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Les surréalistes : des amis exclusifs I.

(onzième épisode de Paris des avant-gardes, commencé avec l'article d'août 2012)


« Ils se sentaient voisins par les cent détails qui distinguent une génération des précédentes. Leurs mœurs, leurs sensibilités, leurs goûts étaient contemporains. Leurs aînés vivaient dans les cafés et demandaient à des philtres divers l’embellissement de leurs jours. Eux, ne se plaisaient que dans la rue et si, par hasard, ils s’arrêtaient à des terrasses, ils n’y buvaient que de la grenadine pour la belle couleur de cette boisson. » Aragon, Anicet ou le Panorama.
« [Le] romantisme, dont nous voulons bien, historiquement, passer aujourd’hui pour la queue » écrit dans le Second manifeste André Breton, qui souhaitera que « le centenaire de 1830 se marque à l’intérieur du surréalisme par des violences ».

Monnier avant Adrienne, même adresse. Grasset, 1897; Gallica
En septembre 1917, Louis Aragon, PCN achevé et en première année de médecine, est mobilisé au Val-de-Grâce ; au-delà d’une vitre, il aperçoit quelqu’un qui semble aussi peu concerné que lui par un bizutage en cours : « Nous avons été présentés l’un à l’autre, me semble-t-il, il y a de cela quelque temps, rue de l’Odéon, chez Melle Monnier, vous lisiez un numéro des Soirées de Paris ». André Breton, bien qu’il ne soit que de dix-huit mois son aîné, a déjà passé plus de deux ans sous les drapeaux, d’abord au service de santé de Nantes puis au centre psychiatrique de la IIe armée à Saint-Dizier.
Le lendemain, les deux jeunes gens descendent et remontent interminablement le boulevard Raspail, intarissables : ils étaient l’un et l’autre, sans se connaître, à la première des Mamelles de Tirésias, le 24 juin, au conservatoire Renée Maubel, rue de l’Orient, à Montmartre, où Jacques Vaché, en uniforme d’officier anglais, revolver au poing, « parlait de tirer à balles sur le public », et le public, ce soir-là, c’était Adrienne Monnier, la libraire, Sylvia Beach, son amie et Cyprian, la sœur de celle-ci, qui avait interprété Belle-Mirette dans la série Judex de Louis Feuillade...
Breton était en relation avec des hommes comme Apollinaire, qu’il avait rencontré au lendemain de sa trépanation, le 10 mai 1916, et qu’il devait revoir presque chaque jour jusqu’à sa mort, Max Jacob, Paul Valéry, André Derain, et Marie Laurencin. Ils s’arrangèrent pour être voisins de lit, et faire leurs gardes ensemble, au cours desquelles ils se lisaient à haute voix les Chants de Maldoror, et souvent à tue-tête pour couvrir les cris des fous du « 4e Fiévreux », rendus plus fous encore par les alertes aériennes : « Heureux celui qui dort paisiblement dans un lit de plumes arrachées à la poitrine de l’eider, sans remarquer qu’il se trahit lui-même. Voilà plus de trente ans que je n’ai pas dormi... »
Nul texte n’aurait pu tomber plus à propos : Breton était insomniaque dès l’adolescence et Aragon « paraissait ne jamais avoir besoin de dormir. » « Je cherche toujours la fatigue » dira-t-il à Matthew Josephson, auquel il semblait qu’il connaissait « chaque maison, chaque pierre de Paris » quand il le faisait marcher, la nuit durant, de Montparnasse à Montmartre.

Kraepelin et Freud m’ont donné des émotions très fortes.

 Breton présente à Louis Aragon ses amis : Théodore Fraenkel, condisciple du lycée Chaptal puis de la fac de médecine, Philippe Soupault, un fils de grands bourgeois liés à la famille Renault, dont le père est gastro-entérologue des hôpitaux, et peut-être Paul Éluard, dont il vient de faire la connaissance par Jean Paulhan. Éluard, à 22 ans, est marié depuis février avec Héléna Diakonova, dite Gala, qu’il connaît depuis ses 17 ans et le sanatorium de Davos où ils ont passé ensemble plus d’une année. Ils attendent un enfant, Cécile naîtra le 11 mai 1918, et ils habiteront au 4ème étage du 3 rue Ordener, trois étages au-dessus des parents de Paul.
Aragon, Breton et Soupault décident de fonder une revue « pendant l’hiver de 1917-18, le long du boulevard Flandrin, comme André Breton venait de montrer à Philippe les lettres de Jacques Vaché et que nous traînions dans la fumée du chemin de fer de ceinture », racontera Louis Aragon. Les jeunes gens, en attendant, donnent quelques articles à SIC, et à Nord-Sud. Aragon, nommé médecin auxiliaire en avril 1918, est envoyé au front en juin ; Breton, qui a raté l’examen, reste plus près de Paris, cantonné à Saint-Mammès, à côté de Moret-sur-Loing.
C’est en Alsace, qu’Aragon reçoit l’annonce que leur revue, Littérature, va sortir grâce à l’argent réuni par Philippe Soupault. Le premier numéro, publié le 19 mars, réunit sous une couverture austère : Gide, Valéry, Léon-Paul Fargue, André Salmon, Reverdy, Cendrars, Paulhan, Max Jacob et des nostalgies de jeunesse : « Je te regrette, ô ma rue Ravignan !... » Littérature est en dépôt général chez Adrienne Monnier, au 7 rue de l’Odéon, à la Maison des amis des livres.
Au cours de la permission qui suit, Aragon consacre deux soirées à relire avec Breton les Vingt-cinq poèmes de Tzara, dont il rend compte dans le second numéro de Littérature : la revue soutient Dada. Breton correspond avec Zurich : « J’ai fait peu de philosophie : une classe de collège et quelques lectures, mais la psychiatrie m’est très familière (je suis étudiant en médecine, quoique de moins en moins). Kraepelin et Freud m’ont donné des émotions très fortes. » L’année précédente, Breton a fait fonction d’interne provisoire, à la Pitié, dans le service de Babinski, l’élève préféré de Charcot, le grand patron d’une nouvelle neurologie.
Meurisse, 1920. Gallica
Aragon, enterré dans les tranchées, a la nostalgie des salles obscures, celles de l’Electric-Palace, du boulevard des Italiens, et des Folies-Dramatiques, cet ancien théâtre et Opéra populaire du 40 rue René Boulanger, où avaient été créées des opérettes comme la Fille de Mme Angot ou les Cloches de Corneville, heureusement remplacées par la moderne invention des frères Lumière. Dans le Film, la revue de Louis Delluc, il rappelle l’influence du septième art sur ses devanciers : « Avant l’apparition du cinématographe, c’est à peine si quelques artistes avaient osé se servir de tout ce qui chante notre vie, et non point quelque artificielle convention, ignorante du corned-beef et des boîtes de cirage. Ces courageux précurseurs, qu’ils fussent peintres ou poètes, assistent aujourd’hui à leur propre triomphe, eux qu’un journal ou un paquet de cigarettes savait émouvoir. Ces lettres qui vantent un savon valent les caractères des obélisques ou les inscriptions d’un grimoire de sorcellerie : elles disent la fatalité de l’époque. »

Notre bouche est plus sèche que les plages perdues.

Quand il rentre à Paris, démobilisé, vers la mi-juin 1919, - Éluard l’a été un mois plus tôt-, Breton l’entraîne à La Source, un café du boulevard Saint-Michel, et lui lit les quatre premiers chapitres des Champs magnétiques : « Notre bouche est plus sèche que les plages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n’y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres de la veille... » 
Dans ce même café, Breton et Soupault ont noirci ce papier huit à dix heures par jour, la fatigue devant jouer son rôle et les plonger dans un état second, en essayant successivement plusieurs méthodes : écrire en alternance des phrases ou des paragraphes ou rédiger chacun de son côté et confronter les résultats. « J’écoutais donc, se souviendra Aragon. Cela était inscrit sur des cahiers d’écolier. André s’était placé de façon à ce que, d’où j’étais, je ne puisse voir l’écriture, savoir par l’écriture de qui était cette phrase, ce passage. Ils avaient écrit cela ensemble. André craignait apparemment que j’en eusse quelque agacement... »
Aussitôt, Aragon se met à son tour, dans ce même café, à l’écriture automatique. Il reprend ses études, il vit toujours chez sa mère, à Neuilly, d’où il vient en tram jusqu’au café basque Certâ, passage de l’Opéra, nouveau point de rencontre. « C’est ce lieu où vers la fin de 1919, un après-midi, André Breton et moi, écrira Aragon dans le Paysan de Paris, décidâmes de réunir désormais nos amis, par haine de Montparnasse et de Montmartre, par goût aussi de l’équivoque des passages, et séduits sans doute par un décor inaccoutumé qui devait nous devenir si familier ; (...) les tables n’y sont pas des tables, mais des tonneaux. Autour des tonneaux sont groupés des tabourets cannés et des fauteuils de paille ; presque chaque fauteuil de paille est différent de son voisin... »
Martial, 1877. Gallica
Un décor kitsch, un lieu suranné : c’est au Second Empire que ce passage était à la mode, quand il reliait le boulevard des Italiens à la rue Le Peletier où était l’Opéra jusqu’en 1867, et que l’on y trouvait l’un des premiers pâtissiers et confiseurs, « le Gâteau d’amandes », et l’un des premiers restaurants : l’ancien restaurant Leblond. S’y trouve désormais un Théâtre moderne, une scène érotique aux canevas immuables, - « un prétexte quelconque, fête du harem, album de photographies feuilleté en chantant, suffit pour faire défiler cinq ou six femmes nues qui représentent les parties du monde ou les races de l’empire ottoman » -, dont le chef-d’œuvre, Fleur-de-Péché, sera évoqué aussi bien par une note de Soupault dans Littérature que par Aragon dans le Paysan de Paris. Et le passage de l’Opéra offre encore une marchande de mouchoirs et un marchand de timbres-poste, un coiffeur qui eut pour clients les Goncourt, Horace Vernet et peut-être Courbet, une maison close et des péripatéticiennes.

