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Dieu soit loué, et mes boutiques aussi!

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L'expression est de Petrus Borel, dans la préface de novembre 1831 à ses Rhapsodies : "une époque où l'on a pour gouvernants de stupides escompteurs, marchands de fusils, et pour monarque, un homme ayant pour légende et exergue : "Dieu soit loué, et mes boutiques aussi!" Elle caractérise bien la monarchie de Juillet et son roi bourgeois, Louis Philippe, annonçant une balade, menée pour Virgin Grands Boulevards, riche en appui-corps et vantaux de porte de fonte moulée.

Entre la rue Vivienne et la rue Montmartre, on est sur l’emplacement des jardins de l’hôtel de Montmorency-Luxembourg.
5, bd Montmartre (Virgin Megastore), PLU : sur le boulevard, cet immeuble à usage mixte, de la fin du 19e siècle, en U, abritait dès 1906  la salle luxueuse de l’Omnia-Pathé ;
7, bd Montmartre, Théâtre des Variétés, de 1807. C'est là que triomphera Hortense Schneider dans La Belle Hélène, d'Offenbach, en 1864, puis dans La grande Duchesse de Gerolstein, du même, trois ans plus tard.

En face, de l'autre côté du boulevard, le n°8, PLU, est l’Hôtel de Quinsonas construit par l'architecte Cheveny de la Chapelle vers 1778-1780. De style Louis XVI, il apparaît comme l'un des rares témoignages subsistants de la période faste pour les Grands Boulevards que fut la fin de l'Ancien Régime. La marquise de Quinsonas hérite de l'hôtel en 1792 et sa famille y réside encore sous la Restauration. Les éléments les plus notables consistent en un balcon soutenu par des consoles ornées de guirlandes, et en un escalier à rampe en fer forgé Louis XVI, qui témoignent du style néo-classique en vigueur à la veille de la Révolution.

Musée Grévin : ce fut d'abord un titre de presse, magazine en 3D ou JT paralysé, d’un type nouveau puisqu’il s’agissait d’un « journal plastique », ouvert en 1882 au bout du passage Jouffroy. A l’aide de cent cinquante figures de cire, le journaliste Arthur Meyer, fondateur du Gaulois, et le caricaturiste Alfred Grévin y mettaient en scène toutes les rubriques de l’actualité, y compris les faits divers les plus sanglants.
À côté, le Petit Casino était un café-concert aménagé comme une salle de spectacle : les seuls espaces prévus pour poser les consommations y étaient les tablettes accrochées au dos des fauteuils du rang précédent. Damia, la « tragédienne de la chanson », qui a eu le bon goût de naître pour le centenaire de la Révolution et qui personnifiera la Marseillaise dans le film d’Abel Gance, fera là ses débuts. Le Petit Casino, le dernier café-concert de Paris à maintenir la tradition, réussira à faire venir un public de quartier pour une matinée et une soirée quotidiennes jusqu’en 1948.

11, bd Montmartre, Passage des Panoramas ; sous le Consulat, au paysage à portée de vue, on ajoute ceux, artificiels, peints sur les murs circulaires de vastes rotondes qu’on appelle des « Panoramas » : "Paris tel qu’on le voit du haut du château des Tuileries", Toulon et, plus tard, Rome et Jérusalem. Ouvert dès 1800, le Passage des Panoramas, qui tient son nom des salles précitées, est le 1er du genre; éclairé au gaz en 1817.

Dans les années 1830, quand un républicain suit une princesse qu’il aime d’un amour platonique, ça se passe sur les Grands Boulevards : Michel Chrestien, membre du cénacle de Lucien de Rubempré et d’Arthez, suit  la princesse de Cadignan, de Balzac. Elle raconte :
« La veille des funérailles du général Lamarque, je suis sortie à pied avec mon fils et mon républicain nous a suivis, tantôt derrière, tantôt devant nous, depuis la Madeleine jusqu’au passage des Panoramas où j’allais.
— Voilà tout ?, dit la marquise.
— Tout, répondit la princesse. Ah ! le matin de la prise de Saint-Merry, un gamin a voulu me parler à moi-même, et m’a remis une lettre écrite sur du papier commun, signé du nom de l’inconnu.
— Montrez-la-moi, dit la marquise.
— Non, ma chère. Cet amour a été trop grand et trop saint dans ce cœur d’homme pour que je viole son secret. Cette lettre, courte et terrible, me remue encore le cœur quand j’y songe. »

Sous le 2nd Empire, Zola, fait pleurer au même endroit le comte Muffat, chambellan de l’impératrice, quand l’entrée des artistes du théâtre des Variétés, où il attend Nana, reste pour lui désespérément vide. « Sans pouvoir expliquer comment, il se trouvait le visage collé à la grille du passage des Panoramas, tenant les barreaux des deux mains. Il ne les secouait pas, il tâchait simplement de voir dans le passage, pris d’une émotion dont tout son cœur était gonflé... Alors, il avait repris sa marche, désespéré, le cœur empli d’une dernière tristesse, comme trahi et seul désormais dans toute cette ombre. Le jour enfin se leva, ce petit jour sale des nuits d’hiver, si mélancolique sur le pavé boueux de Paris. Muffat était revenu dans les larges rues en construction qui longeaient les chantiers du nouvel Opéra. Trempé par les averses, défoncé par les chariots, le sol plâtreux était changé en un lac de fange. Et, sans regarder où il posait ses pieds, il marchait toujours, glissant, se rattrapant. »

Vingt ans plus tard, le simple fait de stationner dans le passage des Panoramas, pour une femme, est équivoque, comme l’apprend Mme Eyben à ses dépens. Ayant rendez-vous avec ses enfants passage des Panoramas, elle y est interpellée, le 29 mars 1881, par la très arbitraire police des mœurs, que sa vigoureuse campagne de presse réussira néanmoins à faire abolir.

- à droite, 11, rue St-Marc / 3, rue des Panoramas, et à gauche 7-9, rue St-Marc / 4, rue des Panoramas, PLU. Dans cette rue des Panoramas ouverte en 1782 par le duc de Luxembourg, dont tout l’îlot était la propriété, maisons fin 18e siècle, symétriques avec angles curvilignes sur la rue St-Marc, ouverte en 1780.
- 1, rue des Panoramas (16, rue Feydeau) - 2, rue des Panoramas (14, rue Feydeau), PLU: sur ces maisons de la fin du 18ème siècle, symétriques, des arcades en plein cintre embrassent rez-de-chaussée et entresol.

La rue Feydeau conserve au plan de Paris la trace de la nouvelle enceinte de Louis XIII, faite non plus d’une muraille et de tours, mais de bastions en as de pique reliés par des courtines.

- 24, rue Feydeau, PLU: bâtiment à façade plissée de Fernand Colin, 1932,  à destination mixte de bureaux et habitations.
- 23, Feydeau et 6, Colonnes : La rue des Colonnes, ouverte en 1793-95, est d’abord un passage, celui du théâtre Feydeau, et quand elle est privée de sa couverture, sous le Directoire, elle garde néanmoins, avec ses arcades, tout ce qu’il faut pour continuer d’être l’abri de l’attente et de l’entracte. Le percement de la rue de la Bourse en 1826, l’a coupée.

