités de spartakiade pour envoyer des délégués à Berlin en juillet. »  On y trouve encore un appel « Aux métallos ! », chœur parlé pour 12 à 20 personnes s’adressant à ceux de chez Citroën, Renault et Peugeot, qui scanderont « Vive le front unique des travailleurs ! A bas les chefs traîtres réformistes ! A bas la guerre contre l’URSS ! Vive l’unité syndicale de classe CGTU ! » Dedans, un portrait de M. Citroën, « qui perd 12 millions par nuit », deux ans avant les « actualités » que Prévert fournira sur le même thème. Enfin un autre chœur parlé, pour une douzaine de participants, proteste contre l’enlèvement du militant communiste N’Guyen van Tao par la police de Chiappe.

- en tournant rue Pastourelle, on marche entre les flancs de l'hôtel Amelot de Chaillou, ou de Tallard à gauche, et l'hôtel Le Pelletier de Souzy à droite, puis:

- 6, rue Pastourelle, MH : Immeuble dit hôtel Beautru de la Vieuville ou Bertin de Blagny, du 18ème siècle.

- 29, rue de Poitou (et 15, rue de Saintonge), MH : boulangerie de 1900. Le décor est d'une grande qualité ; il provient du célèbre atelier de décoration Benoist et Fils spécialisé dans le décor des magasins d'alimentation (1885-1936) ; l'installateur est Ripoche. La façade de la boutique se compose d'un coffrage de bois très simple, mouluré et décoré par quatre toiles peintes fixées sous verre : une inscription, un paysage (moulin), une semeuse et un moissonneur (ce panneau a été refait). L'intérieur est entièrement décoré dans ses parties hautes de toiles peintes fixées sous verre. Le plafond se compose d'un grand ciel délimité par un feston ; il rappelle un plafond de Watteau. Ce thème est très fréquent dans l'atelier Benoist ; aux angles, les quatre saisons sont représentées par des paysages... Deux autres fixés représentent la moisson et les semailles. Les corniches sont ornées de guirlandes de fleurs : anémones - roses - lilas. L'ensemble de ce décor est très caractéristique de l'atelier de Benoist. Le mobilier ancien subsiste : une caisse et deux dessertes de marbre.

- domicile de Karl Marx, 10 rue Neuve-de-Ménilmontant (auj. Commines). Marx y arrive en mars 1848 et y restera un gros mois ; il apporte avec lui le Manifeste communiste, qu’Ewerbeck veut se charger de faire traduire, à Paris, en italien ("Uno spettro s'aggira per l'Europa - lo spettro del comunismo.") et en espagnol ("Un espectro se cierne sobre Europa: el espectro del comunismo."), et il attend des fonds pour ce faire.

Les bâtiments contemporains de Marx:
- 14 rue Commines, PLU : Remarquable immeuble Louis-Philippe. Façade ornée au premier étage d'une serlienne à colonnes corinthiennes que surmonte un fronton. Garde-corps en fonte à motifs de palmette. La porte cochère avec ses vantaux en bois sculptés et une belle imposte en fonte, est encadrée de pilastres doriques laurés. Le passage-vestibule, voûté d'arêtes, a conservé une torchère dans une niche. L'aile de droite renferme un grand escalier dont les barreaux sont parfaits en leurs extrémités d'un motif végétal qui s'enroule sous la main courante. Remarquable revers de la façade sur rue avec un balcon au premier au-dessus de l'entresol. La cour, aujourd'hui parasitée, se terminait par un mur en hémicycle avec une fontaine.
-16 rue Commines, PLU : Immeuble de la première moitié du XIXe siècle présentant une façade en avant-corps bornée de refends composée de quatre travées et de trois étages carrés sur rez-de-chaussée. Le rezde-chaussée simule un faux appareil de pierre. Décor de pilastres au troisième étage. Dais sur consoles au-dessus des fenêtres du premier étage. Chambranles moulurés. Persiennes. Porte piétonne et fenêtre du rez-de-chaussée en plein cintre. Corniche à modillons à la retombée du toit.
- 19 rue Commines, PLU : Immeuble de rapport Louis-Philippe construit par l'architecte Villemsens en 1847 et présentant une façade en pierre de taille composée de cinq travées et de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée. Elle est percée de baies aux embrasures biaises peu courantes.

- le café Schiever, passage Saint-Pierre-Amelot. Un lieu de réunion de la Ligue des justes, le café Schiever, était juste de l’autre côté du boulevard des Filles-du-Calvaire, passage Saint-Pierre-Amelot dans le 11e arrondissement.

- bistrot et goguette, rue de la Folie-Méricourt, face à la cité Popincourt. A la fin de 1933, Lazare Fuchsman, l’un des membres du groupe Octobre, y vit arriver Jacques Prévert vêtu d’une soutane, et se mettre à tenter de ramener à Dieu tous les enragés communistes présents. Après quoi, naturellement, tout finit par des chansons.

Les Gobelins ou l'écarlate au pipi


- L’Université populaire La Solidarité était située 77 avenue d’Italie. Elle était une émanation de la coopérative La Solidarité des Travailleurs, 4 rue Véronèse, qui avait fait construire ses locaux en 1900.