Il n’y a personne des Dadas, Monsieur.

Le Passage des Panoramas, voisin, avait été lui aussi un passage à filles, et même le haut lieu des plus chères, comme on peut le lire dans Nana. Du coup c’est là que, le 29 mars 1881, la police des mœurs qui avait tous pouvoirs et ne faisait pas le détail, avait interpellé une dame qui y stationnait dans l’attente de ses enfants. La méprise avait entraîné une relance de la campagne contre la police des mœurs et Mme Eyben, la victime, avait demandé l’autorisation de poursuivre le préfet de police, Louis Andrieux, sans succès, ce dernier étant aussi parlementaire. Mais le préfet avait dû supprimer sa brigade spécialisée puis, la presse de gauche ayant donné à entendre qu’il était compromis dans un scandale de mœurs, démissionner. Louis Andrieux était le père naturel d’Aragon qui, en choisissant le Certâ, commémorait en quelque sorte journellement et sans le savoir, dans la mesure où les faits remontaient à plus de seize ans avant sa naissance, la chute du policier des mœurs, son père.
Quand Aragon téléphone au Certâ et que ses amis n’y sont pas encore, il entend la caissière lui répondre le plus naturellement du monde : « Il n’y a personne des Dadas, Monsieur. » Justement, l’inventeur du Dada, Tristan Tzara, le Roumain explosif à tête de nihiliste slave qu’accentue un lorgnon, arrive à la gare de l’Est le 19 janvier 1920, et ils l’y attendent comme fut attendu Rimbaud, « cet adolescent sauvage qui s’abattit au temps de la Commune sur la capitale dévastée ». Tzara refuse toute filiation : « quelques amis et moi, nous pensions n’avoir rien de commun avec les futuristes et les cubistes », a-t-il répondu à la NRF par le truchement du n° 10 de Littérature, en décembre.
Rol, 1914. Gallica
Cinq jours plus tard, a lieu le premier Vendredi de Littérature, dans l’une des petites salles du Palais des Fêtes, 199 rue Saint-Martin, où avait été projeté, juste avant la déclaration de guerre, le film d’Armand Guerra consacré à la Commune, en présence des vétérans de celle-ci : Jean Allemane, Camélinat, Nathalie Lemel... Le programme est illustré d’un poème d’Apollinaire, Avant le cinéma, et d’un dessin de Marie Laurencin, Musique, repris de la revue 391. Le Vendredi se compose de lectures de poèmes de la génération aînée : Apollinaire, Reverdy, Cendrars, Max Jacob par des comédiens comme Pierre Bertin et Marcel Herrand, de présentations de peintures, dont le Double Monde de Picabia, puis c’est enfin place aux jeunes tandis que la salle hurle, Florent Fels en tête : A Zurich ! Au poteau !
D’autres « manifestations dérisoires et légendaires » suivent, le 5 février au Salon des Indépendants, les 7 et 19 février dans la salle de La Coopération des Idées, l’Université populaire du 157 faubourg Saint-Antoine.

De la rue de Bretagne à Saint-Julien-le-Pauvre.

 Éluard est le seul membre du groupe qui outre les revues – Littérature, et Proverbe, qu’il a créée -, écrit au coin des rues, sur les plaques émaillées des ensembles immobiliers d’Aubervilliers et de Saint-Denis lotis par son père qui l’a associé à ses affaires : il nomme ainsi des voies « Gérard de Nerval », « Guillaume Apollinaire », et même « Jacques Vaché », celui qui bouleversa Breton et a été trouvé mort à Nantes, sa ville natale, d’avoir absorbé une trop forte dose d’opium.
A Cologne, Éluard fait la connaissance de Max Ernst, l’animateur du groupe Dada local, peintre, poète, qui a étudié la psychologie à Bonn,  et ils se rendent compte que durant la guerre, au cours de laquelle l’Allemand a été blessé à deux reprises, ils s’étaient trouvés, dans les premiers mois de 1917, de part et d’autre du même front.
En décembre, les habitués du Certâ publient un procès verbal de leur réunion du 19 octobre « tenant à marquer que la publication de Littérature n’a rien de commun avec les diverses entreprises d’avant-garde artistico-littéraire ». On y a pris position et voté afin de déterminer si la poésie trouvera encore place dans la revue, si l’on écrit pour ou parce que, si le langage peut être un but. Les signatures délimitent qui est Dada à Paris à cette date : Aragon, Breton, Drieu La Rochelle, Éluard, René Hilsum, Jacques Rigaut, Théodore Fraenkel et Philippe Soupault par procuration.
Breton a laissé tomber la médecine. Philippe Soupault est le témoin de la « scène douloureuse », dans la chambre de son ami à l’Hôtel des Grands Hommes, place du Panthéon, quand ses parents, venus de leur domicile de la route d’Aubervilliers à Pantin, eux qui ont incité André à choisir cette voie parce qu’elle représente une promotion sociale, lui reprochent son refus de continuer ses études et lui coupent les vivres. Breton entre alors comme correcteur d’épreuves à la NRF, puis devient le conseiller artistique du couturier Jacques Doucet, aux appointements de 800 francs par mois.
Le nouveau « salarié » s’en va, en compagnie d’Aragon au 49 rue de Bretagne, siège de la Fédération de Paris du parti socialiste, comme l’on dit encore dans l’immédiat après-congrès de Tours : « Voilà, nous sommes à votre disposition, nous ne sommes pas des communistes, mais nous ferons ce que nous pourrons pour le devenir... » Mis en vers ensuite par Aragon dans les Yeux et la mémoire, ça aura beaucoup d’allure : « Il m’eût fallu une âme bien mesquine / Pour ne pas me sentir cet hiver-là saisi / Quant au Congrès de Tours parut Clara Zetkin / D’un frisson que je crus être la poésie (...) Cet après-midi-là je fus rue de Bretagne (...) Le ciel gris de Paris au sortir du local / J’errais Il y avait par là dans ce quartier / Le siège de la Première Internationale / On vient de loin disait Paul Vaillant-Couturier ». Sauf que ce jour de janvier 1921, d’y voir un « gros homme » nommé Georges Pioch, et son « espèce de fausse bonhomie » suffit à leur faire faire demi-tour.

La scène était dans la cave...

Les Dadas lancent les balades nulles, comme celle qui consiste à prendre en pitié l’église de Saint-Julien... le pôvre ! Rendez-vous est donné pour le jeudi 14 avril 1921, à 3 h. La visite se fera sous la conduite de Gabrielle Buffet, la femme de Francis Picabia, et l’on y verra – pour autant que l’on puisse distinguer quelqu’un à travers cette pluie battante, Roger Vitrac accompagné de ceux avec lesquels il anime la revue Aventure : René Crevel, Georges Limbour, et Jacques Baron, encore lycéen, admirer Breton et Tzara, chacun le monocle à l’œil, pour leur courage à faire front aux éléments déchaînés, au milieu de Arp, Éluard, Fraenkel, J. Hussar, Benjamin Péret, Georges Ribemont-Dessaignes, Jacques Rigaut et Philippe Soupault. Vitrac présentera ensuite ses amis à Aragon, petite moustache, croix de guerre et serviette de cuir.
Arp, Baargeld et Max Ernst ont fondé à Cologne la revue Der Ventilator. Ernst, comme Arp, retrouve Paris : il y a déjà passé un été, en 1913, invité par Apollinaire qu’il avait hébergé à Cologne, et il l’a consacré à flâner interminablement. Cette fois, il s’installe. Sa première exposition, le 2 mai, à la galerie Au Sans Pareil a pour titre « Mise sous whisky marin ». Un prospectus rose affirme : « Entrée libre - les mains dans les poches. Sortie facile. Tableau sous le bras. Au-delà de la peinture. » Gide y vient avec René Clair, Marc Allégret, Marcel Herrand, et Louis Vauxcelles. « La scène était dans la cave et toutes lumières éteintes... Un autre farceur, caché derrière une armoire, injuriait les personnalités présentes... Les Dadas, sans cravate et gantés de blanc, passaient et repassaient. André Breton croquait des allumettes, Georges Ribemont-Dessaignes criait à chaque instant: "Il pleut sur un crâne", Aragon miaulait, Philippe Soupault jouait à cache-cache avec Tzara, tandis que Benjamin Péret et le Russe Charchoune se serraient la main à chaque instant. »
Une dizaine de jours plus tard, le vendredi 13 mai 1921, à 20h30, c’est le « Procès Barrès » à la salle des Sociétés savantes, 8 rue Danton, où Lénine faisait encore des discours huit ans plus tôt. Le Soldat inconnu est à l’audience, témoin à charge, incarné par Benjamin Péret, marchant au pas de l’oie dans un uniforme allemand, et parlant allemand dans son masque à gaz ; de tout son être sourd la violence dont, forcé par sa mère de s’engager adolescent en pleine guerre, pour avoir barbouillé une statue sur une place de Nantes, les combats l’ont marqué.
L’été égaille le groupe, Breton part au Tyrol avec l’Alsacien Arp, l’Allemand Ernst et le Roumain Tzara tandis qu’arrivent à Paris un certain nombre d’Américains, dont Man Ray qui connaît Duchamp et Picabia depuis bientôt une dizaine d’année.
Breton épouse en septembre Simone, l’une des sœurs Kahn, filles d’un importateur de Strasbourg, et amies de pensionnat, avenue de Villiers, des quatre sœurs Maklès, dont Bianca, l’aînée, a été leur condisciple à la fac de médecine, à Fraenkel et à lui. Ils s’installent 42 rue Fontaine. Man Ray expose en décembre à la galerie Six, la librairie que Soupault vient d’acheter à sa femme.

