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De Voltaire à Gréco, si tu t'imagines...


Un parcours sur les pas de Voltaire et des ambassadeurs extraordinaires. 


            La Comédie-Française, invitée à quitter le Théâtre Guénégaud (voir plus bas), trop proche du collège des Quatre-Nations qui s’apprête à recevoir ses premiers élèves, acquiert le jeu de paume de l’Étoile, en face de chez Procope, et en fait un théâtre de mille cinq cents places – dont aucune sur la scène –, qu’elle inaugure en 1689 avec une reprise du Médecin malgré lui de Molière. Elle y restera jusqu'en 1770 quand, le théâtre menaçant ruine, elle l'abandonnera pour la salle des Machines des Tuileries.
            Sainte-Beuve écrivait à propos de Mlle Champmeslé, qui a 47 ans à l'installation ici de la Comédie française, « qu’elle avait la voix des plus sonores et, lorsqu’elle déclamait, si l’on avait ouvert la loge du fond de la salle, sa voix aurait été entendue dans le café Procope ».
L’hiver terrible de 1709 a tué vingt mille Parisiens. Les financiers demandent en ces circonstances aux Comédiens français de ne pas donner le Turcaret de Lesage qui les raille, et ils obtiennent facilement gain de cause. Jusqu’à ce que le roi, bien aise de détourner le mécontentement général sur d’autres que lui, impose que la pièce soit jouée. Un Turcaret – le personnage est vite devenu le nom commun des gens de finance –, c’est quelqu’un qui, dans la pièce, pour un souper de quatre personnes, commande vingt-quatre bouteilles de ce champagne qui a, pour la première fois, les honneurs de la scène, et cent bouteilles de vin de Suresnes pour abreuver ses musiciens !

            Symboliquement, si ce n’est en chair et en os, Voltaire ne va guère quitter le café de Procope : « Né à Paris [et baptisé à Saint-André-des-Arts], ses ouvrages semblent tous avoir été faits pour la capitale », affirmera Mercier qui, lui, a été l’élève du collège des Quatre-Nations. « Il l’avait principalement en vue lorsqu’il écrivait ; en composant, il regardait l’Académie française, où étaient ses prôneurs, le parterre de la Comédie, le café de Procope, et un cercle de jeunes mousquetaires ; il n’a guère eu d’autres points de vue. »
En 1726, après la cuisante bastonnade de l’hôtel de Sully, c’est chez Procope (et la querelle avait peut-être pris naissance dans la loge d'Adrienne Lecouvreur, en face), que Voltaire rumine sa vengeance : c’est « par un garçon de Procope qu’il avait accommodé de façon à s’en servir comme d’un second », qu’il fait porter son cartel au chevalier de Rohan. Celui-ci accepte le duel pour le lendemain et, dans la nuit, le fait enfermer à la Bastille.
En 1737, de Cirey, Voltaire écrit au chanoine de Saint-Merry, son correspondant: « Procope doit m’envoyer un paquet de friandises, marrons glacés, cachou, pastilles, à votre adresse. Je vous supplie de le faire payer. »
Nicolas René Berryer, le nouveau lieutenant général de police qu’a fait nommer en 1747 Madame de Pompadour, a créé pour l'espionnage de la correspondance des particuliers un « cabinet noir ». Les « mouches » sont déjà partout mais on a appris à s’en accommoder. Paul Lacroix raconte qu’un jour, Marmontel, qui n’était encore qu’apprenti philosophe, avait donné rendez-vous à Boindin au café Procope « pour y parler ensemble de matières philosophiques. Ils convinrent entre eux d’une espèce d’argot, destiné à dérouter les soupçons des gens de police, qu’on était sûr de rencontrer dans ce café : d’après ce système de langage déguisé, l’âme devait s’appeler Margot ; la religion, Javotte ; la liberté, Jeannette ; et Dieu, M. de l’Être. Un homme de mauvaise mine vint s’asseoir à côté d’eux, pour les écouter. « Oserai-je vous demander, leur dit-il après avoir écouté sans rien comprendre à leur discussion, quel est ce M. de l’Être, dont vous paraissez si mécontent ? — Monsieur, répondit brusquement Boindin, c’est un espion de police ; le connaissez-vous ? »
C'est à un autre type d'espionnage que se livre Voltaire. Vers la fin d’août 1748, si l’on en croit Longchamp, Voltaire arrive chez Procope déguisé en curé, avec soutane et bréviaire, le visage caché entre perruque en désordre, lunettes et tricorne, pour épier ce qui s’y dit de Sémiramis, sa nouvelle pièce. Il trouve dans ces bavardages matière à quelques corrections, les fait distribuer aux acteurs, et s’en retourne à Lunéville.

Le 2 mai 1760, c’est la première des Philosophes, de Charles Palissot, à la Comédie-Française, devant une salle comble comme n’en ont jamais connue ni Racine, ni Molière, ni Voltaire. Le personnage de Crispin, à quatre pattes sur scène pour brouter une laitue, moque Rousseau et son retour à l’état de nature. On y reconnaît aussi Diderot, Helvétius ; sous le rôle de Cidalise, Mme Geoffrin, et dans « la mère fouettard », Mme d’Épinay.
Deux ans plus tard, pour le deuxième essai de Palissot, la cinquantaine de siffleurs de la claque du chevalier de la Morlière, qui traîne au Procope, traverse la rue et descend la pièce à bout portant.

« Tout ce que je vois jette les semences d’une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n’aurai pas le plaisir d’être témoin, écrira Voltaire. La lumière s’est tellement répandue de proche en proche qu’on éclatera à la première occasion ; et alors, ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux : ils verront de belles choses. » Et Michelet de renchérir : « Les prophètes assemblés dans l’antre du Procope virent le futur rayon de 89 ».
            Le 27 avril 1784, Beaumarchais attend anxieusement chez Procope l’accueil réservé à son Mariage de Figaro, qui se donne à l’Odéon : la Comédie-Française a cessé d’être en vis-à-vis du café.

On remonte jusqu'à la rue de Buci que l'on prend à gauche :
Un cabaret à l’ancienne coexiste encore ici avec le café moderne type Procope : au 4, rue de Buci, chez le traiteur Landelle, qui prêtait sa salle trois ans plus tôt à la première loge maçonnique de Paris, celle de Saint-Thomas-au-Louis-d’Argent, se donnent, le 1er et le 16 de chaque mois, à partir de 1733, les dîners du Caveau. Cette société bachique autant que chantante regroupe, autour de Piron, le jeune Crébillon fils, le peintre Boucher, qui n’est pas beaucoup plus âgé, et Jean-Philippe Rameau, déjà quinquagénaire, mais encore débutant pour ce qui est de l’opéra. Helvétius se joindra parfois à eux. Chacun y doit, à son tour, fournir une chanson ou une épigramme, et si l’on reste « sec », ou si elle est jugée faible, on est condamné au verre d’eau.
En 1855, Poulet-Malassis, le futur éditeur des Fleurs du mal, va ouvrir sa boutique, là où s’était maintenu le Caveau jusqu’à la Révolution.
A l'automne de 1871, Théodore de Banville proposera à Rimbaud une chambre de bonne au-dessus de chez lui, 10, rue de Buci ; Arthur s'y déshabille devant la fenêtre ouverte, jette dehors ses vêtements en loques et s’épouille, nu comme un ver, dans la croisée. On ne le supportera pas plus de huit jours.
            Du Caveau, Piron fournissait en voisin l’Opéra-Comique qui, délogé du préau de la foire Saint-Germain pour cause de construction du Nouveau Marché, avait fait bâtir un théâtre dans l’ancien jeu de paume de la Diligence, au n° 12 de la rue de Buci. À ses Crédit est mort et L’Enrôlement d’Arlequin succèdera, rue de Buci, la première pièce de Favart, le 22 mars 1734.
Au carrefour Buci/Seine, le Bar du Marché

Carrefour rue de Buci / rue de Seine :
En août 1749, le journal de Barbier indiquait : « Le roi a déterminé la place où il permet à la ville de Paris de lui faire ériger une statue », savoir le quadrilatère compris entre la rue de Seine et la rue des Grands-Augustins, à l'Est ; les quais au Nord et les rues de Buci et Saint-André-des-Arts au Sud. « Ce n’est pas à dire, cependant, qu’on prendra absolument tout ce terrain (…) mais c’est-à-dire que la place est désignée dans cet espace de terrain, pour lequel il sera dressé différents plans, dont l’on choisira celui qui paraîtra le plus beau. »
            Le prince de Conti, reçu Grand Prieur de France et ayant de ce fait pris possession de l'hôtel du prieuré du Temple, le roi lui a fait vendre son hôtel de la rive gauche à la Ville – pour une somme comprise entre 1,6 et 1,8 million de livres, assure Barbier, moitié pour lui, moitié pour sa sœur –, afin qu’on y pût « bâtir un hôtel de ville magnifique ». « Il faut donc d’abord faire le plan d’un hôtel de ville, et ensuite le plan de la place derrière ou à côté, sur la même ligne. » On semblait répondre ainsi au vœu de Voltaire qui, dix ans plus tôt, se plaignait à Caylus : « Il n’y a pas une seule place publique dans le vaste faubourg Saint Germain : cela fait saigner le cœur ».