Sous la Restauration, la Bourse n’est encore qu’une construction provisoire en planches et en pans de bois, formant une salle ronde où l’on entre par la rue Feydeau. La spéculation va meilleur train autour, comme l’explique le banquier Claparon à César Birotteau : « Eh ! cher monsieur, si nous ne nous étions pas engagés dans les Champs-Élysées, autour de la Bourse qui va s’achever, dans le quartier Saint-Lazare et à Tivoli, nous ne serions pas, comme dit le gros Nucingen, dans les iffires ».
En 1827, le temple antique qu’avait imaginé Brongniart, et que la mort l’a empêché de voir, est tout de même terminé, et Balzac décrit les alentours : « La place de la Bourse est babillarde, active, prostituée ; elle n’est belle que par un clair de lune, à deux heures du matin : le jour, c’est un abrégé de Paris ; pendant la nuit, c’est comme une rêverie de la Grèce ».

La rue Ménars, comme la rue Feydeau, marque l’emplacement de la nouvelle enceinte de Louis XIII ; entre elles s'élevait la porte Richelieu qui ne fut abattue qu’en 1701.

- 86, rue de Richelieu, PLU : maison de rapport néoclassique d’aspect Louis XVI ; garde corps du balcon à motifs Louis XVI en fer forgé comme appuis de fenêtres.

- 24, rue Saint-Marc, PLU : de1894, bâtiment d’activité de Salomon Dalsace (draps, broderies, dentelles, passementerie) préfigurant ceux de la rue Réaumur.
- 18, rue Saint-Marc, PLU : maison construite en 1734 pour le Fermier Général Le Magon de La Balue ; voir aussi façade sur cour.
- 16 rue Saint-Marc, PLU : mitoyen et de même date, 1734, appuis de fenêtres en fer forgé conservés aux 2 premiers étages.
- 14, rue Saint-Marc, PLU : maison d’aspect début 19e (nouvel alignement en 1826), faux appareil de pierre ; appuis de fenêtre en fonte.

- 39 à 47, rue Vivienne (de la rue St-Marc au bd Montmartre), PLU : peu après 1830, contemporains du percement de cette partie de la rue (entre Feydeau et bd Montmartre), type ordonnancé néo-classique, bel ensemble de portes à vantaux Louis-Philippe à croisillons et têtes de lions bien conservé.
- 44, rue Vivienne, PLU : façade Restauration conservée.

53, rue Vivienne et 15-17, bd Montmartre, à partir de 1837 pour le comte d’Osmond, riche propriétaire foncier, l’une des locations les plus chères de Paris au 19siècle. Du 15 au 23, opération unique entre Vivienne et Richelieu ; l’absence de porte et de passage cocher du n° 17 laisse penser que le rez-de-chaussée était destiné dès l’origine à un usage commercial.
19, 21-23 bd Montmartre (et 112, Richelieu) idem.

En face :
- 14, bd Montmartre, PLU : années 1930, entresol et rez-de-chaussée commerciaux, balcons baignoires à l’étage d’habitation.

- 16, bd Montmartre, PLU : ancien hôtel de 1778, occupé par le comte Florimont de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche à Paris de 1783 à 1790 ; l’une des 1ères maisons apparues sur le Boulevard. Le côté nord ne commence à se construire qu’à ce moment. S’arrêtait à la corniche avant surélévation. L’hôtel conserve un vestibule monumental, un bel escalier et, au 1er étage, un salon 18e, une salle à manger sculptée de Charles Garnier de 1890 : ces 2 éléments sont ISMH depuis 1958.

De la rue Vivienne à la rue de Richelieu, une terrasse de bois longeait le Boulevard en une gloriette brillamment éclairée, c'était Frascati, un hôtel particulier Louis XIV, devenu sous le Directoire, entre les mains du glacier napolitain Garchi, un hôtel meublé assorti d’un restaurant et d’une maison de jeu. Autour, une végétation méditerranéenne d'importation, ponctuée d’architectures éphémères. Dix ans après la présence de Chopin boulevard Poissonnière, vers 1841 donc, Balzac occupe une maison d’angle à la situation semblable : il a deux pièces donnant sur le boulevard, une sur la rue de Richelieu. C’est Buisson, son tailleur, qui a fait construire « cette espèce de phalanstère colyséen », « dans la cour de l’hôtel où tous les joueurs de Paris ont palpité pendant trente-cinq ans », celle de Frascati, « dont le nom est religieusement conservé par un café, rival de celui dit du Cardinal, qui lui fait face ».
À l’époque de Balzac, on ne parle plus de vue, comme du temps de Chopin, on parle d’argent : « Admirez les étonnantes révolutions de la propriété dans Paris ! Sur la garantie d’un bail de dix-neuf ans qui oblige à un loyer de cinquante mille francs, un tailleur construit, et il y gagnera, dit-on, un million ; tandis que, dix ans auparavant, la maison du café Cardinal, dont le rez-de-chaussée rapporte aujourd’hui quarante mille francs, fut vendue pour la somme de deux cent mille francs ! ».

106 à 110, rue de Richelieu, PLU : 1840, immeubles de rapport typiquement Louis Philippe: fontes des vantaux des 3 portes cintrées caractéristiques ; au 108, voir plafond du vestibule donnant accès à la cour ; ferronneries des balcons filants. 
- 103, Richelieu et 1-1bis, bd des Italiens : immeuble de rapport de la 1ère moitié du 19e siècle, (entresol sans doute rajouté ultérieurement) sur la rue de Richelieu : garde-corps en fonte, portail Louis-Philippe à 3 ouvertures dont, au centre, une porte à vantaux ajourés de grilles de fonte.

- 101, en face, passage des Princes. On a vu le 1er du genre, celui des Panoramas, voici le dernier de la série, celui des Princes. Inscription ISMH 11 août 1975 pour Façades, verrière et sol du passage. L’inauguration en 1860 du Passage Mirès, qui deviendra le Passage des Princes, annonçait tout à la fois, la fin des passages parisiens et celle du financier Mirès qui venait de faire faillite.
- 5, bd Haussmann / 16, bd des Italiens, PLU : Couvrant un îlot, l'immeuble des "Italiens" de la Banque Nationale de Paris a été construit en 1932 par les architectes J. Marrast et Charles Letrosne pour la Banque Nationale du Crédit et de l'Industrie. Élevé sur dix niveaux, cet immeuble de facture Art-Déco, se termine par des gradins posés sur une corniche saillante décorée de gros modillons. La volumétrie monumentale et la décoration des chapiteaux selon des motifs géométriques donne à cet immeuble la dimension d'un temple égyptien. Sur chaque boulevard, trois portes de ferronneries sont dues au ferronnier Raymond Subes.

Années 1870: au café Riche, au n° 16, à l’angle de la rue Le Peletier se partage, à cinq, un « dîner des auteurs sifflés » : Flaubert en est pour l’échec de son Candidat, un canevas laissé par son ami Bouilhet qu’il a fini pour le Vaudeville voisin, Zola pour Les Héritiers Rabourdin, Edmond de Goncourt pour Henriette Maréchal, Daudet pour son Arlésienne. « Quant à Tourgueniev, expliquera Daudet, il nous donna sa parole qu’il avait été sifflé en Russie, et, comme c’était très loin, on n’y alla pas voir. »
Dans les premières années 1880, les Impressionnistes s’y retrouvent pour un dîner mensuel, décidé à leur 6e exposition, afin de célébrer les retrouvailles avec Monet, Renoir et Sisley. On y voit parfois Mallarmé.
L’unanimisme sera de courte durée : à leur 8e exposition – il n’y en aura pas d’autre –, qui ouvre le 15 mai 1886 pour un mois à la Maison Dorée, au coin de la rue Laffitte, les trois prodigues ont à nouveau fait sécession, tandis que Degas y a accepté Seurat et Signac, les Pissarro père et fils, en un mot, pour le moins des « Néo ». Le groupe impressionniste finit sur le Boulevard comme il y a commencé.