Entrée des médiums.

Dans les premiers mois de 1922, Breton propose un « Congrès pour la détermination et la défense de l’esprit moderne » que doivent organiser quatre revues, représentées par lui-même pour ce qui est de Littérature, Ozenfant pour l’Esprit Nouveau, Paulhan pour la NRF et Vitrac pour Aventure, sans compter les peintres Robert Delaunay et Fernand Léger, et le musicien Georges Auric. Pendant qu’ont lieu ces préparatifs, Aragon, un matin, laisse délibérément filer le tram qui doit l’emmener à l’École de Médecine passer un concours d’internat qu’il n’est que trop sûr de réussir. Le soir même, il emmène fêter ça quelques amis, dont ses amis américains, au Zelli’s de Joe Zelli, un nouvel endroit tout près de la place Blanche (16, rue Fontaine), où l’on fait du jazz toute la nuit : « Nous allons célébrer la fin de ma carrière médicale » !
Aragon quitte du même coup le 4e étage du 12 rue Saint-Pierre, à Neuilly, et sa mère. Il devient à son tour conseiller de Doucet pour une bibliothèque à constituer dans un pavillon proche de la rue Dauphine, moyennant 500 francs par mois. Il va passer d’hôtel en hôtel dans la chaîne des établissements en –or, comme le Grosvenor de la rue Pierre-Charron, qui appartiennent à la famille de Marcel Duhamel, hébergé gratis mais clandestinement, ce qui lui interdit d’y recevoir quiconque et rend un peu vaine son indépendance.
Les ventes-séquestre de la galerie « allemande » de D.H. Kahnweiler ont lieu à ce moment-là ; les Picasso, Braque, Gris, Derain, Léger, Vlaminck y sont bradés. Aragon et Breton les fréquentent assidûment, avec Tzara et Paulhan. Le 4 juillet, à la troisième de ces ventes, Aragon achète le grand Nu bleu de Braque pour 240 francs.
Une nouvelle série de Littérature reprend en mars, et Adrienne Monnier, sa dépositaire prépare la traduction d’Ulysse, que Sylvia Beach, sa voisine d’en face, au 12 rue de l’Odéon, a publié à Paris, l’année précédente. James Joyce reconnaît comme précurseur de son « flux de conscience » le monologue intérieur introduit dans la prose des Lauriers sont coupés par Édouard Dujardin, le créateur de la Revue wagnérienne. Max Ernst illustre deux recueils d’Éluard : Les malheurs des immortels et Répétitions.
Le congrès de clarification a fait long feu mais Dada cède la place. « Après avoir attiré l’attention sur la présence constante de la mort parmi nous, Dada se tait, il ne combat même plus car il sait que cela n’a pas d’importance ; ce qui intéresse un dadaïste, c’est sa propre façon de vivre », déclare Tristan Tzara dans une conférence, en septembre. Le même mois, « Crevel nous entretint d’un commencement d’initiation spirite dont il était redevable à une dame D... » écrira Breton. La dictée de l’inconscient dans l’écriture automatique, un temps brouillée par le nihilisme Dada, fait retour dans les sommeils hypnotiques. Breton en expose le principe dans « Entrée des médiums », au n° 6 de Littérature, en novembre : « On sait, jusqu’à un certain point, ce que, mes amis et moi, nous entendons par surréalisme. (...) Par lui nous avons convenu de désigner un certain automatisme psychique qui correspond assez bien à l’état de rêve, état qu’il est aujourd’hui fort difficile de délimiter. »

Au rendez-vous des amis.

Les amis, cités, sont alors Aragon, Crevel, Desnos, Éluard, Ernst, Morise, Péret, Picabia, Soupault, Tzara. Desnos, amené par Péret à la fin de son service militaire, au printemps, s’est révélé un fabuleux dormeur-rêveur, bientôt susceptible de déverser son flot verbal sans aucune mise en condition, comme on allume la radio. Ce qu’il fait partout et, par exemple, chez Éluard, à Saint-Brice-sous-Forêt, une maison donnée par son père, un premier étage desservi par un escalier extérieur et un balcon en coursive, 3 bis rue Chaussée, près de l'église. L'équipe s'y retrouve régulièrement, et Max Ernst la soude en un tableau sous les figures tutélaires de Dostoïevski et de Raffaello Sanzio (Raphaël). Au rendez-vous des amis, figurent tous ceux cités par Breton dans « Entrée des médiums », moins Picabia et Tzara, mais flanqués de Fraenkel et de Gala, et des amis colonais de l’auteur, dont Johannes Theodor Baargeld, peintre et poète du Ventilator, qui allait disparaître cinq ans plus tard sur le Mont-Blanc, dans une avalanche, ce qui donne aux montagnes de la toile une allure étrangement prémonitoire. 
Lorsque, dans un appartement, des dormeurs hypnotiques, après avoir beaucoup parlé et gesticulé, font mine de se pendre à des portemanteaux, personne sans doute ne prend tout cela très au sérieux. Mais quand, à Saint-Brice, Éluard, lassé par l’intarissable Desnos, lui verse une carafe d’eau sur la poitrine pour « le réveiller », il faut se mettre à plusieurs pour empêcher celui-ci, en retour, de le poignarder avec un coupe-papier. La course-poursuite dans le jardin a peut-être plus à voir avec l’amour-propre blessé qu’avec les dangers de l’hypnose, néanmoins ces expériences prendront fin avec l’année 1923.
Aragon avait réussi à augmenter ses revenus auprès d’Hébertot qui, reprenant le Théâtre et la Comédie des Champs-Elysées, voulait lui faire faire de Paris-Journal, sorte de bulletin-programme de ses salles, un véritable hebdomadaire littéraire ; il toucherait 800 francs par mois. Mais au printemps de 1923, Doucet lui achète ses manuscrits et avec cette somme, Aragon s’en va vivre à Giverny, dans un moulin transformé en pension, en compagnie d’amis américains, Malcolm Cowley et E.E. Cummings. Le printemps est précoce, on se baigne dans la Seine dès le 25 avril, et c’est ainsi qu’Aragon voit pour la première fois, sur les Américains, une chemise qui s’ouvre entièrement sur le devant, comme une veste, au lieu de s’enfiler par l’encolure.
En juillet, Crevel tient un rôle dans Le cœur à gaz, une pièce de Tzara, et Dada appelle la police au théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, pour en faire expulser Breton, Desnos, Péret et Éluard qui vient de gifler l’interprète, coupable de balancer entre les deux camps. Max Ernst, qui fait une eau-forte pour le recueil de Péret, Au 125 du boulevard Saint-Germain, se met à la fresque chez Éluard où il habite : dans une pièce pompéienne, au ciel bleu et aux architectures italiennes, il peint Au premier mot limpide, qui sera plus tard fixée sur toile.

Ont fait acte de surréalisme absolu Messieurs : ...

Éluard vit les relations de son ami et de Gala comme une crucifixion ; à l’hiver, il est à Rome chez Giorgio de Chirico. Le temps s’est arrêté, l’espace s’est pétrifié dans ces peintures métaphysiques, hantées par le vide et marquées par l’énigme, qui remontent déjà à dix ans. Le recueil d’André Breton, Clair de terre, s’ouvre sur cinq rêves dédiés au peintre italien.
Éluard s’est aussi lié d’amitié avec André Masson qui, avec Odette, sa femme, et Lily, leur fille, est installé dans un atelier misérable du 45 rue Blomet ; la bâtisse est à moitié effondrée mais la cour est grande, il y a des arbres et, au printemps, du lilas. « Masson se leva pour ensevelir le temps sous les paysages et les objets de la passion humaine. Sous le signe de la planète Terre ! », dira Éluard. L’atelier de Miro, rutilant, ordonné, jouxte le capharnaüm de Masson. Desnos a découvert le bal antillais, douze numéros plus loin, où Aïcha, le modèle, emmenait Pascin et où vont venir une bonne partie des surréalistes.
Breton déambule à travers Paris et rencontre une « voyageuse » qui, marchant sur la pointe des pieds, traverse les Halles et s’arrête au Chien qui fume, un restaurant ouvert la nuit. Un poème, Tournesol, rend compte de cette aimantation, prémonitoire.
Éluard n’en peut plus, il rompt les amarres. Le 24 mars 1924, à 10 heures du matin, il entre au bureau de poste de la rue du Faubourg Saint-Denis et envoie un pneumatique à son père, 3 rue Ordener : « J’en ai assez. Je pars en voyage... » Il a disparu. Puis il donne de ses nouvelles, de Saigon, à Gala qui l’y rejoint, à ses parents de Singapour. Ils sont de retour fin septembre. Ils s'installent avec Ernst dans une nouvelle maison, 4 avenue Hennocque à Eaubonne, non loin de Saint-Brice, mais Paul se prend aussi un atelier à Paris, au 3ème étage du 42 rue Fontaine, dans le même immeuble que Breton.
Breton a écrit, en juillet : « Le surréalisme est à l’ordre du jour et Desnos est son prophète ». Dada a envoyé un faire-part aux « amis et connaissances de Dada, mort à la fleur de l’âge d’une littératurite aiguë ». Cette fois, il est bien mort, d’une indigestion de Littérature ?, et l’un prend la suite de l’autre. En octobre, dans Commerce, Aragon publie Une vague de rêves, qui donne une nouvelle liste des affidés ; à la fin du mois, le Manifeste du surréalisme, la confirme : « Ont fait acte de surréalisme absolu MM. Aragon, Baron, Boiffard, Breton, Carrive, Crevel, Delteil, Desnos, Éluard, Gérard, Limbour, Malkine, Morise, Naville, Noll, Péret, Picon, Soupault, Vitrac ». Aragon n’avait pas dans sa liste Éluard mais y ajoutait André Masson, Man Ray, Antonin Artaud, Mathias Lübeck, Max Ernst, Maxime Alexandre, Alberto Savinio (le frère de Giorgio de Chirico), Georges Bessières, Denise (Naville), Simone (Breton), et Renée (une amie de Péret).
« Le nom même nous est venu de l'extérieur, de Nerval, qui disait d'ailleurs surnaturalisme, et d'Apollinaire », expliquera plus tard Aragon. « C’est en souvenir du poème d’Apollinaire, Onirocritique, que nous voulûmes lui rendre hommage en adoptant le qualificatif surréaliste », confirmera Philippe Soupault.