Par les rues du Dr Laurent et Ernest et Henri Rousselle, on arrive rue du Moulin des Prés. Elle est indiquée à l'état de chemin sur le plan de Jouvin de Rochefort (1672). La partie comprise entre le boulevard Auguste Blanqui et la rue Vandrezanne portait le nom de chemin de la Butte aux Cailles, sur le plan cadastral de la commune de Gentilly, dressé en 1845. Le moulin des Prés était situé à l'extrémité sud de cette rue, au bord de la Bièvre.

47, Moulin-des-Prés, PLU: Petit immeuble de logement sur jardin de la fin du XIXème siècle construit en surélévation au-dessus du niveau de la rue du Moulin des Prés. La façade en bandes alternées de briques polychromes est agrémentée de panneaux de céramique. Bow-window à structure métallique orné de céramique donnant sur une cour arborée.

- les superstructures du puits artésien de la Butte-aux-Cailles, achevé au bout de vingt-sept ans de travaux par le même ingénieur qui fora celui de la raffinerie Say, ont été longtemps visibles sur la place aujourd'hui Paul Verlaine.

Piscine de la Butte-aux-Cailles, inscrite MH. Remplaçant un premier établissement de bains douches datant de 1908, créé pour profiter des eaux tièdes (28 degrés) du puits artésien foré à partir de 1866, la piscine actuelle est construite de 1922 à 1924 par Louis Bonnier, architecte de la ville. Associé à des bains douches situés dans le même bâtiment, et utilisant toujours l'eau "artésienne" (qui continue d'être pompée de nos jours) , le bassin de natation est couvert de sept arches en béton armé. La façade sur la place est en brique et la tour abrite un escalier. La piscine a été réhabilitée par l'architecte Johanna Fourquier en 1991.

En descendant la rue Bobillot, on atteint la rue Martin-Bernard :
- le cinéma Tolbiac était au 23, rue Martin-Bernard. En janvier 1935, Marceau Pivert vient y donner une conférence, qui sera suivie de la projection de Kühle Wampe, le film de Slatan Düdov qui raconte, sur un scénario de Bertolt Brecht, la vie d’une communauté de chômeurs berlinois pendant la montée du nazisme. Le 13e compte plus d’une dizaine de cinémas dans les années 1930.

- l’Union ouvrière du 13e, 14 rue de l’Espérance. La Fédération des 5e et 13e, centrale d’achat de huit coopératives de consommation des deux arrondissements, fondée en 1900, y siègea jusqu’à son absorption dans la Fédération parisienne.

Plus bas, mais tout est neuf à ce niveau de la rue Barrault, inutile d'y aller voir, était la
- boulangerie-biscuiterie La Coopération socialiste, 84 rue Barrault. Inaugurée le 16 septembre 1900, en présence de personnalités du socialisme parisien, dont Jean-Baptiste Clément. Un meeting suit, sur un terrain proche appartenant à la coopérative de production La Lutte économique, sous la présidence d’Amilcare Cipriani, l’ancien Communard qui s’est battu sur tous les fronts, de la Grèce à la France, déporté par celle-ci en Nouvelle Calédonie et condamné par l’Italie aux travaux forcés, et que ses divergences avec les socialistes de son pays ont amené à choisir à nouveau Paris. Jean Allemane, Aristide Briand, entre autres, y prennent la parole. Le poète Bouchor y dit Le Pain.
Une brûlerie centrale de café sera adjointe à la boulangerie à la mi-1901. Celle-ci, conçue strictement à l’imitation de son modèle belge du Palais du Peuple, n’est équipée que pour faire du pain de ménage quand les coopérateurs parisiens consomment du pain de fantaisie. A peine deux ans après son ouverture, elle devra abandonner la fabrication du pain et ne conserver que celle des gâteaux ; c’est la brûlerie qui assurera alors l’essentiel de ses recettes. Elle se fondra finalement dans le Magasin de gros des coopératives de France, centrale d’achat créée en 1905.