Par la rue de Seine, on arrive à la rue Jacques Callot, percée en enlevant l'ancien jeu de paume de la Bouteille, lieu de naissance de l'Opéra et de la Comédie française :
            Comme sur la rive droite, les fossés ajoutés par Charles V au rempart de Philippe Auguste (l'actuelle rue Mazarine est l'ancienne rue des Fossés de Nesle) sont le règne de la paume. L’abbé Pierre Perrin ayant obtenu de la reine un « Privilège pour l’établissement des Académies d’opéra pour y représenter et chanter en public des opéras et représentations en musique et vers français, pareilles et semblables à celles d’Italie », il fait doter la « ruelle allongée » du jeu de paume de la Bouteille d’un parterre et de trois étages de loges verticales. La première salle d’opéra est ainsi inaugurée le 3 mars 1671 par la création de Pomone, pastorale dont l’abbé a écrit le livret et Robert Cambert la musique. La faillite est pourtant au bout de cent quarante-six représentations triomphales, et le privilège tombe dans l’escarcelle de Lully.
            Quand Lully l’aura évincée du Palais-Royal, la troupe orpheline de Molière s’installera dans l’ancien jeu de paume devenu Théâtre Guénégaud. Elle y sera rejointe par celle du Marais, après quoi le roi ordonnera la fusion des deux avec celle de l’Hôtel de Bourgogne et donnera ainsi, et ici, naissance à la Comédie-Française en 1680.

En face, la rue Guénégaud rappelle l'hôtel éponyme. On remonte la rue Mazarine, traverse le palais de l'Institut et, par le quai, revient à l'autre bout de la rue Guénégaud.
Celle de Dumas, à la Gaité, en 1882. Gallica

Celle d'Abel Gance au cinéma

            Au départ de l’enceinte, au bord de la Seine, s’élevait la fameuse tour de Nesle que ressuscitera le 19ème siècle, Dumas puis Zévaco, en attendant que le cinéma prenne la relève dans les années 1950. En 1832, Bocage était Buridan pour cinq cents représentations successives ; en 1955, c’est Pierre Brasseur qu’Abel Gance choisira pour interprète. « Où est » – et, surtout, qui est ? – « la reine qui ordonna que Buridan fût jeté en un sac en Seine ? » Le mystère que nous a légué Villon reste entier.
Henri de Guénégaud avait racheté l’hôtel de Nesle attenant, devenu de Nevers. Le secrétaire d’État, puis garde des Sceaux, Henri de Guénégaud alias Anaxandre ou Alcandre, et sa femme Élisabeth, Amalthée en préciosité, recevaient en leur hôtel Mme de Sévigné, Mme de La Fayette, et Arnaud d’Andilly. C’est dans leur salon que Boileau lu ses premières satires et corrigea, peut-être, la première tragédie de Racine, qui ne sera pas mieux reçue pour autant : cette Thébaïde, d’une épouvantable noirceur. Racine en tira vite la leçon, et son Alexandre, qu’entendirent ensuite ici les hôtes, exact contre-pied de la précédente, optera pour le genre optimiste et galant. Le succès sera d’autant plus au rendez-vous que l’auteur avait donné deux fois l’exclusivité de sa pièce : et à Molière et, clandestinement, à l’Hôtel de Bourgogne !
 L’année d’Alexandre vit tomber la tour de Nesle, qui fit place au collège des Quatre-Nations que Mazarin destinait à soixante jeunes gens d’Alsace, de la Flandre, de l’Artois et du Hainaut. C’est ici, à Sainte-Beuve, devenu bibliothécaire à la Mazarine et logeant dans les dépendances de cet Institut que Napoléon avait installé dans le collège des Quatre-Nations, que Baudelaire fera porter, en 1843, ses premiers vers.
           
            Le salon d’Amalthée avait été entraîné dans la chute de Fouquet : les Guénégaud avaient eu à peine le temps de demander à Jules Hardouin-Mansart une extension de l’hôtel construit par ce François Mansart dont leur nouvel architecte s’inspire au point d’avoir accolé son nom au sien qu’il ne leur restait déjà plus qu’à se retirer sur leurs terres de Fresnes.
            Leur hôtel, passé aux Conti, devait dans le projet de 1749, on l'a vu, être remplacé par le nouvel Hôtel de Ville de Paris et une grande place dotée d'une statue équestre du roi Louis XV. Il ne sera finalement démoli qu’en 1768, pour être remplacé par l’hôtel de la Monnaie et loger ainsi le ministre François de L’Averdy.
            C'est que la place aujourd'hui Vendôme, conçue à l’instigation de Louvois comme celle des Conquêtes, qui devait être reliée à la place des Victoires et loger Académies, Bibliothèque, Hôtel des Ambassadeurs extraordinaires et Monnaie, avait été refilée en catastrophe à la Ville sous forme de plans d’un côté et de piles de matériaux de l’autre. Paris mettra vingt ans à en revendre les lots et n’y parviendra qu’à l’aide des spéculations de Law. Exit donc la Monnaie de la place des Conquêtes, exeunt d'ici l'hôtel de ville, la place et la statue.
            Le chimiste Sage (1740-1824) occupa en 1778 la chaire de minéralogie docimastique (examen et analyse des minerais) de l'Ecole publique installée à la Monnaie de Paris, qui avait pour but la formation d'ingénieurs propres à diriger les travaux des mines. Il sera à l'origine, en 1783, de la création de l'Ecole des Mines. Il avait en outre rassemblé depuis 1760 d'importantes collections qu'il céda alors au roi, moyennant une rente viagère de 5000 livres; ces collections demeurèrent à l'Hôtel des Monnaies jusqu'en 1824.
            C'est M. de Puymorin, directeur de la Monnaie, son frère et quelques autres royalistes et chrétiens qui avaient, en mai 1814, exhumé nuitamment les restes de Voltaire et de Rousseau de sorte que l'église Sainte-Geneviève (le Panthéon) ne fût point souillée par ces restes impies. Ils étaient allés les dissoudre dans la chaux vive à la barrière de la Gare, vis-à-vis Bercy, au milieu des cabarets et des guinguettes, sur un terrain appartenant à la gare d’eau désaffectée.

