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Le 11e : des couvents, de drôles d'oiseaux

L'occasion de ce parcours a été une balade menée pour la librairie Violette and Co, 102 rue de Charonne.



            125, rue de Charonne (2, imp. Delaunay), PLU : Maison du 18e siècle ; porte surmontée d’un mascaron féminin ; appuis de fenêtres en fer forgé. Décor sans doute revu début 19e pour les frontons plats des baies du 1er étage. Bel escalier du 18e à rampe en fer forgé conservé.

Métro Charonne. Ce qui va tragiquement alourdir le nom de Charonne, jusque-là vide de tout sens et sans autre exemple dans la toponymie française, c’est le 8 février 1962. Après une « nuit bleue » d’attentats de l’OAS – qui a laissé une enfant de quatre ans défigurée –, à l’appel du Comité Audin, de tous les partis de l’opposition et des syndicats hormis Force Ouvrière, cinq rassemblements, formés non loin, tentent de converger vers la Bastille. Une partie de ce cortège disloqué, pas plus de trois mille ou quatre mille personnes, remonte vers la Nation, dépasse la mairie du 11e et arrive à la hauteur de la station de métro Charonne à 19 heures 30. La police barrant la chaussée, on s’arrête ; lecture est faite d’une déclaration unitaire, et la dispersion annoncée. Les forces de l’ordre chargent soudain la tête du cortège, composée d’élus communistes ceints de leur écharpe, et d’autres compagnies d’intervention de la Préfecture de police viennent prêter main forte à des matraquages sauvages ; une partie de la foule bascule dans les escaliers du métro, s’y étouffe d’autant mieux que la police jette sur elle des grilles d’arbre en fonte. Il y aura neuf morts, tous syndiqués CGT, huit d’entre eux membres du PCF.
            Le 13 février 1962, de cinq cent mille à un million de personnes suivront jusqu’au Père-Lachaise les funérailles des quatre victimes parisiennes, les cinq autres étant enterrées à Montreuil.

L'impasse Bon Secours rappelle le couvent de Notre-Dame-de-Bon-Secours, fondé en 1648, qui aura possédé, tellement les veuves qui en avaient fait leur séjour étaient joyeuses, une salle de bal construite vers 1770 par Louis, l’architecte du Grand-Théâtre de Bordeaux, salle de bal qu’auront pu voir, remontée au pavillon français, les visiteurs de l’Exposition universelle new-yorkaise de 1939. Le couvent s'étendait de la rue de Charonne à celle de la Roquette. Le jouxtant de ce côté-là, et sans doute emporté par les percements du bd du prince Eugène (devenu Voltaire) en 1864, et de l'av. Ledru-Rollin en 1931, s'élevait le coquet hôtel bâti par l’architecte Dulin en 1708 pour Nicolas Dunoyer, secrétaire du roi, ancien greffier en chef au parlement de Paris. L’homme était l’oncle d’Olympe, dite Pimpette, le premier amour d’Arouet alors âgé de 19 ans. Le Régent triompha ici « des fragiles scrupules de Sophie de Brégy, comtesse d’Averne. », et Voltaire le remerciera pour elle, en vers dont voici la dédicace : A SAS Mgr le duc d’Orléans, régent, au nom de Mme d’Averne au sujet d’une ceinture qu’elle avait donnée à ce prince.
Après, le savant Réaumur s’intéressera dans cet hôtel aussi bien à l’acier qu’aux invertébrés, y inventera le thermomètre à alcool en 1731. « En 1753, M. le comte de Clermont qui cherchait une retraite discrète loin des regards curieux en devient propriétaire, écrit Capon. Il y fit peu de changements, et sur l’emplacement des laboratoires de son docte prédécesseur s’éleva un théâtre élégant ». Carmontelle composa pour le divertissement du duc d’Orléans (père de Philippe-Égalité), dont il était le lecteur, et de ses familiers, au Raincy et à Charonne, un très grand nombre de saynètes faiblement intriguées, mais agréablement conduites dont un proverbe fournissait parfois le titre et plus souvent encore le mot de la fin.

Mitoyenne encore de Bon-Secours, « l’académie » de Charonne : de 1713 à 1718, soit de ses 9 à ses 14 ans, Duclos y est élève : « Cette pension, très célèbre autrefois, dit-il en ses fragments de Mémoires, mérite que j’en parle. Le marquis de Dangeau, à qui Boileau a dédié sa cinquième Satire, forma cet établissement. Comme il était grand’ maître de l’Ordre de Saint-Lazare, il se chargea généralement de l’entretien et de l’éducation de vingt jeunes gentilshommes, qu’il fit chevaliers de cet Ordre, et les rassembla dans une maison de la rue de Charonne, en bon air, avec un jardin, mur mitoyen du couvent de Bon-Secours. Il y établit un principal instituteur qui choisissait les autres, ce qui n’empêchait pas le marquis et l’abbé de Dangeau, son frère, de venir de temps en temps inspecter la manutention et l’ordre de la maison. Les enfants qu’il y plaçait étant trop jeunes pour les armes et l’équitation, la base des exercices était la lecture, l’écriture, le latin, l’histoire, la géographie et la danse. On imagine bien que la sublime science du blason n’était pas oubliée dans une éducation destinée à des gentilshommes dont chacun l’aurait inventée, si elle ne l’était pas. C’était aussi, avec la grammaire, ce que l’abbé de Dangeau affectionnait le plus. Il a été un très bon académicien, un fort grammairien, et a porté dans cette partie beaucoup de sagacité. Lui et son frère étaient véritablement des gens de lettres; j’en parle comme je le dois dans l’Histoire de l’Académie. Quoique la maison que le marquis de Dangeau avait établie fût originairement et particulièrement destinée à des élèves chevaliers, il avait permis qu’on y admît d’autres enfants dont les parents payaient la pension, ne fût-ce que pour exciter l’émulation commune. »

En 1802, Richard et Lenoir installaient leur manufacture dans l'ex couvent de Bon-Secours. Les deux hommes avaient réussi à fabriquer le « basin anglais », cette étoffe à la chaîne de fil et à la trame de coton, que l’on devait auparavant importer. « Nous avons mené les uns et les autres une rude guerre à l’Angleterre, mais jusqu’ici le fabricant a été plus heureux que l’empereur », les félicita Napoléon lors d’une visite.
François Richard, à la mort, prématurée, de son associé Joseph Lenoir-Dufresne, décida d’en perpétuer le souvenir en accolant son nom au sien pour s’appeler désormais François Richard-Lenoir. Il mourut ruiné par la Restauration qui avait supprimé les droits de douane sur les produits anglais. C’est peut-être pourquoi, à l’inauguration d’un boulevard, en décembre 1862, alors qu’on lui proposait pourtant de rendre hommage à sa mère, la reine Hortense, Napoléon III avait insisté pour que lui fût attribué le nom « d’un ancien ouvrier » qu’avait apprécié son oncle.

            8, impasse Bon Secours : arrière du 166 bd Voltaire, PLU.

            10, impasse Bon Secours (arrière du 6, rue Gobert), PLU : façades brique et métal des bâtiments industriels sur cour. La 2e cour, en partie sous verrière, est délimitée par des bâtiments industriels fin 19e-début 20e siècle d’une grande unité. Pavages anciens dans les 2 cours.

            166, bd Voltaire, PLU : le bâtiment sur rue, d’un classicisme haussmannien, s’intègre à la séquence monumentale ordonnancée du bd Voltaire. La cour d’activité, contemporaine du bât. sur rue, fut réaménagée vers 1930 : adjonction d’une verrière avec fontes art déco qui fait de l’ensemble un espace unique à atrium central, du type grand magasins.

On poursuit jusqu'à la rue Mercœur. Avec la rue Auguste-Laurent, c'est l'ancienne rue des Murs-de-la-Roquette, dont l’équerre longeait le coin de l’enclos des hospitalières de la Charité-Notre-Dame, installées ici sous Louis XIII.