la Butte-aux-Cailles fournit de la roche, plus épaisse de cinq centimètres que le cliquart (soit 65 cm), au grain plus gros, aux coquillages moins nombreux. La Butte-aux-Cailles doit aux carrières sa préservation : son sol n’était pas apte à supporter beaucoup plus que des maisonnettes.
Sur la Butte-aux-Cailles, des chiffonniers, hotte d’osier sur le dos, crochet à la main, fouillent le sol. Ces débris, le chiffonnier les écoule auprès de fabricants de carton et papier, d’entreprises qui en font du sel ammoniac et, dans le meilleur des cas, chez les revendeuses du marché du Temple. Du Chiffonnier de Paris, première incarnation puissante de Frédérick Lemaître au théâtre de la Porte-Saint-Martin, Félix Pyat, futur quarante-huitard, membre de l’Internationale et communard, fait le symbole même du prolétaire. Louis Blanc l’accueille d’un « Enfin, nous avons le drame socialiste !», tandis qu’un article l’inscrit dans la lignée des pièces de sape : « Tartuffe contre l’autel, Figaro contre le trône et le Chiffonnier contre le coffre ».
Évidemment, la Butte-aux-Cailles est, pendant la Commune, « l’une des citadelles de la révolte », Malgré Wroblewski, malgré le 101e, la Butte sera finalement prise : l'habitat ici n'est pas assez dense et les barricades élevées sur les axes seront tournées par les Versaillais à travers les jardins.
La butte est restée, au début du 20e siècle, un « fief de la misère » que l’auteur de Paris-Atlas invite la municipalité à conquérir : « Quelles merveilles aurait pu faire le génie d’un Alphand, de la Butte-aux-Cailles, si on lui avait donné libre carrière pour la transformer ! Soit qu’on installât sur ses pentes, de moins en moins escarpées aujourd’hui, les verdures d’un parc, soit qu’on abattît les masures qui la couronnent pour percer des rues montant en lacet, bordées de maisons modestes, mais coquettes, ombragées d’un jardinet (…) Relier par une transition progressive cette pauvre vallée de la Bièvre aux fraîches grâces du parc de Montsouris, voilà le but ; lorsque il sera atteint, l’ancien faubourg souffrant n’existera plus ».
Blanqui n’avait pas pu participer à la Commune : « l’Enfermé » était – il le sera la moitié de sa vie – en prison. Quand il en sort, c’est chez son ami Granger, au 25 du boulevard qui porte aujourd’hui son nom, qu’il trouve refuge.

- Institut d’études et de recherches marxistes, 64 bd Blanqui, (puis Espaces Marx avant d'être vendu dans les années 2000). Siège des Editions sociales et de la Nouvelle Critique dans les années 1950 ; une grande mosaïque de Fernand Léger y occupait tout un mur de la grande salle du rez-de-chaussée.

- école russe du bd Blanqui. Les fils Trotski la fréquentent ; « Trotski écrivait jusqu’à 3 heures du matin ; en allant à l’école, Léon et Serge déposaient ses articles le matin à l’imprimerie. »

- Le Marius des Misérables, (roman esquissé en 1845, repris en 1860, publié en 1862), descendant la rue du Faubourg-Saint-Jacques, tourne sur le boulevard intérieur de l’enceinte des Fermiers généraux (alors bd de la Santé) et, passée la rue de la Santé, celle de la Glacière, tombe, un peu avant d’arriver à la petite rivière des Gobelins, sur « une espèce de champ, qui est, dans toute la longue et monotone ceinture des boulevards de Paris, le seul endroit où Ruisdael serait tenté de s’asseoir. (…) Un pré vert traversé de cordes tendues où des loques sèchent au vent, une vieille ferme à maraîchers bâtie du temps de Louis XIII avec son grand toit bizarrement percé de mansardes, des palissades délabrées, un peu d’eau entre des peupliers, des femmes, des rires, des voix ; à l’horizon le Panthéon, l’arbre des Sourds-Muets [un orme, qui atteindra 45 mètres en 1900], le Val-de-Grâce, noir, trapu, fantasque, amusant, magnifique, et au fond le sévère faîte carré des tours de Notre-Dame ».
On répond à ses questions qu’il est "au Champ de l’Alouette". L’oiseau est le petit nom, le seul sous lequel il connaisse Cosette. Dès cet instant, pour lui, c’est ici le pays de la jeune fille qu’il a perdue depuis si longtemps. Il y revient chaque jour, réellement ou par la pensée. « Il habitait le Champ de l’Alouette plus que le logis de Courfeyrac. Sa véritable adresse était celle-ci : boulevard de la Santé, au septième arbre après la rue Croulebarbe [auj. Ed. Gondinet]. »
Au point où cette rue de Croulebarbe rencontre l’actuelle rue Corvisart, il y a même, alors, un très vieux moulin dont les dernières réparations datent de 1773.

- arrière Ecole Estienne, rue des Reculettes, PLU : Ecole Municipale du Livre Estienne fondée à la fin du XIXème siècle. Les bâtiments disposés en U en briques polychromes sur le boulevard Auguste Blanqui ont été réalisés en 1896 par l'architecte Samuel Menjot de Dammartin sur commande de la Ville de Paris. Sur la rue des Reculettes, la cour est fermée par un bâtiment en béton dont l'avant-corps est orné de bas-reliefs de style Art Déco évoquant les métiers du livre et des arts graphiques. L'ensemble de ces constructions témoigne de l'évolution typologique de l'architecture scolaire parisienne, de l'esthétique rationnelle des écoles municipales en briques de la seconde moitié du XIXème siècle, de l'influence de l'architecture industrielle sur les bâtiments institutionnels des années trente.

Auberge de la mère Grégoire : Victor Hugo, Chateaubriand et La Fayette (mort à Paris le 20 mai 1834) comme convives. Elle tire son nom d'une tenancière de maison, évoquée par Béranger et peinte par Courbet en 1855. Archimède le clochard, 1958, dialogues de Michel Audiard, la ressuscite:
Courbet, la Mère Grégoire
Le Poivrot : C'qu'elle avait d'tocard, la Mère Grégoire, c'était l'humeur.
Jean Gabin : C'est surtout l'âge... Quand t'attrapes cinquante carats, t'as beau être aimable, ça n's'remarque plus...
Spécialités du sud-ouest depuis 1935.