Sur le quai Conti, on est sur le trajet des ambassadeurs.
            Voltaire a été de 1733 à 1749, l’ami-amant d'Émilie, marquise du Châtelet, fille de ce baron de Breteuil qui avait été pendant plus de quinze ans, jusqu’à la mort de Louis XIV, l’introducteur des ambassadeurs à la cour.
            Le protocole faisait faire aux ambassadeurs étrangers antichambre dans le faubourg Saint-Antoine. Ceux des puissances catholiques attendaient, dans une salle du couvent de Picpus dite, pour cela, « des Ambassadeurs », de recevoir les compliments des princes et princesses du sang pour pénétrer en ville ; ceux des autres nations séjournaient à hôtel des Quatre-Pavillons des Rambouillet, protestants, rue de Charenton, où, au jour de leur présentation, venaient les prendre les carrosses de la cour.
            Le parcours officiel des ambassadeurs, après avoir franchi la porte Saint-Antoine et traversé la place Royale, gagnait la Seine par la rue de la Monnaie puis faisait le tour du bassin du Louvre, longeant le fleuve vers l’aval jusqu’au pont Royal, et remontant les quais de l’autre rive jusqu’à la hauteur du Pont-Neuf.
            La folie Rambouillet était surnommée la Maison du Diable, du nom de Rémond le Diable, fermier général dont le fils était l’introducteur, quand l’ambassadeur turc y arriva avec sa suite de 80 personnes le 8 mars 1721. Le vendredi 21 mars, il était reçu par le petit roi de 11 ans aux Tuileries. « On approuva fort, écrit Saint-Simon, le chemin qu’on fit prendre à cet ambassadeur, (…) et de l’avoir fait retourner par le quai des Tuileries et par celui des Théatins [aujourd'hui Voltaire], qui sont les endroits ou Paris paraît le mieux. Que serait-ce si on dépouillait le Pont-Neuf de ces misérables échoppes, et tous les autres ponts de maisons, et les quais de celles qui sont du côté de la rivière ? »
Saïd Méhémet Pacha, son successeur, fera son entrée solennelle à Paris, le 7 janvier 1742, empruntant le parcours protocolaire menant du faubourg Saint-Antoine à l’hôtel des Ambassadeurs extraordinaires de la rue de Tournon, par un froid qui a étréci le cortège sur la seule partie de la chaussée où fumier et sable ont été répandus sur la neige gelée. Ensuite ses cavalcades et ses défilés se déploieront au jardin du Luxembourg.

On est arrivé devant le Pont-Neuf :
            Les principaux cafés de Paris sont au 18ème siècle, en haut du Pont-Neuf, vers l’aval, sur le quai de l’École, celui de Gradot où se réunissent les esprits forts, les savants et les bons joueurs d’échecs, et à l’autre extrémité du Pont-Neuf, côté amont, c’est-à-dire au bout du quai des Augustins, celui de Duverger, où se rassemblent les nouvellistes et les gazetiers politiques.
            La Motte demeurait « rue Guénégaud, près du quai Conti, très froid, comme on sait, et exposé au nord », écrit Sainte-Beuve, qui poursuit en citant Duclos : « devenu aveugle et perclus des jambes, il était réduit à se faire porter en chaise– (il avait à lui sa chaise, c’était alors le luxe des demi-fortunes, explique Sainte-Beuve) -, au café de Gradot, pour se distraire de ses maux dans la conversation de plusieurs savants ou gens de lettres qui s’y rendaient à certaines heures : Maupertuis, Saurin, Nicole, tous trois de l’Académie des sciences, Melon, auteur du premier Traité sur le Commerce, et beaucoup d’autres qui cultivaient ou aimaient les Lettres ».
            Émilie du Châtelet n’y venait que pour Maupertuis. « J’ai été hier et aujourd’hui vous chercher chez Gradot, lui écrit-elle un samedi du début de 1734, et je n’ai pas entendu parler de vous. » C’est, dans ces mois-là, un leitmotiv : « Je vous ai promis de vous avertir de mon retour, ce ne serait point être revenue que de ne vous point voir. Venez souper avec moi demain ; je vous irai prendre au sortir de l’opéra, chez Gradot, si vous voulez m’y attendre ».
            Voltaire est en mission diplomatique pour Berlin et pour Bayreuth. L’armée de l’Angleterre, du Hanovre et de l’Autriche, commandée par Georges II, a défait le 23 juin 1743 celle du maréchal de Noailles à Dettingen, sur le Main. La route du royaume de France s’est ouverte par l’Alsace devant les coalisés. Les rapports de police pistent le philosophe : « On dit que Voltaire déclame hautement contre les Français, les ministres, l’Académie, et surtout contre l’évêque de Mirepoix et l’on blâme le gouvernement de ne l’avoir pas mis à la Bastille pour les derniers discours qu’il tint publiquement chez Gradot avant son départ ».

On descend, par les rues de Nevers et de Nesle qui nous rappellent la tour de Buridan, jusqu'à la rue Dauphine. On est à nouveau dans les pas des ambassadeurs qui, par cette rue Dauphine et celle de la Comédie, entre Procope et Théâtre-Français, descendaient ensuite la rue de Condé, de sorte de passer devant le palais du Luxembourg, avant de prendre la rue de Tournon.
            Au 33, rue Dauphine, coin de la rue Christine, Juliette Gréco a déniché, dans une imprimerie, un bar ouvert à peu près toute la nuit. Devenus des familiers du lieu, Roger Vadim, Roger Pierre, Jean-Marc Thibault en ont débarrassé la cave et c’est devenu un club, le Tabou. Les chemises à carreaux, les jeans, les baskets arrivés dans les bagages des Américains sont désormais la tenue de be-bop des « rats de cave ». Albert Camus, qui adore danser, est au Tabou tous les soirs, avec Jean Genet, les trois frères Vian, Raymond Queneau.

Cour du Commerce St-André :
            « Imberbe alors, sur les vieux bancs de chêne, où l’enfant boit, dix ans, l’âpre lait des études », Baudelaire lit avec passion ce Volupté que Sainte-Beuve a écrit à l’Hôtel meublé de Rouen, au n° 4 de l’actuel passage du Commerce, dans les deux chambres du quatrième étage où il recevait Adèle, Mme Victor Hugo.

Place Henri Mondor (de l'Odéon) :
            Marat et les quelques personnes attachées à la confection et au pliage du journal s’activent autour de l’Ami du Peuple, au premier étage de l’ex-30, rue des Cordeliers, qui correspond au pan coupé du bâtiment de l’École de médecine donnant sur l’actuelle place Henri-Mondor. Danton habite à deux pas, près de l’endroit où, sur la place, est érigée sa statue. Billaud-Varenne, son secrétaire, loge 45, rue Saint-André-des-Arts, à l’angle de la rue Gît-le-Cœur. Hébert est au 5, rue de Tournon.
            Le 13 juillet 1793, Marat est assassiné, dans l’appartement à la fenêtre duquel, ouvertes les deux croisées en verre de Bohème, il se penchait quand Danton, au passage, le hélait. « S’il faut un successeur à Marat, s’il faut une seconde victime à l’aristocratie, elle est toute prête, c’est moi », assure le Hébert du Père Duchesne, un temps président du Club des cordeliers. Moins de neuf mois plus tard, Danton est arrêté ; son ancien secrétaire, « le tigre à perruque jaune », requiert contre lui. Au questionnaire d’identité, Danton répond : « Ma demeure ?, bientôt dans le néant, ensuite dans le Panthéon de l’Histoire ! M’importe peu ! Ancien domicile : rue et section Marat ».

            Le dimanche 10 mars 1839, le chapiteau de la future colonne de Juillet sort de la fonderie du Roule tiré par 12 chevaux aidés de 100 à 200 hommes pour gagner la place de la Bastille par les grands boulevards. A la hauteur de la rue de Ménilmontant [aujourd'hui Oberkampf], un cheval s'abat, l'attelage est épuisé, la foule prend les choses en mains, le cortège arrive à destination sur les 10 heures du soir. De la Bastille, une partie de cette foule, environ 300 personnes, essentiellement des ouvriers, brandissant 3 drapeaux rouges, remonte en sens inverse jusqu'à la Porte St-Denis, descend la rue du même nom puis la rue Mauconseil jusqu'au marché des innocents, criant « Vive la liberté ! Vive la République ! A bas les ministres ! ». On chante la Marseillaise et le Chant du Départ. Les gardes municipaux du poste de la Lingerie ont pris les armes et les dispersent. Le cortège se reforme et par le pont au Change arrive place du Palais de Justice. Le poste de la ligne prend les armes, une brigade de sergents de ville s'attaque aux drapeaux, en arrête les porteurs et tous ceux qui les défendent. Ceux qui en ont échappé vont vers l'École de Médecine, entrent au Café Dupuytren, juste en face, appellent les étudiants à la rescousse : "Nous sommes tous des frères, Vive la République ! Les écoles avec nous!"

            Dans les années 1780, au 12 de l’actuelle rue de l’École-de-Médecine, se sont achevés les magnifiques bâtiments de l’Académie de chirurgie, voulus par Louis XV, continués par Louis XVI, qui, après le Roi-Soleil, ont favorisé les efficaces barbiers-chirurgiens dont l'amphithéâtre était d'abord installé plus bas, au n°5.