Suchard, 10 rue Mercœur. Le chocolatier suisse s’était installé ici en 1905 ; il y employait 360 ouvriers. Au n°23, on trouvait une coopérative de production de biseauteurs et polisseurs : la Renaissance.

On croise la rue Léon Frot - la rue Saint-Maur, l’une des rares tangentes de la capitale, celle qui joignaitt l’abbaye de Saint-Denis à celle de Saint-Maur-des-Fossés.

Sur l’enclos des hospitalières de la Roquette, s’élèvera en 1836 la prison servant de dépôt des condamnés, qui vient remplacer Bicêtre, et qui disparaîtra à la fin du 19e siècle : la Grande Roquette, dont l'entrée est au 168.
Sur les 5 pierres de la guillotine, au bout de la rue Croix-Faubin, c'est-à-dire devant la Grande Roquette, dès le début du Second empire et jusqu’en 1899, un spectacle véritablement sanglant a lieu au petit jour. Le 18 janvier 1870 au soir, à 11 heures, rendez-vous est pris par Maxime Du Camp et Ivan Tourgueniev devant la statue du prince Eugène (à l’emplacement de l’actuelle place Léon Blum), d’où l’on montera jusqu’à la Grande-Roquette toute proche. A leur arrivée, la foule qui attend là tous les jours est parcourue d’une onde ; « - On vous prend pour le bourreau », explique Du Camp au géant russe qui en a la stature. On gagne les bureaux du commandant de la place, on ressort voir assembler la guillotine, et retour à l’appartement directorial où l’on somnole entre le punch et le chocolat, servi à l’arrivée de l’aumônier, à 6 heures. A 6 h 20, un groupe de quatorze personnes se dirige vers la cellule du condamné pour quarante minutes d’un cérémonial absurdement compliqué avant que sa tête ne tombe.
Dans l’après-midi du 26 mai 1871, cinquante otages seront tirés de la Roquette : trente-six gardes de Paris, arrêtés pour la plupart le 18 mars, lors de la prise des canons de Montmartre, dix ecclésiastiques, et quatre civils, censément d’anciens mouchards de la police.
En face, est déjà debout depuis 1830, une maison d’éducation correctionnelle, destinée aux mineurs de moins de 16 ans sur décision judiciaire, et aux mineurs quel qu’en soit l’âge sur requête paternelle. Puis ce sera une prison de femmes, où seront enfermées des femmes de la Résistance à l'occupant nazi, puis à la guerre d’Algérie : Hélène Cuénat, par exemple, arrêtée en février 1960, emprisonnée à la Petite Roquette, jugée et condamnée à 10 ans de prison. « Ex-membre de la cellule communiste de la Sorbonne. Elle était la maîtresse de Francis Jeanson. Une tigresse, ont dit d'elle les policiers qu'elle a couverts d'injures », selon Paris-Presse. Elle s'évadera avec cinq de ses compagnes, en février 1961, en sautant le mur de la rue Merlin.
La Petite Roquette. Agence Meurisse, 1913. Gallica

On revient par la rue Auguste Laurent jusqu'à la rue Gobert.

            12, rue Gobert, PLU : villa de 1876, qui fait transition entre la séquence haussmannienne du bd Voltaire et l’hôtel particulier du n°10.

            10, rue Gobert, PLU : hôtel particulier du dernier tiers du 19e siècle mais de style classique 17e ou 18e siècle, courant plaine Monceau mais rare ici.

            6, rue Gobert, PLU : façade de caractère post-haussmannien de l'immeubles de rapport, de 1901, qui contraste avec l'arrière déjà vu.

            Gymnase municipal Japy, 1 rue Japy, PLU : marché couvert en 1870, reconverti en gymnase en 1884. Le Congrès général des organisations socialistes, du 3 au 8 décembre 1899, y est une première tentative de regroupement à la suite de l’inquiétude née de l’affaire Dreyfus. Allemane s'y rallia à l'idée de l'unité et convia chacun à dire : " j'ai piétiné sur mes haines, j'ai piétiné sur mes rancunes ".
            L’Internationale y devint l’hymne du mouvement ouvrier français, elle supplanta définitivement la Marseillaise et la Carmagnole quand elle fut chantée ici lors de ce congrès.
Ecrite à la fin de la Commune, alors qu’Eugène Pottier se cachait, elle n’avait été mise en musique qu’en 1888 par Pierre De Geyter, un ouvrier lillois. La partition n’en était publiée qu’en 1894, et aussitôt condamnée pour « incitation à la désertion » - c’était l’année où, en juillet, étaient votées les lois scélérates contre les anarchistes et les socialistes -, mais elle avait continué d’être chantée dans la fédération lilloise. Aujourd’hui, elle prenait son essor. « J’étais à côté de Jaurès au moment où l’on chanta l’Internationale, il grimaça quand on en arriva à nos balles qui sont pour nos propres généraux » raconte Charles Rappoport.
            Après les divergences concernant la participation ministérielle - celle du socialiste indépendant A. Millerand dans le ministère Waldeck-Rousseau, à l’été -, qui était condamnée au congrès par guesdistes et blanquistes comme contraire à la lutte des classes, par 818 voix contre 634, même si in fine les guesdistes l’admettaient dans « des circonstances exceptionnelles », les rancunes sinon les haines allaient ressurgir. Guesdiste et vaillantistes rompaient l’unité dès 1900 pour fonder le Parti Socialiste de France, ce qui ne leur portait pas chance aux municipales de 1904, à Paris. Tandis qu’autour de Briand et de Jaurès se créait le Parti Socialiste Français, en 1902, alors que la grève des terrassiers parisiens, la plus forte agitation sociale dans la capitale depuis la Commune, battait son plein.
            C’est à Japy, du 22 au 24 avril 1920, que se tient le 3ème congrès de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer, où la majorité va basculer au sein des 374 000 syndiqués, rendant possible l’appel à la grève générale illimitée au soir du 1er mai pour imposer la nationalisation des chemins de fer.
            Dans ce lieu où l’on évoque le plus souvent l’oppression des patrons, Marcel Cachin déclare le 7 mars 1925 : "Il ne faut pas que la femme subisse deux patrons : son employeur et son mari".
            Le congrès de la CGT qui s’ouvre le 15 septembre 1931 y repousse par 4 678 voix contre 195 la proposition d’un congrès de fusion qui émane des « 22 » responsables unitaires du Comité pour l’Indépendance du Syndicalisme, qui mènent campagne dans le Cri du Peuple, journal lancé par la minorité de la CGTU réclamant un retour à la Charte d’Amiens avec les fédérations des dockers, de l’alimentation et du livre. Jouhaux leur propose simplement d’adhérer à la CGT.
            Le 14 mai 1941, 5 000 juifs de Paris sont convoqués au gymnase Japy, à la caserne des Minimes, rue de la Grange-aux-Belles ou rue Edouard Pailleron, antichambres du voyage sans retour de leur déportation.
            Le 25 septembre 1948, le RPF, soucieux de s’affirmer au cœur des bastions ouvriers, y tient meeting. La police boucle les abords du gymnase très à distance de la salle, ce qui n’empêche pas les heurts avec la contre-manifestation communiste, qui feront un blessé grave.


Par la rue Richard Lenoir, on arrive face au

Palais de la Femme. Après que la manufacture Richard-Lenoir y eut possédé des annexes, au temps de ses succès, dans les quarante-deux hectares de l’ancien couvent, les Filles-de-la-Croix, à la Restauration, l'avaient réintégré. Fondé en 1639, Cyrano de Bergerac y était peut-être mort à l’époque où sa tante Catherine en était la prieure. Le cinquième acte de la pièce d’Edmond Rostand s’y déroule tout entier :
« Ragueneau, ne pleure pas si fort ! (...) Qu’est-ce que tu deviens, maintenant, mon confrère ?
— Je suis moucheur de… de… chandelles, chez Molière.
— Molière !
— Mais je veux le quitter, dès demain ;
Oui, je suis indigné !... Hier, on jouait Scapin,
Et j’ai vu qu’il vous a pris une scène !