- 33 rue Croulebarbe. La tour Albert ou tour Croulebarbe construite par l'architecte Édouard Albert de 1958 à 1960, en collaboration avec Robert Boileau et Jacques Henri-Labourdette, est le premier gratte-ciel de logements de la capitale française.

26 rue de Croulebarbe et 2 rue Berbier du Mets, PLU: Maison d'angle sur un terrain en pente présentant une façade composée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Toiture en tuiles. Témoignage de l'habitat ancien du quartier à un emplacement important dans la composition du paysage urbain.

En 1936, Auguste Perret entame le bâtiment du Mobilier national, 33 ans après l’immeuble du 25 bis, rue Franklin à Paris, premier bâtiment à l'armature intégralement en béton armé. Héritier de l'ancien garde-meuble de la Couronne, créé en 1604 par Henri IV et réorganisé par Louis XIV en 1663, place de la Concorde, puis devant la colonnade du Louvre, le Mobilier national est un service rattaché au ministère de la culture et de la communication.

- arrière de la fabrique royale des tapisseries : établie par François Ier à Fontainebleau, elle a été transportée sur les bords de la Bièvre en 1622. Louis XIV et Colbert y réunissent tous les ouvriers du roi : brodeurs, orfèvres, fondeurs, graveurs, lapidaires, ébénistes, teinturiers, carrossiers, dans un hôtel acheté avec ses prés, ses aunaies et ses bois baignés par la rivière, « sur la principale porte duquel hôtel, indique le roi, sera posé un marbre au-dessus de nos armes, dans lequel sera inscrit : Manufacture royale des meubles de la couronne ». Et le signataire ajoute : « La conduite particulière des manufactures appartiendra au sieur Le Brun, notre premier peintre, sous le titre de directeur, suivant les lettres que nous lui avons accordées le 8 mars 1663 ».
Douze maisons, tout autour, sont réservées aux ouvriers et exemptes d’avoir à loger les militaires. Le directeur de la manufacture – après Le Brun viendra Mignard – peut faire établir des brasseries de bière à l’usage de ses ouvriers sans se soucier de la corporation des brasseurs. Le 13 décembre 1720, l’architecte Robert de Cotte étant directeur, la miniaturiste italienne Rosalba Carriera peut visiter ici « la fabrique de carrosses et de Phaétons et non celle des vernis », sans doute ceux dits Martin, vernis à la résine et laques dans le goût chinois destinés aux chaises à porteurs, meubles et lambris.
Soufflot assure la direction des Gobelins quand Bernardin de Saint-Pierre, de part et d’autre de son intendance au jardin des Plantes, habite rue de la Reine-Blanche, où il achève Paul et Virginie en 1786.
La rivière des Gobelins par E. Bourdelin, le Val de Grâces, le Panthéon... (dernier 1/3 du 19e s.)

Les mêmes lieux vers 1920.
La Bièvre (ou rivière des Gobelins) longeait l'arrière de la Manufacture. Bernardin de Saint-Pierre peut, pour ses Études de la nature, étudier ici le mimétisme défensif des insectes : « Au mois de mars dernier, je vis sur le bord de la rivière des Gobelins un papillon couleur de brique, qui se reposait les ailes étendues sur une touffe d’herbes. Je m’approchai de lui et il s’envola. Il fut s’abattre à quelques pas de distance sur la terre qui, en cet endroit, était de sa couleur. Je m’approchai de lui une seconde fois : il prit encore sa volée, et fut se réfugier sur une semblable lisière de terrain. Enfin, je ne pus jamais l’obliger à se reposer sur l’herbe, quoique je l’essayasse souvent, et que les espaces de terre qui se trouvaient entre les touffes de gazon fussent étroits et en petit nombre ».

Au coin avec la rue G. Geffroy, Hôtel de la Reine Blanche, arrière de la Folie Gobelin. C’était là cette Folie qui attirait Pantagruel : « Pantagruel, un jour, pour se distraire de ses études, se promenait vers le faubourg Saint-Marceau, car il voulait voir la Folie Gobelin ». Ailleurs dans le récit, Panurge, pour se venger, ayant enduit les vêtements d’une « dame Parisienne » d’une certaine substance, elle se trouva bientôt suivie de « plus de six cent mille et quatorze chiens » qui, lorsqu’elle se crut à l’abri chez elle, « pissèrent si bien sur la porte de sa maison, que leurs urines firent un ruisseau où les canes auraient bien nagé ; c’est celui qui à présent passe à Saint-Victor, dans lequel Gobelin teint en écarlate, grâce à la vertu spécifique de ces pisses de chien ».

- domicile de Charles Rappoport, 27 ou 29 rue des Gobelins, au début du 20e siècle, dans ce 13e où réside une forte communauté russe.

- 15, rue des Gobelins, PLU: Maison à l’ancien alignement caractéristique de l’ancienne rue des Gobelins, l’une des plus vieille de Paris et qui conserve encore plusieurs maisons en pierre, pans de bois et hourdis, élevées entre 1450 et 1750. (La rue figure sur le plan de Saint-Victor (1555). Elle était précédemment dénommée rue de Bièvre. Une partie de la rue des Gobelins, entre la rue de la Reine Blanche et la rue Le Brun, fait actuellement partie de l'avenue des Gobelins. Elle a fait partie auparavant de la rue Mouffetard.)

