Affichage des articles dont le libellé est l'Humanité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est l'Humanité. Afficher tous les articles

A la Goutt'd'Or, tu t'plais sûr'ment, mon vieux Léon

L'occasion de ce parcours : 3 balades, dont l'une avec les musiciens du groupe stambouliote Baba Zula, pour l’Institut des Cultures d’Islam, 19-23, rue Léon, à l’occasion des Veillées du Ramadan 2009.


Babarama pour l'Echomusée
Les quartiers administratifs de la Goutte d’Or et de La Chapelle actuels correspondent à eux deux à l’ancienne commune de La Chapelle, à laquelle le faubourg de la Goutte d’Or avait été rattaché en 1790. De 1790 à 1860, cette commune est hors les murs. Le boom commence après 1830 (qui est aussi le moment de la conquête de l’Algérie), et autour de 1840, en célébration de ladite conquête, des rues y sont nommées Constantine, (qui deviendra Myrha), Alger, (qui deviendra Mgr Affre), Oran qui s’est maintenue ; Mazagran qui restera algérienne mais deviendra Laghouat en 1864 quand les autres seront débaptisées.

A la sortie de l’ICI, - L’Olympic-café, salle de bal (1934, donc même date qu’immeuble suivant), investie et aménagée en salle de concert de 80 places, bar, restaurant depuis 1999, permet à beaucoup de gens, par sa convivialité et ses spectacles populaires, de découvrir ce quartier métis.

on va au 21 rue Laghouat :

- La rue Laghouat est ouverte en 1841 comme la rue Léon, la rue des Gardes, la rue Richomme (sous un autre nom), la villa Poissonnière. C’est le plein boom du lotissement du quartier : La Chapelle passe de 2 500 habitants en 1830 à 40 000 30 ans plus tard (le quartier administratif de la Goutte d’Or comptait en 1999 moins de 30 000 h, dont 30% d’étrangers, contre 17,5% en moyenne à Paris)
21, rue Laghouat (PLU) L'immeuble a été réalisé en 1934, pour le maître d'ouvrage Fernand Bertin, par les architectes et ingénieurs ESTP André Bertin et Abro Kandjian, qui ne voulaient pas accepter la domination des idées du Mouvement moderne.
Pour Abro Kandjian «nous voulions rompre avec l'architecture classique, mais sans tomber dans l'extrémisme d'un Le Corbusier. Notre maître à penser était alors Mallet-Stevens».
Pour cela, l'immeuble avait une façade avec de «légères avancées des salles de séjour et des balcons". Le matériau de façade reste la pierre de taille, «seule valeur sûre à l'époque pour un investisseur immobilier". Structurae
En 1934, cet immeuble d’appartements assez vaste constitue une rareté puisque qu’Antoine Prost, travaillant sur les recensements de 1926, 1931 et 1936, et sur les rues Polonceau et Goutte d’Or, y trouve beaucoup de commerçants, un grand nombre de débits de boisson et d'assez nombreux garnis pour célibataires ou couples sans enfants, des immigrants, mais qui viennent surtout de la France provinciale, un niveau très bas d'hygiène et de confort.

Rue Stephenson, autrefois des Moulins car menait à la butte des Moulins qu’on verra plus bas. En prenant à gauche, on sort de la « médina » telle que la délimite l’Aurore, en 1957 : c’est rue Myrha au Nord, Stephenson à l’Est, rues Charbonnière et Chartres au Sud, bd Barbès à l’Ouest.

Au bout de la rue Doudeauville, est construite en 1846 ce qui est alors la nouvelle mairie de La Chapelle ; après l’annexion de 1860, le bâtiment abrite justice de paix, bibliothèque publique, écoles, pompiers.

- 14 rue Jean Robert (PLU) : Immeuble mixte à usage de coopérative ouvrière et de logements construit en 1885 pour le compte de la Société civile de consommation du 18e. Il témoigne d’une rare incursion d’une coopérative ouvrière dans le domaine immobilier, avec logements pour rentabiliser l’opération. Ici, le r-d-c est destiné à un magasin coopératif ; sur 6 niveaux, les logements sont loués à des sociétaires qui en ont déterminé les caractéristiques : moulures, parquets de chêne, cheminées, papiers peints ; décorum qu’on retrouve en façade avec brique de Bourgogne au-dessus du soubassement en pierre alors que brique de Vaugirard nue sur cour ;

- 11, rue Ordener/angle Jean Robert (PLU) immeuble mi-19e s. Profusion décorative de la façade, 2 travées feintes, garde-corps en fonte, etc.

En 1900, les 2/3 de la superficie du quartier sont recouverts par les emprises ferroviaires : réseaux du Nord, de l’Est, raccordement des 2 réseaux entre eux, et raccordements des 2 à la Petite Ceinture. Toutes ces emprises, moins la station, sont déjà là à l’annexion, en 1860.

- station de Pont Marcadet, en 1900 : trains de Ceinture partant de gare du Nord, et trains-tramways de Saint-Ouen et Saint-Denis s’y arrêtent.

- rue Doudeauville (ouverte plus tôt : 1826, nom d’un ministre de Charles X) au n°31 rue Doudeauville : la Coop ouvrière de TSF ; fait régulièrement dans l’Humanité de la pub pour son « Supermétal 6 » qui permet de capter les « ondes rouges » que la rubrique radio du quotidien distingue des « ondes capitalistes ». Le discours de Thorez au 12e congrès du PC, à St-Ouen, en 1950, est ignoré de la TSF mais diffusé par Radio Prague (2 fois), Radio Budapest, Radio Varsovie…

- 33, rue Doudeauville : l’une des 2 coop du mouvement ouvrier juif de Paris avant 1914 : l’Association des ouvriers boulangers syndiqués (CGT). Probablement ancien temple luthérien : paroisse luthérienne dès 1855 regroupant 300 familles avec temple successivement rue Doudeauville, puis rue Myrha, puis rue des Poissonniers, avant le 90 bd Barbès actuel : temple luthérien Saint-Paul. Rue des Poissonniers = rue des Allemands.  Une centaine de manifestants du 9ème collectif de sans-papiers sera accueillie, à compter du samedi 14 mars 2009, par ce temple luthérien du boulevard Barbès. Avec l’accord du pasteur, ils occuperont les locaux tous les jours, de 14h30 à 20h, dans l’attente d’un rendez-vous avec la préfecture.

On jette un œil ds la rue Léon (du nom ou prénom du fils d’un propriétaire) au LMP :

- on a transformé en salle de spectacle, en 1986, l’ancien Lavoir Moderne Parisien, 35, rue Léon, lavoir jusqu’en 1953, soit pendant un siècle, contemporain de celui de la rue Neuve de la Goutte d’Or, auj. des Islettes, à l’emplacement de la Place de l’Assommoir. Ce dernier compte 108 places quand Zola vient y prendre des notes, en 1875 (pour l’introduire dans l’Assommoir qui paraît 2 ans plus tard). La rue Léon, axe culturel de ce quartier-monde, cette rue animée par le lavoir moderne parisien et l'olympic-café, organise l'été son festival "rue Léon" avec des animations autour des cultures africaines et des repas de rue. Une web-tv locale intitulée rueleon.tv réalise des reportages sur la vie culturelle du quartier.