Le goût amer du Mandarin-curaçao.

Le 11 octobre 1924, s’est ouvert au 15 rue de Grenelle, dans un local mis à disposition par le père banquier de Pierre Naville, un « Bureau de recherches surréalistes », avec une permanence chaque après-midi, assurée par deux membres, afin de préparer la sortie de la nouvelle revue du groupe : La Révolution surréaliste. Des volumes de Fantômas, dans lesquels sont plantés des fourchettes, sont posés dans un coin, preuve qu’ici on a la dent dure, et Aragon et Breton s’apprêtent à y cracher symboliquement sur Un cadavre tricéphale par un tract que finance Drieu la Rochelle : « Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes... » On se rappelle qu’Anatole France avait refusé Mallarmé, Verlaine et Charles Cros au troisième Parnasse contemporain ; les surréalistes en tous cas s’en souviennent.
André Breton, qui a acheté dans une vente une toile de Masson, Les Quatre Éléments, s’est rendu rue Blomet pour inviter le peintre à participer aux recherches du bureau surréaliste. Masson tente lui aussi de trouver de l’automatisme en peinture, en posant sur la toile couleurs, colle, sable et autres matériaux et en cherchant la transe dans la vitesse, le geste convulsif.
Chez Masson, grièvement blessé en 1917 et passé par l’internement dans un asile, profondément traumatisé, on discute d’art mais aussi de psychanalyse et d’occultisme, introduit là par Artaud et Leiris, habitués du lieu comme Limbour. Georges Bataille, qui s’est lié avec le peintre, Leiris et Fraenkel, entrera ainsi en relation avec le groupe surréaliste.
Aragon retrouve celle qu’il aimait platoniquement depuis 1922 et qui vient enfin de rompre avec Drieu la Rochelle. Elle sera « la dame des Buttes-Chaumont » dans la deuxième partie du Paysan de Paris. La ballade, toute pleine de ses pensées, s’effectue à la fin de 1924, en compagnie de Breton et de Marcel Noll, un surréaliste de vie quotidienne, qui n’écrit ni ne peint, « habitué de Cyrano, commensal de la rue Fontaine ». Car où que l’on aille, c’est là que l’on revient. La prolongation du boulevard Haussmann a emporté le passage de l’Opéra et son Certâ, marquant le recouvrement de Dada par le surréalisme. Désormais, on se retrouve au Cyrano, place Blanche, en face de chez Breton.
« Breton se rendait au café comme à un bureau, avec la même astreinte. Les réunions de l’apéritif devenaient ainsi une sorte de permanence du surréalisme. On notait l’assiduité, se rappellera André Thirion. Cette assemblée quotidienne d’une partie du groupe permettait de faire face à l’évènement, d’esquisser sans délai des attaques, d’imaginer des parades et de ne pas attendre pour agir.... On allait au café vers midi, on y retournait à 7 heures. Breton aimait à y retrouver son monde ; il saluait d’un mot aimable ceux qui avaient espacé leurs visites et qu’il eût souhaité voir plus souvent. Il y avait une hiérarchie dans les apéritifs. Tous les anis, pernods, etc., formaient l’aristocratie ; on regrettait périodiquement l’interdiction déjà ancienne de l’absinthe. Les amers jouissaient aussi d’une haute considération, notamment le Mandarin-curaçao »

Il ne faut pas travailler.

Les séances d’écriture automatique en commun se font chez André Breton. « Les deux pièces décalées en hauteur par un court escalier, même par les jours de soleil et malgré les hauts vitrages d’atelier, m’ont toujours paru sombres, dira Julien Gracq. La tonalité générale, vert sombre et brun chocolat, est celle des très anciens musées de province.... Quand je venais le voir, j’entrais par la porte de l’autre palier, qui donnait de plain-pied sur la pièce haute. »
Est-ce par celle-là qu’entrent, un jour de 1925, Jacques Prévert, Yves Tanguy et Marcel Duhamel ? Pour faire bonne figure, ils se sont bourrés le nez de cocaïne, et Breton ne pourra rien contre ce triple débit proprement stupéfiant.
Ils vivent, 54 rue du Château, dans une ancienne boutique de marchand de peaux de lapins, surmontée d’un petit appartement, que Duhamel a fait doter, par les entrepreneurs travaillant pour les hôtel de son oncle, du gaz, de l’électricité, et de quelques commodités. Au rez-de-chaussée, une chambre sur pilotis a une fenêtre qui ouvre dans l’ancienne boutique et, entre ses piliers, des coussins entourent une table basse. Plus loin, un grand meuble supporte un gramophone, un aquarium à couleuvres, une cage de rats blancs. La courette a été fermée d’un toit muni de deux vasistas pour devenir la chambre de Tanguy et Jeannette ; à l’étage, celle de Prévert et Simone donne sur leur ciel de lit et, au-delà, sur la gare de marchandises de Montparnasse. La chambre de Duhamel regarde sur la rue Bourgeois, en face.
Sur la mezzanine, Tanguy a calligraphié Les frères la côte, d’Aragon, qu’il a trouvé dans le quatrième numéro, en juillet, de la Révolution surréaliste. Cette même édition reproduisait Les Demoiselles d’Avignon de Picasso. Surtout, elle proclamait en couverture : « Et guerre au travail », ce qu’Aragon appuyait d’un « Je ne travaillerai jamais, mes mains sont pures », tandis qu’Éluard affirmait que le « régime médiocre » des Soviets s’appuyait, « comme le régime capitaliste, sur l’ordre facile et répugnant du travail ». Cela avait confirmé au trio qu’il était surréaliste sans le savoir, ce que lui avaient déjà dit Robert Desnos et Georges Malkine, rencontrés par hasard boulevard du Montparnasse, avant l’intronisation de la rue Fontaine.
Tanguy, qui dessinait et s’était exposé avec des caricaturistes à la galerie de l’Araignée – c’est de là, par des rencontres en cascades, qu’ils avaient connu les surréalistes – passe à la peinture et se met à créer des images mentales et à matérialiser ses fantasmes archaïques. Les premiers numéros de "La Révolution Surréaliste" donnent à voir quelques unes des expérimentations d’André Masson comme Dessin automatique, Hommage à Paul Éluard.
Le 10 août 1925, « par un temps de pluie, dans une auberge au bord de la mer », comme il le racontera lui-même, Max Ernst, le regard obsédé par le plancher dont mille lavages ont accentué les rainures, pose dessus, au hasard, des feuilles de papier qu’il entreprend de frotter à la mine de plomb.

Nous sommes la révolte de l’esprit.

Max Ernst fait ensuite la même chose sur une toile de sac, un amas de fils, un tableau dont la peinture au couteau présente de fortes aspérités. Il réunira les premiers résultats obtenus sous le titre d’Histoire naturelle, le premier s’appelant, de la situation d’où il tire son origine : La Mer et la Pluie.
Si le procédé du frottage, c’est Ernst, c’est à Prévert que l’on doit le cadavre exquis. Un soir que, rue du Château, tout le monde joue aux petits papiers, « Il n’y a qu’à mettre n’importe quoi », dit Prévert pour relancer l’intérêt et, joignant le stylo à la parole, il écrivit les mots qui allaient devenir le nom du jeu : « Le cadavre exquis ». A quoi, sur le papier replié, quelqu’un ajouta « boira le vin », et un autre « nouveau », si l’on en croit les souvenirs de Simone Breton.
 C’est aussi le temps où, au Cyrano, chez Breton ou au siège de Clarté, 16 rue Jacques Callot, les communistes de cette revue culturelle comme les étudiants de Philosophies ayant approché les surréalistes, se discute un manifeste qui, en août, est envoyé aux abonnés des trois titres, à ceux de la revue belge Correspondance, enfin est publié par l’Humanité. Le texte, La Révolution d’abord et toujours, approuve celui du Comité d’action contre la guerre au Maroc, pourfend ceux qui, en face, se disent « Les intellectuels aux côtés de la Patrie », et finalement affirme : « Nous sommes la révolte de l’esprit ; nous considérons la Révolution sanglante comme la vengeance inéluctable de l’esprit humilié par vos œuvres. Nous ne sommes pas des utopistes : cette Révolution, nous ne la concevons que sous sa forme sociale. »
Benjamin Péret, à la rubrique cinématographique, Robert Desnos et Marcell Noll commencent à collaborer à l’Humanité. Crevel est en sanatorium à Davos ; ceux de la rue du Château, peut-être trop récents en surréalisme, n’ont pas signé le manifeste. De toutes manières, une réunion, à Clarté, le 7 octobre, envisage la création d’un Comité aux « pouvoirs absolument dictatoriaux » qui aurait « pleine disposition des signatures de tous les membres ». Ce comité serait constitué pour Clarté de Jean Bernier et Marcel Fourrier, pour Philosophies de Henri Lefebvre et Pierre Morhange et, pour la Révolution surréaliste, d’Aragon, Artaud, Breton et Éluard.
Dans l’intervalle, toute une génération, toutes tendances confondues s’était retrouvée au théâtre des Champs-Élysées pour voir danser de ses curieux mouvements de volatile l’irrésistible Joséphine Baker. La chanteuse à la ceinture de bananes était arrivée d’Amérique sur le Cunard Berengaria, un paquebot de la compagnie fondée par l’arrière grand-père de Nancy, la femme dont Aragon était en train de tomber amoureux. « Elle n’aimait que ce qui passe et j’étais la couleur du temps / Et tout même l’Ile Saint-Louis n’était pour elle qu’un voyage... »

Le temps des divans.