Le Bret —Entière !
— Oui, Monsieur, le fameux : “ Que diable allait-il faire ?... ”
(…)
— Oui, ma vie
Ce fut d’être celui qui souffle – et qu’on oublie ! (…)
C’est justice, et j’approuve au seuil de mon tombeau :
Molière a du génie et Christian était beau ! »
           
            À l’emplacement du couvent, un hôtel s’est construit au début du XXe siècle, dont l’Armée du Salut a fait un Palais de la femme de sept cent quarante-trois chambres à la fin des années 1920.

            89, rue de Charonne, PLU : bâtiment du 18e siècle, situé dans la perspective de la rue Faidherbe. Par celle-ci on va jusqu'au :

            9, rue Chanzy, PLU : maison de 1902 en brique et pierre ; répertoire art nouveau pour la porte d'entrée, le soupirail, la cave et les ferronneries.

Si l’on a élevé en 1712 au rang paroissial l’église Sainte-Marguerite que le curé de Saint-Paul avait fait bâtir, près d’un siècle plus tôt, comme sépulture pour les membres de sa famille, et succursale de l’église mère, c’était pour mettre fin à une situation intolérable : « les libertins et les nouveaux réunis [les huguenots ramenés de force au catholicisme], qui sont en très grand nombre dans le faubourg, n’étant pas veillés de près, se dispensent même du devoir pascal sans crainte d’être connus, parce qu’ayant la liberté de satisfaire à ce devoir à Saint-Paul ou à Sainte-Marguerite, on ne peut y découvrir ceux qui y manquent. Cette même liberté d’aller à Saint-Paul ou à Sainte-Marguerite fait que les enfants dudit faubourg ne sont ni à l’une ni à l’autre de ces deux églises, et ne reçoivent aucune instruction ».
            C’est dans le cimetière attenant à Sainte-Marguerite, côté nord, que sera inhumé le dauphin mort au Temple. C’est dans l’église paroissiale que sera transporté, au moment de la destruction de l’église Saint-Landry de la Cité, le beau monument élevé par Girardon à la mémoire de sa femme.
            Le beau décor 18e siècle de la chapelle des Ames du Purgatoire de Paolo Antonio Brunetti (1723-1783) et Gabriel Briard (1729-1777), vue perspective d'un temple avec colonnes et frises en trompe-l'œil, vient d'être restauré (cliquer ici).
(c) Mairie de Paris - Jean Marc Moser

            77, Charonne, PLU : Immeuble de rapport sur rue, de 1886 ; immeuble industriel sur cour de la même époque (1884) sur plan en U avec coursives continues ; pavage ancien.

            78, Charonne (43, St-Bernard), PLU : Maison 1ère moitié 17e siècle à pignon et pans de bois décrite en 1642. ISMH depuis 1997. Le bâtiment qui la complète rue St-Bernard est typique du milieu du 18e s.

            69, Charonne (et 1-3 Basfroi), PLU : maison d’angle d’origine du 18e siècle, 4 lucarnes anciennes pour le comble sur la rue de Charonne. Au 3, rue Basfroi, bâtiment secondaire de même période, remarquable porche cintré. Dans la cour, pavage ancien et atelier 1900 en bois et brique.

            65, Charonne, PLU : maison du tournant 17e-18e siècles; escalier 17e s. à balustres. A l’arrière, bâtiment mixte atelier/habitation de la fin du 19e ; pavage ancien.

            59, Charonne, PLU : immeuble de rapport mi-19e siècle ouvrant sur cour où bâtiment à usage mixte mi-19e et atelier vitré de 1900.

            44, rue Trousseau, PLU : maison d’aspect 17e siècle; escalier en bois rampe sur rampe à balustres ronds conservé.

                   22, rue Trousseau, angle rue de Candie :

          12-14, Trousseau, PLU : maisons caractéristiques du faubourg St-Antoine, à l’ancien alignement.

            147, rue du Fbg St-Antoine (et 2, rue Trousseau), PLU : milieu 18e, sur noyau début 17e siècle; façade monumentale sur la rue du Fbg, avec ferronneries de belle qualité, et façade atypique rue Trousseau semi aveugle. Escalier tournant à rampe à barreaux carrés engagés. Comble ajouté vers 1860.

            Barricade de Baudin (plaque sur le n°151). A l’aube du 3 décembre 1851, une vingtaine de représentants arrivent salle Roysin (voir plus bas), attenante au Café des Peuples. L’accueil qu’on leur fait est glacial. « Ce faubourg tant caressé, tant prôné n’a soufflé mot », écrira Proudhon avec mépris. Pourtant, au croisement avec la rue Cotte, quelques ouvriers de la rue Sainte-Marguerite (auj. rue Trousseau) ont élevé une barricade symbolique, faite de deux petites voitures, d’un omnibus, d’une charrette à foin. Schoelcher les harangue en vain, Charamaule tente de leur faire honte : « Vous n’êtes donc plus des enfants de Paris ? », les moquant de courber l’échine devant l’absolutisme comme des sujets des empires de l’est. Pendant que sept de ses collègues vont au devant d’un bataillon qui arrive de la place de la Bastille, Alphonse Baudin, représentant de l’Ain à l’Assemblée législative de 1849,  monte le drapeau à la main sur la barricade. Aux ouvriers répondant à l’appel aux armes qu’on leur fait : « - On ne va pas se faire tuer pour vos 25 francs ! », Baudin aurait répliqué crânement : « Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs par jour ! », mais l’anecdote paraît fabriquée, si l’on en croit Georges Duveau. Toujours est-il qu’un coup de feu part des rangs républicains (peut-être tiré par un provocateur), et que les soldats ripostent, tuant Baudin. Sa mort, toujours à suivre Duveau, passe complètement inaperçue : Baudin, qui avait présidé le Club de l’Avenir, vivait pourtant au milieu des ouvriers du faubourg Poissonnière ; c’était un personnage familier pour les typographes, les lithographes, les cartonniers qui habitaient autour de la place du Caire, mais rien ne bouge. La barricade, elle, est emportée par trois compagnies du 19e léger. « Ici  se termine l’histoire révolutionnaire du faubourg car, par la suite, la population ouvrière fut plus dispersée dans Paris » conclut Guy de la Batut.
En 1868, un livre rappelant « la barricade livide dans l’aurore », comme l’écrira Hugo, et la mort de Baudin provoque des manifestations sur la tombe du républicain, retrouvée au cimetière Montmartre. Une souscription est lancée par le Réveil de Delescluze pour l’érection d’un monument. Elle lui vaut la correctionnelle, comme à d’autres souscripteurs, pour « excitation à la haine du gouvernement » ; Gambetta assurera leur défense. Le monument ne sera érigé qu’après la chute de l’empire, en 1872. A l’occasion du centenaire de la révolution, en 1889, les cendres de Baudin sont transférées au Panthéon. Décrivant les combats de la Libération de Paris, à la fin d’août 1944, Albert Ouzoulias écrira encore : « Dans le 11e, où mourut Baudin en 1848 (sic), il y a une barricade presque tous les cent mètres ».

            151 Fbg St-Antoine, PLU : sur rue, bâtiment fin 17e – début 18e siècles, avec reprise vers 1850. Escalier à limon tournant avec rampe à barreaux en col de cygne ; cour et bâtiment sur cour de 1874.