Le lavoir, dans l’Assommoir, 1877 : « C’était un immense hangar, à plafond plat, à poutres apparentes, monté sur des piliers de fonte, fermés par de larges fenêtres claires. Un plein jour blafard passait librement dans la buée chaude suspendue comme un brouillard laiteux. Des fumées montaient de certains coins, s’étalant, noyant les fonds d’un voile bleuâtre. Il pleuvait une humidité lourde, chargée d’une odeur savonneuse, une odeur fade, moite, continue ; et, par moments, des souffles plus forts d’eau de javel dominaient. Le long des batteries, aux deux côtés de l’allée centrale, il y avait des files de femmes, les bras nus jusqu’aux épaules, le cou nu, les jupes raccourcies montrant des bas de couleurs et de gros souliers lacés. Elles tapaient furieusement, riaient, se renversaient pour crier un mot dans le vacarme, se penchaient au fond de leurs baquets, ordurières, brutales, dégingandées, trempées comme par une averse, les chairs rougies et fumantes. Autour d’elles, sous elles, coulait un grand ruissellement, les seaux d’eau chaude promenés et vidés d’un trait , les robinets d’eau froide ouverts, pissant de haut, les éclaboussements des battoirs, les égouttures des linges rincés, les mares où elles pataugeaient, s’en allant par petits ruisseaux sur les dalles en pentes. Et, au milieu des cris, des coups cadencés, du bruit murmurant de pluie, de cette clameur d'orage s'étouffant sous le plafond mouillé, la machine à vapeur, à droite, toute blanche d'une rosée fine, haletait et ronflait sans relâche, avec la trépidation dansante de son volant qui semblait régler l'énormité du tapage. »
L’action du roman se situe entre 1850 et 1868. Les seuls travaux d’Haussmann attirent à Paris 60 000 travailleurs, d’origine rurale, peu qualifiés. Cette arrivée supplémentaire de main-d’œuvre explique que, dans le bâtiment par exemple, on puisse chômer cinq mois par an. Les loyers montent et du fait des démolitions et du fait de l’afflux humain. Un loyer annuel à la Goutte d’Or, si le logis est équipé d’un poêle, vaut environ cent cinquante journées de blanchisseuse, ou cinquante journées de peintre. Sous le Second Empire la proportion de débits de boisson est énorme (un cabaret pour 8 personnes).

On revient prendre à dr. rue Doudeauville :

- la rue est certainement la plus commerçante et la plus animée jusque tard le soir. Au 64 de la rue se trouve une annexe de la célèbre maison de ventes aux enchères, Drouot. Au 80, on aperçoit la synagogue Kedouchat Levy, séfarade, population qui arrive là dans les années 1950 en même temps que les Algériens. Après l’instauration, en 1946, de la libre circulation des Français musulmans entre leurs départements et la métropole, l’immigration algérienne, de travailleurs adultes, remplace tout naturellement l’immigration provinciale dans ce quartier de garnis pour célibataires, sans confort et donc aux loyers faibles. Leur nombre, va décupler entre 1946, date de l’instauration de la libre circulation, et 1954, et il doublera entre 1954 et 1962.  En 1957, la préfecture de la Seine dénombrera « plus de 110 000 Algériens dans la Seine, ce qui fait de Paris la 3e ville musulmane algérienne après Alger et Oran, avant Constantine. »

A g. Poissonniers (la route de la marée est attestée depuis 1307 ; c’est la route d’entrée à Paris, Barbès/Ornano ne datent que du 2nd Empire), puis à g. Panama (en 1884, du nom du canal) :

- Les Africains arrivent vers 1980. Connivences, 10 rue de Panama. La SAPE : Société des ambianceurs et des personnes élégantes. C’est une pratique populaire née à la fin des années 1960 au Congo-Brazzaville, chez les jeunes. Il s’agissait de se distinguer en portant des vêtements de luxe. La jeunesse surnomma cette pratique la « lutte » : c’en était une pour arriver à acquérir ou emprunter cette denrée-là. Des « lutteurs » commencèrent à émigrer à Paris, vitrine de la mode, dans les années 1970, vivant souvent en clandestins. Revenant de temps en temps au Congo, ils y devenaient… des « Parisiens ». Fondée par Papa Wemba, le roi de la rumba congolaise. Voir Sapologie, vol I et vol II sur Youtube.

A dr. Suez pour retour sur Poissonniers,

On a, à dr. : - Le marché africain du Château-Rouge, rue Dejean, continue d’étaler des poissons exotiques : barracudas, tilapias, mâchoirons et capitaines. Les abords, notamment entre les n° 20 et 48 rue des Poissonniers, à gauche, ont vu s'ouvrir de nombreuses boutiques africaines.

on descend la rue des Poissonniers jusqu’à la rue Myrha :

On prend la rue Myrha (percée en 1841, du nom de la fille de Biron alors maire de Montmartre):

C’est à la barricade de la rue Myrha (en face du n°63, Myrha/Poissonniers) que Dombrowsky (ancien capitaine de l’armée tsariste, venu en France après l’échec de l’insurrection polonaise de 1862, devenu commandant en chef de la Commune) a été mortellement blessé, à 35 ans, le 23 mai 1871, le jour où Montmartre tombe ; il a d’abord été transporté à Lariboisière puis, déjà mort, jusqu’à l’Hôtel de Ville. Là, mis en bière dans son uniforme et enveloppé d’un drapeau rouge, il est conduit à la lueur des torches au Père Lachaise ; le cortège fait halte à la Bastille et dépose le corps au pied de la colonne de Juillet, « et les fédérés vinrent l’un après l’autre mettre un baiser sur le front du général », écrit Lissagaray. Au Père Lachaise, où les canons fédérés cessent pour cela de tonner, il est inhumé dans un caveau. Ses restes en seront retirés huit ans plus tard pour être mis dans une fosse commune du cimetière d’Ivry.
- groupe de la rue Myrha  de l’Association Internationale des Travailleurs (Ière Internationale, 1867). Il se réunit chez le Dr Dupas, au n° 76, deux fois par semaine. Victorine Brocher et son mari, qui habitent rue de la Chapelle mais ont fréquenté d’abord le cabinet du médecin, qui est celui de leur enfant, très malade, ont adhéré à ce groupe, la femme y entraînant l’époux. La loi ne permettant pas la réunion de plus de trois personnes sans autorisation officielle, c’est Roulier qui, secrétaire du groupe, fait la liaison avec les autres.
Le 16 novembre 1867, chacun des membres du groupe de la rue Myrha apporte le premier versement de ses 20 francs, payables par fraction, qui permettront la création d’une boulangerie coopérative dans le quartier de la Chapelle, qui sera la première à Paris (On a vu celles des boulangers juifs rue Doudeauville). Une épicerie coopérative suivra mais toutes deux couleront d’avoir trop fait crédit durant cet hiver 1867 où un froid rigoureux s’ajoute à la misère. La boulangerie coopérative renaîtra en 1873 mais, cette fois encore, sans pouvoir durer bien longtemps.
Mais Victorine Brocher, piqueuse de bottines qui a laissé des souvenirs, aura tout de même l’occasion d’y faire la connaissance de Léo Frankel (ouvrier-bijoutier, qui représente la section allemande de l'Internationale, sera Délégué au Travail, à l'Industrie et à l'Echange de la Commune et fera décréter l'interdiction du travail de nuit dans les boulangeries), d’Auguste Vermorel (qui sera élu au Conseil de la Commune par le XVIIIe arrondissement, grièvement blessé le 25 mai 1871. Il est transféré comme prisonnier à Versailles, où il meurt lentement faute de soins), de Charles Delescluse (qui sera délégué à la guerre de la Commune ; le 25 mai, il ne fera rien pour éviter la mort sur une barricade au Château-d'Eau).