            Par la rue Dupuytren et la rue Monsieur le Prince on arrive à l'arrière du couvent des Cordeliers où le bataillon des Marseillais, qui fit connaître La Marseillaise aux Parisiens, avait cantonné.
            En face, dans le triangle de la rue Monsieur le Prince, la rue de Vaugirard et la rue de Condé, s'élevait l'hôtel d'Henri de Bourbon, prince de Condé. Celui-ci ayant choisi de résider désormais au Palais-Bourbon, la parcelle fait partie d’un plan d’urbanisme que Charles de Wailly complètera, en 1789, par un projet d’embellissement de la Ville de Paris.

On prend la rue Casimir Delavigne, qui s'appela Voltaire :
            Les nouvelles rues consécutives au lotissement de l’hôtel de Condé s’appellent, à l’exception de la rue centrale, Molière (auj. Rotrou), Regnard, Crébillon, Voltaire (auj. Casimir Delavigne), Racine et Corneille. Pour la première fois, leurs noms sont des dédicaces et non plus l’indication des hôtels aristocratiques, congrégations ou enseignes desservis ; et les rues pas seulement des moyens de viabiliser la propriété foncière, mais un espace public dont jouir. Ces premières rues à flâner de Paris sont placées, de surcroît, sous le patronage des lettres et de la philosophie, Voltaire, à peine mort, se retrouvant en puissance tutélaire bien avant que la Révolution n’en fasse son héros.

On arrive place de l’Odéon :
Le séjour de Condé, très étendu, offrait de multiples possibilités, Louis XVI décide, en 1779, d'y faire construire un théâtre pour ses Comédiens français qui n’occupent la salle des Machines des Tuileries qu’à titre provisoire. Charles de Wailly, pressenti avec Marie-Joseph Peyre, s’en ouvre à Voltaire ; le philosophe a aménagé un théâtre à peu près partout où il s’est trouvé : à Cirey, chez la marquise du Châtelet, dès 1735, comme dans sa maison de la rue Traversière, pour Le Kain, quinze ans plus tard.
 Le roi a décidé également que le théâtre serait placé au plus près possible du palais du Luxembourg, qu’il a donné à Monsieur, son frère, le comte de Provence, et à Madame, l’épouse de celui-ci, afin qu’il « soit un nouvel agrément pour leur habitation, en même temps que pour nos sujets qui, avant d’entrer, ou en sortant du spectacle de la Comédie-Française, auront à proximité une promenade dans les jardins du Luxembourg ». 
            La salle de deux mille places, la plus grande de Paris, financée par le lotissement de l’hôtel de Condé (et celui de la pointe occidentale des jardins du Luxembourg, dans laquelle est ouverte la croisée des rues Madame et de Fleurus), est inaugurée le 9 avril 1782. La Reine, Monsieur, Madame, y assistent à un divertissement qui moque les modes du jour, dont le goût pour une presse incarnée alors dans le Journal de Paris.
            Le 27 avril 1784, c’est un succès fou, au sens propre, pour Le Mariage de Figaro ou La Folle journée. La Comédie-Française, seul théâtre de Paris dégagé comme un monument, est littéralement cernée. « Dès dix heures du matin, soit huit heures avant la représentation, quatre ou cinq mille personnes se pressaient aux abords du théâtre et tentaient déjà d’en forcer les grilles, écrit Frédéric Grendel. Jusqu’à la Seine des files ininterrompues de carrosses stationnent et créent dans les rues avoisinantes un encombrement et une paralysie dont les conducteurs d’aujourd’hui ne peuvent avoir idée. À midi, les grilles cédèrent enfin sous la pression de la foule et la garde imposante dut reculer. Trois candidats au parterre moururent étouffés, impossible de les dégager. Debout, perdus dans l’indescriptible cohue, les trois morts semblaient attendre comme les autres le début du spectacle. (...) La salle fit un sort à la plupart des répliques, applaudissant sans cesse, au point que le spectacle dura plus de cinq heures. » Et cette première représentation fut suivie de soixante-sept autres d’affilée, ce qui ne s’était jamais vu.
Le 1er projet de Charles de Wailly, 1786. Gallica

Les files ininterrompues de carrosses stationnaient rue du Théâtre-Français (auj. de l’Odéon), le long de trottoirs, cette trouvaille anglaise qui faisait ici son apparition à Paris, et devant les maisons à plusieurs locataires jalonnant la patte d’oie conçue par Charles de Wailly. Une place en demi-cercle redouble le théâtre d’un second, symbolique, d’autant mieux que la façade du monument, reliée par des arcades à deux annexes latérales, semble la fermer d’un mur de scène à l’antique.

Camille Desmoulins habitait place de l’Odéon, à l’angle de l’actuelle rue Crébillon. Le couvent des cordeliers fermé par la Révolution, il y loge son Club des cordeliers, populaire, composé d’habitants et non d’élus, qui acquittent un droit d’entrée minime. Marat, retour d’un exil londonien dû à ses attaques contre Necker et La Fayette, s’y est inscrit. C'est en grande partie sous son influence qu’est portée au Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791, la pétition exigeant qu’on destitue le roi.

Par la rue Regnard, on rejoint la rue de Condé :
Beaumarchais, associé avec le financier Pâris-Duverney dans une série d’affaires dont l’exploitation de la forêt de Chinon, s’était installé avec sa famille au n° 26. Le 3 janvier 1773, son Barbier de Séville avait été reçu à la Comédie-Française ; le 11 février, Beaumarchais avait une altercation avec le duc de Chaulnes, qui l’accusait de lui ravir sa maîtresse, l’actrice Mlle Ménard, et il devait quitter son domicile pour la prison de Fort-l’Évêque. Pendant qu’il s’y morfondait, l’héritier et neveu de Pâris-Duverney faisait casser les dispositions du testateur : Beaumarchais était ruiné. Il ne sortira de prison, le 8 mai, que pour se voir chassé aussi de sa maison. Le Barbier de Séville attendra encore deux ans avant d’accéder à la scène.

Avec le cortège des Ambassadeurs, on passe devant le Luxembourg pour remonter la rue de Tournon :
La Galigaï, sœur de lait de Marie de Médicis, s’était, avec Concini son mari, installée rue de Tournon ; c’est peut-être pour ça que la reine avait fait bâtir le Luxembourg. Le 24 avril 1617, Concini, le favori de la reine mère, devenu Premier ministre, était attiré dans une souricière sur le pont-levis du Louvre et abattu à coups de pistolet. Aussitôt fait, Louis XIII avait paru à la fenêtre et avait été salué par ses gentilshommes du cri de « Vive le Roi ! » ; il envoya dire à sa mère qu’il prenait la direction du royaume et qu’elle n’avait plus à se mêler de rien. Le jeune Louis XIII récompensera Luynes, qui l’avait aidé dans l’assassinat de Concini, en lui donnant l’hôtel de leur victime.
Vers 1630, quand Rubens, fuyant la peste, revient d’Anvers installer au Luxembourg les panneaux qu’il y a réalisés, les ambassadeurs extraordinaires se voient désormais attribuer pour résidence l’ancien hôtel des Concini, 10 rue de Tournon.
Entre Ambassadeurs et Brancas, le n°8

A côté, au 18ème siècle, s'élève l'hôtel du duc Louis de Brancas, comte de Lauraguais (1733-1824), un homme qui illustre la curiosité encyclopédique de son époque. Taquinant les muses, il est de surcroît, outre l’accoucheur et le disséqueur qu’on découvrira dans la lettre de sa maîtresse, un fanatique « inoculateur » comme l’on dit dans les débuts de la vaccination. Sophie Arnould, la maîtresse en question, et « l’esprit de Paris » selon les Goncourt, profite d’une absence du duc si bien doué pour rompre avec lui : « Monsieur mon cher ami, Vous avez fait une fort belle tragédie, qui est si belle que je n’y comprends rien, non plus qu’à votre procédé. Vous êtes parti pour Genève afin de recevoir une couronne de lauriers du Parnasse de la main de M. de Voltaire, mais vous m’avez laissée seule et abandonnée à moi-même. J’use de ma liberté, de cette liberté si précieuse aux philosophes, pour me passer de vous. Ne le trouvez pas mauvais, je suis lasse de vivre avec un fou qui a disséqué son cocher et qui a voulu être mon accoucheur, dans l’intention sans doute de me disséquer aussi moi-même. Permettez donc que je me mette à l’abri de votre bistouri encyclopédique. J’ai l’honneur d’être votre Sophie Arnould. »