            157, Faubourg Saint-Antoine, la salle Roysin décrite par Hugo (voir balade Victor et Louise), puis La Coopération des Idées, Université populaire. La Coopération des idées est un hebdomadaire : un « journal populaire d’éducation et d’action sociales, au service des Universités populaires, des syndicats, coopératives, sociétés de secours mutuel, etc. », dirigé par le typo Georges Deherme, fondateur de la première Université populaire, rue Paul Bert, dans le 11e arrondissement. La revue donne son nom à l’Université populaire quand celle-ci est transférée ici, où Deherme installe aussi dès 1899 un Théâtre du Peuple et une coopérative de consommation.
            Pendant la guerre de 1914-18, les membres de la Muse Rouge qui avaient été réformés s'y retrouvaient pour continuer de chanter à mi-voix leur opposition à la boucherie. De cette « rue refuge de pacifistes », ils partaient chanter pour les Jeunesses républicaines du 3e arrondissement, comme pour l’Avenir social, le foyer d’accueil de Madeleine Vernet, passé de Neuilly-Plaisance à Epône, qui deviendrait l’orphelinat du mouvement ouvrier français.
            Le Club du Faubourg s’y réunit aussi, où Dada organisera deux de ses manifestations, les 7 et 19 février 1920.

            Au n° 159, boulangerie Astier, voir ci-dessous.

            163, Fbg St-Antoine, PLU : sur rue, maison du 17e avec retour sur cour vers 1830 ; l’une des plus anciennes du Fbg. Lucarnes passantes en mitre. Escalier à volée droite, rampe en bois et balustres ronds. Ateliers et logements sur 2 cours construits tout au long du 19e siècle.

            165 Fbg St-Antoine ( et 1, Forge Royale), PLU ; le travail des fondations (fenêtres de guingois) et le fruit de la façade dénotent l’ancienneté d’un immeuble repris à la période haussmannienne. Escalier à limon tournant à rampe à barreaux engagés.
Ici se trouvait la boulangerie Baudon, qui comme la boulangerie Astier est pillée le 30 septembre 1846. Ce jour-là, à la fermeture des ateliers, peu après 8 heures du soir, les ouvriers trouvent les boulangeries vides ou se disposant à fermer : une augmentation de la taxe sur le pain ayant été annoncée pour le lendemain, les habitants ont pris leurs précautions. Les ouvriers sont plutôt d’avis que les boulangers stockent avant l’augmentation. Des pierres volent, 200 personnes s’ameutent, ouvriers et femmes mêlés, que la garde ne parvient pas à disperser. Le flot monte et, entre 10 heures et 11 heures du soir, de nombreuses boutiques sont dévastées. On crie : Le pain à 12 sous ! (soit 60 centimes ; le pain fait 2 kilos). On dépave, on casse les becs de gaz dans le faubourg et les rues avoisinantes, les vitres sont brisées. Les hommes chantent la Marseillaise, les femmes réclament du pain et les enfants jettent des projectiles. Une barricade s’édifie au débouché de la rue Lenoir (auj. d’Aligre). Des bandes partent pour ameuter les faubourgs ouvriers Saint-Jacques et Saint-Marceau. La troupe intervient, fait de nombreux blessés et les premières arrestations, essentiellement parmi de jeunes ouvriers de 15 à 20 ans. L’ordre ne sera totalement rétabli que le 4 octobre après que tout l’espace compris entre la place de la Bastille et la place du Trône (auj. de la Nation) aura été occupé militairement. Les procès commencent quatre semaines plus tard : parmi les inculpés, beaucoup d’ouvriers allemands, qui seront expulsés, comme Engels l’écrit à Marx dans une lettre de décembre.
            Dès la mi-novembre, les bureaux de bienfaisance distribueront des « bons de pain » permettant d’acheter celui-ci à 40 centimes le kilo pour le pain blanc et à 32 centimes le kilo pour le pain bis ou pain de ménage. Mais l’égalité dans l’accès au pain blanc reste un principe auquel la population ouvrière parisienne est particulièrement attachée, et toutes les tentatives de lui faire changer ses habitudes de consommation en faveur d’un pain moins cher demeureront vaines.

            1bis-3, rue de la Forge Royale, PLU : immeuble issu du lotissement vers 1770 de la Forge Royale du 1 bis au 5 (impasse prolongée au-delà en 1854) ; arcatures découpant le niveau d’entresol ; comble ajouté vers 1860. Escalier à limon tournant et rampe à barreaux carrés engagés de forte section.

            5-9 Forge Royale, PLU : n°5, idem ci-dessus ; 7-9 vers 1880 ; escalier à limon tournant et rampe à barreaux en col de cygne.

            18, rue Saint-Bernard, PLU : immeuble de rapport 1800, décor néo-classique, porte reprise vers 1840 ; sur le passage G11, 2nd bâtiment 1800. Entre les deux, cheminée de forge en métal et brique vers 1880.

            11, rue St-Bernard, PLU : début 19e ; escalier à volée droite, rampe à barreaux carrés engagés.

            9, rue St-Bernard, PLU : sur rue, début 19e ; sur cour, bâtiment d’un niveau sur r-d-c vers 1860 à usage de logements et d'ateliers.

            185, Fbg St-Antoine (et 2-4 St-Bernard), PLU : le noyau initial semble du 17e (visible au long du couloir d’accès), repris en néo-classique en 1830, surélevé en 1860.
Siège du Syndicat des ébénistes de la Seine, et du Syndicat de la sculpture à la fin du 19e siècle. De ces deux syndicats, créés dès 1868, le premier a son siège ici, et revendique 600 adhérents, le second l’a d'abord à la Bourse du Travail, et en annonce 900. Début 1910, la coopérative La Famille du 11e loue l’immeuble en totalité : au rez-de-chaussée, elle installe la répartition, avec en plein milieu un gros pilier que la vétusté de l’immeuble n’a pas permis de supprimer. Au 1er, une salle de réunion, une salle de clinique qui attend son médecin, et la buvette ; au 2e, les syndicats. Le 3e est sous-loué temporairement. La Fédération de l’ameublement, qui regroupe 57 syndicats et compte 5 000 adhérents, vient y rejoindre les deux syndicats. Ils sont tous deux CGTU quand Jacques Valdour décrit l’endroit : l’épicerie coopérative est devenue la succursale G de l’Egalitaire ; aux étages, les locaux syndicaux (il n’est pas mentionné de dispensaire) où l’on peut voir, aux murs, des affiches en yiddish.
L’esprit du faubourg est à ce point particulariste, croit-il pouvoir dire, que les ouvriers ont ici leurs sièges syndicaux et ne vont pas à la Grange-aux-Belles ou à Mathurin-Moreau. Les ouvriers juifs sont plutôt nombreux rue Saint-Bernard, rue de la Forge-royale et, de l’autre côté du faubourg, square Trousseau. Là des affiches en yiddish font de la réclame pour les théâtres juifs du Palais du Travail de Belleville, ou de la salle Lancry et, plus près, pour le Théâtre populaire juif de l’avenue Ledru-Rollin. Des affiches de la CGTU, en italien, apposées rue de Lappe, appellent à une conférence à la Grange-aux-Belles ; d’autres, rue Basfroi, toujours en italien, s’adressent à tous les ébénistes.

            191 Fbg St-Antoine, PLU : immeuble sur rue vers 1840, un étage en retiré sur rdc. Cour composée d’ateliers et d’habitations du 19e siècle.

            197 Fbg St-Antoine, PLU : maison à loyer du 18e ; appuis de fenêtres en fer forgé Louis XVI.

            203 Fbg St-Antoine, PLU : maison à loyer fin 18e ; cour d’ateliers et d’habitations 19e.

            205-207 Fbg St-Antoine (et 8, Dahomey), PLU : du début 18e à 1920, implantations axées sur bâtiment en fond de parcelle délimitant un espace sur cour harmonieux.

            15, rue de Montreuil, PLU : bâtiment probablement 17e siècle épaissi à l’époque haussmannienne ; escalier à limon tournant et rampe à barreaux en col de cygne. Contraste saisissant avec l’immeuble mitoyen post-haussmannien.