Elle était passionnée par les masques et les statues nègres, qu’elle dénichait à Londres, Amsterdam, Genève, en Espagne, en Italie, en Allemagne, où Aragon allait l’accompagner en essayant de ne pas trop manquer pourtant les rendez-vous du Cyrano, parce que « quand je n’y venais pas, on me suspectait de désaccord, ou au moins de manque d’intérêt pour ce que nous faisions ensemble ».
Aragon connaissait le chemin du Zelli’s, du Grand Duc, au 52 rue Pigalle, où se produisait Ada Smith, dite Bricktop, chanteuse de jazz arrivée de Virginie deux ans plus tôt, et du Bricktop’s, en face, à l’angle de la rue de Douai, qu’elle était en train d’ouvrir et où elle lançait le whisky servi en salle. De tous ces endroits, Michel Leiris et Jacques Baron, chez les surréalistes, étaient des assidus, et Éluard a consacré un poème de Capitale de la douleur à la troupe des Gertrude Hoffmann Girls vue au Moulin Rouge. Mais Nancy entraîne Aragon au Bœuf sur le toit de la rue de Penthièvre, le royaume de Cocteau. Il va être le dandy à la cape noire façon Fantômas et aux 2 000 cravates, qui feront partie de sa garde-robe de voyage, et ils seront presque toujours en voyage.
Doucet, qui confond Nancy Cunard avec sa mère, amie de la reine d’Angleterre, achète des échos d’une vie mondaine supposée à son ex bibliothécaire en lui proposant des appointements très augmentés. Malgré quoi, Aragon aura du mal à suivre le train de son amie. Il habite son appartement du 1 rue Le Regrattier, dans l’Ile Saint-Louis - Baudelaire avait vécu avec Jeanne Duval presque en face, au numéro 6 -, petite salle à manger donnant sur la rue étroite, où l’on déjeune aux chandelles en plein midi, avec tel ou tel, Léon-Paul Fargue par exemple. « Le quai, la Seine, le cri égorgé des remorqueurs, le soleil qui descend du Panthéon comme un chien jaune, c’était pour la chambre à coucher notre musique à nous », écrira-t-il dans Blanche ou l’oubli.
Michel Leiris s’est marié le 2 février 1926 avec Louise Godon, surnommée Zette, belle-fille de Daniel-Henry Kahnweiler. Il s’occupera dorénavant de la galerie de son beau-père. Pierre Naville, retour du service militaire, tranche le débat entre communisme et surréalisme non dans le sens de la synthèse mais dans celui de la priorité : la révolution est une condition nécessaire et préalable à la libération de l’esprit, écrit-il en substance dans la Révolution et les intellectuels ( Que peuvent faire les surréalistes ?).
Georges Bataille entreprend une analyse avec Adrien Borel, l’un des fondateurs de la revue L’Évolution psychiatrique et de la Société Psychanalytique de Paris. Le 26 septembre, Artaud, Vitrac et Robert Aron vont demander au docteur René Allendy et à sa femme Yvonne, dans leur hôtel particulier de la rue de l’Assomption, de les aider à trouver de l’argent pour leur projet de Théâtre Alfred Jarry, ce qu’ils feront.
"Belles-de-nuit, belles-de-feu, belles-de-pluie..." Eluard, in Capitale de la Douleur

Amis et camarades.

René Allendy, fasciné par l’occultisme, auteur d’un ouvrage consacré à Paracelse, arrache aussi à Artaud, à grand peine, dix séances de psychanalyse : « il y a dans cette curiosité, dans cette pénétration de ma conscience par une intelligence étrangère une sorte de prostitution, d’impudeur que je repousserai toujours », écrit Artaud à son thérapeute.
De ce dernier, avec lequel il est également en analyse, Crevel écrira six ans plus tard dans son Clavecin de Diderot : « Le Dr Allendy qui, dans son dernier livre Capitalisme et sexualité, ose faire comme s’il combattait les préjugés, ne s’en hâte et réjouit pas moins d’affirmer, avec une suffisance de joli barbu, que les femmes se sont adaptées à un rôle de parasitisme économique et sont liées au capital. La Femme, conclut-il, n’est pas seulement, comme dans le symbolisme poétique, la coupe qui reçoit la semence et la conserve. Elle est aussi la tirelire qui retient les sous.
En réponse à tant de galanterie, il faut bien demander à ce médecin si sa médecine ne s’est pas, elle aussi, liée au capital. Alors j’y vais de ma petite question : comment le Dr Allendy conçoit-il l’exercice de sa psychanalyse après l’édification du socialisme ? Selon lui, si j’ai bonne mémoire, la cure, pour porter ses fruits, doit imposer au patient, entre autres sacrifices, un sacrifice d’argent. On voit d’ici le soigneur qui, par probité scientifique, dit au soigné : “Vous avez deux mille francs par mois. Si vous voulez que je vous guérisse donnez m’en mille“. »
Péret adhère au parti communiste en septembre, Aragon en fait autant le 6 janvier 1927, est affecté à la cellule qui se réunit dans les locaux de la coopérative La Famille nouvelle, 101 rue Saint Dominique, suivi par Breton qui, à l’automne, dans le n° 8 de la Révolution surréaliste, avec Légitime défense, se gardait encore du contrôle du parti sur les arts, trouvant l’Humanité, en ses pages littéraires confiées à Henri Barbusse, « puérile, déclamatoire, inutilement crétinisante ». Enfin Éluard et Unik, déjà ancien des étudiants communistes, adhèrent à leur tour.
Plus exactement, le groupe s’est réuni le 23 novembre, au café Le Prophète, pour trancher la question. Au passage, on a exclu Artaud, coupable d’être associé dans son Théâtre Alfred Jarry avec Vitrac, déjà exclu précédemment, et Robert Aron qui « vomit le communisme » ; et on a enregistré la démission de Soupault et sa promesse de s’engager. Exeunt les deux hommes qui, reconnaissant une valeur à l’activité littéraire, « n’ont plus rien à faire dans un groupement qui en a proclamé la vanité ». « On publie pour chercher des hommes, et rien de plus », avait déjà écrit Breton dans les Pas Perdus.
Après quatre réunions complémentaires, Duhamel, Prévert, Tanguy et Leiris ont également donné leur accord à l’adhésion. Pourtant, quand paraît, en mai 1927, le dossier intitulé Au grand jour, « première tentative de reconnaissance accomplie [au sein du PC] par cinq d’entre nous », il n’est signé effectivement que des premiers cités, qui s’adressent ainsi à leurs amis : « Entre vous, qui croyez encore pouvoir donner à votre vie le sens d’une protestation pure et nous, qui avons pris le parti de soumettre notre vie à un élément extérieur susceptible, croyons-nous de porter plus loin cette protestation, il n’y a pourtant pas de barrière. »

Dieu soit loué, et mes boutiques aussi!

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L'expression est de Petrus Borel, dans la préface de novembre 1831 à ses Rhapsodies : "une époque où l'on a pour gouvernants de stupides escompteurs, marchands de fusils, et pour monarque, un homme ayant pour légende et exergue : "Dieu soit loué, et mes boutiques aussi!" Elle caractérise bien la monarchie de Juillet et son roi bourgeois, Louis Philippe, annonçant une balade, menée pour Virgin Grands Boulevards, riche en appui-corps et vantaux de porte de fonte moulée.

Entre la rue Vivienne et la rue Montmartre, on est sur l’emplacement des jardins de l’hôtel de Montmorency-Luxembourg.
5, bd Montmartre (Virgin Megastore), PLU : sur le boulevard, cet immeuble à usage mixte, de la fin du 19e siècle, en U, abritait dès 1906  la salle luxueuse de l’Omnia-Pathé ;
7, bd Montmartre, Théâtre des Variétés, de 1807. C'est là que triomphera Hortense Schneider dans La Belle Hélène, d'Offenbach, en 1864, puis dans La grande Duchesse de Gerolstein, du même, trois ans plus tard.

En face, de l'autre côté du boulevard, le n°8, PLU, est l’Hôtel de Quinsonas construit par l'architecte Cheveny de la Chapelle vers 1778-1780. De style Louis XVI, il apparaît comme l'un des rares témoignages subsistants de la période faste pour les Grands Boulevards que fut la fin de l'Ancien Régime. La marquise de Quinsonas hérite de l'hôtel en 1792 et sa famille y réside encore sous la Restauration. Les éléments les plus notables consistent en un balcon soutenu par des consoles ornées de guirlandes, et en un escalier à rampe en fer forgé Louis XVI, qui témoignent du style néo-classique en vigueur à la veille de la Révolution.