- domicile d’Hô Chi Minh, 6 rue des Gobelins. N’Guyen Ai Quôc, le futur Hô Chi Minh, est à Paris du début de l’hiver 1917 à la fin de 1923 ; d’abord ici puis 9, impasse Compoint, dans le 17e, enfin dans le 18e, rue Marcadet.
- 3-5, rue des Gobelins, Ancien hôtel Mascarini, remanié ou construit au 17e pour Jean de Julienne, teinturier, héritier de cette famille Gobelin établie ici depuis le XVe siècle. (Dans la 1ère cour, au fond à dr, se trouve l’entrée du corps de logis principal, précédé d’un haut perron donnant sur une double porte dont l’encadrement est orné d’un mascaron délicat.) Le corps de logis principal, bordé par une cour minérale et une cour plantée, abrite une rampe d'escalier en bois du XVIIème siècle (inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques) et un plafond de solives peintes au premier étage. Sous le porche reliant les deux cours, percé dans le corps de logis, la porte en bois menant aux caves a conservé son arcade en pierre. Dans la seconde cour, vestige d’un jardin qui allait autrefois jusqu'à la Bièvre et était bordée d'ateliers, subsiste en retour d'équerre l'orangerie de Jean de Julienne (remaniée), composée de huit colonnes toscanes à rez-de-chaussée supportant un simple entablement, dans laquelle le mécène exposait ses collections de tableaux (notamment ceux de Watteau). (Comme une grande partie du quartier des Gobelins, les bâtiments reposent sur de profondes carrières de pierre aux ciels soutenus par des arcs bloqués.) Haut lieu de l'histoire de l'art et de l'architecture, intimement lié à la Manufacture des Gobelins, il constitue un témoin quasi-intact de la typologie de l'hôtel particulier du XVIIème siècle, exceptionnelle dans le quartier.

La famille Gobelin avait quitté la Bièvre au moment de son anoblissement, en 1554 ; son affaire était passée aux Canaye puis aux Hollandais Gluck qui, sous Louis XIV, dirigeaient les Manufactures de draps fins et écarlates des Gobelins. Jean Gluck épouse la fille d’un concurrent, François de Julienne qui, rue de la Reine-Blanche et 259, rue Mouffetard, tient manufacture pour les draps fins, façon d’Espagne, d’Angleterre et de Hollande. Jean de Julienne, neveu des deux hommes, réunit les entreprises désormais alliées dans les murs de la Folie Gobelin, qui s’étend jusqu’à ces bâtiments habituellement désignés comme hôtel de la Reine Blanche. Jean de Julienne est, de tous les amis de Watteau, celui qui possède le plus grand nombre de tableaux du peintre, accrochés ici avec d’autres pièces dans sa galerie de grand collectionneur, et jusqu’à sa mort, en 1766, octogénaire et paralytique, il continuera de s’y faire porter.

- carrefour des Gobelins. 5 000 personnes y manifestent le 14 juillet 1944.

- Durand Frères, tannerie de cuirs forts, 254 rue Mouffetard (auj. av. des Gobelins). Elle emploie environ 200 ouvriers vers 1860. La Bièvre couverte, les tanneurs se déplacent vers Gentilly et Arcueil, et Durand disparaît de l’arrondissement.

- domicile de Jeannette Vermersch, av. des Gobelins. Une chambrette, où Maurice Thorez la raccompagne, le 4 février 1934 au soir, après la conférence nationale des Jeunesses communistes au cours de laquelle, relevée de ses responsabilités, elle s’est évanouie. « Je viens avec toi », a-t-il dit à Jeannette ce soir-là, à en croire Philippe Robrieux, « Je viens pour toujours. »

Par la rue de la Reine-Blanche et la rue Nicolas Roret, on atteint la rue Le Brun.
Rue Le Brun. Précédemment, partie de la rue des Fossés Saint-Marcel ; cette dernière voie, indiquée sur le plan de Saint-Victor (1555), a porté les noms de rue de Fer, rue d'Enfer et rue des Hauts Fossés Saint-Marcel.
En face, la Manufacture. Concernant la couleur, non des papillons, mais des étoffes, le vieux mythe de l’écarlate obtenue par l’acide urique a la vie dure depuis qu’il a été lancé par Rabelais. Peut-être les dispositions de l’édit louis-quatorzien en matière de brasseries, la bière étant connue comme diurétique, l’ont-elles renforcé ? En 1823, encore, un condamné à mort écrit au directeur des Gobelins : « Monsieur, J’ai entendu dire, plusieurs fois, que l’on admettait dans la maison dont vous avez la direction des personnes condamnées à des peines graves, afin qu’étant nourries par des aliments irritants, elles procurent plus sûrement l’urine pour les écarlates que l’on y fabrique. Me trouvant, malheureusement, condamné à la peine capitale, je désirerais terminer ma carrière dans votre maison ; veuillez donc, Monsieur, avoir la bonté de m’instruire s’il est vrai que l’on y admette ces sortes de condamnés, et quelle serait la marche à suivre pour y entrer ? ».
La Savonnerie rejoint les Gobelins en 1825. En janvier 1860, un projet d’élargissement de la rue Mouffetard, qui entraînerait le déplacement de la manufacture, est vivement combattu par la presse du temps du fait qu’il néglige « l’importance qu’elle donne à un quartier de Paris, à un faubourg peu favorisé dont elle est la vie et l’orgueil ». À cette date, à la Folie Gobelin est installée une fabrique de châles.

