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Dieu soit loué, et mes boutiques aussi!

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L'expression est de Petrus Borel, dans la préface de novembre 1831 à ses Rhapsodies : "une époque où l'on a pour gouvernants de stupides escompteurs, marchands de fusils, et pour monarque, un homme ayant pour légende et exergue : "Dieu soit loué, et mes boutiques aussi!" Elle caractérise bien la monarchie de Juillet et son roi bourgeois, Louis Philippe, annonçant une balade, menée pour Virgin Grands Boulevards, riche en appui-corps et vantaux de porte de fonte moulée.

Entre la rue Vivienne et la rue Montmartre, on est sur l’emplacement des jardins de l’hôtel de Montmorency-Luxembourg.
5, bd Montmartre (Virgin Megastore), PLU : sur le boulevard, cet immeuble à usage mixte, de la fin du 19e siècle, en U, abritait dès 1906  la salle luxueuse de l’Omnia-Pathé ;
7, bd Montmartre, Théâtre des Variétés, de 1807. C'est là que triomphera Hortense Schneider dans La Belle Hélène, d'Offenbach, en 1864, puis dans La grande Duchesse de Gerolstein, du même, trois ans plus tard.

En face, de l'autre côté du boulevard, le n°8, PLU, est l’Hôtel de Quinsonas construit par l'architecte Cheveny de la Chapelle vers 1778-1780. De style Louis XVI, il apparaît comme l'un des rares témoignages subsistants de la période faste pour les Grands Boulevards que fut la fin de l'Ancien Régime. La marquise de Quinsonas hérite de l'hôtel en 1792 et sa famille y réside encore sous la Restauration. Les éléments les plus notables consistent en un balcon soutenu par des consoles ornées de guirlandes, et en un escalier à rampe en fer forgé Louis XVI, qui témoignent du style néo-classique en vigueur à la veille de la Révolution.

Musée Grévin : ce fut d'abord un titre de presse, magazine en 3D ou JT paralysé, d’un type nouveau puisqu’il s’agissait d’un « journal plastique », ouvert en 1882 au bout du passage Jouffroy. A l’aide de cent cinquante figures de cire, le journaliste Arthur Meyer, fondateur du Gaulois, et le caricaturiste Alfred Grévin y mettaient en scène toutes les rubriques de l’actualité, y compris les faits divers les plus sanglants.
À côté, le Petit Casino était un café-concert aménagé comme une salle de spectacle : les seuls espaces prévus pour poser les consommations y étaient les tablettes accrochées au dos des fauteuils du rang précédent. Damia, la « tragédienne de la chanson », qui a eu le bon goût de naître pour le centenaire de la Révolution et qui personnifiera la Marseillaise dans le film d’Abel Gance, fera là ses débuts. Le Petit Casino, le dernier café-concert de Paris à maintenir la tradition, réussira à faire venir un public de quartier pour une matinée et une soirée quotidiennes jusqu’en 1948.

11, bd Montmartre, Passage des Panoramas ; sous le Consulat, au paysage à portée de vue, on ajoute ceux, artificiels, peints sur les murs circulaires de vastes rotondes qu’on appelle des « Panoramas » : "Paris tel qu’on le voit du haut du château des Tuileries", Toulon et, plus tard, Rome et Jérusalem. Ouvert dès 1800, le Passage des Panoramas, qui tient son nom des salles précitées, est le 1er du genre; éclairé au gaz en 1817.

Dans les années 1830, quand un républicain suit une princesse qu’il aime d’un amour platonique, ça se passe sur les Grands Boulevards : Michel Chrestien, membre du cénacle de Lucien de Rubempré et d’Arthez, suit  la princesse de Cadignan, de Balzac. Elle raconte :
« La veille des funérailles du général Lamarque, je suis sortie à pied avec mon fils et mon républicain nous a suivis, tantôt derrière, tantôt devant nous, depuis la Madeleine jusqu’au passage des Panoramas où j’allais.
— Voilà tout ?, dit la marquise.
— Tout, répondit la princesse. Ah ! le matin de la prise de Saint-Merry, un gamin a voulu me parler à moi-même, et m’a remis une lettre écrite sur du papier commun, signé du nom de l’inconnu.
— Montrez-la-moi, dit la marquise.
— Non, ma chère. Cet amour a été trop grand et trop saint dans ce cœur d’homme pour que je viole son secret. Cette lettre, courte et terrible, me remue encore le cœur quand j’y songe. »

Sous le 2nd Empire, Zola, fait pleurer au même endroit le comte Muffat, chambellan de l’impératrice, quand l’entrée des artistes du théâtre des Variétés, où il attend Nana, reste pour lui désespérément vide. « Sans pouvoir expliquer comment, il se trouvait le visage collé à la grille du passage des Panoramas, tenant les barreaux des deux mains. Il ne les secouait pas, il tâchait simplement de voir dans le passage, pris d’une émotion dont tout son cœur était gonflé... Alors, il avait repris sa marche, désespéré, le cœur empli d’une dernière tristesse, comme trahi et seul désormais dans toute cette ombre. Le jour enfin se leva, ce petit jour sale des nuits d’hiver, si mélancolique sur le pavé boueux de Paris. Muffat était revenu dans les larges rues en construction qui longeaient les chantiers du nouvel Opéra. Trempé par les averses, défoncé par les chariots, le sol plâtreux était changé en un lac de fange. Et, sans regarder où il posait ses pieds, il marchait toujours, glissant, se rattrapant. »

Vingt ans plus tard, le simple fait de stationner dans le passage des Panoramas, pour une femme, est équivoque, comme l’apprend Mme Eyben à ses dépens. Ayant rendez-vous avec ses enfants passage des Panoramas, elle y est interpellée, le 29 mars 1881, par la très arbitraire police des mœurs, que sa vigoureuse campagne de presse réussira néanmoins à faire abolir.

- à droite, 11, rue St-Marc / 3, rue des Panoramas, et à gauche 7-9, rue St-Marc / 4, rue des Panoramas, PLU. Dans cette rue des Panoramas ouverte en 1782 par le duc de Luxembourg, dont tout l’îlot était la propriété, maisons fin 18e siècle, symétriques avec angles curvilignes sur la rue St-Marc, ouverte en 1780.
- 1, rue des Panoramas (16, rue Feydeau) - 2, rue des Panoramas (14, rue Feydeau), PLU: sur ces maisons de la fin du 18ème siècle, symétriques, des arcades en plein cintre embrassent rez-de-chaussée et entresol.

La rue Feydeau conserve au plan de Paris la trace de la nouvelle enceinte de Louis XIII, faite non plus d’une muraille et de tours, mais de bastions en as de pique reliés par des courtines.

- 24, rue Feydeau, PLU: bâtiment à façade plissée de Fernand Colin, 1932,  à destination mixte de bureaux et habitations.
- 23, Feydeau et 6, Colonnes : La rue des Colonnes, ouverte en 1793-95, est d’abord un passage, celui du théâtre Feydeau, et quand elle est privée de sa couverture, sous le Directoire, elle garde néanmoins, avec ses arcades, tout ce qu’il faut pour continuer d’être l’abri de l’attente et de l’entracte. Le percement de la rue de la Bourse en 1826, l’a coupée.

Sous la Restauration, la Bourse n’est encore qu’une construction provisoire en planches et en pans de bois, formant une salle ronde où l’on entre par la rue Feydeau. La spéculation va meilleur train autour, comme l’explique le banquier Claparon à César Birotteau : « Eh ! cher monsieur, si nous ne nous étions pas engagés dans les Champs-Élysées, autour de la Bourse qui va s’achever, dans le quartier Saint-Lazare et à Tivoli, nous ne serions pas, comme dit le gros Nucingen, dans les iffires ».
En 1827, le temple antique qu’avait imaginé Brongniart, et que la mort l’a empêché de voir, est tout de même terminé, et Balzac décrit les alentours : « La place de la Bourse est babillarde, active, prostituée ; elle n’est belle que par un clair de lune, à deux heures du matin : le jour, c’est un abrégé de Paris ; pendant la nuit, c’est comme une rêverie de la Grèce ».

La rue Ménars, comme la rue Feydeau, marque l’emplacement de la nouvelle enceinte de Louis XIII ; entre elles s'élevait la porte Richelieu qui ne fut abattue qu’en 1701.

- 86, rue de Richelieu, PLU : maison de rapport néoclassique d’aspect Louis XVI ; garde corps du balcon à motifs Louis XVI en fer forgé comme appuis de fenêtres.

- 24, rue Saint-Marc, PLU : de1894, bâtiment d’activité de Salomon Dalsace (draps, broderies, dentelles, passementerie) préfigurant ceux de la rue Réaumur.
- 18, rue Saint-Marc, PLU : maison construite en 1734 pour le Fermier Général Le Magon de La Balue ; voir aussi façade sur cour.
- 16 rue Saint-Marc, PLU : mitoyen et de même date, 1734, appuis de fenêtres en fer forgé conservés aux 2 premiers étages.
- 14, rue Saint-Marc, PLU : maison d’aspect début 19e (nouvel alignement en 1826), faux appareil de pierre ; appuis de fenêtre en fonte.

- 39 à 47, rue Vivienne (de la rue St-Marc au bd Montmartre), PLU : peu après 1830, contemporains du percement de cette partie de la rue (entre Feydeau et bd Montmartre), type ordonnancé néo-classique, bel ensemble de portes à vantaux Louis-Philippe à croisillons et têtes de lions bien conservé.
- 44, rue Vivienne, PLU : façade Restauration conservée.

53, rue Vivienne et 15-17, bd Montmartre, à partir de 1837 pour le comte d’Osmond, riche propriétaire foncier, l’une des locations les plus chères de Paris au 19siècle. Du 15 au 23, opération unique entre Vivienne et Richelieu ; l’absence de porte et de passage cocher du n° 17 laisse penser que le rez-de-chaussée était destiné dès l’origine à un usage commercial.
19, 21-23 bd Montmartre (et 112, Richelieu) idem.

En face :
- 14, bd Montmartre, PLU : années 1930, entresol et rez-de-chaussée commerciaux, balcons baignoires à l’étage d’habitation.

- 16, bd Montmartre, PLU : ancien hôtel de 1778, occupé par le comte Florimont de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche à Paris de 1783 à 1790 ; l’une des 1ères maisons apparues sur le Boulevard. Le côté nord ne commence à se construire qu’à ce moment. S’arrêtait à la corniche avant surélévation. L’hôtel conserve un vestibule monumental, un bel escalier et, au 1er étage, un salon 18e, une salle à manger sculptée de Charles Garnier de 1890 : ces 2 éléments sont ISMH depuis 1958.