On descend le bd Barbès > Kata

- Seul l’ancien Barbès Palace, construit en 1914 au 34 boulevard Barbès, peut faire concurrence au Louxor en matière d’ancienneté, mais sa typologie traditionnelle héritée du théâtre ainsi que son décor convenu - dans le goût Louis XVI - n’ont pas l’intérêt du « Louxor ». Au r-d-c du magasin de chaussures Kata, (là depuis 1988), sont préservés les décors du ciné, empruntés au music-hall tandis que la salle est calquée sur celle d’un théâtre : colonnes cannelées, couronnées de chapiteaux ioniques et de masques ; scène fermée par un rideau rouge, couverte d’un fronton cintré dont la clef s’orne d’une tête coiffée d’une lyre. Un escalier à 3 volées conduit au balcon dont la silhouette forme une belle courbe. La marquise extérieure (architecte P. Dubreuil) date de 1936 à l’occasion de la transformation de la devanture du cinéma. En janvier 1922, on y projette l’Assommoir, de Charles Maudru et Maurice de Marsan, en 4 épisodes, avec Jean Dax et Georges Lannes.

Au carrefour Christiani/Barbès/Poissonniers

- l’élargissement de la rue des Poissonniers en boulevard Ornano date de 1863, (il ne prend le nom de Barbès qu’en 1882). Gervaise le voit se réaliser sous ses yeux (l’action du livre, rappelons-le, se déroule entre 1850 et 1868) : « Tout un côté de la rue des Poissonniers était par terre. Maintenant, de la rue de la Goutte-d’Or, on voyait une immense éclaircie, un coup de soleil et d’air libre ; et, à la place des masures qui bouchaient la vue de ce côté, s’élevait, sur le boulevard Ornano, un vrai monument, une maison à six étages, sculptée comme une église, dont les fenêtres claires, tendues de rideaux brodés, sentaient la richesse. Cette maison-là, toute blanche, posée juste en face de la rue semblait l’éclairer d’une enfilade de lumière ».
Cette maison toute blanche de six étages, c’est le premier Palais de la Nouveauté de Crespin, de 1856, entre 11 et 15 bd Barbès, mais que Zola a vu reconstruit en 1874 (r-d-c et entresol aux magasins, étages loués).
"La maison créée par M. et Mme Crespin a pour objet principal la vente à crédit de marchandises de toute nature, principalement des objets d'ameublement, de literie, de bijouterie et d'habillement... vendus directement ou par l'intermédiaire de ses fournisseurs et des négociants avec lesquels elle est en rapport, payés par des acomptes mensuels ou hebdomadaires, reçus à domicile par les employés de la maison. Pour augmenter les facilités offertes aux clients, la maison accepte même à recevoir des dépôts de petites sommes applicables sur des acquisitions postérieures et proportionne à ces dépôts les ventes à crédit qu'elle consent. Les classes laborieuses sont naturellement celles qui profitent le plus des avantages qu'offrent ces crédits et dépôts. Par suite, le nombre des clients est extrêmement étendu, et les acquisitions faites sont d'importance généralement minime".

les dômes sur bd Barbès datent de 1910

On prend la rue Christiani,

1887-1892 Des travaux importants sont faits aux 30 à 34 rue de Clignancourt et 5 à 15 rue Christiani, ainsi que l'immeuble à rotonde et coupole à l'angle de ces deux voies (pilastres corinthiens, têtes de Mercure et caducées, balcon ouvragé). Le 7 et le 11 de la rue Christiani sont démolis puis reconstruits. Tous ces travaux sont dirigés par l'architecte Le Bègue. Les sculptures sont d'Etienne Leroux.
Crespin fait construire le hall central, large de 13,60 m, haut de 14 m et long de 57,82 m. Une usine centrale installée dans une dépendance permet de fournir l'électricité utilisée.

- 17, rue ChristianiAristide Bruant a vécu jusqu’à sa mort en 1925. L’immeuble haussmannien composait autrefois une des ailes des grands magasins Dufayel. L’homme au chapeau rouge peint par Toulouse-Lautrec habitait au quatrième à droite. Dans le couloir d’entrée, un vitrail Art nouveau de 2 mètres sur 3 que le célèbre chansonnier aurait commandé.

à l’arrivée sur rue de Clignancourt, on évoque le :

- bal du Château Rouge, ou Nouveau Tivoli, 42 à 54 rue de Clignancourt et 7 à 13 bis rue Custine.[le château datait de 1789, avait été le poste de commandement de Joseph Bonaparte, le 30 mars 1814, quand les Alliés arrivèrent à Paris.] Le bal a ouvert en 1844. De ses deux allées de tilleuls, l’une accueille l’orchestre sous une tente de coutil, les tables de café et la danse où rivalisent Pritchard, répétiteur de philosophie, la reine Pomaré (Elise Rosita Sergent, née en 1824 rue du Grand Prieuré, qui mourut dans la misère encore jeune, en 1846, dans un galetas de la rue d'Amsterdam qu'elle louait 15 francs par mois), Rose Pompon. La seconde allée est toute entière réservée à la promenade. L’éclairage en verres de couleur y joue sur les toilettes. C’est là qu’a eu lieu le premier de la campagne des banquets, le 10 juillet 1847, qui réunit 1 200 personnes, dont 86 députés ; c’est là que Martin Nadaud est convié, deux ou trois ans plus tard, au banquet qui commémore l’adoption du tarif négocié entre délégués patrons et ouvriers typographes en 1842 ; il y croise Pierre Leroux. Démoli en 1882.
Nana, la fille de Gervaise, « comme on l’avait flanquée deux fois dehors, au Château-Rouge, rôdait seulement devant la porte, en attendant des personnes de sa connaissance. La Boule-Noire*, sur le boulevard, le Grand-Turc**, rue des Poissonniers, étaient des salles comme il faut où elle allait lorsqu'elle avait du linge ».

*La Boule Noire  était « primitivement une goguette fondée en 1822 par une fille galante, Belle en cuisses, très en vogue sous le Directoire pendant lequel elle était l’amie de Barras.  Rigolboche ((Marguerite Badel) qui dansa le « chahut » ou « cancan» créé en 1845) y débuta et le quadrille des lanciers y fut lancé en 1857. Disparut vers 1880, remplacé par la Cigale
« Jupillon promit à Germinie de ne plus retourner au bal. Mais le jeune homme avait un commencement de réputation à la Brididi [de son vrai nom Paul Piston, fourreur dans la journée, « Le héros du lancé »], dans ces bastringues de barrière, à la Boule-Noire, à la Reine Blanche, à l'Ermitage. Il était devenu le danseur qui fait lever les consommateurs des tables, le danseur qui suspend toute une salle à la semelle de sa botte jetée à deux pouces au dessus de sa tête, le danseur qu'invitent et que rafraîchissent quelquefois,  pour danser avec elles, les danseuses de l'endroit. Le bal pour lui n'était plus seulement le bal, c'était  un théâtre, un public, une popularité, des applaudissements, le murmure flatteur de son nom dans des groupes, l'ovation d'une gloire de cancan dans le feu des quinquets. » Edmond et Jules de Goncourt, Germinie Lacerteux

- 26, rue de Clignancourt, au fronton de Dufayel, bas-relief de Dalou «le Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie sous le regard protecteur de la Science et de l'Art» est sculpté en 1895. Le sculpteur Falguière réalise «la Publicité qui est l'âme du commerce» et «l'Economie et le Travail grâce auxquels on peut arriver à l'aisance". Structurae.
le Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie

L'architecte Rives prévoit une nouvelle architecture de style «Louis XVI moderne» pour la rue de la Nation (Sofia). Les ferronneries sont dans le style "Art nouveau".1913. Dufayel reprend Crespin aîné en 1888, Dufayel qui travaillait chez Crespin depuis 5 ans quand Zola vint faire son enquête. 15 000 employés du temps de Dufayel ;
 Dufayel meurt fin 1916, ses magasins ferment en 1930. Puis BNP en 1946, jusqu’à 6 000 employés. Puis 2002 : il est créé 280 logements de différentes catégories. Des magasins comme «Virgin mégastore» et «La grande Récré» viennent s'y installer.