Musée Grévin : ce fut d'abord un titre de presse, magazine en 3D ou JT paralysé, d’un type nouveau puisqu’il s’agissait d’un « journal plastique », ouvert en 1882 au bout du passage Jouffroy. A l’aide de cent cinquante figures de cire, le journaliste Arthur Meyer, fondateur du Gaulois, et le caricaturiste Alfred Grévin y mettaient en scène toutes les rubriques de l’actualité, y compris les faits divers les plus sanglants.
À côté, le Petit Casino était un café-concert aménagé comme une salle de spectacle : les seuls espaces prévus pour poser les consommations y étaient les tablettes accrochées au dos des fauteuils du rang précédent. Damia, la « tragédienne de la chanson », qui a eu le bon goût de naître pour le centenaire de la Révolution et qui personnifiera la Marseillaise dans le film d’Abel Gance, fera là ses débuts. Le Petit Casino, le dernier café-concert de Paris à maintenir la tradition, réussira à faire venir un public de quartier pour une matinée et une soirée quotidiennes jusqu’en 1948.

11, bd Montmartre, Passage des Panoramas ; sous le Consulat, au paysage à portée de vue, on ajoute ceux, artificiels, peints sur les murs circulaires de vastes rotondes qu’on appelle des « Panoramas » : "Paris tel qu’on le voit du haut du château des Tuileries", Toulon et, plus tard, Rome et Jérusalem. Ouvert dès 1800, le Passage des Panoramas, qui tient son nom des salles précitées, est le 1er du genre; éclairé au gaz en 1817.

Dans les années 1830, quand un républicain suit une princesse qu’il aime d’un amour platonique, ça se passe sur les Grands Boulevards : Michel Chrestien, membre du cénacle de Lucien de Rubempré et d’Arthez, suit  la princesse de Cadignan, de Balzac. Elle raconte :
« La veille des funérailles du général Lamarque, je suis sortie à pied avec mon fils et mon républicain nous a suivis, tantôt derrière, tantôt devant nous, depuis la Madeleine jusqu’au passage des Panoramas où j’allais.
— Voilà tout ?, dit la marquise.
— Tout, répondit la princesse. Ah ! le matin de la prise de Saint-Merry, un gamin a voulu me parler à moi-même, et m’a remis une lettre écrite sur du papier commun, signé du nom de l’inconnu.
— Montrez-la-moi, dit la marquise.
— Non, ma chère. Cet amour a été trop grand et trop saint dans ce cœur d’homme pour que je viole son secret. Cette lettre, courte et terrible, me remue encore le cœur quand j’y songe. »

Sous le 2nd Empire, Zola, fait pleurer au même endroit le comte Muffat, chambellan de l’impératrice, quand l’entrée des artistes du théâtre des Variétés, où il attend Nana, reste pour lui désespérément vide. « Sans pouvoir expliquer comment, il se trouvait le visage collé à la grille du passage des Panoramas, tenant les barreaux des deux mains. Il ne les secouait pas, il tâchait simplement de voir dans le passage, pris d’une émotion dont tout son cœur était gonflé... Alors, il avait repris sa marche, désespéré, le cœur empli d’une dernière tristesse, comme trahi et seul désormais dans toute cette ombre. Le jour enfin se leva, ce petit jour sale des nuits d’hiver, si mélancolique sur le pavé boueux de Paris. Muffat était revenu dans les larges rues en construction qui longeaient les chantiers du nouvel Opéra. Trempé par les averses, défoncé par les chariots, le sol plâtreux était changé en un lac de fange. Et, sans regarder où il posait ses pieds, il marchait toujours, glissant, se rattrapant. »

Vingt ans plus tard, le simple fait de stationner dans le passage des Panoramas, pour une femme, est équivoque, comme l’apprend Mme Eyben à ses dépens. Ayant rendez-vous avec ses enfants passage des Panoramas, elle y est interpellée, le 29 mars 1881, par la très arbitraire police des mœurs, que sa vigoureuse campagne de presse réussira néanmoins à faire abolir.

- à droite, 11, rue St-Marc / 3, rue des Panoramas, et à gauche 7-9, rue St-Marc / 4, rue des Panoramas, PLU. Dans cette rue des Panoramas ouverte en 1782 par le duc de Luxembourg, dont tout l’îlot était la propriété, maisons fin 18e siècle, symétriques avec angles curvilignes sur la rue St-Marc, ouverte en 1780.
- 1, rue des Panoramas (16, rue Feydeau) - 2, rue des Panoramas (14, rue Feydeau), PLU: sur ces maisons de la fin du 18ème siècle, symétriques, des arcades en plein cintre embrassent rez-de-chaussée et entresol.

La rue Feydeau conserve au plan de Paris la trace de la nouvelle enceinte de Louis XIII, faite non plus d’une muraille et de tours, mais de bastions en as de pique reliés par des courtines.

- 24, rue Feydeau, PLU: bâtiment à façade plissée de Fernand Colin, 1932,  à destination mixte de bureaux et habitations.
- 23, Feydeau et 6, Colonnes : La rue des Colonnes, ouverte en 1793-95, est d’abord un passage, celui du théâtre Feydeau, et quand elle est privée de sa couverture, sous le Directoire, elle garde néanmoins, avec ses arcades, tout ce qu’il faut pour continuer d’être l’abri de l’attente et de l’entracte. Le percement de la rue de la Bourse en 1826, l’a coupée.

Sous la Restauration, la Bourse n’est encore qu’une construction provisoire en planches et en pans de bois, formant une salle ronde où l’on entre par la rue Feydeau. La spéculation va meilleur train autour, comme l’explique le banquier Claparon à César Birotteau : « Eh ! cher monsieur, si nous ne nous étions pas engagés dans les Champs-Élysées, autour de la Bourse qui va s’achever, dans le quartier Saint-Lazare et à Tivoli, nous ne serions pas, comme dit le gros Nucingen, dans les iffires ».
En 1827, le temple antique qu’avait imaginé Brongniart, et que la mort l’a empêché de voir, est tout de même terminé, et Balzac décrit les alentours : « La place de la Bourse est babillarde, active, prostituée ; elle n’est belle que par un clair de lune, à deux heures du matin : le jour, c’est un abrégé de Paris ; pendant la nuit, c’est comme une rêverie de la Grèce ».

La rue Ménars, comme la rue Feydeau, marque l’emplacement de la nouvelle enceinte de Louis XIII ; entre elles s'élevait la porte Richelieu qui ne fut abattue qu’en 1701.

- 86, rue de Richelieu, PLU : maison de rapport néoclassique d’aspect Louis XVI ; garde corps du balcon à motifs Louis XVI en fer forgé comme appuis de fenêtres.

- 24, rue Saint-Marc, PLU : de1894, bâtiment d’activité de Salomon Dalsace (draps, broderies, dentelles, passementerie) préfigurant ceux de la rue Réaumur.
- 18, rue Saint-Marc, PLU : maison construite en 1734 pour le Fermier Général Le Magon de La Balue ; voir aussi façade sur cour.
- 16 rue Saint-Marc, PLU : mitoyen et de même date, 1734, appuis de fenêtres en fer forgé conservés aux 2 premiers étages.
- 14, rue Saint-Marc, PLU : maison d’aspect début 19e (nouvel alignement en 1826), faux appareil de pierre ; appuis de fenêtre en fonte.

- 39 à 47, rue Vivienne (de la rue St-Marc au bd Montmartre), PLU : peu après 1830, contemporains du percement de cette partie de la rue (entre Feydeau et bd Montmartre), type ordonnancé néo-classique, bel ensemble de portes à vantaux Louis-Philippe à croisillons et têtes de lions bien conservé.
- 44, rue Vivienne, PLU : façade Restauration conservée.

53, rue Vivienne et 15-17, bd Montmartre, à partir de 1837 pour le comte d’Osmond, riche propriétaire foncier, l’une des locations les plus chères de Paris au 19siècle. Du 15 au 23, opération unique entre Vivienne et Richelieu ; l’absence de porte et de passage cocher du n° 17 laisse penser que le rez-de-chaussée était destiné dès l’origine à un usage commercial.
19, 21-23 bd Montmartre (et 112, Richelieu) idem.

En face :
- 14, bd Montmartre, PLU : années 1930, entresol et rez-de-chaussée commerciaux, balcons baignoires à l’étage d’habitation.

- 16, bd Montmartre, PLU : ancien hôtel de 1778, occupé par le comte Florimont de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche à Paris de 1783 à 1790 ; l’une des 1ères maisons apparues sur le Boulevard. Le côté nord ne commence à se construire qu’à ce moment. S’arrêtait à la corniche avant surélévation. L’hôtel conserve un vestibule monumental, un bel escalier et, au 1er étage, un salon 18e, une salle à manger sculptée de Charles Garnier de 1890 : ces 2 éléments sont ISMH depuis 1958.

De la rue Vivienne à la rue de Richelieu, une terrasse de bois longeait le Boulevard en une gloriette brillamment éclairée, c'était Frascati, un hôtel particulier Louis XIV, devenu sous le Directoire, entre les mains du glacier napolitain Garchi, un hôtel meublé assorti d’un restaurant et d’une maison de jeu. Autour, une végétation méditerranéenne d'importation, ponctuée d’architectures éphémères. Dix ans après la présence de Chopin boulevard Poissonnière, vers 1841 donc, Balzac occupe une maison d’angle à la situation semblable : il a deux pièces donnant sur le boulevard, une sur la rue de Richelieu. C’est Buisson, son tailleur, qui a fait construire « cette espèce de phalanstère colyséen », « dans la cour de l’hôtel où tous les joueurs de Paris ont palpité pendant trente-cinq ans », celle de Frascati, « dont le nom est religieusement conservé par un café, rival de celui dit du Cardinal, qui lui fait face ».
À l’époque de Balzac, on ne parle plus de vue, comme du temps de Chopin, on parle d’argent : « Admirez les étonnantes révolutions de la propriété dans Paris ! Sur la garantie d’un bail de dix-neuf ans qui oblige à un loyer de cinquante mille francs, un tailleur construit, et il y gagnera, dit-on, un million ; tandis que, dix ans auparavant, la maison du café Cardinal, dont le rez-de-chaussée rapporte aujourd’hui quarante mille francs, fut vendue pour la somme de deux cent mille francs ! ».