- Morane jeune, et Morane aîné (future Société des Automobiles Delahaye). Fondée en 1835 dans le centre de Paris, l’entreprise se déplace 10, rue du Banquier. Les frères Paul-Henri et Florentin Morane sont fabricants de pompes, presses et outils hydrauliques, machines à vapeur, grues et ascenseurs. Georges Morane, client de Delahaye et participant à des compétitions avec cette voiture, et son beau-frère Léon Desmarais ont hérité de leur père et beau-père Paul Morane de l’entreprise de mécanique du 10, rue du Banquier et cherchent des nouvelles fabrications. Ils s’associent avec Emile Delahaye, dont l’entreprise arrive ici de Tours, en 1898. Elle va se trouver répartie, en 1914, sur trois sites : celui déjà cité, le 43, rue Esquirol et le 23-25, rue Jenner. La Société des Automobiles Delahaye va jusqu'en 1933 construire des voitures de classe moyenne réputées pour leur solidité, mais aussi des camions, des moteurs pour l'industrie et des canots automobiles de compétition, du matériel de lutte contre l'incendie et elle fabriquera même une très grosse machine agricole dite " charrue Tournesol". Ensuite, la famille Morane orientera la marque Delahaye vers la construction de voitures de prestige et la grande compétition, avec l'apport de la marque Delage en 1935. Devint fournisseur de nombreuses têtes couronnées et de personnages en vue dans le monde du spectacle.
A compter de son retour en France, à la Libération, Thorez, ministre d’état, roule le plus souvent dans une « très élégante et ultra-luxueuse Delahaye blindée ». Delahaye ferme en 1954 après fusion avec Hotchkiss et abandon du secteur automobile. Cette année-là, la population active du quartier compte 43% d’ouvriers, 27% d’employés, 11% de commerçants. Les ouvriers représentent alors 31% de la population active à Paris. Auj. Ecole Nationale de Biologie et de Chimie de Paris.
La grève avec occupation de 1936 aux usines Delahaye
- bibliothèque anarchiste, rue Duméril. Elle se crée dans la mouvance de Libertad, de ses Causeries populaires et de son journal l’anarchie, dans les premières années 1900. Dans la même rue Duméril, se trouve la brasserie Dumesnil depuis 1840, qui passera rue Dareau, dans le 14e, parce que les catacombes lui fourniront là des caves de fermentation pour ses 60 000 hectolitres de bière annuels.

- barrière des Deux-Moulins (Auj. angle rue Duméril/bd de l’Hôpital), lieu de rassemblement des chiffonniers. « Très mal famée à cette époque » dit Martin Nadaud, qui vient y déjeuner puis y faire la noce tout le restant de la journée plutôt que d’aller travailler dans une fosse rue de la Coutellerie. Bien lui en prend car l’un de ceux qui ont accepté ce travail y meurt asphyxié.

- salle de la Grille, 136 bd de l’Hôpital. C’est le siège des « Amis de la chanson », société qui donne des goguettes tous les dimanches durant la saison, de 4 à 7 heures du soir. On y entend Maria Verone et Jehan Rictus. Le 14 avril 1907, le groupe y donne en commun avec la Muse Rouge une grande soirée artistique à la mémoire de Jules Jouy, l’un des fondateurs du Chat Noir de Montmartre, et fournisseur de chansons de bataille pour la presse socialiste.

Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers construite en 1909-1912 par l'architecte Georges Roussi. Construite sur les anciens abattoirs de Villejuif, l'école couvre 20 000 m². Sur la moitié nord-ouest, le long du boulevard de l'Hôpital, les bâtiments administratifs et les salles de cours sont disposés autour de trois cours carrées. Sur la moitié sud-est, le long de l'avenue Stéphen-Pichon, les ateliers sont disposés en lignes perpendiculaires à l'avenue. A cette séparation dans le plan, s'ajoute une hiérarchisation des matériaux, rarement aussi claire à cette époque : la façade boulevard de l'Hôpital est en pierre, les salles de classe, sur les cours de récréation et le long des rues Pinel et Edouard-Manet sont en pierre et brique, mariant la brique rose-jaune et la brique rouge en des dessins variés, les ateliers sur l'avenue Stéphen-Pichon sont en brique et meulière, la brique jouant toujours le rôle décoratif par ses couleurs et ses appareillages.