De la rue Vivienne à la rue de Richelieu, une terrasse de bois longeait le Boulevard en une gloriette brillamment éclairée, c'était Frascati, un hôtel particulier Louis XIV, devenu sous le Directoire, entre les mains du glacier napolitain Garchi, un hôtel meublé assorti d’un restaurant et d’une maison de jeu. Autour, une végétation méditerranéenne d'importation, ponctuée d’architectures éphémères. Dix ans après la présence de Chopin boulevard Poissonnière, vers 1841 donc, Balzac occupe une maison d’angle à la situation semblable : il a deux pièces donnant sur le boulevard, une sur la rue de Richelieu. C’est Buisson, son tailleur, qui a fait construire « cette espèce de phalanstère colyséen », « dans la cour de l’hôtel où tous les joueurs de Paris ont palpité pendant trente-cinq ans », celle de Frascati, « dont le nom est religieusement conservé par un café, rival de celui dit du Cardinal, qui lui fait face ».
À l’époque de Balzac, on ne parle plus de vue, comme du temps de Chopin, on parle d’argent : « Admirez les étonnantes révolutions de la propriété dans Paris ! Sur la garantie d’un bail de dix-neuf ans qui oblige à un loyer de cinquante mille francs, un tailleur construit, et il y gagnera, dit-on, un million ; tandis que, dix ans auparavant, la maison du café Cardinal, dont le rez-de-chaussée rapporte aujourd’hui quarante mille francs, fut vendue pour la somme de deux cent mille francs ! ».

106 à 110, rue de Richelieu, PLU : 1840, immeubles de rapport typiquement Louis Philippe: fontes des vantaux des 3 portes cintrées caractéristiques ; au 108, voir plafond du vestibule donnant accès à la cour ; ferronneries des balcons filants. 
- 103, Richelieu et 1-1bis, bd des Italiens : immeuble de rapport de la 1ère moitié du 19e siècle, (entresol sans doute rajouté ultérieurement) sur la rue de Richelieu : garde-corps en fonte, portail Louis-Philippe à 3 ouvertures dont, au centre, une porte à vantaux ajourés de grilles de fonte.

- 101, en face, passage des Princes. On a vu le 1er du genre, celui des Panoramas, voici le dernier de la série, celui des Princes. Inscription ISMH 11 août 1975 pour Façades, verrière et sol du passage. L’inauguration en 1860 du Passage Mirès, qui deviendra le Passage des Princes, annonçait tout à la fois, la fin des passages parisiens et celle du financier Mirès qui venait de faire faillite.
- 5, bd Haussmann / 16, bd des Italiens, PLU : Couvrant un îlot, l'immeuble des "Italiens" de la Banque Nationale de Paris a été construit en 1932 par les architectes J. Marrast et Charles Letrosne pour la Banque Nationale du Crédit et de l'Industrie. Élevé sur dix niveaux, cet immeuble de facture Art-Déco, se termine par des gradins posés sur une corniche saillante décorée de gros modillons. La volumétrie monumentale et la décoration des chapiteaux selon des motifs géométriques donne à cet immeuble la dimension d'un temple égyptien. Sur chaque boulevard, trois portes de ferronneries sont dues au ferronnier Raymond Subes.

Années 1870: au café Riche, au n° 16, à l’angle de la rue Le Peletier se partage, à cinq, un « dîner des auteurs sifflés » : Flaubert en est pour l’échec de son Candidat, un canevas laissé par son ami Bouilhet qu’il a fini pour le Vaudeville voisin, Zola pour Les Héritiers Rabourdin, Edmond de Goncourt pour Henriette Maréchal, Daudet pour son Arlésienne. « Quant à Tourgueniev, expliquera Daudet, il nous donna sa parole qu’il avait été sifflé en Russie, et, comme c’était très loin, on n’y alla pas voir. »
Dans les premières années 1880, les Impressionnistes s’y retrouvent pour un dîner mensuel, décidé à leur 6e exposition, afin de célébrer les retrouvailles avec Monet, Renoir et Sisley. On y voit parfois Mallarmé.
L’unanimisme sera de courte durée : à leur 8e exposition – il n’y en aura pas d’autre –, qui ouvre le 15 mai 1886 pour un mois à la Maison Dorée, au coin de la rue Laffitte, les trois prodigues ont à nouveau fait sécession, tandis que Degas y a accepté Seurat et Signac, les Pissarro père et fils, en un mot, pour le moins des « Néo ». Le groupe impressionniste finit sur le Boulevard comme il y a commencé.

Odette « n’était pas chez Prévost ; il voulut chercher dans tous les restaurants des boulevards. Pour gagner du temps, pendant qu’il visitait les uns, il envoya dans les autres son cocher Rémi, écrit Proust. Mais le cocher revint lui dire qu’il ne l’avait trouvée nulle part… Swann se fit conduire dans les derniers restaurants… Il ne cachait plus maintenant son agitation, le prix qu’il attachait à cette rencontre et il promit en cas de succès une récompense à son cocher… Il poussa jusqu’à la Maison Dorée, entra deux fois chez Tortoni [Flaubert vantait déjà sa fricassée de poulet froid] et, sans l’avoir vue davantage, venait de ressortir du Café Anglais, marchant à grands pas, l’air hagard, pour rejoindre sa voiture qui l’attendait au coin du boulevard des Italiens, quand il heurta une personne qui venait en sens contraire : c’était Odette ».
Il monte avec elle dans la voiture qu’elle avait, disant à la sienne de suivre. Elle tient à la main un bouquet de catleyas, elle en a dans les cheveux, et dans l’échancrure de son corsage. Après un écart du cheval, qui les a déplacés, Swann se propose de « les enfoncer un peu » de peur qu’elle ne les perde. C’est à compter du moment qui suit que faire l’amour, pour eux, se dira « faire catleya ».

7-9 bd Haussmann, marbres du Bistrot romain.

- 4, rue Drouot, PLU : maison 18e siècle, rectifiée sous Louis-Philippe, remarquable balcon en fonte à l’étage noble.
- mairie du 9e, hôtel Aguado. Alexandre Aguado, marquis de Las Marismas, d’origine espagnole, acquiert l’hôtel particulier qui abrite aujourd’hui la Mairie du 9ème arrondissement de Paris, rue Drouot, en 1829, et il en fait sa demeure. Banquier de profession, il s’intéresse à l’art lyrique (il est ami de Rossini et il en assure la fortune par de judicieux placements) et aussi à la peinture. [Il achètera aussi en 1843 la "maison du pont-de-fer" (voir plus loin)]
- 8, rue Drouot, (et 5, Rossini), PLU : maison 18e rectifiée sous Louis-Philippe, remarquable balcon en fer forgé 18e siècle ; porte cochère.

Le coude de l’actuelle rue Rossini dessine encore l’angle sud-est de la Grange-Batelière, une ferme anciennement fortifiée, en ordre de « bataille », ce qui, par altérations successives, avait donné « batelière ».
- 3, rue Rossini, PLU : Immeuble de rapport destiné à la haute bourgeoisie datant de 1848-1876. Le style Empire de cet immeuble est donné par la composition régulière des façades en pierre de taille agrémentées d'éléments décoratifs relativement sobres et l'emploi de l'ordre dorique pour le portique et les pilastres des façades ouvertes sur la cour.

Au n° 10 de la rue de la Grange-Batelière, l’hôtel de Michel Le Duc de Biéville, des années 1770, a été acquis dès la Restauration par le riche agent de change Tattet. Alfred, le fils de la maison, d’un an plus âgé que Musset, sera le maître en débauche du jeune poète, doublé d’un ami sûr qui s’attirera ses vers reconnaissants : « Dans mes jours de malheur, Alfred, seul entre mille / Tu m’es resté fidèle où tant d’autres m’ont fui ».
Musset passe beaucoup de temps chez les Tattet, aussi bien, chaque automne, dans leur château de Bury, près Montmorency, qu’à leur hôtel de la Grange-Batelière. C’est ici qu’il leur donne lecture de son Rolla. Il a 23 ans, il se sent avoir été privé de tout rapport possible à la divinité, de tout élan de foi par le 18ème siècle déicide, et en accuse Voltaire en ces vers dont l’expression fera florès : « Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire / Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ? ». Le « hideux sourire » et le mal du siècle, dont il est la cause, trouvent donc à se dire pour la première fois dans ce salon de la rue de la Grange-Batelière avant que la publication de Rolla, immense succès de librairie de l’année 1833, ne les porte partout.

Sous le Second Empire, témoigne La Bédollière, on voyait passage Jouffroy (1845, sur les jardins de l’hôtel Aguado), passage Verdeau (1846), dans celui de l’Opéra, celui des Panoramas, le plaid des Écossais, les fourrures des gens du Nord, les sombreros de Madrid ou de La Havane, les fez de Constantinople ou du Caire. Les étrangers, comme les provinciaux, apparaissaient à partir de midi. À 17h, les journaux du soir, particulièrement nombreux sur le Boulevard – Le Constitutionnel, L’Écho de Paris, L’Événement, Le Figaro, Le Gaulois, Le Gil Blas, La Libre Parole, Le Mousquetaire d’Alexandre Dumas, Le Petit-Journal, Le Soir, Le Temps –, étaient distribués dans les kiosques et l’on se cognait alors à ceux qui les lisaient en marchant. À 18h, les habitantes des quartiers Bréda et Notre-Dame-de-Lorette prenaient des positions stratégiques depuis le passage Jouffroy jusqu’à la rue de la Chaussée-d’Antin.

Dans les derniers jours de l’Empire, la librairie Gabrie, au n° 25 du passage Verdeau, prend en dépôt les deux fascicules, à cinq cents exemplaires chaque, des Poésies de Lautréamont. Isidore Ducasse, qu’on a vu 15, rue Vivienne au mois de mars et 7, rue du Faubourg-Montmartre à l’été.
"Les cartes qui viennent d'être caressées par mes mains s'annoncent comme étant terriblement ravageuses. - Les enseignes se décrochent difficilement, et le fou du passage Verdeau court toujours. C'est sans doute à cause de ce dernier qu'il m'est impossible d'avancer mes pions." Marcel Noll, in La Révolution Surréaliste n°1, 1er décembre 1924.