Depuis longtemps, Lekain et Mlle Clairon défendaient les théories dramatiques de Voltaire, soutenaient sa réforme du costume vers plus d’exactitude, réclamaient avec lui la suppression des bancs qui encombraient la scène ; le 23 avril 1759, le jeune comte de Lauraguais la met en actes en déboursant 30 000 livres pour indemniser la Comédie-Française de son manque à gagner. « Comment apporter le corps de César sanglant sur la scène [à l’acte III de La Mort de César] ; comment faire descendre une reine éperdue dans le tombeau de son époux, et l’en faire sortir mourante de la main de son fils [à l’acte V de Sémiramis] au milieu d’une foule qui cache, et le tombeau, et le fils, et la mère, et qui énerve la terreur du spectacle par le contraste du ridicule ? », se plaignait Voltaire. Désormais, c’est possible et, deux ans plus tard, Lebeau de Schosne, rappelant ce qu’était la situation passée, peut écrire : « … Les coups de théâtre étaient toujours manqués. Nos chefs-d’œuvre tombaient ou perdaient une partie de leur éclat et des éloges mérités aux travaux de leurs auteurs. Sémiramis en a été une preuve bien convaincante. Cette pièce n’eut qu’un faible succès dans sa naissance, exactement par les raisons que je viens de dire ; et elle est aujourd’hui une des plus solides colonnes du palais de Melpomène ».

La descente de la Courtille par la barricade du Temps des cerises


L’occasion de ce parcours est une balade organisée pour le CE de « Ponts Formation Édition », l’activité de formation continue de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées après l’installation de la Maison des Ponts au 15, rue de la Fontaine-au-Roi, Paris 11e.

[En 1860, on trouvait au 15, Fontaine au Roi, Jeanson Frères, fabricants de moulures en bois pour le bâtiment, dorure chimique pour tenture et encadrements, avec, en 1870, l'indication qu'ils ont aussi un "magasin à Bondy, 34" et, en 1880, une "usine à Billancourt, chemin de hallage". En 1890, Jeanson Frères est remplacé par un plumassier: M. Pichon. En 1900, on trouve à cette adresse la manufacture de "Simon et Cie, habillement et confection pour hommes et enfants, en gros et détail", qui aura bientôt ses magasins 7 et 9, rue Croix-des-Petits-Champs, et 15 et 17, rue Auber. Dans les années 1950, la S.A. Simon et Cie est toujours au n°15, où elle a été rejointe, depuis 1930 par Simon Hermanos, agents pour l'exportation.]

- La rue a connu les noms de rue de la Fontaine nationale en 1792 ; rue de la Fontaine au Tyran pendant la révolution de 1848

- à l’angle de la rue Pierre-Levée, une barricade opposa le 23 juin 1848 une résistance farouche

- L’octroi à roulettes était installé à l’angle de la rue de la Folie-Méricourt en 1724. A l’Est de cette barrière, dans le triangle que forment la rue du Faubourg-du-Temple et celle de la Fontaine-au-Roi avec la rue Saint-Maur, (l’une des rares tangentes de la capitale, qui joint l’abbaye de Saint-Denis à celle de Saint-Maur-des-Fossés), est né un village de guinguettes au milieu des « courtils », ces jardins du dimanche éloignés du logis citadin : la Courtille.
Parmi ces guinguettes, celle de Ramponneau (à l’angle de la rue de l’Orillon et de la rue Saint-Maur), qui en 1786, à la construction du mur des Fermiers généraux, sera si glorieux qu’une barrière sera ouverte à son nom au bout de la rue de l’Orillon, sur le bd de Belleville, au départ de la rue auj. Ramponeau. Les guinguettes passaient à cette date un cran plus à l’Est, sur la pente montant vers le village de Belleville.
 « Il n’y a plus que les ouvriers qui connaissent les fêtes et dimanches, explique Louis-Sébastien Mercier. La Courtille, les Porcherons, la Nouvelle-France se remplissent ces jours-là de buveurs. Le peuple y va chercher des boissons à meilleur marché que dans la ville. Plusieurs désordres en résultent ; mais le peuple s’égaie, ou plutôt s’étourdit sur son sort. »


- « grisette 1830 » de Joseph Jean Emmanuel Cormier, dit Joé Descomps (1869-1950) plutôt spécialisé dans les petits bronzes décoratifs, spécialement des nus féminins. Placée là en 1911 seulement, mais pas de façon totalement arbitraire puisque les Vendanges de Bourgogne, en face, ont été l’un des creusets de la Révolution de 1830, lors d’un banquet qui regroupa le général Lafayette, commandant, sous la Restauration, des gardes nationales en 1789, Godefroy Cavaignac, fils d’un Conventionnel, (ne pas le confondre avec son frère Eugène Cavaignac, le sabreur de juin 1848), en gros des républicains partisans du suffrage universel, et d’autres, comme Odilon Barrot, prônant une monarchie constitutionnelle.
On va vite déchanter et, la Garde Nationale ayant été dissoute le 31 décembre 1831 par Louis Philippe, et Lafayette renvoyé, « La Société des Amis du Peuple » brave la décision royale en organisant aussitôt un banquet en leur honneur à ces mêmes Vendanges de Bourgogne. Durant le dîner, Évariste Galois, qui vient tout juste d’avoir 20 ans, y lève son verre à la santé de Louis-Philippe alors qu'il a gardé son couteau dans l'autre main. D’autres, qui y ont vu un symbole, l’imitent le couteau  brandi ostensiblement ; aussitôt, c’est la débandade générale, par les portes et par les fenêtres du jardin, de peur des suites policières.
Le lendemain, Évariste Galois est arrêté chez sa mère, au prétexte d'incitation à l'assassinat du roi. Il est emprisonné à Sainte-Pélagie, d’où il écrit à son ami Chevalier :
« ..Je suis sous les verrous ! ! !?..Tu as entendu parler des Vendanges de Bourgogne. C'est moi qui ai fait ce geste?? mais ne me fais pas la morale, car les brumes de l'alcool m'avaient ôté la raison. »
 
- Angle du bd Jules Ferry, qui ne prend ce nom qu’en 1906.  Entre le lotissement des marais du Temple, dont la rue du Grand Prieuré formait la limite, et la rue de la Folie-Méricourt, il n’y avait pas de constructions quand… la suite est dans Balzac, César Birotteau : « Du Tillet, instruit des intentions du gouvernement concernant un canal qui devait joindre Saint-Denis à la haute Seine, en passant par le faubourg du Temple, acheta les terrains de Birotteau pour la somme de soixante-dix mille francs. (…) Au commencement de l’année 1822, le canal Saint-Martin fut décidé. Les terrains situés dans le faubourg du Temple arrivèrent à des prix fous. Le projet coupa précisément en deux la propriété de du Tillet, autrefois celle de César Birotteau. La compagnie à qui fut concédé le canal accéda à un prix exorbitant si le banquier pouvait livrer son terrain dans un temps donné. » Le quai Charles X en 1824, devient quai de Jemmapes (victoire de 1792 sur les Autrichiens) en 1830.
Le canal a fait du faubourg du Temple le faubourg industriel du 19e siècle. Mais le même canal, qui les a pour ainsi dire fait naître, fournit aux ouvriers insurgés « une ligne de défense formidable » : en juin 1848, « il fallut du canon pour emporter les barricades élevées sur les deux rives à l’entrée du faubourg du Temple » ; les troupes de Lamoricière n’y parvinrent qu’au bout de cinq jours, se rappelle La Bédollière. Dès 1859, le 2nd Empire fait donc couvrir le canal, de la rue Rampon à la Bastille, de sorte que la cavalerie ne puisse plus y être stoppée.