106 à 110, rue de Richelieu, PLU : 1840, immeubles de rapport typiquement Louis Philippe: fontes des vantaux des 3 portes cintrées caractéristiques ; au 108, voir plafond du vestibule donnant accès à la cour ; ferronneries des balcons filants. 
- 103, Richelieu et 1-1bis, bd des Italiens : immeuble de rapport de la 1ère moitié du 19e siècle, (entresol sans doute rajouté ultérieurement) sur la rue de Richelieu : garde-corps en fonte, portail Louis-Philippe à 3 ouvertures dont, au centre, une porte à vantaux ajourés de grilles de fonte.

- 101, en face, passage des Princes. On a vu le 1er du genre, celui des Panoramas, voici le dernier de la série, celui des Princes. Inscription ISMH 11 août 1975 pour Façades, verrière et sol du passage. L’inauguration en 1860 du Passage Mirès, qui deviendra le Passage des Princes, annonçait tout à la fois, la fin des passages parisiens et celle du financier Mirès qui venait de faire faillite.
- 5, bd Haussmann / 16, bd des Italiens, PLU : Couvrant un îlot, l'immeuble des "Italiens" de la Banque Nationale de Paris a été construit en 1932 par les architectes J. Marrast et Charles Letrosne pour la Banque Nationale du Crédit et de l'Industrie. Élevé sur dix niveaux, cet immeuble de facture Art-Déco, se termine par des gradins posés sur une corniche saillante décorée de gros modillons. La volumétrie monumentale et la décoration des chapiteaux selon des motifs géométriques donne à cet immeuble la dimension d'un temple égyptien. Sur chaque boulevard, trois portes de ferronneries sont dues au ferronnier Raymond Subes.

Années 1870: au café Riche, au n° 16, à l’angle de la rue Le Peletier se partage, à cinq, un « dîner des auteurs sifflés » : Flaubert en est pour l’échec de son Candidat, un canevas laissé par son ami Bouilhet qu’il a fini pour le Vaudeville voisin, Zola pour Les Héritiers Rabourdin, Edmond de Goncourt pour Henriette Maréchal, Daudet pour son Arlésienne. « Quant à Tourgueniev, expliquera Daudet, il nous donna sa parole qu’il avait été sifflé en Russie, et, comme c’était très loin, on n’y alla pas voir. »
Dans les premières années 1880, les Impressionnistes s’y retrouvent pour un dîner mensuel, décidé à leur 6e exposition, afin de célébrer les retrouvailles avec Monet, Renoir et Sisley. On y voit parfois Mallarmé.
L’unanimisme sera de courte durée : à leur 8e exposition – il n’y en aura pas d’autre –, qui ouvre le 15 mai 1886 pour un mois à la Maison Dorée, au coin de la rue Laffitte, les trois prodigues ont à nouveau fait sécession, tandis que Degas y a accepté Seurat et Signac, les Pissarro père et fils, en un mot, pour le moins des « Néo ». Le groupe impressionniste finit sur le Boulevard comme il y a commencé.

Odette « n’était pas chez Prévost ; il voulut chercher dans tous les restaurants des boulevards. Pour gagner du temps, pendant qu’il visitait les uns, il envoya dans les autres son cocher Rémi, écrit Proust. Mais le cocher revint lui dire qu’il ne l’avait trouvée nulle part… Swann se fit conduire dans les derniers restaurants… Il ne cachait plus maintenant son agitation, le prix qu’il attachait à cette rencontre et il promit en cas de succès une récompense à son cocher… Il poussa jusqu’à la Maison Dorée, entra deux fois chez Tortoni [Flaubert vantait déjà sa fricassée de poulet froid] et, sans l’avoir vue davantage, venait de ressortir du Café Anglais, marchant à grands pas, l’air hagard, pour rejoindre sa voiture qui l’attendait au coin du boulevard des Italiens, quand il heurta une personne qui venait en sens contraire : c’était Odette ».
Il monte avec elle dans la voiture qu’elle avait, disant à la sienne de suivre. Elle tient à la main un bouquet de catleyas, elle en a dans les cheveux, et dans l’échancrure de son corsage. Après un écart du cheval, qui les a déplacés, Swann se propose de « les enfoncer un peu » de peur qu’elle ne les perde. C’est à compter du moment qui suit que faire l’amour, pour eux, se dira « faire catleya ».

7-9 bd Haussmann, marbres du Bistrot romain.

- 4, rue Drouot, PLU : maison 18e siècle, rectifiée sous Louis-Philippe, remarquable balcon en fonte à l’étage noble.
- mairie du 9e, hôtel Aguado. Alexandre Aguado, marquis de Las Marismas, d’origine espagnole, acquiert l’hôtel particulier qui abrite aujourd’hui la Mairie du 9ème arrondissement de Paris, rue Drouot, en 1829, et il en fait sa demeure. Banquier de profession, il s’intéresse à l’art lyrique (il est ami de Rossini et il en assure la fortune par de judicieux placements) et aussi à la peinture. [Il achètera aussi en 1843 la "maison du pont-de-fer" (voir plus loin)]
- 8, rue Drouot, (et 5, Rossini), PLU : maison 18e rectifiée sous Louis-Philippe, remarquable balcon en fer forgé 18e siècle ; porte cochère.

Le coude de l’actuelle rue Rossini dessine encore l’angle sud-est de la Grange-Batelière, une ferme anciennement fortifiée, en ordre de « bataille », ce qui, par altérations successives, avait donné « batelière ».
- 3, rue Rossini, PLU : Immeuble de rapport destiné à la haute bourgeoisie datant de 1848-1876. Le style Empire de cet immeuble est donné par la composition régulière des façades en pierre de taille agrémentées d'éléments décoratifs relativement sobres et l'emploi de l'ordre dorique pour le portique et les pilastres des façades ouvertes sur la cour.

Au n° 10 de la rue de la Grange-Batelière, l’hôtel de Michel Le Duc de Biéville, des années 1770, a été acquis dès la Restauration par le riche agent de change Tattet. Alfred, le fils de la maison, d’un an plus âgé que Musset, sera le maître en débauche du jeune poète, doublé d’un ami sûr qui s’attirera ses vers reconnaissants : « Dans mes jours de malheur, Alfred, seul entre mille / Tu m’es resté fidèle où tant d’autres m’ont fui ».
Musset passe beaucoup de temps chez les Tattet, aussi bien, chaque automne, dans leur château de Bury, près Montmorency, qu’à leur hôtel de la Grange-Batelière. C’est ici qu’il leur donne lecture de son Rolla. Il a 23 ans, il se sent avoir été privé de tout rapport possible à la divinité, de tout élan de foi par le 18ème siècle déicide, et en accuse Voltaire en ces vers dont l’expression fera florès : « Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire / Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ? ». Le « hideux sourire » et le mal du siècle, dont il est la cause, trouvent donc à se dire pour la première fois dans ce salon de la rue de la Grange-Batelière avant que la publication de Rolla, immense succès de librairie de l’année 1833, ne les porte partout.

Sous le Second Empire, témoigne La Bédollière, on voyait passage Jouffroy (1845, sur les jardins de l’hôtel Aguado), passage Verdeau (1846), dans celui de l’Opéra, celui des Panoramas, le plaid des Écossais, les fourrures des gens du Nord, les sombreros de Madrid ou de La Havane, les fez de Constantinople ou du Caire. Les étrangers, comme les provinciaux, apparaissaient à partir de midi. À 17h, les journaux du soir, particulièrement nombreux sur le Boulevard – Le Constitutionnel, L’Écho de Paris, L’Événement, Le Figaro, Le Gaulois, Le Gil Blas, La Libre Parole, Le Mousquetaire d’Alexandre Dumas, Le Petit-Journal, Le Soir, Le Temps –, étaient distribués dans les kiosques et l’on se cognait alors à ceux qui les lisaient en marchant. À 18h, les habitantes des quartiers Bréda et Notre-Dame-de-Lorette prenaient des positions stratégiques depuis le passage Jouffroy jusqu’à la rue de la Chaussée-d’Antin.

Dans les derniers jours de l’Empire, la librairie Gabrie, au n° 25 du passage Verdeau, prend en dépôt les deux fascicules, à cinq cents exemplaires chaque, des Poésies de Lautréamont. Isidore Ducasse, qu’on a vu 15, rue Vivienne au mois de mars et 7, rue du Faubourg-Montmartre à l’été.
"Les cartes qui viennent d'être caressées par mes mains s'annoncent comme étant terriblement ravageuses. - Les enseignes se décrochent difficilement, et le fou du passage Verdeau court toujours. C'est sans doute à cause de ce dernier qu'il m'est impossible d'avancer mes pions." Marcel Noll, in La Révolution Surréaliste n°1, 1er décembre 1924.

D’une étendue bien moindre que la Grange Batelière étaient les terres de Geoffroy et de son épouse Marie qui, dans les années 1260, en avaient fait une pieuse donation à l’Hôtel-Dieu. Après 1840, au moment de lotir le lieudit qu’on appelait maintenant la Boule Rouge, qui faisait maison close, les financiers Pène et Mauffra ressuscitèrent de leur lointain passé les admirables donateurs afin de profiter publicitairement de la vogue gothique créée par le Notre-Dame de Paris de Hugo.