Odette « n’était pas chez Prévost ; il voulut chercher dans tous les restaurants des boulevards. Pour gagner du temps, pendant qu’il visitait les uns, il envoya dans les autres son cocher Rémi, écrit Proust. Mais le cocher revint lui dire qu’il ne l’avait trouvée nulle part… Swann se fit conduire dans les derniers restaurants… Il ne cachait plus maintenant son agitation, le prix qu’il attachait à cette rencontre et il promit en cas de succès une récompense à son cocher… Il poussa jusqu’à la Maison Dorée, entra deux fois chez Tortoni [Flaubert vantait déjà sa fricassée de poulet froid] et, sans l’avoir vue davantage, venait de ressortir du Café Anglais, marchant à grands pas, l’air hagard, pour rejoindre sa voiture qui l’attendait au coin du boulevard des Italiens, quand il heurta une personne qui venait en sens contraire : c’était Odette ».
Il monte avec elle dans la voiture qu’elle avait, disant à la sienne de suivre. Elle tient à la main un bouquet de catleyas, elle en a dans les cheveux, et dans l’échancrure de son corsage. Après un écart du cheval, qui les a déplacés, Swann se propose de « les enfoncer un peu » de peur qu’elle ne les perde. C’est à compter du moment qui suit que faire l’amour, pour eux, se dira « faire catleya ».

7-9 bd Haussmann, marbres du Bistrot romain.

- 4, rue Drouot, PLU : maison 18e siècle, rectifiée sous Louis-Philippe, remarquable balcon en fonte à l’étage noble.
- mairie du 9e, hôtel Aguado. Alexandre Aguado, marquis de Las Marismas, d’origine espagnole, acquiert l’hôtel particulier qui abrite aujourd’hui la Mairie du 9ème arrondissement de Paris, rue Drouot, en 1829, et il en fait sa demeure. Banquier de profession, il s’intéresse à l’art lyrique (il est ami de Rossini et il en assure la fortune par de judicieux placements) et aussi à la peinture. [Il achètera aussi en 1843 la "maison du pont-de-fer" (voir plus loin)]
- 8, rue Drouot, (et 5, Rossini), PLU : maison 18e rectifiée sous Louis-Philippe, remarquable balcon en fer forgé 18e siècle ; porte cochère.

Le coude de l’actuelle rue Rossini dessine encore l’angle sud-est de la Grange-Batelière, une ferme anciennement fortifiée, en ordre de « bataille », ce qui, par altérations successives, avait donné « batelière ».
- 3, rue Rossini, PLU : Immeuble de rapport destiné à la haute bourgeoisie datant de 1848-1876. Le style Empire de cet immeuble est donné par la composition régulière des façades en pierre de taille agrémentées d'éléments décoratifs relativement sobres et l'emploi de l'ordre dorique pour le portique et les pilastres des façades ouvertes sur la cour.

Au n° 10 de la rue de la Grange-Batelière, l’hôtel de Michel Le Duc de Biéville, des années 1770, a été acquis dès la Restauration par le riche agent de change Tattet. Alfred, le fils de la maison, d’un an plus âgé que Musset, sera le maître en débauche du jeune poète, doublé d’un ami sûr qui s’attirera ses vers reconnaissants : « Dans mes jours de malheur, Alfred, seul entre mille / Tu m’es resté fidèle où tant d’autres m’ont fui ».
Musset passe beaucoup de temps chez les Tattet, aussi bien, chaque automne, dans leur château de Bury, près Montmorency, qu’à leur hôtel de la Grange-Batelière. C’est ici qu’il leur donne lecture de son Rolla. Il a 23 ans, il se sent avoir été privé de tout rapport possible à la divinité, de tout élan de foi par le 18ème siècle déicide, et en accuse Voltaire en ces vers dont l’expression fera florès : « Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire / Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ? ». Le « hideux sourire » et le mal du siècle, dont il est la cause, trouvent donc à se dire pour la première fois dans ce salon de la rue de la Grange-Batelière avant que la publication de Rolla, immense succès de librairie de l’année 1833, ne les porte partout.

Sous le Second Empire, témoigne La Bédollière, on voyait passage Jouffroy (1845, sur les jardins de l’hôtel Aguado), passage Verdeau (1846), dans celui de l’Opéra, celui des Panoramas, le plaid des Écossais, les fourrures des gens du Nord, les sombreros de Madrid ou de La Havane, les fez de Constantinople ou du Caire. Les étrangers, comme les provinciaux, apparaissaient à partir de midi. À 17h, les journaux du soir, particulièrement nombreux sur le Boulevard – Le Constitutionnel, L’Écho de Paris, L’Événement, Le Figaro, Le Gaulois, Le Gil Blas, La Libre Parole, Le Mousquetaire d’Alexandre Dumas, Le Petit-Journal, Le Soir, Le Temps –, étaient distribués dans les kiosques et l’on se cognait alors à ceux qui les lisaient en marchant. À 18h, les habitantes des quartiers Bréda et Notre-Dame-de-Lorette prenaient des positions stratégiques depuis le passage Jouffroy jusqu’à la rue de la Chaussée-d’Antin.

Dans les derniers jours de l’Empire, la librairie Gabrie, au n° 25 du passage Verdeau, prend en dépôt les deux fascicules, à cinq cents exemplaires chaque, des Poésies de Lautréamont. Isidore Ducasse, qu’on a vu 15, rue Vivienne au mois de mars et 7, rue du Faubourg-Montmartre à l’été.
"Les cartes qui viennent d'être caressées par mes mains s'annoncent comme étant terriblement ravageuses. - Les enseignes se décrochent difficilement, et le fou du passage Verdeau court toujours. C'est sans doute à cause de ce dernier qu'il m'est impossible d'avancer mes pions." Marcel Noll, in La Révolution Surréaliste n°1, 1er décembre 1924.

D’une étendue bien moindre que la Grange Batelière étaient les terres de Geoffroy et de son épouse Marie qui, dans les années 1260, en avaient fait une pieuse donation à l’Hôtel-Dieu. Après 1840, au moment de lotir le lieudit qu’on appelait maintenant la Boule Rouge, qui faisait maison close, les financiers Pène et Mauffra ressuscitèrent de leur lointain passé les admirables donateurs afin de profiter publicitairement de la vogue gothique créée par le Notre-Dame de Paris de Hugo.

- 18-20, rue Montyon / 2-4, rue Geoffroy-Marie, PLU : immeuble de rapport construit après 1840 dans le lotissement de la Boule Rouge, cour en demi-cercle ouverte sur rue par porche en plein cintre, disposition rare et originale.

- 10-12, rue Montyon / 10-10 bis, rue Geoffroy-Marie, PLU : immeuble de rapport, après 1840, dans lotissement de la Boule Rouge par financiers Pène et Mauffra ; belle grille de balcon en fonte. Un passage couvert, de Montyon à Richer, de même date, s'étirait dans l'axe de la rue Saulnier : passage Richer au nord, galerie Bergère au sud, annexée depuis 1927 par un restaurant à son ex débouché nord, un garage à l'ex débouché sud.