D’une étendue bien moindre que la Grange Batelière étaient les terres de Geoffroy et de son épouse Marie qui, dans les années 1260, en avaient fait une pieuse donation à l’Hôtel-Dieu. Après 1840, au moment de lotir le lieudit qu’on appelait maintenant la Boule Rouge, qui faisait maison close, les financiers Pène et Mauffra ressuscitèrent de leur lointain passé les admirables donateurs afin de profiter publicitairement de la vogue gothique créée par le Notre-Dame de Paris de Hugo.

- 18-20, rue Montyon / 2-4, rue Geoffroy-Marie, PLU : immeuble de rapport construit après 1840 dans le lotissement de la Boule Rouge, cour en demi-cercle ouverte sur rue par porche en plein cintre, disposition rare et originale.

- 10-12, rue Montyon / 10-10 bis, rue Geoffroy-Marie, PLU : immeuble de rapport, après 1840, dans lotissement de la Boule Rouge par financiers Pène et Mauffra ; belle grille de balcon en fonte. Un passage couvert, de Montyon à Richer, de même date, s'étirait dans l'axe de la rue Saulnier : passage Richer au nord, galerie Bergère au sud, annexée depuis 1927 par un restaurant à son ex débouché nord, un garage à l'ex débouché sud.

Folies-Bergère : derrière le bar au grand miroir immortalisé par Manet, c’est, en avril 1926, la première de La Folie du jour avec cette Joséphine Baker qu’on s’arrache depuis qu’elle a triomphé l’année précédente dans la Revue nègre du Théâtre des Champs-Élysées.
Au long de huit tableaux, les « girls » très peu vêtues des Folies-Bergère interprètent des touristes américaines tentées par les vitrines de magasins de luxe parisiens, qui, en une sorte de strip-tease à l’envers, enfilent toutes les emplettes qu’elles viennent d’y faire. Après quarante minutes où la tension est ainsi montée de manière insoutenable, Joséphine Baker arrive enfin sur scène en descendant d’un palmier, vêtue seulement de bananes, pendant autour d’une ceinture, que les mouvements de ses hanches et de son ventre redressent vigoureusement.

Le potager de Guillaume Berger fut à l’origine de la rue Bergère,
- 29-35, rue Bergère, PLU : période Louis-Philippe; sur soubassement à bossage, garde-corps et balustrades des balcons en fonte.

- 7, rue du fbg Montmartre, PLU : imm. de rapport seconde moitié du 19; sur cour, bouillon Chartier de 1895.
Isidore Ducasse y meurt, à l’hôtel, juste après la proclamation de la IIIe République, le 24 novembre 1870. Ceux qui vont manger chez Chartier, suiveur de Duval, passent aujourd’hui devant une plaque qui reprend le début de la strophe 10 du premier des Chants de Maldoror : « Qui ouvre la porte de ma chambre funéraire ? J’avais dit que personne n’entrât ».

À peu près au même moment, Chopin, quittant le 27, boulevard Poissonnière, s’est installé au n° 4 de la cité Bergère pour partager un appartement avec un compatriote fraîchement émigré, le médecin Aleksander Hofman. Heinrich Heine, "fils de la Révolution" française, accouru à Paris sitôt les Trois Glorieuses, va trouver à se loger dans la même cité d’hôtels destinés aux étrangers venant visiter les Boulevards, au n° 3. Il se traduit avec quelques aides, dont celle de Nerval ; il écrit aussi directement en français, et les complaisants l’ont vite qualifié de « Nouveau Voltaire », ce qui ne l’empêche pas de se lier avec Musset.

Le Comptoir d’Escompte, partant du 14, rue Bergère, s’agrandit de tous les hôtels mitoyens.

Martin Nadaud, qui travaillait rue Saint-Fiacre l’année où le Siècle arrivait dans le quartier, voyait partout à la ronde, du haut de son échafaudage, « de grands magasins de marchandises d’exportation qu’on chargeait ou déchargeait dans la cour ou même dans la rue. On sait que ce quartier est le centre du grand commerce d’exportation de Paris ». Dans ces rues « silencieuses et mornes dès 8 heures du soir, confirme La Bédollière, loge une foule d’exportateurs, agents acheteurs, commissionnaires en marchandises, agents de transports maritimes, représentants de maisons de commerce et de manufactures ».

A gauche, on a le 14, bd Poissonnière, qui porte l'inscription Pont-de-Fer au dessus de sa porte. Mais il la tire de sa voisine : la vraie Maison du Pont-de-fer, autrefois numérotée 14, est à l'actuel n°12, PLU : de 1838, par Théodore Charpentier (1797-1867) ; achetée en 1843 par Alexandre Aguado, marquis de Las Marismas ; derrière l’immeuble donnant sur le boulevard, deux autres se succèdent, reliés entre eux par un « pont de fer », (au ras de ces passerelles, des ateliers à grandes baies) jouant avec le dénivelé induit par la butte des anciens remparts. Elle s'ouvrait par une large entrée à double arcade, le pont de fer partait à la hauteur du 1er étage ; on pouvait aussi accéder à la cour par le 3, rue du Fbg Poissonnière. En 1842, on y trouve Léonard, fabricant de lits en fer. Le bazar d'Alexis Godillot s'y ouvre en juillet 1845. On le voit sous le sang et la mitraille lors du coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte.
« Un témoin dit : "... A trois heures et un quart un mouvement singulier a lieu. Les soldats qui faisaient face à la porte Saint-Denis opèrent instantanément un changement de front, s'appuyant sur les maisons depuis le Gymnase, la maison du Pont-de-Fer, l'hôtel Saint-Phar, et aussitôt un feu roulant s'exécute sur les maisons et sur les personnes qui se trouvent au côté opposé, depuis la rue Saint-Denis jusqu'à la rue Richelieu. Quelques minutes suffisent pour couvrir les trottoirs de cadavres" ... Un autre : "... Les glaces et les fenêtres de la maison du Pont-de-Fer furent brisées. Un homme qui se trouvait dans la cour était devenu fou de terreur. Les caves étaient pleines de femmes qui s'y étaient sauvées inutilement. Les soldats faisaient feu dans les boutiques et par les soupiraux des caves. De Tortoni au Gymnase, c'était comme cela. Cela dura plus d'une heure. » Hugo, Napoléon le petit.
Puis le fameux Bazar général des voyageurs s'y installe en octobre 1855. Il y avait aussi, bien sûr, un café ; dans les années 1873-74, un groupe d'environ 25 républicains (donc illégal, il faut se déclarer au-dessus de 20) de "tendance gambettiste" selon la police, s'y réunit tous les soirs. Quand, en 1882, naît un "journal républicain indépendant", Le Matin, qui s'installe au 1, rue des Panoramas, le café prend son nom ; il le porte toujours.

-15, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport de style néo-Louis XVI.

- 20, bd Poissonnière, PLU : fin monarchie de Juillet, pour Marquis, chocolatier établi passage des Panoramas et rue Vivienne ; garde-corps des balcons en fonte ; certains des « grands et beaux appartements bien décorés » des étages, décrits ainsi en 1852, subsistent en partie ; cour exceptionnelle : ornements, fontaine.

- 17, bd Poissonnière, PLU : propriété de M. d’Ailly au 18e, antérieure à l’ordonnance d’alignement de 1826 ; un passage latéral dessert la cour.
- 19, bd Poissonnière, PLU : hôtel élevé sur terrain acquis en 1788 pour Cousin de Méricourt, ancien caissier des Etats de Bourgogne ; 5 niveaux d’origine, surélevé au 19; garde-corps en fer forgé à motifs d’ogives sur les trois balcons filants, porte en ferronnerie à motifs de couronnes de lauriers.

-  24, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport 1792, porte monumentale ; à l’arrière, rez-de-chaussée et 1er étage fin 18e surélevés au 19e.

- 26, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport 1792, même architecte que n°24, figures féminines sous l’attique, formant frise.

- 21, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport à façade Louis XVI, réputé avoir été construit pour son compte par le maître maçon Trou qui construisait le n°19.

- 25, bd Poissonnière, PLU : vers 1788-89 par une famille de la noblesse auvergnate sur le jardin de leur hôtel de la rue Montmartre ; au 1er étage subsiste un décor intérieur sculpté et décoré ; garde-corps en fonte à motifs de navettes 19e s.

Chopin se domicilie au 27, la plaque est sur 25. Il a 21 ans, il s'est réfugié à Paris après la chute de Varsovie.
Frédéric Chopin, sera le dernier à profiter – et à nous en transmettre le souvenir – de la vue que l’on a de ce balcon de Paris qu’est la façade méridionale du Boulevard. Au-dessus du trottoir, qui commence à remplacer les bas-côtés de terre battue simplement séparés de la chaussée par de grosses bornes de pierre, et plus haut que ses deux rangées d’arbres, Chopin s’installe à l’automne de 1831 dans l’immeuble du Grand Bazar de l’Industrie française, au coin de la rue Montmartre. « Dans mon cinquième étage (j’habite boulevard Poissonnière n° 27) – tu ne pourrais croire combien est joli mon logement ; j’ai une petite chambre au délicieux mobilier d’acajou avec un balcon donnant sur les boulevards d’où je découvre Paris de Montmartre au Panthéon et, tout au long ce beau monde. Bien des gens m’envient cette vue mais personne mon escalier. »

-29, bd Poissonnière (et 178, rue Montmartre), PLU : immeuble de rapport typique haussmannien.

- 32, bd Poissonnière / 2, rue du fbg Montmartre, PLU : façade d'aspect premier tiers du 19e siècle, balcon filant conservé sur l’étage d’attique.
En face du balcon de Chopin, le Brébant, à l’angle des 32, boulevard Poissonnière et 2, rue du Faubourg-Montmartre, est un autre des restaurants fameux du Boulevard. C’est là que Flaubert fait déplacer la « société Magny » après les décès de Gavarni et de Sainte-Beuve.
- 2, bd Montmartre/1, rue du fbg Montmartre, PLU : immeuble de rapport 1839, grilles de porte et balcons en fonte Louis-Philippe.

1, bd Montmartre/169, Montmartre, PLU : façades début 19e, remarquables garde-corps.

3, bd Montmartre, PLU : 1844, garde-corps en fonte ouvragée.

De Libertad à Ko-Ko-Ri-Ko, et au-delà


L'occasion de ce parcours est une balade destinée aux "nouveaux du 11e", avec pour terme la librairie Imagigraphe, 84 rue Oberkampf.