            17-19, Montreuil, PLU : édifié vers 1780 et repris vers 1860.

            21, Montreuil, PLU : vers 1760, relié au 21 bis (1780) par une coursive métallique ; la cour axiale forme un espace exceptionnel.

            27, Montreuil, impasse Cesselin, PLU : implantation en baïonnette du mi-19e au début 20e.

31 bis, rue de Montreuil, plaques commémoratives de la Folie Titon.  Réveillon rachète la folie Titon en 1764 et y installe sa manufacture. Des ouvriers allemands y travaillent dès 1774. À l’été 1783, se font chez Réveillon les expériences de la machine aérostatique, en papier, de MM. Montgolfier frères, devant « un concours immense d’amateurs ». En janvier 1784, son établissement est Manufacture royale. En avril 1789, le bruit se répand qu’il va y diminuer les salaires. C’est peut-être une manœuvre de la cour qui a besoin de troubles pour concentrer des troupes à Paris, ou les premières escarmouches financées par le duc d’Orléans contre le pouvoir de son royal cousin. La manufacture comptait 350 ouvriers en 1789 ; elle est pillée et incendiée huit jours avant l’ouverture des Etats Généraux, le 27 avril 1789 ; la troupe y fait 150 morts. Elle fermera en 1840. Une institution Leroux, installée là en 1805, y a pour élève Barbier. Le 19 septembre 1830, la Revue de Paris publie La Curée, d’Auguste Barbier, interpellant les « Héros du boulevard de Gand », qui se sont tenus cois alors - « Que faisaient-ils, tandis qu'à travers la mitraille, / Et sous le sabre détesté, / La grande populace et la sainte canaille / Se ruaient à l'immortalité ? » -, mais qui ont su déjà s’approprier les fruits des Trois Glorieuses. En un jour, Barbier, poète de vingt-cinq ans devient célèbre.   (Des images de l'aspect actuel sur le blog de Denis Cosnard)

            1, rue Titon (et 33, Montreuil), PLU : immeuble de rapport vers 1860.

            8-10, Titon, PLU : ancienne manufacture du 19e, bâtiment aux larges baies en équerre sur cour ouverte sur rue ; horloge au fond.

            11-15, Titon, PLU : trois immeubles de rapport de 1881 donnant accès à 5 bâtiments industriels de 1887 entre 3 cours longitudinales.

          20, rue Titon, l'église de Bon-Secours (1895, Augustin Rey; ISMH) porte ce nom parce que la première paroisse protestante du quartier avait été fondée au 99, rue de Charonne dans l'ancien prieuré des bénédictines. Elle a été bâtie essentiellement grâce à une collecte réalisée auprès des ouvriers alsaciens du faubourg. De 1864 à 1900, 628 Alsaciens (majoritairement ouvriers du bois) ou Alsaciennes (souvent cuisinières ou domestiques) se sont mariés dans la paroisse, qui très fréquemment vivaient déjà en couple.

Par la rue Jules Vallès, on rejoint la rue de Charonne où, face au couvent de Bon-Secours s'élevait celui de la Madeleine de Traisnel.

            « Mlle de Vichy de Champron était pensionnaire au couvent de la Madeleine de Traisnel, au faubourg Saint-Antoine ; elle était jolie comme un ange, et n’était pas alors âgée de plus de seize ans, assure Mme de Créquy. M. d’Argenson, le Garde-des-Sceaux, connaissait la supérieure de cette maison, qui était une fille d’esprit et de mérite, et qui s’appelait, je me souviens parfaitement du nom, Mme de Véni d’Arbouze. C’était un grand événement, dans une communauté, qu’une visite de M. le Garde-des-Sceaux, qui n’en faisait à personne, et qui n’allait jamais qu’au pas dans les rues, tout seul au fond d’un grand carrosse et sur un fauteuil à bras, escorté par ses hoquetons et suivi par un autre carrosse avec la cassette où l’on gardait les sceaux de France, et de plus, par trois Conseillers Chauffe-Cire, qui ne le quittaient non plus que son ombre ou sa croix du Saint-Esprit. La Supérieure vint le recevoir au parloir. — Je n’ai pas le temps de m’arrêter, lui dit-il en la saluant, vous avez ici la fille du comte de Champron ? — Oui, Monseigneur. — Je vous conseille de la renvoyer à ses parents secrètement, sans bruit et le plus tôt possible ; je n’ai voulu dire ceci qu’à vous-même. Adieu, Madame. » Il s’agissait de mettre à l’abri des griffes du Régent celle qui deviendra la célèbre salonnière et épistolière Mme du Deffand.
            La future Mme du Deffand était issue de Gaspard de Vichy, comte de Chamrond, et de Anne Brulart, fille d’un premier président au parlement de Bourgogne. Au couvent de la rue de Charonne, où elle avait été élevée, elle se fit remarquer par son incrédulité précoce. Massillon, appelé en consultation, et plus frappé, dit-on, « de sa beauté et de son esprit que de son hérésie », ne put que lui recommander la lecture d’un catéchisme de cinq sous.
            Mariée le 2 août 1718 à J.-B.-J. de La Lande, marquis du Deffand, elle ne trouva pas dans cette union le bonheur qui devait la fuir d’ailleurs toute sa vie. Elle avait inspiré un caprice passager au régent. Elle restera toute sa vie en correspondance avec Voltaire.
            C'est dans ce même couvent que Sophie Monnier, après que, le 10 mai 1777, un jugement du bailliage de Pontarlier aura déclaré Mirabeau, « atteint et convaincu du crime de rapt et de séduction», condamné à avoir la tête tranchée et elle à la réclusion à perpétuité, sera finalement conduite. Le 14, les deux amants ont été arrêtés à Amsterdam, Mirabeau sera écroué au donjon de Vincennes le 7 juin 1777. Il y restera trois ans et demi.

Quand Jean-Baptiste Grenouille, le héros du Parfum de Patrick Süskind, est confié à Mme Gaillard dont la pension jouxte les bénédictines de la Madeleine de Traisnel, la duchesse d’Orléans, épouse du Régent, a loué le pavillon que Marc-René d’Argenson s’était finalement fait construire dans l’enceinte conventuelle pour être auprès de la prieure que, sans doute, il connaissait bibliquement. L’enfant nez va faire ici son éducation olfactive en essayant d’isoler les odeurs de chaque chose sous celle de « l’eau-de-vie de lavande » que commercialisent les religieuses et qui recouvre tout.
           
            La chapelle des bénédictines a été, en 1971, l’atelier parisien de recréation de clavecins de Reinhard von Nagel et William Dowd, et l’endroit où on les entendait en concert, tandis que l’ancienne porcherie du couvent servait à exposer ces instruments décorés par Chagall, Pierre Alechinsky, Jiri Kolar, Olivier Debré. Des cours d’interprétation y étaient donnés. (images sur Paris-bise-art)