Folies-Bergère : derrière le bar au grand miroir immortalisé par Manet, c’est, en avril 1926, la première de La Folie du jour avec cette Joséphine Baker qu’on s’arrache depuis qu’elle a triomphé l’année précédente dans la Revue nègre du Théâtre des Champs-Élysées.
Au long de huit tableaux, les « girls » très peu vêtues des Folies-Bergère interprètent des touristes américaines tentées par les vitrines de magasins de luxe parisiens, qui, en une sorte de strip-tease à l’envers, enfilent toutes les emplettes qu’elles viennent d’y faire. Après quarante minutes où la tension est ainsi montée de manière insoutenable, Joséphine Baker arrive enfin sur scène en descendant d’un palmier, vêtue seulement de bananes, pendant autour d’une ceinture, que les mouvements de ses hanches et de son ventre redressent vigoureusement.

Le potager de Guillaume Berger fut à l’origine de la rue Bergère,
- 29-35, rue Bergère, PLU : période Louis-Philippe; sur soubassement à bossage, garde-corps et balustrades des balcons en fonte.

- 7, rue du fbg Montmartre, PLU : imm. de rapport seconde moitié du 19; sur cour, bouillon Chartier de 1895.
Isidore Ducasse y meurt, à l’hôtel, juste après la proclamation de la IIIe République, le 24 novembre 1870. Ceux qui vont manger chez Chartier, suiveur de Duval, passent aujourd’hui devant une plaque qui reprend le début de la strophe 10 du premier des Chants de Maldoror : « Qui ouvre la porte de ma chambre funéraire ? J’avais dit que personne n’entrât ».

À peu près au même moment, Chopin, quittant le 27, boulevard Poissonnière, s’est installé au n° 4 de la cité Bergère pour partager un appartement avec un compatriote fraîchement émigré, le médecin Aleksander Hofman. Heinrich Heine, "fils de la Révolution" française, accouru à Paris sitôt les Trois Glorieuses, va trouver à se loger dans la même cité d’hôtels destinés aux étrangers venant visiter les Boulevards, au n° 3. Il se traduit avec quelques aides, dont celle de Nerval ; il écrit aussi directement en français, et les complaisants l’ont vite qualifié de « Nouveau Voltaire », ce qui ne l’empêche pas de se lier avec Musset.

Le Comptoir d’Escompte, partant du 14, rue Bergère, s’agrandit de tous les hôtels mitoyens.

Martin Nadaud, qui travaillait rue Saint-Fiacre l’année où le Siècle arrivait dans le quartier, voyait partout à la ronde, du haut de son échafaudage, « de grands magasins de marchandises d’exportation qu’on chargeait ou déchargeait dans la cour ou même dans la rue. On sait que ce quartier est le centre du grand commerce d’exportation de Paris ». Dans ces rues « silencieuses et mornes dès 8 heures du soir, confirme La Bédollière, loge une foule d’exportateurs, agents acheteurs, commissionnaires en marchandises, agents de transports maritimes, représentants de maisons de commerce et de manufactures ».

A gauche, on a le 14, bd Poissonnière, qui porte l'inscription Pont-de-Fer au dessus de sa porte. Mais il la tire de sa voisine : la vraie Maison du Pont-de-fer, autrefois numérotée 14, est à l'actuel n°12, PLU : de 1838, par Théodore Charpentier (1797-1867) ; achetée en 1843 par Alexandre Aguado, marquis de Las Marismas ; derrière l’immeuble donnant sur le boulevard, deux autres se succèdent, reliés entre eux par un « pont de fer », (au ras de ces passerelles, des ateliers à grandes baies) jouant avec le dénivelé induit par la butte des anciens remparts. Elle s'ouvrait par une large entrée à double arcade, le pont de fer partait à la hauteur du 1er étage ; on pouvait aussi accéder à la cour par le 3, rue du Fbg Poissonnière. En 1842, on y trouve Léonard, fabricant de lits en fer. Le bazar d'Alexis Godillot s'y ouvre en juillet 1845. On le voit sous le sang et la mitraille lors du coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte.
« Un témoin dit : "... A trois heures et un quart un mouvement singulier a lieu. Les soldats qui faisaient face à la porte Saint-Denis opèrent instantanément un changement de front, s'appuyant sur les maisons depuis le Gymnase, la maison du Pont-de-Fer, l'hôtel Saint-Phar, et aussitôt un feu roulant s'exécute sur les maisons et sur les personnes qui se trouvent au côté opposé, depuis la rue Saint-Denis jusqu'à la rue Richelieu. Quelques minutes suffisent pour couvrir les trottoirs de cadavres" ... Un autre : "... Les glaces et les fenêtres de la maison du Pont-de-Fer furent brisées. Un homme qui se trouvait dans la cour était devenu fou de terreur. Les caves étaient pleines de femmes qui s'y étaient sauvées inutilement. Les soldats faisaient feu dans les boutiques et par les soupiraux des caves. De Tortoni au Gymnase, c'était comme cela. Cela dura plus d'une heure. » Hugo, Napoléon le petit.
Puis le fameux Bazar général des voyageurs s'y installe en octobre 1855. Il y avait aussi, bien sûr, un café ; dans les années 1873-74, un groupe d'environ 25 républicains (donc illégal, il faut se déclarer au-dessus de 20) de "tendance gambettiste" selon la police, s'y réunit tous les soirs. Quand, en 1882, naît un "journal républicain indépendant", Le Matin, qui s'installe au 1, rue des Panoramas, le café prend son nom ; il le porte toujours.

-15, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport de style néo-Louis XVI.

- 20, bd Poissonnière, PLU : fin monarchie de Juillet, pour Marquis, chocolatier établi passage des Panoramas et rue Vivienne ; garde-corps des balcons en fonte ; certains des « grands et beaux appartements bien décorés » des étages, décrits ainsi en 1852, subsistent en partie ; cour exceptionnelle : ornements, fontaine.

- 17, bd Poissonnière, PLU : propriété de M. d’Ailly au 18e, antérieure à l’ordonnance d’alignement de 1826 ; un passage latéral dessert la cour.
- 19, bd Poissonnière, PLU : hôtel élevé sur terrain acquis en 1788 pour Cousin de Méricourt, ancien caissier des Etats de Bourgogne ; 5 niveaux d’origine, surélevé au 19; garde-corps en fer forgé à motifs d’ogives sur les trois balcons filants, porte en ferronnerie à motifs de couronnes de lauriers.

-  24, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport 1792, porte monumentale ; à l’arrière, rez-de-chaussée et 1er étage fin 18e surélevés au 19e.

- 26, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport 1792, même architecte que n°24, figures féminines sous l’attique, formant frise.

- 21, bd Poissonnière, PLU : immeuble de rapport à façade Louis XVI, réputé avoir été construit pour son compte par le maître maçon Trou qui construisait le n°19.

- 25, bd Poissonnière, PLU : vers 1788-89 par une famille de la noblesse auvergnate sur le jardin de leur hôtel de la rue Montmartre ; au 1er étage subsiste un décor intérieur sculpté et décoré ; garde-corps en fonte à motifs de navettes 19e s.