On part de la statue d'un forgeron qui, sans sa masse, évoque le penseur de Rodin. On est dans l’ex rue d’Angoulême, du nom du grand prieur du Temple, on y reviendra. Le cercle internationaliste ‘Les Sans Patrie’, fondé en 1880, a tenu ses réunions hebdomadaires du samedi, salle Thomas, dans cette rue. Les Causeries populaires de Libertad y ont eu une annexe en 1903, à l’angle de la rue Morand, aujourd’hui mosquée Omar dont les fidèles, lors de la grande prière du vendredi, débordent largement sur la chaussée adjacente.

On remonte vers le n° 98 de la rue désormais Jean-Pierre Timbaud, de 1887 : 5 bâtiments d’habitation en belle brique de Bourgogne, 4 cours où percent comme des taupinières les verrières d’un atelier qui occupait tout le sous-sol de la parcelle et, pour son premier tronçon, réaménagé en appartement.

- 94 rue Jean-Pierre Timbaud. Ex manufacture d'instruments de musique de 1881 à 1936 : la lyre du portail (1882) est le seul élément explicite qui en rappelle l'histoire. « Couesnon & Cie » fabriquait dans la grande halle métallique des cuivres très réputés dans l’univers de la fanfare et du jazz. Le Hall de l'hôtel industriel (en haut du perron, sur la cour) était son magasin, vitrine internationale de ses instruments qui étaient testés dans la salle de l'Harmonie. Au début de la 3e République, six cents ouvriers y fabriquaient des instruments à vent dans « la manufacture la plus importante du monde ». L'usine, achetée par l'Union Fraternelle des Métallurgistes, devint propriété de la CGT métaux en 1936. A cette époque, c’est Rol-Tanguy, métallo de Talbot Paris puis de Renault, militant de la première cellule d’entreprise créée dans l’usine au début 1924, qui est le secrétaire du syndicat des métallos de la région parisienne. A partir des années 1930, c’est toujours le syndicat des métaux qui est le premier du cortège syndical au Mur des Fédérés, et à la tête des métallos, on trouve Jean-Pierre Timbaud, ouvrier dans une fonderie d’art, trapu, « image d’Epinal avec ses couleurs chantantes et crues », comme le décrit Philippe Robrieux. C’est dans le Grenelle des usines Citroën qu’il a mené la campagne électorale du Parti communiste, en 1932, contre Marceau Pivert. C'est sous ce fer forgé des métallos que sont accueillis les volontaires des Brigades internationales à leur retour en 1938, que se tissent des réseaux de résistance. A la Libération, de solides barricades s’élèvent là comme avenue Parmentier, faubourg du Temple. Le 24 août, les Allemands essayent de les forcer en direction de la République ; ils sont repoussés à l’aide de grenades incendiaires et d’un canon de 77 pris à l’ennemi. La rue pourra alors honorer Jean-Pierre Timbaud, fusillé depuis déjà trois ans, depuis l’été 1941, à Chateaubriand. C'est dans la Maison des métallos que fut rendu le dernier hommage à Dulcie September, amie de Nelson Mandela, assassinée à Paris. La Maison a été rachetée par la ville de Paris, et confiée à la mairie du 11e pour devenir un lieu polyvalent. L’Union des métallurgistes y a conservé un espace pour installer son Institut d’Histoire Sociale.

- passage de la Fonderie (fin 2nd Empire), rénové en 1990, plus aucune activité industrielle n’y existe : les seringues et pulvérisateurs Julien pas plus que la grande imprimerie. Au fond, là où le passage rejoint en angle la rue Saint-Maur, au n°119 de celle-ci, on trouvait en 1906 la coopérative de production des tailleurs de glace. A cette date, l’arrondissement en comptait 17, sur un total parisien de 51 adhérentes à la Chambre consultative du 98 bd Sébastopol, c’est-à-dire un tiers.

- 70, rue J-P Timbaud : Cour des Fabriques, début 2nd Empire. Plus d’activité industrielle.

- 64 : 2nde moitié du 19e siècle, surélevé en 1943 ; longtemps consacré à la confection, le r-d-c en est occupé par l’Alimentation générale, restau musical et dansant.

- 10, Cité d’Angoulême, ancienne manufacture des frères Dutertre, 1853, peintres-décorateurs sur porcelaine, dont la façade monumentale était autrefois visible de la rue principale. Auj. atelier de Jean Nouvel

- Cavaignac attaque sur cette pointe, le 23 juin 1848, des barricades qui, avec celles de la rue des Trois Bornes, sont défendues par les Montagnards de Belleville, ravitaillés par la rue des Trois-Couronnes, et qui mettront deux généraux et 300 soldats hors de combat. Les bronziers Abel Davaud, 19 ans, qui jouera plus tard dans le mouvement coopératif un rôle de premier plan, ou Henri Tolain, se sont battus sur ces barricades comme, dans celles du quartier Popincourt, les bronziers des Filles-du-Calvaire, des ouvriers en articles de Paris, des ciseleurs, des mouleurs, des cambreurs, des cordonniers, des chapeliers, des tailleurs.
En 1833/34 déjà, lors du Procès « des 27 » ou « de la SDH et des élèves de l’école Polytechnique » (Raspail est dans les accusés) de nombreux inculpés sont des habitants de la rue des Trois Bornes et de celle des Trois Couronnes.

On poursuit jusqu’au bd Richard Lenoir. A gauche, le domicile de Jules Maigret : le n° 132, est donné pour la 1ère fois dans Maigret et son mort, 1948 : le commissaire l'y fait figurer dans une petite annonce d’appel à témoins. Il n’en bougera plus : « ce n'étaient pas tellement les déménagements qui l'effrayaient, mais le fait de changer d'horizon. L'idée […] de ne plus faire le même chemin, chaque matin, le plus souvent à pied… » N’en bougera plus... sauf l'incertitude concernant l’étage : 3ème ou 4ème selon les romans. A droite :
- 140, bd Richard Lenoir / 16, rue Rampon / 83, rue de la Folie-Méricourt, PLU : Immeuble construit probablement en 1826 en même temps que l'ouverture du canal et attesté en 1841. Il a abrité, à partir de 1867, l'ancienne maison de grossiste Bouly (décors, revêtements de salles de bains et cuisines, articles sanitaires, carrelages etc.) dont la publicité sous la forme d'un panneau de céramique aux couleurs vives est apparente au niveau de l'entresol, sur la partie droite. Le bâtiment est constitué d'un grand corps de logis, double en profondeur et comportant huit niveaux : caves voûtées, rez-de-chaussée et étage en entresol, quatre étages carrés et un cinquième étage sous combles. La façade principale est traitée en arcades pleines jusqu'au premier étage, englobant les fenêtres de l'étage en entresol. La porte principale sous l'arche centrale est flanquée de deux niches rectangulaires ornées de statuettes dans le goût antique. Solidement bâties en pierre et moellon, les trois façades conservent encore les garde-corps d'époque aux dessins différenciés par étage.

- C’est de cette rue Rampon jusqu’à la Bastille que le Second Empire fait couvrir le canal Saint-Martin pour que sa cavalerie puisse y charger à l’aise, dès 1859.

On revient jusqu’à la rue J-P Timbaud par la rue de la Folie-Méricourt :
Sous Louis XIII, au nord du chemin de Ménilmontant (actuelle rue Oberkampf, elle prit le nom du manufacturier en 1864), existe déjà la folie de Moricaut ou Moricourt, on ne sait trop, dont le nom se fixera en Méricourt.
- n° 86, rue de la Folie-Méricourt, bâtiment en U, entretoisé par une ferme de fer.

On prend la rue de la Pierre Levée à gauche :
- 4 rue Pierre-Levée, ISMH, manufacture de Loebnitz, bâtiment peut-être de 1868, ou de 1880-84, par Paul Sédille, l’architecte du Printemps, sur lequel ont été posées les fresques réalisées pour le pavillon des Beaux-arts de l’Expo universelle de 1878.

- 12, rue Pierre-Levée, PLU : boutiques au r-d-c, ateliers et logements en étage, de 1907.

- 15, rue Pierre Levée : ateliers métallurgiques Kurz.

- 16, rue Pierre Levée : atelier sur cour.

- 20, Pierre Levée : frise de fleurs en céramique sur ancienne manufacture de porcelaine ; escalier en coin dans la cour.

- n° 23 rue Pierre-Levée : adresse d’une coopérative de production en 1906 : les Plombiers-couvreurs de la Seine.

- à l’angle de la rue Pierre-Levée et de cette rue (ouverte en 1750) qui avait été celle de la Fontaine nationale en 1792, et de la Fontaine au Tyran à la révolution de Février 1848, une barricade opposa le 23 juin 1848 une résistance farouche ;

- 17, Fontaine au Roi : dernière barricade présumée de la Commune (plaque). Le 28  mai, à 13h, y tenaient encore Jean-Baptiste Clément, Théophile Ferré, délégué à la Sûreté générale et son frère Hippolyte, Varlin, un garibaldien... « Au moment où vont partir leurs derniers coups, une jeune fille venant de la barricade de la rue Saint-Maur arrive, leur offrant ses services. Ils voulaient l’éloigner de cet endroit de mort, elle resta malgré eux. A l’ambulancière de la dernière barricade et de la dernière heure, Jean-Baptiste Clément dédia longtemps après la chanson des Cerises », écrira Louise Michel. C’est donc, sinon la dernière, en tout cas la barricade du Temps des cerises.

- L’octroi n’avait pas disparu avec les fortifications des grands boulevards, en 1660, l’octroi à roulettes, fait de barrières et de guérites mobiles, l’avait remplacé et sa ceinture souple s’ouvrait d’un cran à mesure que Paris grossissait. En 1724, il était installé à l’angle de la rue de la Folie-Méricourt (attestée en chemin depuis le 17e siècle). A l’Est de cette barrière, dans le triangle que délimitent la rue du Faubourg-du-Temple et celle de la Fontaine-au-Roi avec la rue Saint-Maur, (l’une des rares tangentes de la capitale, joignant l’abbaye de Saint-Denis à celle de Saint-Maur-des-Fossés), est né un village de guinguettes au milieu des « courtils », ces jardins du dimanche éloignés du logis citadin : la Courtille.
Parmi ces guinguettes, le Tambour Royal de Ramponneau (à l’angle de la rue de l’Orillon, alors chemin de terre, et de la rue Saint-Maur), qui en 1786, à la reconstruction d’une enceinte en dur, purement fiscale cette fois, le « mur des Fermiers généraux », sera devenu si glorieux qu’une barrière sera ouverte à son nom sur le boulevard de Belleville, au départ de la rue aujourd’hui Ramponeau. Les guinguettes, avec l’arrivée de l’octroi, étaient passées plus en amont sur la pente de Belleville.