De Verlaine au 4ème à Verlaine tout en bas

Le prétexte en est une balade au départ de (et retour à) la librairie La Manœuvre (58, rue de la Roquette) dans le cadre du Festival Bastille Quartier Libre.
- 17, rue de la Roquette (au-dessus du bureau de La Poste), immeuble de 1870, surélevé vers 1900. Verlaine y arrive avec sa mère, jusqu’à un 4e étage (ou 5e niveau) (c'est-à-dire dans les combles avant la surélévation), début 1882, il va fêter son 38e anniv. Son vieil Art poétique, qui date de 1874 et de la prison de Mons : « De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l’Impair, / Plus vague et plus soluble dans l’air, / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. » vient d’être publié dans le numéro du 10 novembre 1881 de Paris-moderne, créé en mars 1881, dont l’un des directeurs est le futur Courteline. Grâce à quoi, Verlaine est entré en contact avec les gens de la Nouvelle Rive Gauche, qui se disent symbolistes. Verlaine reçoit ainsi rue de la Roquette, Charles Morice, 22 ans, le « prince des jeunes éphèbes », ou Jean Moréas [26 ans] le « gentilhomme du Péloponnèse », monocle et moustache en pointe d’yatagan, qui s’en va répétant « Je suis un Baudelaire avec plus de couleur ». Moréas a décrit la scène : Mme Verlaine « accueille tout le monde avec une grâce à la fois gamine et maternelle, réédite pour la centième fois des plaisanteries d’une crudité militaire, telles que, en présentant un fauteuil : ‘Monsieur, je vous en prie et même je vous le commande, mettez ici la 17ème lettre de l’alphabet.’ Par gentillesse, Paul fait semblant d’être choqué : « Oh ! Maman ! ». Après que Moréas a déclamé du Baudelaire, Mme Verlaine bondit vers lui, lui demande de fermer les yeux et d’ouvrir la bouche et elle lui fourre « entre les dents un morceau de sucre candi énorme, qu’il doit croquer jusqu’au dernier bout de fil, sous peine d’affliger véritablement la bonne dame ; car elle affirme que c’est ‘souverain’ contre les mots de gorge et en fait elle-même une consommation copieuse ». Ils resteront à la Roquette jusqu’à la mi-1883.

On est ici sur le parcours de jogging du futur Francis Lemarque, peut-être l’auteur qui chanta le plus continûment Paris, adhérent du Club pédestre de l’Etoile rouge, section athlétisme, et participant du 1er Cross international de l’Humanité à Ivry ou Vitry, il ne se rappelle plus, le 26 février 1933.
Quand il s’entraîne dans son quartier, Lemarque a un parcours de « 3 500 pas » : de l’horloge de l’usine Schmit (au fond de la cour du n°22 rue de Charonne) par cette dernière rue, Ledru-Rollin jusqu’à la mairie, en redescendant par la rue de la Roquette et la rue de Lappe pour revenir devant le « chrono » de l’usine Schmit. On va donc faire (une partie de) son parcours à rebrousse-poils
Cette rue de la Roquette est aussi celle de la montée au Père-Lachaise depuis la Bastille : l’avenue de la République ne rejoindra, par tronçons successifs, le boulevard de Ménilmontant qu’en 1892. Par la rue de la Roquette passent donc les 100 000 personnes qui suivent le cortège de Blanqui, en 1881 ; là marchent les 60 000 qui suivent celui de Jules Vallès, en février 1885, dans lequel est visible la couronne de violettes d’un « cercle socialiste  allemand » et d’où fusent les cris de « Vive la Commune » ; des échauffourées y auront lieu comme déjà plus tôt boulevard Saint-Michel, qui feront 90 blessés dont deux graves. En 1887, gravit la pente le convoi d’Eugène Pottier, dont l’Internationale, écrite à la fin de la Commune, germe encore et ne ressurgira des poitrines du mouvement ouvrier qu’une douzaine d’années plus tard.

- Fond Cité de la Roquette : au 5, « styles Dugast », bureaux Renaissance, ISMH. Dans le Bottin de 1930, l’époque où Lemarque court : « Ch. Dugast, fabricant de sièges » et, au même n°, outre Dugast : « P. Delieux, ébénistes ; Jacques, ébéniste ; Lubac, garage pour automobiles ».


- 43-45, rue de la Roquette, la tragédienne Segond-Weber (1867-1945 ; pensionnaire en 1887, sociétaire de la Comédie Française en 1902 ; ses portraits à Carnavalet, ses robes au musée de la Mode). Sur rue, deux bâtiments faubouriens accolés élevés de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Lucarnes en bâtière (couvertes à 2 versants). Eléments de décor (moulures, garde-corps) XIXe mais sur un bâti sans doute plus ancien. Rochegude signale une ancienne faïencerie au n°43 (des frères Darte, qui arrive en 1795 de la rue de Charonne, et sera dirigée ensuite par Olivier, en 1807, puis transférée rue de la Fontaine-au-Roi avant de disparaître en 1825.) Porte cochère ouvrant sur une cour très profonde perpendiculaire à la rue. Ensemble très caractéristique de l'ancien faubourg tant par son ancienneté, sa mixité fonctionnelle que par sa sédimentation. PLU

- fontaine de 1846, alimentée par canal Saint-Martin, qui alimente nb fontaines publiques et maisons particulières sur abonnement.

- 38, rue Keller, domicile en 1895 de Lemoine secrétaire général de la Moissonneuse. « l'une des plus grandes coopératives de l'Europe, selon Georges Sorel, Introduction à l’économie moderne, 1903
[la Moissonneuse, 32 rue des Boulets. La plus importante coopérative de consommation parisienne est née le 14 août 1874 dans un sous-sol de moins de 7 m2, 47 rue Basfroi, de l’effort de 32 d’ouvriers, ébénistes pour la plupart. En 1894, elle comptait 19 succursales dans le faubourg : 8 épiceries, 2 boulangeries à quatre fours, 4 boucheries, 1 magasin de vêtements et de chaussures, 1 chantier de bois et charbons, 1 entrepôt de vins et alcools à Bercy, 15 chevaux dans ses écuries, 150 employés ; elle réalisait 2,5 millions de francs de chiffre d’affaires et possédait pour 252 000 francs de matériel. Elle avait atteint 17 000 membres au 1er janvier 1895. grève du personnel de la Moissonneuse en 1892. Au bout du compte, la Moissonneuse se trouvera mise en liquidation au début de 1904.]

- 36, rue Keller, « volets squelettes », Verlaine, parlant des Batignolles : « ces énormes maisons de plâtre, à cinq ou six étages, avec leurs innombrables volets gris, comme des poitrines de squelettes à plat »

- 29 rue Keller selon Hillairet, mairie du 8e (Marais, Popincourt, Fbg St-Antoine, Quinze-Vingts) de 1860 à 1865. Rue Keller, allée principale d’un marché au charbon ds années 1840, ouverte en 1856.

- 19 Immeuble de rapport construit en 1860, soit quatre ans après l'ouverture de la rue, par l'architecte Avezard et l'entrepreneur Ch. Many pour Antoine Rivoire (monogramme en fonte du propriétaire A.R. à l'entrée). La façade répond aux contraintes du lotissement et du règlement de voirie. Elle se distingue toutefois de ses voisines par une composition savante encore proche des modèles de la Monarchie de Juillet. La façade en pierre de taille comporte cinq travées et quatre étages carrés sur rez-de-chaussée et un étage en retiré. L'étage noble est signalé au centre par un "triplet vénitien" desservi par un balcon et orné de colonnes cannelées à demi-engagées cantonnant les fenêtres en plein cintre. Des refends bordent les deux travées latérales. PLU