Chopin se domicilie au 27, la plaque est sur 25. Il a 21 ans, il s'est réfugié à Paris après la chute de Varsovie.
Frédéric Chopin, sera le dernier à profiter – et à nous en transmettre le souvenir – de la vue que l’on a de ce balcon de Paris qu’est la façade méridionale du Boulevard. Au-dessus du trottoir, qui commence à remplacer les bas-côtés de terre battue simplement séparés de la chaussée par de grosses bornes de pierre, et plus haut que ses deux rangées d’arbres, Chopin s’installe à l’automne de 1831 dans l’immeuble du Grand Bazar de l’Industrie française, au coin de la rue Montmartre. « Dans mon cinquième étage (j’habite boulevard Poissonnière n° 27) – tu ne pourrais croire combien est joli mon logement ; j’ai une petite chambre au délicieux mobilier d’acajou avec un balcon donnant sur les boulevards d’où je découvre Paris de Montmartre au Panthéon et, tout au long ce beau monde. Bien des gens m’envient cette vue mais personne mon escalier. »

-29, bd Poissonnière (et 178, rue Montmartre), PLU : immeuble de rapport typique haussmannien.

- 32, bd Poissonnière / 2, rue du fbg Montmartre, PLU : façade d'aspect premier tiers du 19e siècle, balcon filant conservé sur l’étage d’attique.
En face du balcon de Chopin, le Brébant, à l’angle des 32, boulevard Poissonnière et 2, rue du Faubourg-Montmartre, est un autre des restaurants fameux du Boulevard. C’est là que Flaubert fait déplacer la « société Magny » après les décès de Gavarni et de Sainte-Beuve.
- 2, bd Montmartre/1, rue du fbg Montmartre, PLU : immeuble de rapport 1839, grilles de porte et balcons en fonte Louis-Philippe.

1, bd Montmartre/169, Montmartre, PLU : façades début 19e, remarquables garde-corps.

3, bd Montmartre, PLU : 1844, garde-corps en fonte ouvragée.

Du quai Malaquais à la place St-Germain des Prés, ou de l'abbé Prévost à Jean-Paul Sartre

Le prétexte de ce parcours est la balade conduite pour la librairie La Hune, 170 bd St-Germain à l'occasion de la réédition de mes Traversées de Paris. 2ème partie.

- N°17, 15, Quai Malaquais : hôtel de Chimay. Construit par Mansart dans la première moitié du XVIIe siècle, l'hôtel a été fortement remanié en 1740-1756. Le corps de bâtiment central, flanqué de deux ailes en retour, donne du côté du quai sur une cour d'honneur, de l'autre côté sur un jardin, qui le sépare du Palais des études. Après 1884, il a été presque entièrement évidé pour installer les ateliers de l'École des Beaux-arts. Seuls les salons du rez-de-chaussée sur le jardin conservent des éléments de décoration datant probablement du Premier Empire.
- N°13, C'est autour de la salle Melpomène qu'Auguste Perret a construit, après 1945, trois nouveaux étages d'ateliers (non visibles du quai). Il aménage également un couloir de circulation doté d'un éclairage zénithal qui le relie par l'intérieur à l'hôtel de Chimay. La partie ouvrant sur la cour de Chimay est aménagée dans le style des années 1940 : mur plaqués de marbre ocre, vasques lumineuses, pavage en damier noir et blanc. Une copie en plâtre du Voltaire assis et vêtu à l'antique de Houdon (1778), dont l'original se trouve dans le foyer de la Comédie-Française, y est installée, ainsi que la copie en marbre du Faune Barberini réalisée par Eugène-Louis Lequesne (1815-1887), Prix de Rome en 1844, à l'occasion de son Envoi de Rome de 1846 (l'original est conservé à la Glyptothèque de Munich).
- n°11-13 L'édifice situé entre le quai Malaquais et la Cour du mûrier a été construit par Duban entre 1858 et 1862, pour accueillir les expositions des concours scolaires.
Au rez-de-chaussée, la salle Melpomène est une grande nef à éclairage zénithal, qui s'ouvre, du côté du quai, sur un vaste vestibule rectangulaire. La salle Foch est située au-dessus de ce vestibule, auquel elle est reliée par un double escalier. Dans ce bâtiment au décor classique, Duban a utilisé une structure en fer, comme pour la cour vitrée du Palais des études.

- N°9 (le seul à ne pas appartenir aux B-A) Hôtel du 17e s., loué en 1714 par le prince de Transylvanie. Après l’éteignoir de la fin de règne, les tables flambent sous la Régence, on retrouve dans l’hôtel du n°9 le chevalier des Grieux : « Le principal théâtre de mes exploits devait être l’hôtel de Transylvanie, où il y avait une table de pharaon dans une salle et divers autres jeux de cartes et de dés dans la galerie. Cette académie se tenait au profit de M. le prince de R... [Rákóczy], qui demeurait alors à Clagny, et la plupart de ses officiers étaient de notre société. Le dirai-je à ma honte ? Je profitai en peu de temps des leçons de mon maître. J’acquis surtout beaucoup d’habileté à faire une volte-face, à filer la carte, et m’aidant fort bien d’une longue paire de manchettes, j’escamotais assez légèrement pour tromper les yeux des plus habiles, et ruiner sans affectation quantité d’honnêtes joueurs ». Abbé Prévost, Manon Lescaut.

Devant l’école des Beaux-Arts, le quai Malaquais est le quartier général des bouquinistes ; c’est là que le Colline des Scènes de la vie de bohème vient, quand il est en fonds, remplir la « poche aux langues étrangères » de son fameux pardessus-bureau vert.

Rue Bonaparte. Là passait le canal d’adduction, bras mort recreusé de la Seine, des fossés de l’abbaye quand celle-ci ajouta à ses fortifications des douves.

À la Révolution, l’ex-couvent des Petits-Augustins, fondé par la reine Margot en 1613, devient le dépositaire des œuvres sculptées enlevées aux édifices cléricaux. Dans ce musée des Monuments français, dont Alexandre Lenoir a été nommé conservateur le 4 janvier 1791 (le quai des Théatins prendra le nom de Voltaire exactement 4 mois plus tard), s’accumulent pans de murs et statues et, sous un assemblage composite de débris provenant du monastère de Saint-Marcel, près de Chalon-sur-Saône, où Abélard était mort, du couvent du Paraclet, voisin de Nogent-sur-Seine, où son corps et celui d’Héloïse avaient été réunis, et enfin de l’abbaye de Saint-Denis, le mythique tombeau des deux amants. La Restauration disperse le musée et fait construire, sur son emplacement, une École royale des Beaux-Arts, qui n’en garde que la façade du château d’Anet et, au milieu de la cour, une arcade du château de Gaillon (face à l’entrée, entre la cour d’honneur et la cour en hémicycle ; démantelée en 1977.