- La descente de la Courtille. « Sous l’austère Restauration, la mode vint, on ne sait comment, d’aller achever les orgies du mardi gras à la Courtille : la nuit s’y passait à boire, et au matin du mercredi des Cendres, c’était, pour les bourgeois vertueux, un divertissement incomparable que d’assister à “la descente de la Courtille”. » Paris Atlas.
« La nuit du mardi gras donc, une fois minuit passé, les danseurs de l’Opéra, des Variétés, etc., montaient s’encanailler avec les débardeurs et les mamelucks de la barrière de Belleville, on buvait, on sautait, on faisait tapage tous ensemble, c’était l’égalité dans l’orgie ; puis, dès six heures du matin, fiacres, cabriolets, chars-à-bancs, tous les véhicules enfin étaient envahis par cette foule en délire, et toujours hurlant, toujours vociférant, elle commençait un défilé qui, jusqu’au boulevard, avait lieu au petit pas, mais à dix heures du matin tout devait être rentré dans l’ordre. » Comme le carrosse de Cendrillon, la Courtille des plaisirs, à dix heures tapantes, redevient le Paris du travail.
Cette mode se maintiendra une vingtaine d’années, jusqu’en 1838. Lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet datée « Mardi gras - 20 février 1849 » mais évoquant celui de 1838 : « Je n'oublierai jamais cette matinée où je sortis de chez toi, le cœur ébloui. Le jour naissait, il pleuvait à verse, les Masques déguenillés et souillés de boue descendaient de la Courtille avec de grands cris et inondaient le Boulevard du Temple. Ils étaient ivres et moi aussi; eux de vin, moi d'amour. »
Dès 1815, Ramponneau, situé un peu plus haut, on l’a dit, a été remplacé par beaucoup plus chic : Les Vendanges de Bourgogne, au coin du canal (son adresse est 144, quai de Jemmapes sous Louis Philippe). De ses balcons, c’est au champagne qu’on asperge la descente de la Courtille plutôt qu’à la farine et aux œufs. Les bals Chicard, qui s’y tiennent sous la monarchie de Juillet, du nom de leur promoteur, négociant en cuir du faubourg Saint-Antoine, sont à dix francs la carte, sur invitation. Néanmoins, les costumes chicards de carnaval continuent d’imiter ceux du peuple, avec comme types Balochard, « l’ouvrier tapageur et spirituel », Pétrin, le boulanger, etc. Milord l’Arsouille, patronyme hybride, symbole du riche encanaillé, qui conduira les descentes de la Courtille jusqu’à la dernière et sa ruine.

- 37, Fbg du Temple, en 1876, Boléro Star, puis Bijou Concert, Bijou Théâtre, etc. En 1924, le théâtre et son architecture "fin de siècle" sont détruits et débute la construction du Grand Cinéma du Palais des Glaces. Sa façade, recouverte de miroirs, lui vaut son nouveau nom. En 1960, la salle est transformée en salle de music-hall et de concerts. De grands noms s'y produisent dont Nina Simone, Marcel Dadi, Touré Kunda ; 1977 est l'année punk avec, au festival du Palais des Glaces, les Clash, les Damned, Jam, Generation X…
Le Funiculaire y fait son va et vient depuis 1891

- 50, rue du Fbg du Temple, cour industrielle
- 52, cour industrielle dans bâtiment social de 1935, constructeur de chauffage depuis 1955.

- 68, fbg du Temple/16 Goncourt, PLU : immeuble de rapport 1884, balcon filant au 5e, porte piétonne richement décorée sur la rue des Goncourt. La rue des Goncourt est percée en 1883 seulement sur l’emplacement de la caserne de la Courtille (gardes françaises) de 1780 ; les immeubles Alix Gaillard, au n°5, comme les portes décorées des n° 8, 6, 4 sont postérieurs.

- rue Darboy : villa du clos de Malevart : nommée fin 1999 : La rue du Faubourg du Temple, à proximité, a été tracée sur un très ancien chemin ouvert au travers d'un lieu-dit champêtre appelé au 12ème siècle, "clos de Malevart".
- rue Deguerry, ouverte en 1865, comme la symétrique (l’une et l’autre baptisées en 1875 d’ecclésiastiques tués par la Commune), en même temps que l’église ; au 6, bow-windows métalliques peints en vert.

église Saint-Joseph À l’annexion, le 11e arrondissement dans son ensemble ne comptait en tout et pour tout que deux églises. Napoléon III y a fait ajouter par Ballu l’église Saint-Joseph, « fort belle – nous dirions presque trop belle, en raison de la ferveur de la population pour laquelle elle a été faite, car cette ferveur est des plus tièdes », commente le Paris-Atlas de 1900. La ferveur iconoclaste, à l’inverse, est intense, qui a poussé, le 20 août 1899, de jeunes anarchistes à mettre l’église à sac.

angle 160 St-Maur/1-5 Orillon : localisation du Cabaret des Marronniers. Sont vues souvent au Cabaret des Marronniers, deux des quatre ou cinq maîtresses que compte le Régent  rien que parmi les dames de qualité : la marquise de Prie, par exemple, qui a « beaucoup d’agrément dans le visage, dans l’esprit et dans toutes les manières, selon Mathieu Marais, parle italien à merveille et chante de même », ou la comtesse de Parabère – « elle est grande, la taille bien prise, le visage brun, car elle ne se farde pas ; elle a de beaux yeux, une bouche charmante et peu d’esprit ; en un mot, c’est un bon morceau de chair fraîche », assure la princesse Palatine.
A l’automne ? de 1733 : En compagnie d’Émilie de Breteuil, marquise du Châtelet par son mariage, de la duchesse de Saint-Pierre, qui vient de dépasser la cinquantaine, et de son jeune amant, le comte de Forcalquier, (qui a eu quelque temps plus tôt les cheveux coupés par un boulet de canon, au siège du fort de Kehl, finalement tombé aux mains des Français le 28 octobre 1733), Voltaire est attablé devant une fricassée de poulet, aux chandelles, dans ce cabaret des Marronniers couru pour ses jeux de bagues, ses escarpolettes et la diseuse de bonne aventure qu’on était presque assuré d’y trouver.
 La mémoire de ce rendez-vous des amants restera vivace jusqu’à la veille de la Révolution : les marronniers du Mariage de Figaro y feraient allusion. Ils constituent le mot de passe du piège tendu au comte Almaviva :
« La comtesse :
— Je mets tout sur mon compte. [Suzanne s’assied, la comtesse dicte.] Chanson nouvelle, sur l’air : ... Qu’il fera beau, ce soir, sous les grands marronniers... Qu’il fera beau, ce soir...
Suzanne écrit :
—“Sous les grands marronniers...” Après ?
La comtesse
— Crains-tu qu’il ne t’entende pas ? »
Le 5ème acte de La Folle Journée, son sous-titre, s’y déroule tout entier, et s’y dénoue : « Le théâtre représente une salle de marronniers, dans un parc ; deux pavillons, kiosques ou temples de jardin, sont à droite et à gauche ; le fond est une clairière ornée, un siège de gazon sur le devant ».
Puis le Tambour-Royal (enseigne qui est un clin d’œil à la caserne de gardes française qu’on a évoquée rue Goncourt) de Jean Ramponneau s’est établi à cet emplacement ; une énorme salle de 900 à 1 000 places. Le patron bâtit sa gloire sur le prix de sa pinte et, en 1758, sur le fait d’avoir gagné un procès contre un entrepreneur de spectacles, l’église ayant fait valoir, en dépit d’un contrat dûment signé, qu’on ne pouvait forcer un homme à se damner en montant sur les planches. Voltaire ne pouvait pas ne pas s’emparer d’une affaire dans laquelle l’église condamne si fort le théâtre qu’elle en absout le parjure, sans compter qu’elle n’a aucun reproche à faire au cabaret ; il va donc écrire un Plaidoyer de Ramponeau dans lequel le bonhomme fait l’éloge de sa profession :
" Si nous sommes nécessaires à la puissance temporelle, nous le sommes encore plus à la spirituelle, qui est si au-dessus de l’autre. C’est chez nous que le peuple célèbre les fêtes; c’est pour nous qu’on abandonne souvent, trois jours de suite, dans les campagnes, les travaux nécessaires, mais profanes, de la charrue, pour venir chez nous sanctifier les jours de salut et de miséricorde; c’est là qu’on perd heureusement cette raison frivole, orgueilleuse, inquiète, curieuse, si contraire à la simplicité du chrétien, comme maître Beaumont lui-même est forcé d’en convenir; c’est là qu’en ruinant sa santé on fournit aux médecins de nouvelles découvertes; c’est là que tant de filles, qui peut-être auraient langui dans la stérilité, acquièrent une fécondité heureuse qui produit tant l’enfants bien élevés, utiles à l’Église et au royaume, et qu’on voit peupler les grands chemins pour remplir le vide de nos villes dépeuplées. (...)