C’est pour intégrer cet abattoir dans les limites de l’octroi, et non pour annexer le hameau des Deux Moulins, dit aussi d’Austerlitz, (triangle Jenner, bd de l’hôpital, bd de la Gare devenu Vincent Auriol) dont on n’avait cure, que le tracé du mur des Fermiers généraux a été rectifié, et créé le boulevard de la Gare en 1818

- 22, rue Rubens, PLU: Bâtiment d'activités construit vers 1920 sur une cour ouverte. Composition alliant rusticité et pittoresque : façade présentant un soubassement et un rez-de-chaussée en pierre de réemploi et deux étages en double hauteur en briques rouges. La décoration est à l'économie et tient pour l'essentiel au calepinage des briques animant le dernier étage de motifs géométriques. Toitures en saillies mettant en valeur la distribution des bâtiments. L'édifice abrite actuellement des bureaux de la Caisse Régionale d'Assurance Maladie, un centre de santé dentaire.

- la coopérative La Solidarité des Travailleurs était 4, rue Véronèse. Elle fait construire ses locaux en 1900.

un peu à droite, sur l'av. des Gobelins,
- bibliothèque russe du POSDR, 61 ou 63 av des Gobelins. Siège du Club social-démocrate russe dès avant la guerre de 14, que fréquentent aussi les socialistes du 13e. Le 9 avril 1914, par exemple, Charles Rappoport, leur fait un point sur « Le PS à la veille des élections ». En 1916, en revanche, le même Rappoport se souvient y avoir entendu Trotski et ses amis proposer, pour lutter contre la guerre, une « fraternisation avec les soldats ennemis » qui fit hausser les épaules de beaucoup.

- Théâtre des Gobelins, 73 av. des Gobelins. « Le 13e arrondissement va chercher ses distractions place d’Italie et avenue des Gobelins, et le 15e rue de la Gaîté » note Jacques Valdour, qui assiste ici, en 1909, à une représentation des Etrangleurs de Paris. Comme dans tous les autres théâtres populaires, les ouvriers y « pique-niquent », ayant apporté à boire (bouteilles et verres) et à manger, discutent, interpellent les acteurs, etc. Mais Valdour précise que ce chahut dénote un jugement très sûr de l’ouvrier parisien : « il fait du bruit surtout lorsque le dialogue des acteurs n’est vraiment que du remplissage ; un profond silence s’établit lorsque l’action dramatique se précise. »

On revient par la rue Coypel ;
- coopérative L’Utilité Sociale, 17 rue Edouard Manet. Le Club sportif de la Jeunesse Socialiste du 13e y est hébergé, qui prendra bientôt le nom d’Etoile Sportive de l’Utilité Sociale. C’est aussi le siège, durant la première guerre mondiale, de la Fédération sportive ouvrière. C'est l'entrée annexe de la
maison des syndicats, 163 bd de l’Hôpital. Largement utilisée pour les réunions des « organisations démocratiques » : l’Union des femmes, le Comité de défense de l’Humanité, celui des chômeurs, les Campeurs rouges des 5e-13e, ou le groupe artistique de la coiffure, membre de la FTOF, qui y répète le soir, en 1932. La remise des cartes aux Jeunesses communistes pour 1934, par exemple, y a également lieu. UL CGT. Bureaux Touristra.

- préau des écoles, rue Fagon. Le compte-rendu de mandat de Monjauvis, le député, et d’André Marty, le conseiller municipal du quartier de la Gare depuis déjà cinq ans, prévus pour le 5 mai 1934, vont prendre ici, après les évènements de la Cité Jeanne d’Arc, l’allure d’un meeting de masse. Outre les deux élus, Marcel Cachin et Paul Vaillant-Couturier, Marcel Gitton, secrétaire du comité central, Michaut pour les JC, Emile Bureau pour le Secours Rouge International, et Lucien Midol, député et représentant des cheminots, sont à la tribune dans une atmosphère survoltée.

- domicile de Chou En-Laï (Shou Enlai), 17 rue Godefroy. Etudiant en France à compter de 1920, il avait alors 24 ans; il demeura à cette adresse entre 1922 et 1924, indique une plaque sur la façade. Teng Hsiao Ping (Deng Xiaoping), de huit ans son cadet, était également à Paris à la même époque. Dès 1916, une Société franco-chinoise d’éducation, domiciliée 39, rue de la Pointe à la Garenne-Colombes, encourageait les études financées par le travail, servait de bureau de placement, et publiait un Journal Chinois Hebdomadaire. Shou et Deng étaient arrivés, comme 2 à 3 000 étudiants-ouvriers chinois entre 1919 et 1930, avec la deuxième vague de l’opération travail-études, inspirée par le secrétaire général du Parti communiste chinois, Chen Duxiu.
Après que la police de la concession internationale a tiré, à Shangaï, sur une manifestation de soutien à des ouvriers en grève, y faisant 13 morts, Shou et Deng, comme les deux fils de Chen Duxiu sont de ceux qui occupent la légation de Chine à Paris, le 30 mai 1925, pour protester contre le refus qu’on leur a opposé de tenir un meeting de soutien. Ils seront expulsés ou s’en retourneront à Shangaï. Ils y colleront les affiches des Jeunesses communistes de France appelant à la solidarité la flotte envoyée en renfort : « Marins français soyez dignes des marins de la Mer noire ».

- mairie du 13e, 1 place d’Italie. Le 23 juin 1947, la municipalité invite la population à s’y regrouper pour protester contre le projet de redressement financier de Robert Schuman, et former la délégation qui ira faire part de ce refus à l’Assemblée nationale.