**Le Grand-Turc, 10 bd Barbès, face à la rue de Sofia, lieu de réunion de la colonie allemande  jusqu’à la guerre de 1870, (ouvert en 1806 rue des Poissonniers) fréquenté par Nerval et Dumas, cité dans l’Assommoir. Les vedettes en sont Céleste « Mogador » (Céleste Veinard) qui, plus favorisée que la reine Pomaré, épousa le comte Lionel de Chabrillan et mourut en 1909 ; Chicard (Lévêque, négociant en cuir de la rue Mouffetard, large pantalon et au chapeau pointu). En 1930, le bal remplacé par un immeuble destiné à loger le personnel des Galeries Barbès.

On remonte Barbès jusqu’à Poissonniers :

- mosquée Al Fath, qui sera intégrée dans le nouveau bâtiment de l’ICI

On prend rue Polonceau, à d.

- au 38 rue Polonceau existe toujours la maison d'un des meuniers, celui du Moulin des Couronnes, le dernier démoli ; siège de nombreuses associations, comme Grandiose. La rue, sur la crête d’une petite butte, avait pour rôle, à son origine, de desservir les cinq moulins qui se trouvaient sur la butte des Couronnes de 1750 à 1830 environ. Précédemment appelée rue des Meuniers, rue des Couronnes, chemin des Couronnes, plus anciennement chemin et rue des Cinq-Moulins. La rue fait partie de la ville de Paris depuis le 23 mai 1863 et porte depuis le 24 août 1864 le nom des Polonceau, le père à qui l’on doit le pont des Tournelles, et le fils qui perfectionna la locomotive. Jean-Barthélémy Camille Polonceau (1813 - 1859) est un ingénieur français aux chemins de fer, l’inventeur de la « ferme Polonceau » (ferme à double poinçon disposés en V inversé). Constructeur du train impérial de Napoléon III de la Compagnie du Chemin de fer de Paris à Orléans. L’un des 72 noms inscrits au 1er étage de la Tour Eiffel.

Pratiquement en face :

"le petit antre grise" d'Alain Bashung
- La villa Poissonnière, ses (13) maisons louis-philippardes (1840) aux murs garnis de céramique, et ses jardins, longtemps l’oasis du quartier, d’accès libre, a été le dernier domicile d’Alain Bashung.

- 29 rue Polonceau, G. Belus et A. Hénocq architectes. Cette petite opération mixte de réhabilitation – extension s’inscrit dans le cadre de la résorption de l’habitat insalubre en site urbain dense, au cœur de la Goutte d’Or. Une extension en bois sur cour vient se relier au corps de bâtiment principal. Elle permet la réalisation de 6 appartements PLUS traversant et d’1 commerce, et offre une grande diversité typologique. SIEMP

On prend Erckmann-Chatrian

- Ecole maternelle, 16 rue Richomme (architectes Jean-Louis Cardin, Jean-François Briand et Edouard Grassin, 1994) Pour "raccommoder la ville" dans ce "site décousu et fragmenté, résultat de la démolition du tissu urbain ancien", - de 1983 à aujourd’hui, plus de 100 immeubles ont été démolis à la Goutte d’Or dans le cadre de la rénovation du quartier -, les architectes ont voulu des matériaux sans "fantaisie" et "un changement d'échelle progressif", entre une crèche basse et un immeuble plus haut. Ainsi les salles de classes (un étage) en fond de parcelle masquent des immeubles peu esthétiques. Le bâtiment de 2 étages à droite abrite le réfectoire et un préau couvert d'un toit courbe gris, qui a un rôle de "repère et d'identification de l'école". Le long des immeubles mitoyens tout à droite, une construction haute plus banale abrite les logements de fonction.

On prend, à dr. dans la rue des Gardes, devenue une « rue de la Mode » où s’alignent les boutiques de créateurs ; le jeudi 4 juin 2009, a eu lieu vente aux enchères d'œuvres d'art, en particulier au 6bis, chez G’ART A LUI. La Goutte d’Or serait en voie de « gentrification », selon certains sociologues urbains parce que « boboïsation » n’est guère prononçable.

A g. : on aperçoit, entre les arbres du square (aménagé en lieu et place du passage Léon et d'immeubles détruits dans les années 1970 et 1980, et bien plus tôt du moulin Fauvet et de sa guinguette), réaménagé en 1990 puis en 2006) :

- La fresque murale sur les immeubles mitoyens est de Bernard Heloua, qui a laissé les jeunes grapheurs du quartier réaliser le bas de son œuvre.

Eventuellement, à dr. :
On descend Boris Vian ; on croise… la croix de St-André des rues de Chartes/Charbonnière. De 1830 à l’annexion, La Chapelle, commune à laquelle la Révolution a rattaché la Goutte d’Or, ce faubourg rural et viticole, est passée de moins de 2 500 à 40 000 habitants. Cela s’est fait, entre autres, par le lotissement des rues de Chartres et de la Charbonnière, dont le tracé adopte la forme d’une croix de saint André pour rendre plus facile la pente.

Puis rue Fleury :

1, rue Fleury : Centre musical Fleury Goutte d'Or – Barbara Un équipement public unique à Paris, dédié aux Musiques Actuelles ouvert en février 2008]

- fresque le long de l'école Saint-Luc : "les amoureux qui se bécotent...", de Geneviève Bachellier, artiste du quartier ;

On prend rue St-Luc, à gauche :

- l’église Saint-bernard, rue d’Alger quand est posée sa 1ère pierre en 1858 (auj. Affre), livrée au culte en 1861, d’abord comme annexe de St-Pierre de Montmartre ; néo-gothique en pierre de taille, toiture en ardoise dans le goût bourguignon. Par l’arrière, on voit les 2 sacristies et la chapelle de la Vierge, au couronnements pyramidaux : animation et variété des volumes extérieurs. Flèche de 60 m de haut. Elle a été, autour de 1996, le haut lieu du rassemblement des étrangers sans papiers. Dans le Square Saint-bernard, devant, dans les années 1930, la Phalange du 18e, groupe de théâtre ouvrier, faisait de l’agit-prop pendant le bal du 14 juillet, (Pour celui de 1931, la Phalange du 18e y a fait un lâcher de tracts) et accompagnait de ses chœurs parlés l’orateur du Secours Rouge International.

La folie en tête: des Belles de la Grange à Binet Alfred

Le prétexte en est une "découverte de leur Paris ouvrier" destinée aux lecteurs de la bibliothèque François Villon, 81 boulevard de la Villette, 10e arrondissement. Trajet Retour ci-dessous. Voir: Sur les quais, ou 3 Susset à la manque pour le trajet Aller.