On avance jusqu’au début de l’école
- 4 rue Keller de 1855 à 1870, locomotives Anjubault puis Corpet. Auguste Anjubault (1820-1868) est âgé de 35 ans, lorsqu'il crée en 1855, sa société de construction mécanique et machines à vapeur ; expose la même année une locomotive à l'exposition universelle, destinée à la compagnie de chemin de fer de Paris à Orsay pour la ligne de Sceaux ; oriente ensuite sa production vers des machines de chantier très demandées durant cette période de création du réseau de voies ferrées et de compagnies de chemins de fer. Plus de 121 locomotives Anjubault sont sorties de ses ateliers durant les 15 années de l'activité de son entreprise, dont qqs-unes vendues à l’export : « Ramgotty », une locomotive Anjubault de 1862 est exposée au National Rail Museum de New Delhi. Fin 1867, début 1868, il embauche le jeune ingénieur, centralien, Lucien Corpet pour diriger l'entreprise, et décède peu de temps après. Après le décès de son patron, Corpet rachète l'entreprise Anjubault et les ateliers de la rue Keller, et ouvre un nouveau registre de production de locomotives, sur lequel il recopie de sa main la production de la maison Anjubault. La rue Keller, dans le quartier de la Bastille, n'est pas d'un accès facile, du fait de sa largeur et de son encombrement, notamment par les charrettes des charbonniers. Dès 1870 il transfère, la production puis les bureaux, dans une usine plus vaste qu'il a fait construire sur un terrain jouxtant la maison bourgeoise, récemment construite, où il est domicilié, sur les collines de Charonne, 117 avenue Philippe Auguste.
- 4 à 12 rue Keller : Groupe scolaire, Francis Lemarque (alors Nathan Korb), qui y arrive en CP en 1923, connaît encore les anciens bâtiments ; les travaux commencent juste après qu’il a passé son certif, à 11 ans et demi, en 1929, pour s’achever en 1931 : architecte Louis-Hippolyte Boileau en collaboration avec E. Olombel. Les écoles sont bâties sur les branches d'une équerre, comportant à l'origine, l'école des filles dans l'une des branches, et l'école des garçons dans l'autre. Le rez-de-chaussée contient les préaux, ateliers, réfectoires. Les trois étages suivants, les classes et le quatrième en retrait, les logements et salles de dessin. La construction en béton armé, très rationnelle, permet d'éclairer les classes par de grandes baies vitrées. La façade est décorée de grès cérame couleur or entre les nervures de béton armé et de grès émaillé pour les encadrements des fenêtres. Entre chaque classe s'élève une colonne de ciment gris. D'une grande rigueur, le plan répond à un souci de rationalité et de fonctionnalité maximales dans la lignée des équipements réalisés dans l'entre-deux guerres par les frères Perret ou François Le Coeur. Par sa hauteur, son plan, la rigidité de sa façade, il anticipe d'une vingtaine d'années sur l'architecture des collèges industrialisés de l'après-guerre. PLU

On revient sur nos pas pour prendre le passage Bullourde ; on tombe, un peu à gauche ds le passage Ch. Dallery, sur le Foyer de l’Ouvrier :
- Ancien "Foyer ouvrier" construit en 1914 en brique et pierre offrant l'exemple d'une décoration très réussie de la façade à partir de matériaux peu onéreux et faisant écho aux premières constructions sociales à Paris. Le rez-de-chaussée est traité en bossage rustique. Les baies vont par deux et sont couronnées par un épais bandeau qui court sur toute la façade. Le reste de la construction est en brique selon l'usage pour les constructions sociales.
Les fenêtres des premier et deuxième étages sont couvertes d'un linteau de pierre. Les niveaux supérieurs sont particulièrement mis en valeur. Les fenêtres du quatrième étage sont surmontées d'un avant-toit alors que la baie centrale est légèrement plus haute et forme une lucarne à ferme débordante. Au-dessus vient un étage de combles. En mitoyenneté, ancien temple protestant construit en 1882 par W. Hansen au numéro 153 de l'avenue Ledru-Rollin, par où se fait l’entrée. Il comporte en façade un avant-corps en légère saillie, coiffé d'un fronton où figure une bible; foyer protestant de J.F. devenu résidence étudiante du CROUS. PLU

coup d’œil sur l’atelier Michel Cauchard SA, créé en 1948, fabricant de boîtes d’archives ; la boîte Cauchard est devenue un nom commun, c’est la Rolls en la matière.

On traverse Ledru-Rollin

On aperçoit, passage Rauch, le bestiaire de Leonor Rieti, 1990, mosaïque de pâte de verre et en grès
- l’hôtel de Mortagne, construit vers 1650 par Delisle-Mansart pour quelqu’un de la maison d’Orléans. En 1746 , l’hôtel du duc de Mortagne est loué à Vaucanson, inspecteur des manufactures de soie du royaume, qui y installe ses automates (le Joueur de flûte, le Canard digérant et le Tambourinaire), ses machines : pompe à eau, métier à tisser automatique dont il est l’inventeur, et y mène une existence passablement libertine avec sa belle-sœur, sa nièce et, dit-on, « la Religieuse de Diderot ».
N’a-t-on pas pris pour elle, à travers la vitre, l’une des poupées automates ? La religieuse qui a servi de modèle à Diderot, Suzanne Simonin, ayant perdu son procès, n’a pas pu quitter son couvent, seule la créature de roman s’en est échappée. Mais celle-ci est apparue si vraie aux yeux d’un lecteur, le marquis de Croismare, qu’il a pris toutes les dispositions nécessaires pour la recueillir chez lui. D’autres ont pu croire la voir chez Vaucanson.
Après la mort de Vaucanson, ici, le 21 novembre 1782, à 74 ans, son cabinet, légué au roi et placé sous le patronage de l’Académie des sciences, sera ici ouvert au public, plus de cinq cents machines, qui jointes aux machines de l’hôtel d’Aiguillon, rue de L’université, (auj ministère de la Défense), constitueront à partir du 15 juin 1795 le siège temporaire du Conservatoire des arts et métiers (institué par la Convention nationale en 1794), avant de gagner en 1799 le bâtiment de l’ancien prieuré royal de Saint-Martin-des-Champs. Puis les locaux seront mis gratuitement à la disposition d’inventeurs dont, en 1814, Grégoire et sa manufacture de velours.
- Vaucanson part d’ici quand le 28/11/1748 La Popelinière [le fermier général dont Voltaire s’inspire pour le Mondain, protecteur de Rameau et de la musique de chambre] qui a des soupçons lui demande d’inspecter, au 59 rue de Richelieu, l’hôtel qu’il occupe depuis 1839 « vis-à-vis la bibliothèque du roi » et plus exactement, la chambre de sa femme, où le célèbre inventeur découvre qu’une cheminée mobile permet au maréchal duc de Richelieu, locataire de l’appartement contigu, de pénétrer à loisir chez sa maîtresse. Le jouet à la mode, à la Noël suivante, est une cheminée où deux pantins se retrouvent quand on en tire le rideau.

Rue de Charonne ; au fond du passage Josset, on entre ds passage Lhomme :
- Passage Lhomme. Passage le plus complet aux points de vue fonctionnel, morphologique, historique et esthétique. La cheminée de l'usine est un signal monumental important à l'échelle de l'îlot. Suivant une règle récurrente dans le faubourg, le bâti est implanté de la rue de Charonne (bâtiment d'origine du XVIIIe siècle implanté à l'ancien alignement revu dans la première moitié XIXe) vers le passage Josset (bâtiments, ateliers, usine plus récents datant de la seconde moitié du XIXe siècle et vers 1900). Au n°8, maison donnant sur le passage, atelier de menuiserie pour scier le bois, petit bâtiment abritant la machine à vapeur et la cheminée d'usine de section carrée en brique construits vers 1850; atelier surélevé partiellement d' un étage carré et transformé en logement dans la première moitié du 20e siècle (source Inventaire général). PLU. Chaisier M. Provins en 1930.
En 1995 ou 97, Catherine Deneuve figure dans un clip vidéo de Joe Cocker, N'oubliez jamais. Commence avec Deneuve marchant le long du viaduc des Arts ; puis (de 1'32'' à 1'44'') passage Lhomme n°8, plaque ronde Texaco huile pour autos avec le T noir au centre d’une étoile rouge, une pompe à essence jaune, un gros garagiste penché à l’arrière d’une dauphine noire, un jeune mécano sort du garage en chantonnant, et laisse tout tomber pour suivre une blonde qui passe et qui pourrait évoquer Deneuve à l’époque des Demoiselles de Rochefort.