L’Encyclopédie, à l’article Cabaret, prétend que les lois de la police ne sont pas toujours rigoureusement observées dans nos maisons. Je demande justice à la cour de cette calomnie: je me joins à maître Palissot, maître Lefranc de Pompignan, et maître Fréron, contre ce livre abominable. Je savais déjà par leurs émissaires, mes camarades ou mes pratiques, combien ce livre et leurs semblables sont pernicieux.
Une foule de citoyens de tout ordre et de tout âge les lit, au lieu d’aller au cabaret: les auteurs et les lecteurs passent dans leurs cabinets une vie retirée, qui est la source de tant d’attroupements scandaleux. On étudie la géométrie, la morale, la métaphysique, et l’histoire: de là ces billets de confession qui ont troublé la France, ces convulsions qui l’ont également déshonorée, ces cris contre des contributions nécessaires au soutien de la patrie (...) Ces détestables livres enseignent visiblement à couper la bourse et la gorge sur le grand chemin: ce qui certes n’arrive pas à la Courtille, où nous abreuvons les gorges, et vidons les bourses loyalement."
 
En 1772, Jean Ramponneau cède la main à son fils pour reprendre la Grande Pinte, guinguette située juste en face de l’ex-château des Porcherons, à l’emplacement de l’actuelle place d’Estienne-d’Orves. Père et fils sont les papes de Paris, à lire Jean Joseph Vadé, le « Corneille des Halles », dans La Pipe cassée : « Voir Paris, sans voir la Courtille, / Où le peuple joyeux fourmille, / Sans fréquenter les Porcherons (…) / C’est voir Rome sans voir le pape ».

on prend à gauche la rue Saint-Maur
- 166-170, rue St-Maur, le bâtiment sur cour est la manufacture de H. Mourceau : tissus, étoffes et tapisseries d’ameublement, de 1858-59; les 2 immeubles de rapport aux n° 166 (où le directeur de la manufacture a son appartement) et n° 170 s'y ajoutent en 1862-63.


on remonte la rue du Fbg du Temple
- cour des Bretons, Cour de Bretagne (1829). Cour des Bretons (1877) : lotissement du 19ème siècle associant artisanat et logements, ateliers en r-d-c et 1er étage ; rénovée en 2001, vendue en logements.

- 105 rue du Fbg du Temple, Galerie marchande à un seul accès, construite de 1923 à 1924 par l'architecte Ferdinand Bauguil pour le compte de Théo Cremnitz, promoteur de cet ensemble de "magasins d'exposition". Appelé "Palais du Commerce", l'édifice abritait une cinquantaine de magasins et ateliers, tous à l'abandon aujourd'hui. Constitué de deux niveaux de galeries ouvertes sur des coursives, la galerie est en béton armé. Les sols pavés de verre et une verrière en fond de galerie éclairent l'ensemble. Le sous-sol abrite un bal-musette, "La Java", qui a vu débuter, entre autres, Edith Piaf et Maurice Chevalier. Inscrit MH en 1994:
Le Palais du Commerce
105, rue du Fbg du Temple






















- 94 rue du Fbg du Temple, Cet humble et pittoresque concert de quartier existait déjà en 1850. Après des années d'une vie agitée, l'ancien 'Concert du commerce', sous ce nom en 1910 dans Hillairet (En février 1902, Maurice Chevalier, engagé sur la recommandation de Boucot, en supplément de programme, y chantait pour cinq francs par semaine !), a rouvert ses portes au public le 16 novembre 1988 sous le nom de Théâtre du Tambour Royal, évocation du cabaret de Ramponneau. Ne subsistaient de l'ancienne salle, après plus de 60 ans d'abandon, que des fragments de fresques, quelques éléments de scènes, de régie et de sièges (trois d'entre eux ont encore leur place dans la salle).

on tourne à dr. dans passage Piver
- 14, passage Piver, atelier début 20ème ; à partir de 1943, emboutissage des métaux, puis garage, auj atelier d’artiste

- 5, impasse Piver, ex usine Springcourt

on prend à g. la rue de l’Orillon, puis à g. la rue Louis Bonnet et la rue de la Présentation pour rejoindre la rue du Fbg du Temple
- rue de l’Orillon : Pour Alphonse Daudet, le gavroche typique du faubourg, c’est un « petit du quartier », «né, comme moi [c'est le gamin qui parle], rue de l’Orillon, dans un atelier de menuisier, et depuis huit ans jusqu’à quinze qu’on m’a mis en apprentissage, avoir roulé le faubourg dans une voiture à bras pleine de copeaux »

- Comme au Tambour royal, clientèle du Cabaret de la Courtille de Gilles Desnoyers, 129, rue du Fbg du Temple, était mêlée : nobles et courtisans aimaient, en carnaval comme aux jours moins gras, fréquenter les guinguettes populaires, Mme de Genlis, préceptrice des enfants du futur Philippe-Egalité, y avait dansé, dit-on, avec un valet de chambre.
Cour de la Grâce de Dieu : d'une longueur de 133 m et d'une largeur minimum de 3,50 m. M. Meyer, propriétaire de cette voie privée et directeur du théâtre de la Gaîté la dénomma ainsi en 1870, en souvenir de l'énorme succès de la pièce dramatique de Dennery et de Gustave Lemoine « La Grâce de Dieu » jouée en son théâtre. Ce vaste ensemble offre une belle homogénéité architecturale dans ses bâtiments bas et ses pavillons. En 1850, il était alors plus qu'insolite de regrouper en un seul et même lieu un aussi grand nombre de logements populaires (précurseurs de nos HLM) et de ce fait, il fut considéré comme « le plus grand immeuble de la capitale » ; réhabilités par l’office public d’HLM dans les années 1970. Dans une liste de victimes du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, on trouve un « GANTILLON, dessinateur, cour de la Grâce-de-Dieu »

on remonte la rue du Fbg du Temple jusqu’à la place du Gal Ingold, l’ex Barrière de Belleville du Mur des Fermiers Généraux.
- A la construction du mur des Fermiers Généraux, les cabarets sont passés de l’autre côté. Sous la Restauration et dans les débuts de la monarchie de Juillet, entre les cabarets du Bœuf-Rouge, du Coq-Hardi, du Sauvage, de la Carotte filandreuse, de l’Épée-de-Bois, la circulation est interdite aux voitures. « Un beau dimanche du printemps ou de l’été, tout est confondu dans la rue, depuis la barrière jusque auprès de l’entrée du bourg. Ouvriers, bourgeois, militaires, hommes décorés, femmes en bonnet, femmes en chapeau, marchands de fruits, de petits pains, tout circule, tout monte ou descend confusément, sans se presser, sans se heurter ; et chacun cherche, sans être troublé, l’enseigne de la guinguette où l’on vend du bon petit vin à dix ou douze sous le litre, ou quinze sous la bouteille ; du bon veau, de l’excellente gibelotte de lapin, de l’oie, soit en double soit rôtie, etc. », assure en 1826 la Vie publique et privée des Français.
« Le dimanche, l’ouvrier vrai, écrit Denis Poulot, va se promener avec sa femme et ses enfants dans les promenades publiques, visite les musées, les expositions, l’été plus spécialement, va à la campagne dans les environs de Paris, à dix heures il est rentré. »
Passons à l’ouvrier, le second dans l’ordre décroissant de sa nomenclature : « Quand il fait beau le dimanche, à une heure, tout le monde en route, à Saint-Ouen (pour la friture), Joinville, Romainville (Les tramways électriques empruntèrent ces lignes dominicales : dès 1896, République-Romainville, tramway à impériale) ou Bondy, on dîne au Lapin Vengeur, [l’enseigne représente un lapin tuant d’un coup de pistolet un cuisinier] on rentre chargé de lilas ou de muguet, même de simples fleurs des champs ; à onze heures, tout le monde dort. »

- La dernière barricade de la Commune fut-elle celle de la rue Oberkampf ? Celle de la rue Rébeval dans le 19e ? Celle de la rue Ramponneau, au coin de la rue de Tourtille, à en croire un dessin de Robida [né en 1848, il habite Belleville de 1869 à 1882, avant de filer sur Argenteuil] qui le légende comme « la dernière barricade de la Commune » ? Lissagaray a peut-être été le dernier défenseur de celle-ci [Lissagaray sera ensuite en exil à Londres, l’amour des 18 ans d’Eleanor, dite Tussy, la cadette des sœurs Marx ; il en a 34].