On arrive sur la rue du fbg du Temple où, à l’angle du quai de Jemmapes, s’élevait dès 1815, Les Vendanges de Bourgogne. De ses balcons, c’est au champagne qu’on asperge la descente de la Courtille plutôt qu’à la farine et aux œufs.
La descente de la Courtille. « Sous l’austère Restauration, la mode vint, on ne sait comment, d’aller achever les orgies du mardi gras à la Courtille : la nuit s’y passait à boire, et au matin du mercredi des Cendres, c’était, pour les bourgeois vertueux, un divertissement incomparable que d’assister à “la descente de la Courtille”. » Paris Atlas.
« La nuit du mardi gras donc, une fois minuit passé, les danseurs de l’Opéra, des Variétés, etc., montaient s’encanailler avec les débardeurs et les mamelucks de la barrière de Belleville, on buvait, on sautait, on faisait tapage tous ensemble, c’était l’égalité dans l’orgie ; puis, dès six heures du matin, fiacres, cabriolets, chars-à-bancs, tous les véhicules enfin étaient envahis par cette foule en délire, et toujours hurlant, toujours vociférant, elle commençait un défilé qui, jusqu’au boulevard, avait lieu au petit pas, mais à dix heures du matin tout devait être rentré dans l’ordre. » Comme le carrosse de Cendrillon, la Courtille des plaisirs, à dix heures tapantes, redevient le Paris du travail.
Cette mode se maintiendra jusqu’en 1848. Une lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet est datée « Mardi gras - 20 février 1849 » mais évoque celui de 1838 : « Je n'oublierai jamais cette matinée où je sortis de chez toi, le cœur ébloui. Le jour naissait, il pleuvait à verse, les Masques déguenillés et souillés de boue descendaient de la Courtille avec de grands cris et inondaient le Boulevard du Temple. Ils étaient ivres et moi aussi; eux de vin, moi d'amour. »
Les bals Chicard, qui se tiennent aux Vendanges de Bourgogne sous la monarchie de Juillet, du nom de leur promoteur, négociant en cuir du faubourg Saint-Antoine, sont à dix francs la carte, sur invitation. Néanmoins, les costumes chicards de carnaval continuent d’imiter ceux du peuple, avec comme types Balochard, « l’ouvrier tapageur et spirituel », Pétrin, le boulanger, etc. Milord l’Arsouille, patronyme hybride, symbole du riche encanaillé, qui conduira les descentes de la Courtille jusqu’à la dernière et sa ruine.
A compter de 1891, c’est le Funi qui dévale la Courtille, de l’église de Belleville à la République. Ce qui n’empêche pas que la transhumance ouvrière se fasse essentiellement à pied : le Paris-Atlas de 1900 peut encore écrire : « Au débouché de la rue du Temple rien de plus pittoresque à voir, entre 6 et 7 h du soir, que le spectacle de la marée humaine qui monte du cœur de Paris pour rentrer au faubourg ».

On aperçoit, à droite :
- 37, Fbg du Temple, dès 1876, le Boléro Star, devenu Bijou Concert, puis Bijou Théâtre, etc. En 1924, le théâtre et son architecture "fin de siècle" sont détruits pour faire place au Grand Cinéma du Palais des Glaces, sa façade, recouverte de miroirs, lui valant son nouveau nom. En 1960, la salle est transformée en salle de music-hall et de concerts. De grands noms s'y produisent dont Nina Simone, Marcel Dadi, Touré Kunda ; 1977 est l'année punk avec, au festival du Palais des Glaces, les Clash, les Damned, Jam, Generation X…

on descend jusqu’à la grisette :
- Entre le lotissement des marais du Temple, dont la rue du Grand Prieuré formait la limite Est, et la rue de la Folie-Méricourt, il n’y avait pas de constructions quand… la suite est dans Balzac, César Birotteau : « Du Tillet, instruit des intentions du gouvernement concernant un canal qui devait joindre Saint-Denis à la haute Seine, en passant par le faubourg du Temple, acheta les terrains de Birotteau pour la somme de soixante-dix mille francs. (…) Au commencement de l’année 1822, le canal Saint-Martin fut décidé. Les terrains situés dans le faubourg du Temple arrivèrent à des prix fous. Le projet coupa précisément en deux la propriété de du Tillet, autrefois celle de César Birotteau. La compagnie à qui fut concédé le canal accéda à un prix exorbitant si le banquier pouvait livrer son terrain dans un temps donné. »
Le canal est inauguré le 4/11/1825, jour de la fête de Charles X, dont le quai prend le nom ; il est livré au commerce un an plus tard, et devient quai de Jemmapes (victoire de 1792 sur les Autrichiens) en 1830.
Le canal a fait du faubourg du Temple le faubourg industriel du 19e siècle. La première pierre de l’Entrepôt (qui occupait tout l’espace compris entre la rue des Douanes (auj. Léon Jouhaux), la rue de Marseille et la rue aujourd’hui Yves Toudic) était posée le 29 juillet 1833. Mais le même canal, qui les a pour ainsi dire fait naître, fournit aussi aux ouvriers insurgés « une ligne de défense formidable » : en juin 1848, « il fallut du canon pour emporter les barricades élevées sur les deux rives à l’entrée du faubourg du Temple » ; les troupes de Lamoricière n’y parvinrent qu’au bout de cinq jours, le 26 juin, se rappelle La Bédollière. Napoléon III en tirera les conséquences : caserne du prince Eugène et couverture du canal.

- « grisette 1830 » de Joseph Jean Emmanuel Cormier, dit Joé Descomps (1869-1950), plutôt spécialisé dans les petits bronzes décoratifs, spécialement des nus féminins. Placée là en 1911 seulement, mais pas de façon totalement arbitraire puisque les Vendanges de Bourgogne, en face, ont été l’un des creusets de la Révolution de 1830, lors d’un banquet qui regroupa sous la Restauration le général Lafayette, commandant des gardes nationales en 1789, Godefroy Cavaignac, fils d’un Conventionnel (ne pas le confondre avec son frère Eugène Cavaignac, le sabreur de juin 1848), en gros des républicains partisans du suffrage universel, et d’autres, comme Odilon Barrot, prônant une monarchie constitutionnelle.
On va vite déchanter et, la Garde Nationale ayant été dissoute le 31 décembre 1831 par Louis Philippe, et Lafayette renvoyé, « La Société des Amis du Peuple » brave la décision royale en organisant aussitôt un banquet en leur honneur à ces mêmes Vendanges de Bourgogne. Durant le dîner, Évariste Galois, qui vient tout juste d’avoir 20 ans y lève son verre à la santé de Louis-Philippe alors qu'il a gardé son couteau dans l'autre main. D’autres, qui y ont vu un symbole, l’imitent en brandissant le couteau ; aussitôt, c’est la débandade générale, par les portes et par les fenêtres du jardin, de peur des suites policières.
Le lendemain, Évariste Galois est arrêté chez sa mère, au prétexte d'incitation à l'assassinat du roi. Il est emprisonné à Sainte-Pélagie, d’où il écrit à son ami Chevalier :
« ..Je suis sous les verrous ! ! !?..Tu as entendu parler des Vendanges de Bourgogne. C'est moi qui ai fait ce geste?? mais ne me fais pas la morale, car les brumes de l'alcool m'avaient ôté la raison. »

- 18-20 rue du Fbg du Temple, PLU : Ensemble composé d'un bâtiment principal en retrait de six étages sur rue et d'une série d'ateliers de part et d'autre d'une verrière. Il est construit vers 1909 par Henri-Paul Nenot, architecte de la nouvelle Sorbonne, pour le compte de la compagnie d'assurances "La Nationale" pour y abriter une société de "démonstration de la mécanique moderne". La façade du bâtiment principal est composée de neuf travées enserrées aux trois premiers étages par des piliers en pierre et couvert par un arc surbaissé en brique. Les grandes baies vitrées reposent sur des allèges décorées d'un panneau de céramique vernissée. Le retrait du quatrième étage forme un balcon. Logements au-dessus des ateliers et entrepôts. Le passage conduisant aux ateliers est ouvert dans l'axe médian. Deux atlantes sculptés signalent son entrée. Les ateliers sont disposés régulièrement sur deux niveaux de part et d'autre d'une cour profonde couverte par une verrière en bâtière. Le pont roulant de l’entreprise de machines-outils des Grands Travaux parisiens. De 1950 à 1980, activité textile : Cacharel y a eu son show room et son siège social. Philippe Starck y a installé ses bureaux en 2001.

Au bout de la rue du Fbg du Temple, le Second Empire a donc installé, pour verrouiller ces nouveaux faubourgs dangereux qui remplacent celui de Saint-Antoine, que tenaient la Bastille et l’arcade Saint-Jean, la vaste caserne du Prince-Eugène, en 1854-59, pour 3 200 hommes, et le boulevard où pourront rouler les canons du Prince-Eugène (auj. Voltaire), à partir de 1857, inauguré en 1862.