42, rue Bichat. C'est dans la cour actuelle de l'Ecole Lailler, dans l'angle sud est de l'hôpital, que fut établie la première usine à gaz de France : trois cents becs de gaz s’y allument le 1er janvier 1818. "sous les auspices de M. le Comte de Chabrol" dit la plaque commémorative, avec le concours de la Ville de Paris et du Conseil général des Hospices. C’est le premier établissement public éclairé par ce moyen. Le Comte de Chabrol était alors Préfet de la Seine. L'usine  de Philippe Le Bon ne fut fermée qu'en 1860.

"Lailler était un vieux huguenot particulièrement docile aux suggestions de sa conscience. C'est lui qui suggéra à l'Assistance publique, l'idée de créer à l'hôpital Saint-Louis, en 1886, une école, (Elle porte aujourd'hui son nom) où l'on traiterait les enfants teigneux, évincés des écoles publiques pour cause de contagion, et qui devenaient de petits vauriens." Dr Raimond Sabouraud (1937)

- Maison des Syndicats, 33 rue de la Grange-aux-Belles, impasse Chausson.
Expulsée de la Bourse du Travail le 12 novembre 1905, la CGT loue d’abord un local provisoire puis Robert Louzon, qui vient d’hériter, achète le 5 juin 1907, pour elle et les fédérations qui voudront y installer leur siège un immeuble, ce que la loi de 1884 ne permet pas aux syndicats de faire directement. Victor Griffuelhes, son secrétaire général, y installe au rez-de-chaussée une imprimerie, où Monatte entrera comme correcteur en janvier 1908, et où s’imprime la Voix du peuple, l’hebdomadaire de la confédération depuis son 5e congrès, celui tenu à Paris du 10 au 14 septembre 1900. Un dispensaire doit servir à la rentabilité de l’ensemble. Daniel Guérin sera lui aussi, dans les premières années 1930, correcteur à cette imprimerie, où il croisera Arrachard, des terrassiers, et Eugène Hénaff qui porte toujours les larges pantalons de satin noir et la casquette du cimentier.
Le 31 juillet 1908, à l’imprimerie, Monatte et Emile Pouget (celui du Père Peinard, rédacteur en chef de la Voix du peuple) travaillent à un numéro de La Voix du peuple qui appelle à la grève générale pour le 3 août. La veille, ils ont assisté à la charge de la cavalerie sur la manifestation de Villeneuve-Saint-Georges, qui a laissé 4 morts et 200 blessés sur le carreau. A l’étage, le Comité confédéral est convoqué pour minuit ; Monatte, au sortir de son travail, va coucher par prudence chez un ami correcteur. Le bureau confédéral n’était pas chaud pour la manifestation de Villeneuve. La grève du bâtiment avait commencé dans les sablières de Draveil-Vigneux et durait depuis deux mois ; le 2 juin, la police y avait déjà fait 2 morts et 10 blessés graves. Depuis la tension montait, et il était clair que Clémenceau recherchait l’épreuve de force ; le terrible bilan de la veille, s’il était insupportable n’était malheureusement que trop prévisible. Au petit matin, le préfet de police, Lépine, venait mettre fin aux débats en arrêtant Griffuelhes, Pouget et Marie.
Alors qu’il est en prison avec la majorité du Comité confédéral, Griffuelhes est mis en cause pour sa mauvaise gestion par le trésorier de la CGT. Quand il en sort, après le non-lieu du 31 octobre (il a été arrêté le 1er août), il refuse en bon libertaire de rendre des comptes et préfère ne pas demander le renouvellement de son mandat en février 1909. Pouget ne se représente pas davantage au poste de rédacteur en chef de la Voix du peuple. Léon Jouhaux succède à Griffuelhes le 13 juillet 1909 ; il est ouvrier à la manufacture d’allumettes d’Aubervilliers, est passé par un cercle anarchiste, a fréquenté les Universités populaires. Il porte casquette, barbiche et moustache impériales, la cravate Lavallière, des pantalons bouffant aux genoux et serrés aux chevilles. C’est Jouhaux qui entraînera la CGT dans l’Union sacrée et le soutien à la guerre.
Pendant la guerre, le bureau d’Alphonse Merrheim, secrétaire de la Fédé des Métaux, à la Grange-aux-Belles est le lieu de rassemblement de tous les minoritaires qui passent ; Merrheim fait reparaître l’Union des métaux pour le 1er mai 1915 : un numéro anti-guerre, dont il écrit les articles avec Rosmer. Ensemble, ils s’occupent de son impression et organisent la distribution de 15 000 exemplaires. Avec Raymond Péricat, du bâtiment (Péricat a été le créateur du 1er PCF, en mai 1919, qu’il a doté du drapeau noir et rouge qui apparaîssait ainsi pour la 1ère fois en France), et Bourderon, des tonneaux, le secrétaire de la fédération des métaux organise le Comité d’action internationale, le 21 novembre 1915, qui a son siège ici, et qui deviendra le Comité pour la Reprise des Relations internationales le 7 février 1916. Mais Merrheim refusera d’accéder à la demande de Péricat d’organiser un arrêt de travail le 1er mai 1917 et finira à l’aile droite de la CGT. 
Si la Grange-aux-Belles est d’abord syndicale, la politique n’en a jamais été exclue. Les 4, 11 et 19 avril 1909 s’y était tenu un congrès anarchiste pour la constitution d’une Fédération révolutionnaire. Du 7 au 10 octobre 1918, s’y déroule, dans la grande salle de la CGT, le congrès national du PS, dont la journée inaugurale a eu lieu à la Bellevilloise. Et, après la scission, du 15 au 17 mai 1921, le premier congrès national administratif du PC décide ici que le parti s’appellera Parti communiste S.F.I.C. à compter du 1er janvier de l’année suivante, en même temps qu’il adopte et publie ses premiers statuts. Le deuxième congrès du parti communiste S.F.I.C. s’y réunit à nouveau le 15 octobre 1922, devant un unique portrait de Marx en couleurs, et le délégué du Komintern, Manouilsky, soustrait à l’observation de la police par une coupure du courant comme Clara Zetkin l’avait été au congrès de Tours. Auparavant, N’Guyen Aït Quoc, le futur Hô Chi Minh, et Hadj Ali Abdel Kader, le quincaillier de la rue Mouffetard, y sont intervenus sur l’importance de la question coloniale.

Didot-Bottin 1920 signale au 33 Grange-aux-Belles, un apprêteur d’étoffes ; un fabricant d’articles de voyages ; la Maison des syndicats ; un géomètre ? (est-ce ce qu’il faut comprendre sous l’intitulé « mesures linéaires » ?) ; un fabricant de boas et collets en autruche et en marabout. Il serait amusant que l’actuelle galerie Canal Pictures & Art, joli local industriel au 4 impasse Chausson, occupât précisément l’atelier de l’ancien fabricant de boas.