- rue Louis Bonnet, enfant d’Aurillac, ouverte en 1927 : l’Auvergnat de Paris  était mort en 1913, une foule immense suivant ses obsèques.

puis la rue de la Présentation : la lisière sud de « La Goulette » de Paris pour les juifs tunisiens, et depuis le début des années 1980, le bord inférieur du Chinatown de Belleville.
On trouvait encore dans les années 1990 quelques vestiges de pavés en bois dans une entrée d'immeuble rue de la Présentation.
Le personnage de L’Homme qui tuait des voitures, d'Éric le Braz, habite à l’angle Bonnet/Présentation

puis rue du Moulin Joly
- galerie Artegalore, 14, rue du Moulin-Joly, ses vernissages attirent de nombreux VIP collectionneurs. On a pu y croiser Arielle Dombasle, Marc Lavoine, Andrée Putman ou encore Philippe Starck.

- à dr., rue Jean-Pierre Timbaud  (ex rue d’Angoulême ; la « Ville Neuve d’Angoulême » est nommée ainsi à la suite du premier projet de lotissement et d’urbanisation de cette zone marécageuse, au XVIIIe siècle, qui appartenait alors au duc d’Angoulême, frère du futur Louis XVI et futur roi Charles X). Le cercle internationaliste ‘Les Sans Patrie’, fondé en 1880, a tenu ses réunions hebdomadaires du samedi, salle Thomas, dans cette rue. Les Causeries populaires de Libertad y ont eu une annexe en 1903, à l’angle avec la rue Morand (auj, mosquée Omar).

Le bâtiment 2 sur 5
La dernière des 4 bosses
- 98 rue Jean-Pierre Timbaud: une pile de 5 bâtiments d'habitation successifs, en brique de Bourgogne, de 1887, et 4 intervalles où bosselle quatre fois, pour y prendre sa lumière, l'atelier qui occupait tout le sous-sol.

- 94 rue Jean-Pierre Timbaud. Ex manufacture d'instruments de musique de 1881 à 1936 : la lyre du portail (1882) est le seul élément explicite qui en rappelle l'histoire. « Couesnon & Cie » fabriquait dans la grande halle métallique des cuivres réputés dans le monde entier des fanfares et du jazz. Le Hall de l'hôtel industriel est son magasin, vitrine internationale de ses instruments qui sont testés dans la salle de l'Harmonie ; un Cercle Lamartine, société justement « lyrique » a été hébergée dans ces lieux par un négociant en vin à l'origine de la salle de l'Harmonie. Au début de la 3e République, six cents ouvriers fabriquent des instruments à vent dans « la manufacture la plus importante du monde ». Elle devient propriété de la CGT métaux en 1936 par l'achat de l'usine par l'Union Fraternelle des Métallurgistes, association dépendant de la CGT. A cette époque, c’est Rol-Tanguy, métallo de Talbot Paris puis de Renault, militant de la première cellule d’entreprise créée dans l’usine au début 1924, qui est le secrétaire du syndicat des métallos de la région parisienne. A partir des années 1930, c’était toujours le syndicat des métaux qui était le premier du cortège syndical au Mur des Fédérés, et à la tête des métallos, on voyait Jean-Pierre Timbaud, ouvrier dans une fonderie d’art, trapu, « image d’Epinal avec ses couleurs chantantes et crues », comme le décrit Philippe Robrieux. C’est dans le Grenelle des usines Citroën qu’il avait mené la campagne électorale du Parti communiste, en 1932, contre Marceau Pivert. C'est sous ce fer forgé des métallos que furent accueillis les volontaires des Brigades internationales à leur retour en 1938, que s'enseigna la pratique pionnière en France de l'accouchement sans douleur, que ce tissèrent des réseaux de résistance. A la Libération, de solides barricades s’élèvent là comme avenue Parmentier, faubourg du Temple. Le 24 août, les Allemands essayent de les forcer en direction de la République ; ils sont repoussés à l’aide de grenades incendiaires et d’un canon de 77 pris à l’ennemi. La rue pourra alors honorer Jean-Pierre Timbaud, à ce moment-là fusillé depuis déjà trois ans, dès l’été 1941, à Chateaubriand. C'est dans la Maison des métallos que fut rendu le dernier hommage à Dulcie September, amie de Nelson Mandela, assassinée à Paris. La Maison a été rachetée par la ville de Paris, et confiée à la mairie du 11e pour devenir un lieu polyvalent. L’Union des métallurgistes y a conservé un espace pour installer son Institut d’Histoire Sociale.

En face, angle rue Morand, la mosquée Omar ; pendant la grande prière du vendredi, les fidèles débordent largement sur la chaussée de la rue Morand

Passage de la fonderie, l'aller
Passage de la Fonderie, le retour
- passage de la Fonderie (fin 2nd Empire), rénové en 1990:

- 70, rue J-P Timbaud : Cour des Fabriques, début 2nd Empire

- 10, Cité d’Angoulême, ancienne manufacture des frères Dutertre, 1853, peintres-décorateurs sur porcelaine, dont la façade monumentale était autrefois visible de la rue J-P Timbaud. Auj. atelier de Jean Nouvel

La Cour des Fabriques
- rue d’Angoulême (auj. J.-P. Timbaud). Cavaignac en attaque le 23 juin 1848 les barricades qui, avec celles de la rue des Trois Bornes, sont défendues par les Montagnards de Belleville, ravitaillés par la rue des Trois-Couronnes, et qui mettront deux généraux et 300 soldats hors de combat. De l’autre côté du faubourg, le Temple ne sera pris par la troupe que le surlendemain 25 juin. Les bronziers Abel Davaud, 19 ans, qui jouera plus tard dans le mouvement coopératif un rôle de premier plan, ou Henri Tolain, se sont battus sur ces barricades comme, dans celles du quartier Popincourt, les bronziers des Filles-du-Calvaire, des ouvriers en articles de Paris, des ciseleurs, des mouleurs, des cambreurs, des cordonniers, des chapeliers, des tailleurs.

(Alternative en prenant par la rue des Trois-Bornes:

- 19 rue des 3 Bornes (et 11 cité Holzbacher, qui reliait 3 Bornes au 28 Fontaine au Roi à compter de 1845, supprimée en 1876 ; les frères Holzbacher faisaient des portefeuilles, des albums, médaille de bronze à l’expo de 1834), on a le libraire Gosset, qui publie par exemple le discours du citoyen Agricol Perdiguier sur la fixation des heures de travail prononcé à l’Assemblée nat le 8 sept. 1848. Lieu de naissance d’Alfred Sisley, plaque.


- 9 rue des Trois Bornes, déjà attestée au 17e s. mais chemin de terre : Guithon SA, découpage, emboutissage, repoussage de métaux en feuille pour orfèvrerie, arts de la table, luminaires, etc.)

on tourne à dr. dans la rue Pierre-Levée
4 Pierre-Levée, ISMH, manufacture de Loebnitz, bâtiment peut-être de 1868, ou de 1880-84, par Paul Sédille, l’architecte du Printemps, sur lequel ont été posées les fresque réalisées pour le pavillon des Beaux-arts de l’Expo universelle de 1878.
12, Pierre-Levée, PLU boutiques au r-d-c, ateliers et logements en étage, 1907
15, ateliers métallurgiques Kurz
16, atelier sur cour
20, Pierre Levée, frise de fleurs en céramique sur ancienne manufacture de porcelaine ; escalier en coin dans la cour (ci-contre)
- 23 rue Pierre-Levée : les Plombiers-couvreurs de la Seine,

- 17, Fontaine au Roi : 28 mai 1871, dernière barricade présumée de la Commune (voir plus haut ; plaque). Le 28  mai, à 13h, y tenaient encore Jean-Baptiste Clément, Théophile Ferré, délégué à la Sûreté générale et son frère Hippolyte, Varlin, un garibaldien... « Au moment où vont partir leurs derniers coups, une jeune fille venant de la barricade de la rue Saint-Maur arrive, leur offrant ses services. Ils voulaient l’éloigner de cet endroit de mort, elle resta malgré eux. A l’ambulancière de la dernière barricade et de la dernière heure, Jean-Baptiste Clément dédia longtemps après la chanson des Cerises », écrira Louise Michel. C’est donc, sinon la dernière, en tout cas la barricade du Temps des cerises.