- barrière d’Italie (auj. place d’Italie). Les chiffonniers de la rue Mouffetard et les carriers de Gentilly et d’Arcueil défendaient la barrière d’Italie. Le 25 juin 1848, le général Bréa était venu parlementer barrière d’Enfer, barrière Saint-Jacques, barrière de la Santé ; arrivé barrière d’Italie, on s’était saisi de lui et on l’avait fusillé du côté du Petit Gentilly, un peu avant le carrefour avec l’actuelle rue de Tolbiac (à la hauteur du 76 av. d’Italie).
Le 26 au petit matin, Frédéric Moreau, le héros de l'Education sentimentale, arrive de Fontainebleau par cette route : « quatre barricades formaient, au bout des quatre voies, d’énormes talus de pavés ; des torches ça et là grésillaient ; malgré la poussière qui s’élevait, il distingua des fantassins de la ligne et des gardes nationaux, tous le visage noir, débraillés, hagards. Ils venaient de prendre la place, avaient fusillé plusieurs hommes ; leur colère durait encore. » La révolution est tombée.
Ils étaient, le 25 juin 1848, deux mille cinq cents insurgés derrière sept barricades. Sur vingt-cinq personnes qui seront traduites devant un conseil de guerre, on compte deux cordonniers, un contremaître tanneur, un marchand de chevaux et deux apprentis dans ce métier, un charpentier, un maçon et un garçon maçon, un carrier, un terrassier. Un employé de librairie est le seul employé du lot. Cinq seront condamnés à mort, et deux finalement guillotinés, le 17 mars 1849, à cette même barrière, devant plus de dix mille hommes de troupe, et quatre canons braqués sur les principaux axes de circulation.
Exécuté le premier, Henri-Joseph Daix, 44 ans, demeurait 34, rue Poliveau. Trépané, suicidaire, borgne, c’était un administré de Bicêtre depuis un accident qui lui avait fait perdre, de plus, l’usage d’un bras et d’une jambe. Nicolas Larr, 29 ans, « homme d’une grande énergie et d’une force herculéenne », était l’un de ces trois frères wurtembergeois, maçons travaillant sous les ordres de Martin Nadaud à la construction de la nouvelle mairie du 12e arrondissement, place du Panthéon. Il portait des boucles d’oreilles qui l’avaient fait reconnaître. Sa femme tenait un commerce de vin à la barrière des Deux Moulins (aujourd’hui place Pinel), côté Ivry. Nadaud publiera une lettre pour témoigner que Larr, gagné comme beaucoup aux idées bonapartistes, « avait marché au combat aux cris réitérés de “Vive Napoléon !” ». En vain.

- atelier de construction de matériel roulant, place d’Italie. Créé en 1906, c’est l’un des six qui accompagnent le développement du métro dans la capitale.

- Au lion d’Afrique, place d’Italie. Ce café fut la permanence de la 13e section socialiste avant le 199, boulevard de la Gare, au milieu des années 1930.

- maison de Granger, 25 boulevard Auguste Blanqui. Ici, « l’Enfermé » de toutes les geôles de France, dont le Mont-Saint-Michel, vint se réfugier chez son ami Granger à sa sortie de Clairvaux, le 11 juin 1879. Zola le dépeint sous le nom de Barthès dans son Paris : « Agé de 74 ans, Barthès avait passé près de 50 années en prison. Il était l’éternel prisonnier, le héros de la liberté que tous les gouvernements avaient promené de citadelle en forteresse. Depuis son adolescence, il marchait dans son rêve fraternel, il combattait pour une république idéale de vérité et de justice, et il aboutissait toujours au cachot, il allait toujours achever sa rêverie humanitaire sous de triples verrous. (...) Et lorsque la république était venue, cette république qui lui avait coûté tant d’années de geôle, elle l’avait emprisonné à son tour, ajoutant des années d’ombre aux années déjà sans soleil. Et il restait le martyr de la liberté, et il la voulait quand même, elle qui n’était jamais. »
Blanqui resta chez Granger jusqu’à sa mort, le 1er janvier 1881. « La chambre mortuaire était au quatrième, / Et la foule à pas lents gravissait l'escalier, / Le peuple du travail, en blouse d'atelier... » écrira Eugène Pottier. Ses obsèques réunirent 100 000 personnes. L’année suivante, au premier anniversaire de sa mort, 300 personnes, rassemblées ici devant son domicile, tentaient de partir en cortège ; dès la place d’Italie, elles étaient dispersées par la police et un certain nombre d’entre elles arrêtées.

- adresse de Cam Yu Tchen Chen, 5 rue Thiers (auj. Paulin-Méry). On le connaît par les papiers saisis lors d’une perquisition chez Suzanne Girault, dirigeante du PC, et concernant la circulation de « l’or de Moscou ». Le 17 avril 1924, Yu a écrit au camarade Sémard pour récupérer 500 roubles or que l’Internationale lui aurait adressés via le PC. Dans une autre correspondance, l’interlocuteur russe qui signe « Marie » fait savoir à Suzanne Girault qu’il a envoyé 155 dollars à Yu, « par Rose », quatre semaines plus tôt.