A l’autre coin, commençait le « boulevard du crime » (le bd du Temple, qui partait d’ici, la place n’ayant pas les dimensions actuelles), où les spectacles commençaient à 6 heures et comptaient 12 à 15 actes. Le Théâtre Historique d’Alexandre Dumas s’y ouvre le 20 février 1847, au coin de la rue du Faubourg-du-Temple, avec la Reine Margot, pour laquelle les spectateurs auront fait deux jours et deux nuits de queue. Mais son spectacle le plus emblématique reste le Chevalier de Maison-Rouge. Mélingue tient le rôle titre de cette adaptation de l’Histoire des Girondins de Lamartine, qui avait déjà été un gros succès de librairie, et qui fournira son hymne à la révolution de 1848 :
Mourir pour la Patrie, (bis)
C’est le sort le plus beau, le plus digne d’envie ! (bis)


- place de la République. Le 10 février 1935, PC et PS y commémorent en commun, nombreux, les victimes de 1934, les morts du 9 février. Les fleurs déposées sur le socle de la statue sont ensuite transportées à la Grange-aux-Belles pour y être exposées puis finalement emportées le lendemain au Père Lachaise. Il y faudra 14 taxis en 1935, et 26 en 1936.
Le 14 juillet 1936, plusieurs centaines de milliers d’ouvriers parisiens célèbrent leur victoire. Outre les 905 drapeaux que dénombre la police, dont 61,5% de drapeaux rouges, les portraits de dirigeants sont nombreux à être brandis. Les peintres du PC font défiler des reproductions géantes de toiles réalistes du passé : « Le musée, nous le portions dans la rue, et c’est nous qui, en reproduisant à des proportions colossales la Rue Transnonain ou le Tres de Mayo [sur 10 m de long], avons rendu au peuple la connaissance de ses images les plus hautes. » On a reproduit non seulement les œuvres des peintres mais encore les portraits de leurs auteurs, ceux  d’écrivains et de poètes, ceux de figures révolutionnaires : Fouquet, Callot, Courbet, Ronsard, Diderot, Hugo, Barbusse, Anatole France, Marat, Jaurès. « Je portais Jacques Callot, peint en camaïeu par Gruber et lui un Daumier de ma main », racontera plus tard Boris Taslitzky.
Dans ce défilé sont aussi présents les ouvriers algériens de l’Etoile Nord-Africaine, dont le drapeau vert et blanc frappé d’un croissant rouge est apparu pour la première fois au grand jour exactement un an plus tôt, dans le défilé du 14 juillet 1935. Le Parti du Peuple Algérien naîtra l’année suivante, en mars 1937, à Nanterre.
Le 4 septembre 1936, ce ne sont plus les masses du Front Populaire mais seulement « l’avant-garde », « les ouvriers des grandes usines », comme l’explique Thorez au comité central, qui ont défilé devant une gerbe déposée au pied de la statue de la République pour glorifier les héroïques défenseurs des libertés espagnoles, en criant « des fusils, des canons pour l’Espagne ».

- cirque Myers, place de la République, PLU : immeuble des Magasins Réunis, construit en 1866 par l'architecte Gabriel Davioud réalisé en symétrie de la caserne Vérines, aujourd'hui hôtel Holyday Inn ; dans l'immense cour carrée, le cirque Myers.
Le 21 janvier 1878, une brochette de progressistes prépare le centenaire de Voltaire au Tivoli Vauxhall (12,14,16 rue de la Douane (auj. Léon Jouhaux), place du Château-d’Eau). Parmi eux, le député quarante-huitard Schoelcher, qui a fait voter l’abolition de l’esclavage, l’industriel Scheurer-Kestner qui jouera un rôle important dans la défense de Dreyfus, l’industriel Émile Meunier, qui a été des 50 (contre 392) à voter l’amnistie des Communards en 1876, et propriétaire du Bien Publicl’Assommoir parut en feuilleton. Il renommera d’ailleurs son journal en Voltaire.
Quand arrive la cérémonie prévue du centenaire, le 30 mai 1878, toute manifestation extérieure a été interdite. C’est donc au cirque Myers que les présidents des Conseils municipal et général, une vingtaine de conseillers et de députés, et 5 à 6 000 personnes se réunissent autour de la statue de Voltaire posée sur un char qui restera immobile, et lancent des appels en faveur des détenus politiques.

Entre les actuels avenue de la République et boulevard Voltaire, toujours sur le Boulevard du Crime, aux Folies-Dramatiques triomphe Frédérick Lemaître, « le comédien du peuple, l’ami du peuple, adopté et créé par le peuple ». Face aux « comédiens ordinaires du roi des Français », écrit Jules Janin en 1835, c’est le « comédien des faubourgs, comédien de toutes les passions aux joues rubicondes, aux bras nerveux, aux reins solides, qui vont le voir, l’admirer et l’applaudir ! » La Vie et la Résurrection de Robert Macaire, poursuit Janin, est son Mariage de Figaro : « Figaro, Macaire, deux hommes qui ont existé, deux hommes révoltés contre la société chacun à sa manière, l’un avec son esprit, l’autre avec son poignard ; deux escrocs tous les deux, l’un dans le salon, l’autre sur le grand chemin ; deux hommes d’esprit et qui font rire tous les deux ». Chez Marx, Louis Philippe deviendra « Robert Macaire sur le trône »

Aux environs du n° 52 bd du Temple : les Funambules sont le croissant de lune où s’assied Pierrot, alias Gaspard Debureau, et pour la première d’une pantomime de Champfleury, Pierrot, valet de la mort, « il y avait épars dans les loges, aux galeries, dans l’orchestre, selon L’Écho du 27 septembre 1846, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Théodore de Banville, Henri Murger, Baudelaire-Dufays, Privat d’Anglemont, Pierre Dupont... ».

- 42, bd du Temple, PLU : immeuble Louis-Philippe très caractéristique : balcon filant et garde-corps en fonte comme les vantaux de la porte ; surélévation ultérieure.
Flaubert, de 1856 à 1869, y a son domicile, au 3e étage, au-dessus de l’appartement de sa mère : « une antichambre, 2 pièces à feu ayant chacune une fenêtre sur le boulevard ; une salle à manger, une autre pièce à feu, une cuisine sur la cour, WC à côté de la cuisine, sortie de service » Il en est au chapitre 8 de la troisième partie de Mme Bovary.
Dès le lendemain de la parution de leur Charles Demailly, - on est au début de 1860 – voilà les frères Goncourt « boulevard du Temple, dans le cabinet de travail de Flaubert, dont la fenêtre donne sur le boulevard et dont le milieu de cheminée est une idole indienne dorée. Sur sa table, des pages de son roman qui ne sont presque que ratures. De grands, de chauds et de sincères compliments sur notre livre, qui nous font du bien au cœur ; une amitié dont nous sommes fiers... »
Flaubert reçoit le dimanche, sur son grand divan de cuir surmonté d’un moulage de la Psyché de Naples, la pittoresque actrice Suzanne Lagier, et Sari, son amant, directeur du théâtre des Délass’Com’. George Sand aussi.
En face, le Jardin turc, si compassé - Jouy, dans les années 1810 : « Ici, tout était calme, sang-froid, gravité; c’était l’assemblée des oisifs du Marais : les uns, assis en cercle, discutaient un exemple de longévité, sur la foi de la gazette de Presbourg, et le plus grand nombre, regardant jouer au billard, attendait l’occasion de donner son avis sur un carambolage équivoque ». Un guide de 1830 assure encore que « les dames du Marais y viennent pour se distraire du silence et de l’ennui qui règnent dans leur quartier désert » -, a été repris par Bonvalet sous la monarchie de Juillet.
Flaubert, dans une lettre aux Goncourt du 20 mai 1868, leur explique pourquoi ils ne l’ont pas vu au bal des Tuileries, c’est-à-dire de l’Empereur :
« Rentré chez moi, dimanche, à onze heures et demie, je me couche, en me promettant de dormir profondément, et je souffle ma bougie. Trois minutes après, éclats de trombone et battements de tambour ! C’était une noce chez Bonvalet. Les fenêtres dudit gargotier étant complètement ouvertes (vu la chaleur de la nuit), je n’ai pas perdu un quadrille ni un cri ! L’orchestre (comme j’ai l’honneur de vous le répéter) était enjolivé par deux tambours !

      À six heures du matin, re-maçons. À sept heures, je déménage pour aller loger au Grand-Hôtel.
      Là, trois quarts d’heure de promenade avant de trouver une chambre.
      À peine y étais-je (dans la chambre) qu’on se met à clouer une caisse dans l’appartement contigu. Re-promenade dans le même hôtel pour y découvrir un gîte. Bref, à neuf heures, j’en sors et vais à l’hôtel du Helder, où je trouve un abject cabinet, noir comme un tombeau. Mais le calme du sépulcre n’y régnait pas : cris de MM. les voyageurs, roulement des voitures dans la rue, trimbalage de seaux en fer-blanc dans la cour.
      De 1 heure à 3 heures, je fais mes paquets et quitte le boulevard du Temple.
      De 4 à 6 heures, avoir tâché de dormir chez Du Camp, rue du Rocher. Mais j’avais compté sans d’autres maçons qui édifient un mur contre son jardin.

      À 6 heures je me transporte dans un bain, rue Saint-Lazare. Là, jeux d’enfants dans la cour et piano.

      À 8 heures, je reviens rue du Helder, où mon domestique avait étalé sur mon lit tout ce qu’il me fallait pour aller, le soir, au bal des Tuileries. Mais je n’avais pas dîné et, pensant que la faim peut-être m’affaiblissait les nerfs, je vais au Café de l’Opéra.
      À peine y étais-je entré qu’un monsieur dégueule à côté de moi.
      À 9 h, je retourne à l’Hôtel du Helder. L’idée de m’habiller m’épuise comme une saignée aux quatre membres. Je renâcle et je me décide à regagner les champs au plus vite. Mon serviteur fait ma cantine.

      Ce n’est pas tout. Dernier épisode : ma cantine déroule de l’impériale du fiacre par terre et me tombe sur l’épaule. J’en porte encore les marques. Voilà.

      À vous. »

Le 19 juillet 1869, le portier du 42 boulevard du Temple réveillera Flaubert, à l’aube, pour lui remettre une dépêche lui annonçant la mort de Bouilhet, à quarante-sept ans.

Auparavant, le 2 décembre 1851, une poignée de réfractaires au coup d’État, Charamaule, Baudin, Edgar Quinet..., s’était réunie 70, rue Blanche. Victor Hugo en était parti, pour accompagner le colonel Forestier qui se faisait fort de rallier la 6e légion de la garde nationale dont il avait été destitué par le prince président. Les renseignements glanés en chemin ne sont pas encourageants ; Forestier préfère maintenant s’arranger à l’amiable que de se faire réinvestir du commandement par Hugo devant la troupe. On se retrouvera chez Bonvalet, 29 bd du Temple, où rendez-vous a déjà été fixé avec Michel de Bourges et d’autres représentants. Quelques heures se passent en aller et venues, en vaines tentatives. « Tout à coup, quelqu’un me poussa le bras, raconte Hugo. C’était Léopold Duras, du National. - N’allez pas plus loin, me dit-il tout bas. Le restaurant Bonvalet est investi. »
Vingt ans plus tard, à l’orée de la Commune, le restaurateur Bonvalet, élu de Paris, s’efforcera avec le poseur de papiers peints Héligon, membre de l’Internationale, et Tolain, élus eux aussi, de trouver un terrain d’entente entre l’Assemblée, qui siège maintenant à Versailles, et le Comité Central de la Garde Nationale. Les pourparlers ont lieu, bien sûr, au restaurant. Versailles refuse, rappelle ses élus et le métallo Assi, président du Comité Central se retrouve maître de Paris le 18 mars 1871.