A l’été 1923, à la Grange-aux-Belles, il y a un meeting toutes les semaines, à en croire Jacques Valdour, et 2 à 3 000 auditeurs à chaque fois. A l’entrée, des camelots vendent La Bataille syndicaliste, L’Avant-Garde aussi bien que le Libertaire, et l’Ouvrière, l’hebdomadaire que le PC a lancé en novembre de l’année précédente, à 3 000 exemplaires, et qui aura une dizaine d’années d’existence, non sans quelques interruptions. Sur les tables, des livres qui ont pour titre Le droit à l’amour pour la femme ou Les douze preuves de l’inexistence de dieu, par Sébastien Faure.
Et puis voilà que la cohabitation se fait difficile. Le 11 janvier 1924, nouveau meeting du PC contre la vie chère et la politique gouvernementale en Allemagne ; les anarchistes, qui ont déjà protesté contre l’utilisation de ce local syndical par un parti, vont y porter la contradiction, et la réponse revient sous forme de plomb : 2 anars sont tués sauf que, selon May Picqueray « Comble de cynisme, un délégué du P.C. alla trouver la famille Clot, présenta la chose à sa façon et le P.C. fit à Clot de magnifiques funérailles... après l'avoir assassiné ! » Effectivement, l’appartenance politique de ce dernier reste controversée, mais la guerre est ouverte au sein du mouvement ouvrier français.
L’unité, celle en tous cas des communistes et des socialistes, se remettra en marche après février 1934. En commençant par le sport : les 23 et 24 décembre, les délégués de 515 clubs de l’USSGT socialiste (environ 7 000 membres) et de la FST communiste (environ 11 000 membres) décident ici de la fusion qui crée la FSGT. Le 12 février 1935, s’y tient l’un des trois meetings commémoratifs des évènements de février 1934 ; c’est Marceau Pivert qui est à la Grange-aux-Belles (Zyromski est à la Mutualité) pour la fédération de la Seine du PS, partageant la tribune avec le PC, la CGTU et le Comité de Coordination Unitaire Antifasciste. Enfin, le 8e et dernier congrès de la CGTU s’achève ici le 27 septembre : au soir, on s’en va rejoindre à la Mutualité, où il s’y déroulait, le congrès de la CGT.
Le 2 décembre 1936, l’association des Amis de l’Union soviétique, Jean Lurçat et Fernand Grenier en tête, y répondait au Retour de l’URSS d’André Gide
En 1949, Aragon y présentait aux lecteurs ouvriers le premier tome de ses Communistes.

25 à 27 rue de la Grange Aux Belles. Maison basse de faubourg avec porche ouvrant sur une profonde cour bordée d'une construction d'un étage sur rez-de-chaussée. Lucarnes. PLU

Avant de pénétrer dans l’hôpital Saint-Louis, en face, on laisse Sabouraud nous rappeller la mémoire de Lailler :

 « un médecin de Saint-Louis qui fut un grand homme de bien. Après la Commune de Paris en 1871, lors de la rentrée dans Paris des troupes régulières, l'hôpital Saint-Louis regorgeait de blessés du parti vaincu. Lailler alors en fit fermer les portes et se tint derrière elles pour répondre à toutes réquisitions des autorités. Le vieux médecin avait accroché à sa vareuse d'hôpital sa croix de la Légion d'honneur.

Plusieurs officiers de l'armée régulière se présentèrent pour perquisitionner dans l'hôpital, il les convainquit assez facilement de n'en rien faire, et ils passèrent. Un dernier survint, plus arrogant, qui voulut bousculer le vieux médecin et passer outre. Alors celui-ci arracha sa croix de la Légion d'honneur et la lui jeta au visage. (Il n'en porta plus jamais l'insigne). L'officier dernier venu, frappé d'étonnement devant ce geste du médecin, se retira lui aussi. Ainsi furent sauvés les blessés qui remplissaient les salles de chirurgie. »

25 mai 1895 inauguration d’un buste du Dr. Lailler sculpté par Hannaux, Emmanuel (1855-1934),

 

- 1 av Claude Vellefaux : Enfin, c'est Lailler encore, qui, ayant rencontré un mouleur italien, Baretta, capable d'imiter à s'y méprendre les fruits en pâtes colorés, le fit installer à l'hôpital Saint-Louis pour y reproduire par des moulages les principaux types des diverses affections cutanées => musée de dermatologie inauguré en 1889. »


- rue Jean Moinon (future rue Jean et Marie Moinon ?) Le comte Adolphe de Madre de Loos achète les terrains en 1856, les loue à de petits entrepreneurs pour 18 ans, à charge pour eux d’y construire des bâtiments dont la propriété reviendra au comte de Loos au terme du bail. Construit lui-même 2 ensembles dans le haut du passage. La « colonie de la rue St-Maur » (elle s’étend dans le quadrilatère : rue Jean Moinon, alors passage St-Louis / rue du Buisson St-Louis / rue St-Maur / rue de la Chopinette (devenue Sambre et Meuse)) comme dira la délégation ouvrière à l’expo internationale de 1867 : « Tout y est mesquin, l’air y manque… L’on sent tjs là comme partout la prétention de la charité qui impose ses règlements. » Le couple Moinon tient, pendant la 2ème guerre mondiale, 19 rue du Buisson St-Louis, le café des Aiglons qui est toujours propriété de la famille de Loos)