L'église du couvent des Petits-Augustins est la partie la plus ancienne de l'École des beaux-arts. La chapelle hexagonale, à droite au fond de la grande nef unique, dite " chapelle des louanges " a été construite pour Marguerite de Navarre (1553-1615), l’ex-épouse d'Henri IV. Après la dispersion de la plus grande partie des collections et l'attribution des locaux à l'École des beaux-arts, l’église devient un dépôt lapidaire puis un Musée des copies de la Renaissance italienne et française : moulages, envois de Rome de peinture y sont rassemblés, dont la grande copie du Jugement dernier de Michel-Ange faite à Rome en 1833 par Xavier Sigalon (1788-1837).
Le portail de la chapelle est celui du château d'Anet (Eure-et-Loir), commencé en 1548 par Philibert de l'Orme, architecte du roi Henri II, pour servir d'habitation à Diane de Poitiers, sa favorite durant vingt ans, la « plus que reine » comme on la nomme et pas parce qu’elle est plus âgée que le roi de quatre lustres. Haut de 22 mètres, il se compose de trois ordres superposés, toscan, ionique et corinthien.
Les deux fragments de pilier, placés aux côtés du portail d'Anet, proviennent de l'ancien hôtel de la Trémoïlle, construit à la fin du XVe ou au commencement du XVIe siècle dans la rue des Bourdonnais (presque en face, de l’autre côté du Pont Neuf), comme, de l’autre côté de la cour, en face, l'arcade en pierre de la première travée de la façade Sud (à la différence du portail d’Anet, ce n’est pas là le réemploi d’un reste du musée des Monuments français mais un exemple placé par Duban dans un souci de pédagogie architecturale).
A la suite du portail d'Anet s'étend un bâtiment orné de médaillons sur lave émaillée (comme ceux du côté opposé) œuvres des frères Balze (1868-1869) : ils représentent, en commençant par la droite, le sculpteur David d'Angers, le peintre Gros (Ant.-Jean), le sculpteur Cartellier (Pierre), le peintre Prudhon (P.-Paul).

Derrière ce bâtiment à médaillons, l'ancien cloître du couvent, où Alexandre Lenoir avait planté un mûrier de Chine, qui a donné son nom à cette cour ombragée. Duban reconstruit le cloître dès 1836 en le transformant en atrium antique bordé d'arcades et orné d'une fontaine. Sous le Second Empire, il complète le décor par des peintures dans le goût pompéien et les moulages des frises du Parthénon qui courent à mi-hauteur sur trois côtés.

Au fond de la cour Bonaparte, le Palais des Etudes est achevé en 1839 mais Duban eut plusieurs occasions de compléter son ornementation intérieure, notamment en réalisant le décor des galeries hautes et la couverture de la cour centrale, dont la restauration vient de s’achever et restitue toute l’importance de ces aménagements dans l’histoire de la polychromie monumentale du XIXe siècle.
À l'origine, la cour centrale du Palais était à ciel ouvert. En 1863, Duban la couvre d'une charpente métallique et d'une couverture vitrée ce qui permettra à son successeur Georges Coquart d'installer plus largement la collection de moulages d'antiques. Le Musée des antiques est inauguré en 1874.
Dans l’axe de la colonne (l’ange de bronze au sommet est une œuvre de Duban), l'Amphithéâtre d'honneur ou Hémicycle (autrefois consacré aux cours et aux distributions de prix) doit sa célébrité au chef-d'œuvre de Paul Delaroche (1797-1856) La Renommée distribuant des couronnes. Cette peinture, à la cire, a été terminée en 1841. Elle est signée et datée dans sa partie gauche. Endommagée par un incendie en 1855, elle a été restaurée en 1988.
La composition de Delaroche comprend 74 figures, toutes de grandeur nature : au centre, Ictinous, Apelle et Phidias, transformés en juges ; devant eux, 4 figures de femmes symbolisant les 4 grandes périodes de l'art (grec, romain, gothique, Renaissance) ; au milieu la Renommée distribuant des couronnes ; enfin à gauche et à droite, 67 ou 69 artistes, assis ou debout, paraissent converser entre eux (40 peintres et graveurs, 15 sculpteurs, 14 architectes).
Marix (de son vrai nom Joséphine Bloch, 1822-1891), le modèle de la Renommée, posait dès 15 ans, en 1837, pour Ary Scheffer, dans ce qui est aujourd’hui le musée de la vie romantique pour deux tableaux inspirés par le Wilhelm Meister de Goethe ; elle en a 19 quand elle pose pour Paul Delaroche, (atelier : 58 rue Saint-Lazare). Elle sera la maîtresse du peintre Boissard de Boisdenier quand se réunira dans l’appartement de celui-ci, à l’hôtel dit aujourd’hui de Lauzun, vers 1844, le club des Haschischins que fréquentent Balzac, Delacroix et un médecin aliéniste de Bicêtre venu étudier la production de rêves sans sommeil, le Dr Moreau, Théophile Gautier, naturellement Baudelaire, qui habite au-dessus en 1845, Apollonie Sabatier. Le sculpteur Geoffroy de Chaume a pris des moulages du corps de Marix dans son atelier situé à 2 numéros de l’hôtel de Lauzun. Gautier la retrouvera en 1858, à Schleswig, devenue baronne d’Ahlefeld
Marix en Mignon, ci-dessus et, ci-dessous, en Renommée


- Bâtiment des loges. Situé à gauche du Palais des Études, ce bâtiment à deux étages, rythmé par des pilastres corinthiens, destiné à accueillir les “logistes” des concours, a été édifié par François Debret entre 1820 et 1829, en même temps que l'aile gauche du palais qui lui fait face. Chaque année, au début du printemps – et jusqu’en mai 1968 –, les abords du bâtiment vont connaître l’attente fébrile des familles, des amis et des candidats aux prix de Rome, après qu’ils auront planché plus de trois mois au total dans des cellules ouvertes sur une galerie de surveillance. À la clé, cinq ans de séjour à Rome aux frais du gouvernement, et l’exemption du service militaire.

- N°13 rue des Beaux-Arts : Restauration, 1824, hôtel de voyageurs d’une vingtaine de chambres, réaménagé en 1968, puis rénové par l’archi d’intérieur José Garcia ; PLU.
Oscar Wilde y « meurt au-dessus de ses moyens », comme il le dit, ce 25 octobre, plus d’un mois avant, l'échéance fatale, en reprenant une énième coupe de champagne bien qu’il doive déjà 190 Livres à son propriétaire. Il s’accuse ce soir-là de l’échec de l’Exposition universelle, qui fermera ses portes le 12 novembre : les Anglais n’y sont pas venus, le sachant à Paris, et les Français le tiennent évidemment pour responsable de la désaffection de ses compatriotes. Quand il meurt pour de bon, le vendredi 30 novembre 1900, toutes les nourritures et boissons dont il s’est gavé s’écoulent par tous les orifices de son corps ; il faut brûler la literie. Quelques écrivains : Raymond de la Tailhade, Tardieu, Charles Sibleigh, Jehan Rictus, Robert d'Humieres, George Sinclair, viennent lui rendre hommage dans la chambre 13 qu’il occupe depuis plus de 2 ans sous le faux nom de Sebastian Melmoth. Le lundi, c’est de l’hôtel alors d’Alsace qu’on se rend à l’église Saint-Germain-des-Prés pour le service funèbre ; sur le cercueil, une couronne de perles du patron, Jean Dupoirier : « A mon locataire », et une autre signée « Le service de l’hôtel ». Paul Fort est dans les 56 présents qui l’accompagnent au cimetière de Bagneux, pour une inhumation provisoire.
Paris vu par Sebastian Melmoth dans une lettre envoyée de l’hôtel d’Alsace à l’été 1898 : « Paris est une épouvantable fournaise. Je marche dans des rues de cuivre et il n'y a plus personne ici. Même les classes criminelles sont parties au bord de la mer, et les gendarmes bâillent et regrettent leur oisiveté forcée. Indiquer une mauvaise direction aux touristes anglais qui demandent leur chemin est la seule chose qui les console. » Borges sera un habitué du même hôtel.