- 16, rue de Charonne, chambre syndicale ouvrière du meuble, subventionnée par la ville : elle réunit 3 fois par semaine 200 apprentis en 1891. Très beau bâtiment indus en fond de cour. L’enquête du début de 1891, nous y montre un ouvrier actif, qui est un « ouvrier journalier ds le système des engagements momentanés » qui travaille pour « le meuble de haut luxe ». Secteur qui ne travaille qu’à la commande : au Fbg, 145 patrons donnent de l’ouvrage à 4 000 ouvriers. Le nôtre gagne 80 cts/h pour ces meubles-là, tarif syndical, à raison de 10h/j => 8F/jour, sauf dimanche. Pr les meubles ordinaires, le travail est donné à forfait et représente environ 6,72 F/jour. Le pain est à 50 cts le kg. Cet ouvrier possède pour 150 F d’outils, le patron ne lui devant que l’établi, les presses et les serre-joints. Dans ces 129 F de capital financier, outre son fonds de roulement et quelques sous à la caisse d’épargne, il y a une action de la Moissonneuse de 60 F.
Au rang du dessous, c’est le meuble courant ou bourgeois, dans lequel le 1er rôle est aux marchands ; env. 7 000 ouvriers. Puis la trôle, meubles faits d’avance que l’on vend sur charrette à bois ou le samedi sur l’av Ledru-Rollin ; env. 700 trôleurs. Flamands, Alsaciens, Allemands surtout, Wallons, Piémontais.

- 18 à 24, rue de Charonne : Schmit et Cie, ameublements, ébénisterie, tapisserie. S’installe au n°22 en 1828, dix ans après sa fondation par Frédéric Schmit, Luxembourgeois. Prendra le nom de Alavoine et Piollet, Schmit et Piollet (l’ébéniste de Napoléon III) en 1874. Fabrication de mobilier, agencement général, installation boutiques, châteaux, bateaux. Entre les 2 guerres nb agencement de bateaux dont le paquebot Normandie. Dirigée par les 2 frères Jacques et Jean Schmit. En 39, se replie sur Laugère (Cher). A la Libération, fait surtout du mobilier pour ministères et scolaire. En 1948, l’usine de Charonne est vendue et l’entreprise s’installe à St-Maur des Fossés (94), où elle est tjs, avec siège social bd St-Germain sous le nom de « Schmit Industrie ». C’est dans cette cour qu’est l’horloge repère de Francis Lemarque.

En face : [cour du Panier fleuri (du nom d’un opéra-comique d’Ambroise Thomas, 1839) au 17 rue de Charonne ; là était la boutique de J.-B. François, emballeur, directeur de la prison de la Roquette pendant la Commune. Quand la guillotine est brûlée, le 6 avril 1871, en face de la mairie du 11e, par le 137e bataillon de la garde nationale, les cinq dalles qui servaient d’appui à l’engin seront arrachées et transportées là. François sera fusillé à Satory.)]

On traverse pr aller au 74, rue du Fbg St-Antoine. dès 1835, Krieger, de Strasbourg, puis Racault, puis Damon et Cie ; 500 ouvriers en 1880, la seule usine intégrée regroupant ts métiers du meuble sur 2 ha de bureaux, d’ateliers, de magasins. En 1868, le fond de la cour est fermé par un atelier et par la cage de la machine à vapeur au-dessus desquels se dresse la cheminée d'usine ; Immeuble sur la rue du faubourg Saint-Antoine de 5 étages carrés construit en pierre de taille, entre 1880 et 1885. PLU

Si possible on traverse sinon on va jusqu’au

 - Passage du Chantier, en regardant, à g. de celui-ci : Immeuble à usage mixte activité et logement construit en 1891 par l'architecte Louis Salvan pour Couder (demande d'autorisation de bâtir : B.M.O. 15 août 1891). Composé de trois travées, il se caractérise par la superposition de trois niveaux d'activité sur rez-de-chaussée surmontés de deux niveaux de logements. Chaque fonction est bien identifiée : les étages d'activité affichent de grandes baies vitrées et les niveaux d'habitation arborent l'écriture plus traditionnelle de l'immeuble de rapport. L'esthétique composite qui en résulte n'occulte pas pour autant l'inspiration des grands modèles parisiens. La partie basse de l'immeuble a été réaménagée par l'architecte Jean-Michel Wilmotte en 1991 (modifications des baies et des menuiseries notamment). Sa position, face à l'embouchure de la rue de Charonne, lui confère en outre une grande importance dans le paysage urbain. PLU

- 5 passage du Chantier : entre 1835 et 1852, logements et ateliers construits au nord et à l'est de la cour lorsque celle-ci est amputée de la parcelle 52 et petit immeuble édifié rue de Charenton ; entre 1852 et 1883, vastes ateliers édifiés passage du chantier et rue de Charenton ; ces derniers sont transformées en école de garçons par l'architecte Lheureux, doublée d'une école de filles par Calemard en 1891. PLU.

Puis, à gauche jusqu’au 59 rue de Charenton ; en 1886, Damon et Cie fait démolir et reconstruire avec un retrait de 1, 80 m l'immeuble par l'architecte Renault, de 4 étages carrés et un étage de comble construits en pierre avec brique en remplissage. PLU

On est en face de la rue Moreau : -7 rue Moreau, administration de L’Ame annamite, voir sur ce blog la page « Actualisations Paris Ouvrier »
 
- Le 15 mai 1885, 2 ans après son départ du 17 rue de la Roquette, Verlaine vient habiter… mais laissons la parole à Vielé-Griffin, le poète symboliste de 20 ans son cadet, qui y arrive par l’extrémité opposée à la nôtre : « Dépassant donc la Bastille, lieu encore lointain à cette époque pré-métropolitaine, nous suivîmes le viaduc du chemin de fer de Vincennes, sous les arcades duquel se blottissent encore des boutiques et des habitations cintrées d’entresol. Mais voici qu’une voûte s’ouvre, donnant accès à une rue ; nos indications s’en confirment ; hardiment nous franchissons l’humble arc de triomphe et, curieux bien que peu rassurés, nous tournons sans hésiter à gauche pour nous trouver dans une grande cour aux larges pavés gras de lessive et de déchets alimentaires… un lavoir laissait échapper la vapeur de son essoreuse et des gaillardes aux manches retroussées vidaient à même le ruisseau leurs baquets d’eau bleue… bientôt nous voici reçus par le poète. Une chambre de rez-de-chaussée, triste et nue : deux chaises ; une table devant la fenêtre sans rideaux portait des livres, parmi lesquels nous reconnûmes, non sans émotion, nos premières plaquettes ; un lit, à rideaux de lustrine verte, faisait face à la fenêtre et, l’œil fixe vers la cheminée sans glace où s’accumulaient brochures et journaux, un mauvais portrait de Verlaine, toile nue et sans cadre, pendait à un clou. C’était sinistre. » Ca s’appelle l’hôtel du Midi, maison plus ou moins de passes, au n°6 de la cour St-François qui ouvre au n°5 de la rue Moreau ; et la chambre est une espèce d’arrière salle de la buvette du marchand de vins qu’il faut traverser pour y accéder.
En octobre, il reçoit de Mallarmé, une enveloppe sur laquelle figure ce quatrain :
Tapi sous ton chaud macfarlane / Ce billet, quand tu le reçois / Lis-le haut ; 6 cour Saint-François / Rue, est-ce Moreau ? cher Verlaine.
Et la lettre arrivée à bon port, Mallarmé suit.
A l’hiver, Verlaine a la jambe dans une gouttière, plâtrée, et sa mère qui le veille jour et nuit en attrape une pneumonie. Le 21 janvier 1886, elle meurt dans une chambre du 1er étage. L’escalier est trop étroit pour qu’on puisse monter Verlaine sur une civière afin qu’il lui donne un dernier baiser. De la même façon, le cercueil sera descendu par la fenêtre, Verlaine ne l’a pas revue et ne sera pas à la messe d’enterrement qui est dite dans la chapelle des Quinze-Vingts. Il va rester là encore un an ou un an et demi après quoi il sera plus souvent à l’hôpital que n’importe ou ailleurs : 20 séjours en 10 ans. Pour Verlaine, voir d’Alain Buisine, Verlaine Histoire d’un corps, Tallandier, 1995.