- L’Egalitaire, 13, 15 et 17 rue de Sambre-et-Meuse. Née d’une proposition faite dans le Rappel de juin 1876, la coopérative avait débuté dans un magasin loué 31, rue de la Chopinette (auj. Sambre et Meuse), ouvert seulement le dimanche matin, et trois jours par semaine de 20h à 22h. A son conseil d’administration, siégeait le mécanicien Murat, l’un des signataires du manifeste proudhonien des 60, et qui avait été du premier voyage de Londres, à l’origine de l’Internationale. La coopérative était alors moins chère de 14 à 17% si l’on ajoutait à ses prix réduits la ristourne de fin d’année.
En 1887, elle achetait le terrain de la rue Sambre et Meuse, et y faisait construire, sur trois niveaux : des caves avec monte-charges, les magasins et une salle de ventes au rez-de-chaussée et, au premier étage, un magasin pour la rouennerie et la bonneterie, la confection, la chapellerie et les chaussures, les articles de ménage et les articles de Paris, la comptabilité, la salle d’attente des fournisseurs et trois salles modulables pouvant en constituer une seule de 8 mètres sur 10 mètres.
Aujourd’hui, au chapiteau des travées, on voit encore le E de l’Egalitaire, dont un fil à plomb, suspendu à un triangle, forme la barre médiane. L’Egalitaire comptait 6 000 sociétaires en 1905 et acquérait l’année suivante l’immeuble du n°17 pour y faire  installer une salle des fêtes, qui pût être salle de réunion pour 450 à 500 personnes. Y était adjointe une buvette où l’on trouvait aussi du pain, du saucisson et des œufs rouges en saison [œufs colorés en rouge avec de l’alun et du bois de campêche, vendus du milieu de février à Pâques, à raison d’un million par an à Paris]. La boucherie et la charcuterie étaient rapatriées au siège à cette date. A côté, une épicerie, dont le pain était fourni par la Boulangerie communiste, et la « répartition » (en coopératisme, on ne dit pas la vente) des chaussures – dont les produits fabriqués par la Cordonnerie ouvrière – de l’habillement (« la Haute Nouveauté »), des articles de ménage. A compter du 1er décembre 1906, un service de livraison à domicile serait organisé les mardis, jeudis et samedis. On trouvait encore à l’Egalitaire un atelier de réparation de chaussures et, au 13, un chantier où étaient entreposées les 600 tonnes de charbon achetées en 1903. Tous les mercredis soirs, des consultations médicales gratuites y avaient lieu.
A l’entrée de l’Assemblée générale de 1906, la première à se tenir dans la grande salle récemment inaugurée, le Cercle socialiste des coopérateurs de l’Egalitaire a installé une table pour percevoir les souscriptions et les abonnements mensuels au journal l’Humanité. L’AG approuve, de surcroît, une subvention de 200 F à la même Humanité, une de 100 F à la Ruche, l’école libertaire de Sébastien Faure – on rappelle à cette occasion que la Bellevilloise, elle, a donné 500 F – et une troisième de 100 F à Vox Femina. On demande également l’attribution d’une subvention pour la Symphonie de l’Egalitaire, de sorte de l’élever au rang des musiques des sociétés sœurs : la Bellevilloise, la Revendication de Puteaux, l’Avenir de Plaisance, etc. La Symphonie s’engagerait en contrepartie à donner trois grands concerts par an, et des cours gratuits de solfège, de violon, de chant et de danse aux enfants des sociétaires.
L’Egalitaire comptera bientôt sept succursales, marquées de A à G : deux dans le 19e, trois dans le 11e, une dans le 18e et une dans le 10e.
Le 6 décembre 1908 s’était créée la Fédération Sportive Athlétique Socialiste (FAS), pour « donner aux jeunes gens les mêmes distractions qu’on leur propose ailleurs et en leur inculquant des idées qu’on leur apprend ailleurs à combattre », comme l’écrirait un journal socialiste de 1912. L’Égalitaire constitua son propre club sportif en avril 1910. A compter d’août 1912, la FAS et son Comité régional de la Seine qui, outre des clubs de banlieue regroupait, pour Paris, le Club athlétique socialiste de Ménilmontant et la Sportive Amicale de la Gare, étaient domiciliés à l’Egalitaire. 
Le 1er août 1914, en pleine mobilisation, la CGT se réunissait à l’Egalitaire. Seul Raymond Péricat (secrétaire de la Fédé du Bâtiment ; futur gérant de la colonie de vacances (près de Meaux) de la Bellevilloise) y réclamait une action de masse.
Durant la guerre, la FAS était devenue FSSG, et serait FST en juin 1919, le S y étant désormais l’initiale non plus de « socialiste » mais de « sportive ». La branche sportive scissionne comme toutes les autres organisations ouvrières, une partie des membres allaient voter, en juillet 1923, l’adhésion à l’Internationale rouge des sports, et l’autre pas. L’Egalitaire ayant voté rouge, les minoritaires durent s’en aller, rue Biscornet, les majoritaires gardant le sigle FST et le bulletin Sport ouvrier, dont ils feraient l’hebdomadaire Sport à compter du 5 octobre 1933.
A cette date, au 17, se trouvait désormais la Librairie du Travail, toujours gérée par Marcel Hasfeld, avec pour devise : « la vie enseigne, le livre précise ». Elle publiait, dans sa Bibliothèque communiste, les Quatre premiers congrès de l’Internationale communiste et, un peu plus tard, dans sa Bibliothèque de l’opposition communiste, la Troisième période d’erreurs de l’Internationale communiste, de Léon Trotsky.

- 52-56 avenue ClaudeVellefaux (16 à 18 rue Vicq d'Azir) Ecole municipale construite par l'architecte-voyer Eugène-Vincent Pierron, entre 1890 et 1892. Elle constitue un remarquable exemple de l'architecture scolaire de la IIIe République. Le plan de l'immeuble est en H : deux ailes entourent les cours. La façade est en brique, les fenêtres en métal et les détails en céramiques de façades. PLU

- 17 rue Vicq-d’Azir est domiciliée en 1931 l’Armonia Desportivo, affilié à l’USSGT et recrutant parmi les immigrés espagnols.

- 36, rue de la Grange-aux-Belles 1905. Alfred Binet fait reconnaître officiellement comme «laboratoire de pédagogie expérimentale» le centre de recherches situé dans une école du quartier populaire de Belleville à Paris où il travaillait depuis déjà longtemps en collaboration étroite avec Victor Vaney, le directeur de cette école. Binet décrit ainsi ce labo : 1 petite pièce de 5m sur 4m, au rdc d’un petit pavillon qui prend jour sur un préau découvert. Les tableaux d’expérience qui garnissent les murs ont été composés entièrement par M. Vaney.
Il avait cherché à établir si le rythme de la croissance somatique des enfants était corrélé avec le milieu socio-économique des parents. On manquait de typologie, Victor Vaney distingua 4 groupes : Misère : enfants qui sont inscrits à la cantine gratuite et pour la distribution de vêtements et chaussures de la Caisse des Ecoles ; Pauvreté : enfants inscrits pour les vêtements et chaussures seulement, ou fils de veuves ou femmes seules, vivant de leurs salaires sans recours à l’assistance de la caisse des écoles ; Médiocrité : enfants d’ouvriers, d’employés ou de petits fonctionnaires qui n’ont pas besoin d’assistance sous aucune forme. Élèves inscrits à la classe de garde. Aisance : enfants de commerçants, d’industriels, de contre-maître ; ou de ménages d’employés ou fonctionnaires dont le mari et la femme travaillent sans qu’il y ait plus de 2 enfants de moins de 16 ans.
De l’avis de Vaney, son école était dans « un quartier de niveau moyen quoique plutôt pauvre », néanmoins, c’est la table de moyenne obtenue par la mensuration (taille, poids, diamètre bi-acromial (distance entre pointes des épaules), capacité pulmonaire, force musculaire, volume crânien) de plus de 200 enfants, au jour même de leur anniversaire, qui fréquentaient cette école, qui sera considérée comme approximativement représentative de la population parisienne.
René Zazzo : « Soixante ans après sa mort, le 5 juin 1971, une plaque fut apposée au 36, rue de la Grange-aux-Belles à Belleville, à l'issue d'une cérémonie à laquelle j'avais été convié. Au fond de la salle où se déroulait la cérémonie d'hommage à Binet, se tenait une vingtaine de vieilles gens.
«Qui sont-ils?» demandais-je au directeur de l'école. La réponse m'émut plus que tous les discours que nous venions d'entendre: «les survivants des écoliers que Binet a examinés au début du siècle dans notre quartier de Belleville.» »
Les années suivant 1905 seront consacrées principalement à la mise au point de son fameux test de QI.
« Cet instrument est le 1er exemple d’une mesure directe de la valeur psychologique des individus. Il a assuré l’idée de l’inégalité des hommes sur une base qui se sentait vague. Il a permis de montrer son rôle universel et mis à jour cette inégalité. » écrira Théodore Simon, le continuateur, dans sa préface à La mesure du développement de l’intelligence chez les jeunes enfants, 1926. Claparède, Piaget passeront au Labo du 36. Pour la critique du Binet-Simon et autres révélateurs de "l'inégalité des hommes", voir l'irremplaçable: Michel Tort, Le quotient intellectuel, éd. Maspéro, Paris, 1974, rééd. en 1982, etc.

Jean Jaurès et le Sentier cycliste

Le prétexte en est encore (voir message précédent) le téléguidage pour "IDF1 chez vous", à l'occasion de la réédition de mes Traversées de Paris.