- N°8 rue des Beaux-Arts Pour le cinquantième anniversaire de la naissance de Baudelaire (né le 9 avril 1821, rue d’Hautefeuille), Fantin-Latour a pour projet de réunir autour d’un portrait du poète, sur le modèle de son Hommage à Delacroix, « les douze apôtres » du siècle poétique. Il espère voir dans son atelier du 8, rue des Beaux-Arts : Victor Hugo, Théophile Gautier, Leconte de Lisle, Théodore de Banville, etc. Comme ils tardent un peu à venir, il passe aux disciples, en commençant par Verlaine et Rimbaud.
Les Goncourt viennent voir l’avancement des travaux le 18 mars 1872 : « Il y a sur le chevalet une immense toile représentant une apothéose parnassienne de Verlaine, de d’Hervilly, etc., apothéose où il se trouve un grand vide, parce que, nous dit-il naïvement, tel ou tel n’ont pas voulu être représentés à côté de confrères qu’ils traitent de maquereaux, de voleurs »… C’est effectivement ainsi que Mérat parle de Rimbaud, et il ne figurera sur la toile (Un coin de table, musée d’Orsay, voir mon Paris des Avant-Gardes p.124-125) que sous les traits d’un pot de fleurs, à droite, au premier plan. Verlaine, lui, pose ici à longueur de journées. C’est en tout cas ce qu’il raconte chez lui, à sa femme, pour justifier absences et retards, tout le temps qu’il passe en réalité avec Rimbaud.

- N°31, rue de Seine : 1ère moitié du 18e, George Sand en 1831 ; Académie Raymond Duncan de 1929 à 1966. Le frère d’Isadora est visible sur un portrait de famille à la Douanier Rousseau qui s’intitule Le Groupe existentialiste devant Saint-Germain-des-Prés, où on le reconnaît en toge antique, aux côtés de Boubal, le patron du Café de Flore, Genet sous une calotte de bagnard, Sartre donnant la main à Juliette Gréco, Jacques Prévert en chapeau vert pré, Boris Vian et sa trompinette…

Quand l’Abbaye a doté ses fortifications de douves qu’alimentent un bras mort recreusé de la Seine (rue Bonaparte), des conflits concernant le droit de pêche se sont ajoutés à ceux qui l’opposent depuis toujours à l’Université. En compensation des empiètements de sa nouvelle enceinte, l’abbaye offre à l’Université le terrain compris entre les actuelles rues Jacob et Visconti et, côté ouest, le canal d’adduction des fossés : ce sera désormais le Petit-Pré-aux-Clercs, qui s’ajoute à l’autre. On va en faire le tour par Visconti, Bonaparte, Jacob.
L’Université, en mal d’argent, lotira le Petit-Pré-aux-Clercs à partir des années 1545 : la « petite Seine » sera comblée, une rue des Marais-Saint-Germain (auj. Visconti) ouverte perpendiculairement, qui constituera le premier foyer de peuplement hors des murs des protestants. Dans la Petite Genève, comme on appelle presque aussitôt l’endroit, chez Mme Bertrand, officie à ce moment le pasteur La Cerisaie.
- Au n° 4 de la rue des Marais-Saint-Germain, le premier baptême réformé est célébré à l’Auberge du Vicomte en 1555. Le synode national constitutif des Églises réformées en France s’y assemble du 25 au 29 mai 1559.
- Au n°16, a vécu Adrienne Lecouvreur, de 1718 à sa mort, le 15 mars 1730, peut-être empoisonnée par une rivale dans le cœur si hospitalier de Maurice de Saxe : la duchesse de Bouillon.
« À Paris, on les respecte quand elles sont belles, et on les jette à la voirie quand elles sont mortes », dira Candide des comédiennes, près de trente ans après. Quand Voltaire eut fermé les yeux d’Adrienne, l’abbé Languet de Gergy, curé de Saint-Sulpice, lui refusa la sépulture ecclésiastique ; on dut placer le corps dans un fiacre et, clandestinement, aller l’ensevelir au débouché de la rue de Bourgogne (auj. Aristide-Briand), au-dessus de ce port de la Grenouillère où s’arrêtaient les trains de bois destinés à l’approvisionnement de Paris, dans un chantier qu’on savait, hélas, souvent battu par les grandes eaux de la Seine. (maison postérieure à 1656 ; les garde-corps en fonte sont du 19e s.)
- N°17 : Balzac est en 1827 « homme de lettres de plomb » dans ce grand local du 17, rue des Marais-Saint-Germain, au-dessus duquel se trouve le petit appartement où il reçoit Mme de Berny. Delacroix aura son atelier à l’étage quelques années plus tard ; en 1838, il y fait monter un piano afin de peindre Chopin et George Sand ensemble. Malgré tant d’efforts, la toile sera coupée en deux après sa mort, et chaque portrait vivra une existence séparée. Delacroix y fait aussi une aquarelle du « bois » visible de sa fenêtre, car, si la rue est étroite ici, les maisons ont leurs aises à l’arrière. Ce bois est celui du Temple de l’Amitié du 20 rue Jacob (voir mes Traversées de Paris p.492).

- Du 16 au 24 rue Visconti, et 17-19 rue Bonaparte, 7 maisons d’après 1656 sur un ancien hôtel du 16ème s ; les n° 18 et 20 sont de 1682 mais au n° 20 vantaux Régence et appuis de fenêtre Régence ; le n° 22, maison de 1678. Racine a vécu au n° 24, construit en 1667, de 1692 à sa mort, en 1699, il n’y a guère écrit que ses Cantiques spirituels.

- « cellule de la rue Visconti » : Marguerite Duras a adhéré au Parti communiste à l’automne de 1944, est devenue secrétaire de la cellule 722, dite de la rue Visconti où Dionys Mascolo, son compagnon, et Robert Antelme, son ex-mari, auteur d’un extraordinaire récit sur la vie concentrationnaire, L’Espèce humaine, ont pour camarades Eugène Mannoni, alors journaliste à Ce Soir, le sociologue Edgar Morin, le romancier Claude Roy, le jeune Jorge Semprun et, tout de même, un ajusteur. En 1950, « la rue Saint-Benoît », c’est-à-dire Marguerite Duras et ses hommes, en est exclue à la suite d’un procès stalinien à Saint-Germain-des-Prés que décrira Gérard Streiff.

- Christo barra la rue Visconti, le 27 juin 1962, d’un Rideau de fer composé de barils de pétrole.