- 18-20, rue Montyon / 2-4, rue Geoffroy-Marie, PLU : immeuble de rapport construit après 1840 dans le lotissement de la Boule Rouge, cour en demi-cercle ouverte sur rue par porche en plein cintre, disposition rare et originale.

- 10-12, rue Montyon / 10-10 bis, rue Geoffroy-Marie, PLU : immeuble de rapport, après 1840, dans lotissement de la Boule Rouge par financiers Pène et Mauffra ; belle grille de balcon en fonte. Un passage couvert, de Montyon à Richer, de même date, s'étirait dans l'axe de la rue Saulnier : passage Richer au nord, galerie Bergère au sud, annexée depuis 1927 par un restaurant à son ex débouché nord, un garage à l'ex débouché sud.

Folies-Bergère : derrière le bar au grand miroir immortalisé par Manet, c’est, en avril 1926, la première de La Folie du jour avec cette Joséphine Baker qu’on s’arrache depuis qu’elle a triomphé l’année précédente dans la Revue nègre du Théâtre des Champs-Élysées.
Au long de huit tableaux, les « girls » très peu vêtues des Folies-Bergère interprètent des touristes américaines tentées par les vitrines de magasins de luxe parisiens, qui, en une sorte de strip-tease à l’envers, enfilent toutes les emplettes qu’elles viennent d’y faire. Après quarante minutes où la tension est ainsi montée de manière insoutenable, Joséphine Baker arrive enfin sur scène en descendant d’un palmier, vêtue seulement de bananes, pendant autour d’une ceinture, que les mouvements de ses hanches et de son ventre redressent vigoureusement.

Le potager de Guillaume Berger fut à l’origine de la rue Bergère,
- 29-35, rue Bergère, PLU : période Louis-Philippe; sur soubassement à bossage, garde-corps et balustrades des balcons en fonte.

- 7, rue du fbg Montmartre, PLU : imm. de rapport seconde moitié du 19; sur cour, bouillon Chartier de 1895.
Isidore Ducasse y meurt, à l’hôtel, juste après la proclamation de la IIIe République, le 24 novembre 1870. Ceux qui vont manger chez Chartier, suiveur de Duval, passent aujourd’hui devant une plaque qui reprend le début de la strophe 10 du premier des Chants de Maldoror : « Qui ouvre la porte de ma chambre funéraire ? J’avais dit que personne n’entrât ».

À peu près au même moment, Chopin, quittant le 27, boulevard Poissonnière, s’est installé au n° 4 de la cité Bergère pour partager un appartement avec un compatriote fraîchement émigré, le médecin Aleksander Hofman. Heinrich Heine, "fils de la Révolution" française, accouru à Paris sitôt les Trois Glorieuses, va trouver à se loger dans la même cité d’hôtels destinés aux étrangers venant visiter les Boulevards, au n° 3. Il se traduit avec quelques aides, dont celle de Nerval ; il écrit aussi directement en français, et les complaisants l’ont vite qualifié de « Nouveau Voltaire », ce qui ne l’empêche pas de se lier avec Musset.

Le Comptoir d’Escompte, partant du 14, rue Bergère, s’agrandit de tous les hôtels mitoyens.

Martin Nadaud, qui travaillait rue Saint-Fiacre l’année où le Siècle arrivait dans le quartier, voyait partout à la ronde, du haut de son échafaudage, « de grands magasins de marchandises d’exportation qu’on chargeait ou déchargeait dans la cour ou même dans la rue. On sait que ce quartier est le centre du grand commerce d’exportation de Paris ». Dans ces rues « silencieuses et mornes dès 8 heures du soir, confirme La Bédollière, loge une foule d’exportateurs, agents acheteurs, commissionnaires en marchandises, agents de transports maritimes, représentants de maisons de commerce et de manufactures ».

A gauche, on a le 14, bd Poissonnière, qui porte l'inscription Pont-de-Fer au dessus de sa porte. Mais il la tire de sa voisine : la vraie Maison du Pont-de-fer, autrefois numérotée 14, est à l'actuel n°12, PLU : de 1838, par Théodore Charpentier (1797-1867) ; achetée en 1843 par Alexandre Aguado, marquis de Las Marismas ; derrière l’immeuble donnant sur le boulevard, deux autres se succèdent, reliés entre eux par un « pont de fer », (au ras de ces passerelles, des ateliers à grandes baies) jouant avec le dénivelé induit par la butte des anciens remparts. Elle s'ouvrait par une large entrée à double arcade, le pont de fer partait à la hauteur du 1er étage ; on pouvait aussi accéder à la cour par le 3, rue du Fbg Poissonnière. En 1842, on y trouve Léonard, fabricant de lits en fer. Le bazar d'Alexis Godillot s'y ouvre en juillet 1845. On le voit sous le sang et la mitraille lors du coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte.
« Un témoin dit : "... A trois heures et un quart un mouvement singulier a lieu. Les soldats qui faisaient face à la porte Saint-Denis opèrent instantanément un changement de front, s'appuyant sur les maisons depuis le Gymnase, la maison du Pont-de-Fer, l'hôtel Saint-Phar, et aussitôt un feu roulant s'exécute sur les maisons et sur les personnes qui se trouvent au côté opposé, depuis la rue Saint-Denis jusqu'à la rue Richelieu. Quelques minutes suffisent pour couvrir les trottoirs de cadavres" ... Un autre : "... Les glaces et les fenêtres de la maison du Pont-de-Fer furent brisées. Un homme qui se trouvait dans la cour était devenu fou de terreur. Les caves étaient pleines de femmes qui s'y étaient sauvées inutilement. Les soldats faisaient feu dans les boutiques et par les soupiraux des caves. De Tortoni au Gymnase, c'était comme cela. Cela dura plus d'une heure. » Hugo, Napoléon le petit.
Puis le fameux Bazar général des voyageurs s'y installe en octobre 1855. Il y avait aussi, bien sûr, un café ; dans les années 1873-74, un groupe d'environ 25 républicains (donc illégal, il faut se déclarer au-dessus de 20) de "tendance gambettiste" selon la police, s'y réunit tous les soirs. Quand, en 1882, naît un "journal républicain indépendant", Le Matin, qui s'installe au 1, rue des Panoramas, le café prend son nom ; il le porte toujours.

-15, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport de style néo-Louis XVI.

- 20, bd Poissonnière, PLU : fin monarchie de Juillet, pour Marquis, chocolatier établi passage des Panoramas et rue Vivienne ; garde-corps des balcons en fonte ; certains des « grands et beaux appartements bien décorés » des étages, décrits ainsi en 1852, subsistent en partie ; cour exceptionnelle : ornements, fontaine.

- 17, bd Poissonnière, PLU : propriété de M. d’Ailly au 18e, antérieure à l’ordonnance d’alignement de 1826 ; un passage latéral dessert la cour.
- 19, bd Poissonnière, PLU : hôtel élevé sur terrain acquis en 1788 pour Cousin de Méricourt, ancien caissier des Etats de Bourgogne ; 5 niveaux d’origine, surélevé au 19; garde-corps en fer forgé à motifs d’ogives sur les trois balcons filants, porte en ferronnerie à motifs de couronnes de lauriers.

-  24, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport 1792, porte monumentale ; à l’arrière, rez-de-chaussée et 1er étage fin 18e surélevés au 19e.

- 26, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport 1792, même architecte que n°24, figures féminines sous l’attique, formant frise.

- 21, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport à façade Louis XVI, réputé avoir été construit pour son compte par le maître maçon Trou qui construisait le n°19.

- 25, bd Poissonnière, PLU : vers 1788-89 par une famille de la noblesse auvergnate sur le jardin de leur hôtel de la rue Montmartre ; au 1er étage subsiste un décor intérieur sculpté et décoré ; garde-corps en fonte à motifs de navettes 19e s.

Chopin se domicilie au 27, la plaque est sur 25. Il a 21 ans, il s'est réfugié à Paris après la chute de Varsovie.
Frédéric Chopin, sera le dernier à profiter – et à nous en transmettre le souvenir – de la vue que l’on a de ce balcon de Paris qu’est la façade méridionale du Boulevard. Au-dessus du trottoir, qui commence à remplacer les bas-côtés de terre battue simplement séparés de la chaussée par de grosses bornes de pierre, et plus haut que ses deux rangées d’arbres, Chopin s’installe à l’automne de 1831 dans l’immeuble du Grand Bazar de l’Industrie française, au coin de la rue Montmartre. « Dans mon cinquième étage (j’habite boulevard Poissonnière n° 27) – tu ne pourrais croire combien est joli mon logement ; j’ai une petite chambre au délicieux mobilier d’acajou avec un balcon donnant sur les boulevards d’où je découvre Paris de Montmartre au Panthéon et, tout au long ce beau monde. Bien des gens m’envient cette vue mais personne mon escalier. »

-29, bd Poissonnière (et 178, rue Montmartre), PLU : immeuble de rapport typique haussmannien.

- 32, bd Poissonnière / 2, rue du fbg Montmartre, PLU : façade d'aspect premier tiers du 19e siècle, balcon filant conservé sur l’étage d’attique.
En face du balcon de Chopin, le Brébant, à l’angle des 32, boulevard Poissonnière et 2, rue du Faubourg-Montmartre, est un autre des restaurants fameux du Boulevard. C’est là que Flaubert fait déplacer la « société Magny » après les décès de Gavarni et de Sainte-Beuve.
- 2, bd Montmartre/1, rue du fbg Montmartre, PLU : immeuble de rapport 1839, grilles de porte et balcons en fonte Louis-Philippe.

1, bd Montmartre/169, Montmartre, PLU : façades début 19e, remarquables garde-corps.

3, bd Montmartre, PLU : 1844, garde-corps en fonte ouvragée.