Vers le n°36 du bd du Temple, s’élevait de 1787 à 1847 le cabinet des Figures de Cire.  Au premier frémissement de la Révolution de 1789, c’est au milieu des théâtres que le peuple s’assemble, pour prendre à l’établissement des figures de cire de l’Allemand Curtius les bustes de Necker, le ministre disgracié, et du duc d’Orléans, qu’il va porter en triomphe jusqu’aux Tuileries.
On applaudit sur le boulevard, à partir de 1760, les « grands sauteurs et danseurs de corde » de la future Gaîté, et « les petits enfants » de l’Ambigu-Comique, troupes que la du Barry fera venir, l’une et l’autre, devant le roi pour le distraire de son humeur maussade ; les écuyers du Cirque-Olympique, les prestidigitateurs des Délassements-Comiques, familièrement abrégé en Délass’Com’. Ces théâtres sont entremêlés de cafés.
A la Révolution, la liberté des théâtres a permis à quelques-unes de ces salles de se consacrer à l’art dramatique, avec bientôt un répertoire très spécifique. Le Moine, de Lewis, est adapté par Pixérécourt dès l’année suivant sa parution en Angleterre et connaît quatre-vingts représentations à la Gaîté, en 1797, alors que le roman attendra 1840 pour être traduit. Les Pénitents noirs, d’Ann Radcliffe, qui eux bénéficieront d’une traduction plus rapide, y ont été aussitôt joués. C’est boulevard du Temple que la première génération romantique se met à l’école du fantastique anglo-saxon.
La parade, devant les salles, appelle les spectateurs à entrer ; elle a ses célébrités dont Bobêche, veste rouge, perruque de filasse, bicorne gris au-dessus duquel un papillon vibre au bout d’une tige de fil de fer. C’est sur le chemin de Charles Nodier, qui habite 63 boulevard Beaumarchais en 1824, et en est si fasciné que ses perpétuels retards au ministère de l’Instruction publique lui valent une remontrance. Il avoue ses interminables stations devant les tréteaux. « Monsieur, lui répond le ministre, vous voulez m’en imposer, je ne vous y ai jamais vu. »

- 18, bd du Temple, PLU : Immeuble Louis-Philippe présentant une façade composée de dix travées et de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée et entresol. Grande porte cochère en plein cintre à imposte ajourée d'une grille en fonte englobant le niveau d'entresol. Vantaux en bois conservés. Au-dessus de la porte, balcon soutenu par des consoles desservant trois travées au premier étage. Balcon filant devant les lucarnes. Corniche à modillons.

- Les rues d’Angoulême (fils du comte d’Artois, donc neveu de Louis XVI, dernier grand prieur du Temple (auj J.-P. Timbaud), de la Tour (auj. Rampon, où l’on est passé précédemment), de Crussol, que l’on va croiser ensuite et qui porte le nom du chevalier de Crussol (1743-1815), bailli du Temple, forment avec les rues perpendiculaires de Malte et du Grand-Prieuré le maillage du lotissement de la « Ville-Neuve d’Angoulême » que ledit Alexandre Charles Emmanuel de Crussol a fait ouvrir dans les marais du Temple, dans les années 1780, pour en améliorer les revenus. La rue Amelot portait le nom de Fossés du Temple.

- cirque d’hiver, 110 rue Amelot, dû à Hittorf, en 1852, comme le cirque d’été mais 10 ans après le premier. Le 27 avril 1902, une assemblée générale des sociétaires de la Bellevilloise y entend « les politiques » du Cercle des coopérateurs, Louis Héliès (1872-1932), ouvrier mécanicien, député PS de 1924 à 1932, directeur du Magasin de gros des coopératives, Prost, facteur des Postes et Joseph Lauche, mécanicien, socialiste dissident, député du 11e, dénoncer les « pots-de-viniers » qui sont en train de couler la coopérative. Les gérants indélicats sont reconduits de force à la porte et quelque peu bousculés sur le terre-plein devant le cirque.
Le 1er mai 1931, manifestation interdite comme les précédentes, le PC et la CGT ont appelé les grévistes à se rassembler ici. Un millier d’interpellations, à ses abords, les en empêcheront.
L’année suivante s’y tient le Congrès national ouvrier et paysan contre la guerre, appelé par Henri Barbusse et Romain Rolland, en prélude au congrès international d’Amsterdam, les 2 et 3 juillet 1932 avec comme invités Gaston Bergery et Jacques Doriot mais aucun délégué de la Ligue communiste, qui s’en fait sortir manu militari. On ne fait pas la paix avec tout le monde.

- 21, rue Oberkampf / 1, rue de Malte, PLU : Maison d'angle d'origine du XVIIIe siècle transformée élevée d'un étage carré sur rez-de-chaussée. Pan coupé à l'angle. Toiture à la Mansart. Lucarnes.

- en face, 18, rue Oberkampf, PLU : Immeuble d'habitation d'aspect fin XVIIIe-début XIXe non altéré. Cheminée d’usine dans la cour.

- domicile de Gérard Lorne, 22 rue Oberkampf. Dans l’appartement de ce militant de la Voie communiste, qui a failli être le lieu d’une réunion inter-willayas à l’été 1959, la police saisit le 30 septembre quarante-quatre millions d’anciens francs appartenant au F.L.N.

- Baille-Lemaire, fabrique de jumelles, 26 rue Oberkampf. Baille, qui a créé sa fabrique dès 1847, s’est associé à son gendre, Lemaire, en 1871. Dès 1869, un système de primes a été inauguré pour les ouvriers présents dans l’entreprise depuis plus de 6 mois, et qui n’ont pas perdu plus de 3 heures dans la semaine. Elle est égale à 5% du gain de la semaine, à quoi s’ajoutent 5% versés à la caisse de retraite. A compter de 1885, une participation aux bénéfices est instaurée qui, après 1892, se fera selon ces modalités: 1/3 des bénéfices vont au capital, 1/3 à l’amortissement, 1/3 aux employés et ouvriers qui comptent plus de 5 ans d’ancienneté. Ce tiers des bénéfices, réparti au prorata des salaires, est versé pour les 2/3 en espèces et pour 1/3 à la caisse de retraites. L’entreprise compte un pensionnat des apprentis, une caisse de secours, une harmonie des ateliers, une union d’épargne.
[Une centaine de maisons connues pratiquent la participation en France autour de 1900. Une société pour l’étude pratique de la participation du personnel dans les bénéfices a été fondée en 1879, par Charles Robert, directeur de l’Union (incendie), Alban Chaix, de l’imprimerie qui porte son nom, Alfred de Courcy, administrateur de la Compagnie d’Assurances Générales, et Edouard Goffinon, chef d’une entreprise d’hydraulique et d’électricité ; cette société organisera deux congrès internationaux sur le sujet, en 1889 et en 1900 ; elle publie un bulletin. Le groupe d'économie sociale, lors de l'Exposition universelle internationale de 1889, y consacrera une section. La participation a commencé chez Leclaire, peintre en bâtiment, 11 rue Saint-Georges, en 1842 (l’homme est né en 1801)]

- Le Bataclan, construit en 1864 par l’architecte Charles Duval (également celui du Grand-Café Parisien qui succéda au Vauxhall que rappelle la Cité du Vauxhall donnant dans le bd de Magenta), tire son nom d’une « chinoiserie musicale » d’Offenbach et Halévy dont les personnages s’appellent Fé-Ni-Han pour le souverain, et Ko-Ko-Ri-Ko pour un chinois dont on apprend qu’il est un Parisien né rue Mouffetard enlevé par des chinois ; énorme succès en 1856, d’où une architecture de simili pagode. En 1892, Paulus y tiendra la vedette; puis spectacle de Buffalo Bill ; on y verra Maurice Chevalier en 1910. La forme en pagode durera jusqu’en 1950.

- 48, rue Saint-Sébastien, PLU : Maison datant du milieu du XVIIIe siècle donnant à l'arrière sur un jardin. Façade composée de huit travées et de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Toiture comprenant quatre lucarnes en bâtière. Escalier du XVIIIe siècle à garde-corps à barreaux carrés et vide central. Elle figure sur le plan de la censive de l'Archevêché.

- 56, rue Saint-Sébastien, PLU : Grande maison à loyer fin XVIIIe caractéristique du premier lotissement de la "Ville-Neuve d'Angoulème" par le marquis de Crussol.

- Au sud du chemin de Ménilmontant qui est l’actuelle rue Oberkampf, la rue s’appelait Popincourt parce qu’autour du manoir de Jean de Popincourt, président du parlement de Paris de 1403 à 1413, s’était constitué sous Charles VI, le hameau éponyme. Popincourt ne fait guère parler de lui au siècle suivant que dans la mesure où les huguenots s’y réunissent, ce qui ne leur est possible qu’en dehors de Paris. Il semble établi qu’en décembre 1560 un nommé Lestang prêche la Réforme à Popincourt devant six mille personnes en dépit d’une pluie battante et, le 26 février de l’année suivante, devant vingt-cinq mille, tous chiffres sans commune mesure avec la population du hameau.
Deux jours après « le vacarme de Saint-Médard », ainsi que l’on nomme les exactions dont les protestants ont été victimes le 27 décembre 1561 au bas de la rue Mouffetard, le connétable de Montmorency les réitère à Popincourt en venant avec sa troupe y mettre à sac le second des deux temples autorisés dans les faubourgs. Restauré après qu’un édit a réaffirmé la légitimité de l’exercice du culte réformé à l’extérieur de la ville, il est pourtant la cible d’une nouvelle expédition punitive de Montmorency, qui fait cette fois un si grand bûcher des débris du saccage que le feu s’en communique au temple qu’il réduit en cendres.
Sous Louis XIII, alors que le hameau est devenu faubourg, rattaché à celui de Saint-Antoine, s’établissent à Popincourt les annonciades du Saint-Esprit, autour de leur chapelle qui deviendra l’église Saint-Ambroise (le couvent, lui, périclite et les annonciades le vendent en 1781) et, à l’ouest de la folie de Régnault où se sont installés les jésuites, les hospitalières de la Charité-Notre-Dame que l’on dira bientôt de la Roquette.
Popincourt est ce que le voit Paris-Atlas le boulevard franchi : « Nous voici définitivement entrés dans le Paris du travail, la ruche ouvrière des laborieuses abeilles (pourquoi faut-il qu’il s’y mêle tant de nuisibles guêpes !) »
Le 6 janvier 1902 sera découvert, rue des Haies, un véritable arsenal, nécessaire à régler le différend qui opposait la bande des Popincourt, commandée par Leca, à celle des Orteaux, dirigée par Manda (de son vrai nom Joseph Pleigneur), à propos de Casque d’or. C’est pour en qualifier les membres que le journaliste Arthur Dupin lança le mot d’apaches.