- N°20 rue Jacob : bâtiment Louis XV, appuis d’époque ; au fond, petit temple 1er Empire, ISMH depuis 1947. De part et d'autre de la porte, deux niches abritent l'une un buste d'Adrienne Lecouvreur, l'autre du Maréchal de Saxe ajoutés postérieurement. Le 7 novembre 1908, Natalie Clifford Barney s’y installait pour y attendre le retour de sa compagne Renée Vivien, qui mourut quelques semaines plus tard sans avoir jamais connu le 20, rue Jacob. Dès octobre 1909, elle y reçoit lors de ses « Vendredis », que Hemingway, Proust et Joyce fréquentèrent, et naturellement Rémy de Gourmont qui lui voua ensuite un long amour platonique et lui donna le surnom de l'Amazone. On y lisait des textes (Paul Valéry y a donné lecture du Cimetière marin).
Colette, qui habita de 1893 à 1901 au 3e étage du n°28 : « La plupart des maisons qui bordèrent la rue Jacob, entre la rue Bonaparte et la rue de Seine, datent du XVIIIe siècle. Le seul danger que j'aie couru rue Jacob était l'attrait de l'ombre, les brèves échappées d'air libre, quelques rafales de grêle printanières se ruant par la fenêtre ouverte, l'odeur vague des lilas invisibles venue du jardin voisin. Ce jardin, je n'en pouvais entrevoir, en me penchant très fort sur l'appui de la fenêtre, que la pointe d'un arbre. J'ignorais que ce repaire de feuilles agitées marquait la demeure préférée de Remy de Gourmont et le jardin de son "amazone". Beaucoup plus tard, je franchis la palissade du jardin, je visitai le petit temple qu'éleva "à l'amitié" Adrienne Lecouvreur. Garé du soleil, ce jardin ne veut, encore aujourd'hui, nourrir qu'un lierre de tombeau, des arbres âgés et grêles et ces plantes aqueuses qui croissent en couronne à l'intérieur des puits. »
Ernest Hemingway l'évoque ainsi : « Miss Barney (...) tenait salon chez elle, à dates fixes. Elle avait aussi un petit temple grec dans son jardin. Bien des américaines et des françaises suffisamment fortunées avaient leurs salons, et j'ai réalisé très vite que c'étaient des endroits à éviter soigneusement, mais Miss Barney, je crois, était la seule qui avait un petit temple grec dans son jardin »
- N°27, néoclassique non daté, PLU. En 1945, Paul Flamand achète au nez et à la barbe de Robert Laffont - qui louchait dessus - l'hôtel de la Grille, où résidaient écrivains et artistes. Rien de bien extraordinaire dans cet immeuble exigu, en dehors d'un dessin laissé par Ingres, à même le mur, et que l'on peut toujours admirer dans le bureau du patron. Quand ils s'installent là, en 1945, Flamand et Bardet publient les premiers textes de Roland Barthes, puis L'Histoire du surréalisme, de Maurice Nadeau, et la collection Esprit, d'Emmanuel Mounier. Jean Cayrol entre comme auteur et y devient éditeur. Le vrai succès arrive de façon inattendue en 1951, avec la sortie du roman de Guareschi Le Petit Monde de Don Camillo, refusé partout ailleurs. Le Seuil, qui publie toute la série, est obligé de monter un service commercial et une distribution. Et doit déjà s'agrandir en louant des locaux, d'abord au 19 de la rue Jacob, puis au 30. «Ce conifère, je l'ai toujours connu, simplement il était beaucoup plus petit lorsque je venais ici étant gamin», expliquait Pascal Flamand, le directeur général et fils de Paul Flamand, l'un des cofondateurs.
Sollers monte la revue Tel Quel, en 1960 ; «Ses deux bureaux du rez-de-chaussée étaient un véritable coffre-fort, où il complotait avec sa bande sous les dazibaos accrochés aux murs.
- n°5 : Restauration ; PLU ; fait angle avec le 2, rue de Fürstenberg, regarder pilier de la Porte de Fürstenberg de l’abbaye, de 1698, qui distribuait écuries et communs ;

- N°18 rue de l’Echaudé, et 9 Cardinale, et 2 rue de l’abbaye : 17; pilier sud de la porte de Bourbon (du nom du cardinal Charles de Bourbon), donnant directement sur la cour d’honneur de l’ancienne abbaye, créée en 1600 pour donner accès au nouveau palais abbatial. Pilier nord au n°20.

On passe la porte et à dr, rue Cardinale, ouverte en 1699 par Cardinal de Fürstenberg, comme le Passage de la Petite Boucherie à g.

Place Fürstenberg. L’évêque de Strasbourg est à la tête de l’abbaye en 1690 ; il fait tracer une avant cour, ou « cour des écuries » devant la cour d’honneur, et dans l’axe de la façade, à laquelle il fait ajouter un fronton triangulaire, et l’allée, et son entrée sur la rue Jacob.
- N°6-8, anciens communs, Delacroix y arrive fin 1857, alors qu’il travaille à Saint-Sulpice, entre une cour et le jardin de l’ancienne infirmerie de l’abbaye. Il y sera jusqu’en 1863.

Rue de l’Abbaye. À compter de 1507, Guillaume Briçonnet, abbé de Saint-Germain-des-Prés, attire auprès de lui le savant théologien et humaniste Jacques Lefèvre d’Étaples, et les disciples de celui-ci : Guillaume Budé, le fondateur du Collège de France, Gérard Roussel, l’aumônier de Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier ; Jean du Bellay, futur évêque de Paris, et Guillaume Farel, futur ami proche de Calvin. L’abbaye est le berceau de la Réforme.
Mais en 1586, le cardinal de Bourbon qui construit le nouveau palais abbatial, est l’un des chefs de la Ligue : Bernard Palissy est arrêté par la Ligue, en 1589, rue Visconti et enfermé à la Bastille, où il mourra sans avoir abjuré. Le siège mis autour de Paris par Henri IV, les protestants se sont emparés de l’abbaye. Du haut d’un clocher de Saint-Germain-des-Prés – lequel ? l’église en comptait trois, dont deux flanquaient le nouveau chœur –, le roi fixe le Louvre, son but, et englobe du regard la capitale qu’il veut reconquérir.
L’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, transformée en raffinerie de salpêtre en 1790, a été victime d’une grave explosion trois ans plus tard. Le percement de la rue de l’Abbaye, en 1800, a détruit le reste.

- N°3, palais abbatial de 1586, construit par Cal Charles de Bourbon
- N°8, à travers la vitrine droite de Donghia, on voit des fragment des premières assises du mur sud de la nef de la chapelle de la vierge.
- N°11-13, maison début 19e, élevée à l’emplacement de la salle du chapitre et du cloître ; elle conserve 6 travées de l’aile sud du gd cloître construit en 1736. PLU
- N°12, Empire ou Restauration, à l’emplacement cloître et réfectoire. PLU
- N°14-16 Restauration ; le mur mitoyen englobe la grande baie occidentale du réfectoire (visible à travers la porte du n°16) ; ce mur est ISMH depuis 1953. PLU

- Eglise 11e-12e s. La Restauration a déposé les 2 clochers latéraux, bien ébranlés, dans le but de les reconstruire, ce qui ne fut jamais fait.

- Sartre habitait en vigie sur la place Saint-Germain-des-Prés, l’immeuble d’angle du 42, rue Bonaparte, au quatrième étage. Ici se discutèrent les Temps modernes : « Une époque, comme un homme, c’est d’abord un avenir ». À la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, les attentats de l’OAS font déménager Sartre. Départ, le roman de jeunesse de Simone de Beauvoir (commencé à l’été 1926), manuscrit acquis en 2008 par la BNF dans une vente publique, était probablement conservé dans l’armoire où Sartre entassait ses manuscrits et fut vendu comme beaucoup d’autres par un voisin indélicat après le plasticage de 1962.

- Dans la salle de la Société d’encouragement à l’industrie nationale, 44, rue de Rennes (auj. place Saint-Germain-des-Prés), où le parement extérieur de la tour Saint-Benoît de l’enceinte abbatiale fait saillie dans une salle, a eu lieu, le 22 mars 1895, la première projection privée du cinématographe : la sortie des ouvriers des usines Lumière.
La rue de Rennes commençait ici en 1883, avec ce n° 44 qui anticipait son démarrage à la Seine. L’éventration du quartier finalement stoppée avant ce terme, la numérotation allait rester en l’état jusqu’à ce que, ce tronçon initial ayant été reconverti en place Saint-Germain-des-Prés, la rue de Rennes ait désormais son début au n° 48 !

- Rue G. Apollinaire, le cinéma date de 1959.