- Le Livre commode des adresses de Paris pour 1692, d’Abraham du Pradel, « philosophe et mathématicien », recommande les « baignoires et étuves vaporeuses de nouvelle invention qui se tiennent en jardin médicinal de Pincourt [ainsi que l’on désigne le plus communément Popincourt], entre la porte Saint-Louis et la porte Saint-Antoine ». Il s’émerveille de la pension pour les malades, « au milieu de cette grande et belle rue, [à l’actuel n° 20 de la rue de la Folie-Méricourt] à l’opposite du cours planté sur le rempart, dont elle n’est séparée que par de vastes marais bien cultivés, ce qui forme le plus bel aspect du monde. Outre la face et les deux ailes du principal corps de logis, il y a encore au bout d’un grand jardin au-dessus d’une haute terrasse en parterre, un pavillon de Belvédère, d’où l’on découvre de tous côtés des vignobles, des plaines, des collines, des jardins et des maisons de plaisance ». Il vante enfin la bibliothèque « qui est ouverte seulement les dimanches après vêpres, en faveur des médecins, des chirurgiens et des apothicaires artistes, qui confèrent en même temps sur les nouvelles découvertes qui se font dans les sciences naturelles et dans les arts qui en dépendent ».
Il se trouve qu’Abraham du Pradel est le pseudonyme de Nicolas de Blégny, propriétaire de la pension, de la bibliothèque et du jardin médicinal, qui ne saurait être mieux servi que par lui-même.
Au n° 22, la voie privée a été rebaptisée villa Nicolas de Blégny en 1997.
Au 18ème siècle, le duc de Fronsac, fils du maréchal de Richelieu, a fait sa « petite maison » dans l’ancienne propriété de Blégny, dotée naturellement d’un théâtre, qu’on a connu comme la « Comédie bourgeoise de Popincourt ».

- 38, Folie-Méricourt, on aperçoit un jardin au-delà de la grille, qui nous évoque un peu le Popincourt de Nicolas de Blégny.

- 112, bd Richard Lenoir, PLU : Immeuble d'angle élevé en 1889 par l'architecte Emile Pouget présentant une remarquable composition néo-Louis XVI des façades caractéristique de l'architecture commerciale de la seconde moitié du XIXe siècle.

- 14, rue Ternaux /1-9, rue du Marché Popincourt. PLU : Ensemble de la fondation Rothschild, 1904, Nénot, architecte-conseil, Rey et Provensal, chargés des dessins et études ; 74 logements, du studio au 3 pièces ; peu de services communs. Son architecte Augustin Rey promoteur du concept de « cour ouverte » élève, entre les rues Bargue et Mathurin-Régnier, dans le 15e, un ensemble qui est l’une des premières applications parisiennes des redans séparés par des squares. A l’intérieur, les murs des cages d'escalier sont recouverts, jusqu'à mi-hauteur, de carreaux de céramique blanche émaillée carreaux-métro, de Gentil et Bourdet.

- l’avenue de la République, ouverte en 1892, remplace alors la rue de la Roquette comme voie de la montée au Père-Lachaise.

- 90, av Parmentier, PLU : Immeuble de logement construit en 1909 par l'architecte Xavier Schoellkopf. L'immeuble exploite pleinement sa situation en angle sur un carrefour et offre une interprétation assagie du style Art Nouveau.

- Piat et ses fils, 85 et 87 rue Saint-Maur (immeuble neuf aujourd’hui), métallurgie (usines à Soissons et Roubaix également). Depuis 1881, 10% des bénéfices sont attribués à la participation, réservée aux ouvriers présents depuis plus de 5 ans ; la répartition est proportionnelle aux salaires, versée pour moitié en espèces et pour moitié à la Caisse nationale des retraites, au nom du titulaire, à capital réservé.
Une société de secours mutuels, fondée en 1850, donne droit, outre les soins médicaux et pharmaceutiques, à une retraite annuelle de 200 Frs, complétée à 360 Frs par la maison. Une caisse de prévoyance vient en aide aux sociétaires qui ont épuisé leurs 9 mois de secours accordés par la société de secours mutuels. L’établissement parisien compte une harmonie et une bibliothèque.
Pour ce qui est de la participation, trois entreprises du 11ème la pratiquent en 1906, sur une cinquantaine de sociétés parisiennes recensées par la société citée plus haut, dont un gros tiers sont des compagnies d’assurances.

- Au 83, le bâtiment où se trouve le garage Jemmapes ne manque pas d’allure.
Le 81, était l’adresse, en 1906, de la coopérative de production des facteurs en instruments de musique.

- 79, av de la République, PLU : Ecole Supérieure de Commerce de Paris construite en 1898 par les architectes Joanny Bernard et Emile Robert. Elle présente sur rue une façade en pierre de taille composée d'un arrière-corps central d'un niveau sur rez-de-chaussée et de deux ailes massives en retour. Elle présente surtout, au haut de son aile droite, dans l'axe de la rue Servan, en guise de Liberté, Egalité, Fraternité, trop banales, cette magnifique devise : "Colonies", "Exportation" ! La dimension des baies permet un éclairage optimal des salles de cours. Architecture caractéristique de la monumentalité et du rationalisme affichés par les équipements d'enseignement sous la Troisième République.

- 52, rue Servan, PLU : Immeuble d'activité vers 1900 présentant une façade traitée dans le goût pittoresque en meulière, rythmée par de grandes baies d'atelier, et composée d'un étage sur rez-de-chaussée. Toiture en bâtière.
- 44, rue Servan, PLU : Immeuble de rapport du début du XXe siècle présentant un décor troubadour. Façade de quatre travées et cinq étages carrés sur rez-de-chaussée animée par deux bow-windows. Porte surmontée d'un décor sculpté néo-médiéval.
- 42, rue Servan, PLU : Pavillon et magasin construit en 1885 par l'architecte Etienne-François Billot, disciple de Train aux Beaux-Arts. Façade présentant un jeu de brique décoratif. A gauche de la façade, porte cochère ornée d'une clef saillante. Au milieu de la façade, porte en pierre encadrée par deux pilastres cannelés soutenant un fronton en arc de cercle.

- Hôpital des métallurgistes, polyclinique des bleuets, 9 rue des Bleuets. Ouverte en novembre 1938 par la CGT métaux ; 1 maternité ouverte en 1947; 1 antenne chirurgicale, 1 cabinet dentaire. En 1952, le docteur Lamaze y ramène d’URSS « l’accouchement sans douleur », qu’il a découvert à plus de 60 ans, et la clinique restera en pointe dans ce domaine. En 1956, on obtient le remboursement par la Sécurité Sociale de 6 séances de préparation à l’accouchement. (Le nouveau site des Bluets, au 4/6 rue Lasson dans le 12ème, reste un établissement de Santé Privé et d’Intérêt collectif du secteur non-lucratif, géré par l’Association Loi de 1901 Ambroise Croizat.)

- arrière de Sup de Co municipale, 1898 ; sur Jean-Aicard, bâtiment moderne et transition ; arrière sur impasse Gaudelet, en brique d’allure industrielle.

- l’Union ouvrière du 11e, 19-21 rue Moret (la rue est ouverte en 1853). Créée en 1871, cette coopérative de consommation, la plus importante de l’arrondissement après la fin de la Moissonneuse, compte 1 200 sociétaires dans les années 1900.

- Bariquand, 127 rue Oberkampf. Sont aussi au 97 Oberkampf quand, en 1901, ils font construire 13 impasse Gaudelet. C’est la plus importante firme de machines-outils française. Elle est déjà Bariquand et Mare quand les frères Wilbur et Orville Wright (qui ont effectué leur 1er vol en 1903, et qui sont conseillés par l’ingénieur Chanute, un Français naturalisé américain, qui mourra à Chicago) y font leur première visite le 6 novembre 1907. Le moteur qui en sortit est au musée de l’air. Au Cnam, on conserve le mètre étalon que l’entreprise manufactura en 1931. En Corée, au Japon, on dit une « parikkang » (nom de marque devenu nom commun, et avec l’accent) pour une machine à coudre, Bariquand y ayant longtemps dominé le marché. L’entreprise faisait aussi des tondeuses mécaniques à cheveux.

- 5 cité Griset et 123 rue Oberkampf, la Fonderie de cuivre d’Antoine-Alexandre Griset. De ses 1 870 m2 de fonderie et de laminoirs, installés là dès 1825, il ne reste que Griset Métaux gravé au linteau du porche, et le nom du manufacturier donné à la cité.
Au fond de ladite cité Griset, on jouxte l’impasse de la Baleine, où est inaugurée le 2 mai 1937, comme annexe de la maison des métallos, l’école de rééducation et de formation professionnelle pour les chômeurs (70 étaux, 20 machines). Ils continuent à toucher leur indemnité de chômage mais sont dispensés de pointage. En 1,5 ans, 400 élèves sont rééduqué et placés. Cette expérience contribuera à la création de l’AFPA, l’Association pour la Formation Professionnelle des Adultes.

- 96 et 98, Oberkampf (coin Cité de l’Industrie), PLU ; caractéristiques de l’ancien faubourg du 19ème siècle : au 98, porte cochère englobant les 2 premiers niveaux et desservant à l’arrière une ancienne cour d’activité.

- en face, n° 109, Café Charbon, PLU : ancien commerce de "Vins Charbons Liqueurs", typique des bistrots auvergnats qui fleurissaient dans l'arrondissement à cette époque.
-101-103 de l’autre côté de la rue Saint-Maur, PLU, Maisons caractéristiques de l'ancien faubourg au XIXe siècle. Au n°101, façade sur rue composée de trois travées et de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée, surmontée d'un fronton triangulaire. Au n°103, façade sur rue composée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Plusieurs lucarnes en bâtière.
Une coopérative de production, celle des Coiffeurs de France, était 102, rue Saint-Maur (à l’angle de la rue Oberkampf) en 1906.

A propos du Café Charbon, les Auvergnats de Paris, d’abord peigneurs de chanvre, ont été suivis par les mariniers qui descendaient l'Allier et le canal de Briare pour vendre sur les quais de la Seine le charbon de Brassac, qu'ils avaient transporté dans leurs bateaux « jetables » débités en planches à l’arrivée. Bougnat est l’abréviation de charbonnier.