1. L’hôtel Colbert (16, rue du Croissant), appartient à un gouverneur des Iles dont la fille épousera un neveu du ministre Colbert, d’où l’appellation. Il est attesté dès 1739.
A la mi-juillet 1836, le quotidien Le Siècle s’y installe. Le Charivari, dont la figure la plus célèbre est Daumier, y a déjà son administration en 1834 ; sa rédaction la rejoint en 1848, où l’on trouve aussi dans les lieux l’imprimerie Lange et Lévy : la cour classique de l'hôtel aristocratique a été couverte d’une verrière qui en fait l’atelier des machines ; bureaux et rédactions occupent les anciens appartements.
Après la Commune, on trouve ici un éditeur, la Librairie Illustrée qui, en 1876, publie la Chanson des Gueux (Gueux des Champs, Gueux de Paris) de Jean Richepin, aussitôt saisie pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs. L’ouvrage contient un glossaire d’argot; quelques exemples : une cintième, (déformation de cinquième), est une casquette de souteneur, haute comme un 5ème étage ; la viscope est la casquette ordinaire ; une galupe est une fille publique.
Le 27 octobre 1883, sort de l’hôtel Colbert le n°1 du Cri du Peuple de Jules Vallès. Alors que s’y impriment aussi, dans ces années 1880, La Cote de la Bourse et le Messager de la Bourse.
Dans le bâtiment voisin, au n°12, on trouve toute une série de journaux bonapartistes, puis L’Intransigeant y est logé quand Léon Bailby, en 1924, fait construire pour son quotidien le n°100 de la rue Réaumur.
Le 24 avril 1908, L’Humanité de Jean Jaurès, arrivant du 110, rue de Richelieu, s’installe à l’hôtel Colbert ; elle y restera jusqu’au 25 janvier 1913, pour s’installer ensuite à deux pas, au 142 rue Montmartre. Jaurès n’aura donc eu qu’à traverser la rue pour aller dîner au :
- café du Croissant. Le vendredi 31 juillet 1914, à 21 h 40, Jaurès est assassiné dans ce Café du Croissant, 146, rue Montmartre. Almeyreda, le père de Jean Vigo, transfuge de la Guerre sociale (121, rue Montmartre), et deux de ses collaborateurs du Bonnet rouge sont à ce moment-là dans la salle ; on sait qu’un médecin, le fils du ministre brésilien des Affaires étrangères, est en visite dans les locaux du Radical qui partage le 142 rue Montmartre avec l’Humanité, c’est lui qu’on appelle au secours.
- 142-44 rue Montmartre, dès 1880, l’imprimerie Paul Dupont ; l’Aurore -(c’est là que Zola lit son « J’accuse » avant sa publication dans le numéro du lendemain 12 janvier 1898)- ; le Radical, l’Univers, le Jockey, la Presse, la France – c’est ce dernier titre que l’on lit encore aujourd’hui au fronton du bâtiment.
L’Humanité passera au n°138 de la rue en 1931 pour y rester jusqu’à la 2ème guerre mondiale.  

2. La rue Réaumur. Cette section Sébastopol-Bourse de la rue Réaumur est ouverte en 1895-96, spécialement pour abriter les immeubles du prêt-à-porter et de l’imprimerie ; inaugurée par le président Félix Faure lui-même en 1897, alors qu’elle n’est qu’en chantier, le règlement d’urbanisme de 1902 lui sera appliqué par anticipation. Ce règlement autorise la construction de saillies importantes sur la rue, pouvant aller jusqu’à 1,20 mètre (ce qui entraînera la prolifération de façades cloquées de bow-windows), ainsi que la mise en place d’une esthétique ouvertement pittoresque qui permet les arborescences verticales de l’Art nouveau. Il ne plafonne les hauteurs qu’à 31 m, soit 6 étages sur rez-de-chaussée, plus 3 niveaux de combles habitables. Le conseil municipal, s’inspirant de l’exemple bruxellois, institue pour l’occasion un “concours des façades” qui, initialement cantonné à la seule rue Réaumur, sera étendu finalement à l’ensemble des façades construites à Paris dans l’année écoulée. Seront primées celles des n°101, et n° 91-93.
- n°124, de 1904, immeuble (ISMH) du Parisien libéré de 1944 à 1973, aux nervures d’acier s’ouvrant en calice (Le journal se faisait au restaurant du quatrième étage, où régnait Beullu, le chef du paquebot Normandie : "Certains ne quittaient la table que le temps de déposer leur papier deux étages en dessous."). En face, les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (de 1947 à 1991), 111 rue Réaumur et rue Paul-Lelong. La réception, le tri, la mise en sacs et le départ des quotidiens et des magazines sont une véritable course contre la montre jusqu’en 1960. Minuit 30, rue Paul-Lelong : arrivés par voiture des imprimeries, les quotidiens sont descendus à dos d'homme jusqu'au sous-sol, et dispatchés dans les 14 000 cases des différents destinataires, paquets rechargés ensuite dans 600 camionnettes qui filent vers les gares ou les dépositaires. A 1 h du matin, la première voiture démarre; en tout, l'opération n'a duré que 30 minutes ! Les coursiers à vélo des NMPP sont eux, pour certains, d'anciens champions cyclistes comme Frosio, deux fois champion du monde derrière moto, ou Jules Rossi, vainqueur de Paris-Roubaix. Ils courent dans les années 1950, lestés de 15 kg de journaux sur le porte-bagages avant, un annuel championnat des porteurs de journaux : un parcours de 38 km qui se termine avenue Junot, au sommet de la butte Montmartre ; ils bouclent la distance en moins d’1 heure ! Le bâtiment des NMPP a été refait aujourd’hui en bureaux.
On peut suivre la rue Réaumur sur les pas de Nestor Burma, en 1955 : « Rue Réaumur, je m’attardai à regarder les photos exposées dans les vitrines du Parisien libéré (…) lorsque j’entendis dans mon dos, succédant à un brusque coup de frein, un type hurler un de ces mots qui l’auraient fait recaler au concours. Je me retournai. (…) Un peu avant d’arriver à l’immeuble que Léon Bailby fit construire pour L’Intran, sur l’emplacement de l’ancienne cour des miracles, et qui abrite, aujourd’hui, entre autres rédactions et imprimeries, celles de France-Soir, Franc-Tireur et Crépuscule je revis la bagnole de mon millionnaire, rangée le long du petit square. J’entrai dans le hall de la S.N.E.P. et je vis Lévyberg sortir des bureaux réservés à la réception des petites annonces. Nous nous suivions ou quelque chose comme ça (…). Je pris l’ascenseur à destination du bar du septième étage et m’installai devant un apéro sur la terrasse ensoleillée d’où on domine tout Paris. Depuis 1944, pas mal de Rastignacs au petit pied étaient venus rêver là ».
- En allant du n°124 et n°100, on croise la rue du Sentier, rue de la draperie et de la passementerie. En 1900, on dit que « quand le Sentier est calme (c'est-à-dire profondément affairé), tout va bien en France », de même qu’on dira ensuite « quand Billancourt éternue, la France s’enrhume » : le Sentier est alors le thermomètre de la température sociale. Si le quartier continue de réaliser plus de 40 % du chiffre d’affaires du vêtement féminin français, les imprimeries de la rue du Croissant ont laissé place, dans les années 1970-1980, aux ateliers clandestins de couture en même temps que s’en allaient les Messageries et les grands quotidiens.
- n°100, l’immeuble que Léon Bailby a fait construire en 1924 pour L’Intransigeant. Rotatives en sous-sol et là-haut, dans le triangle des frontons, des bas-reliefs magnifiant les Ouvriers typographes sur l’un et les Journalistes sur l’autre. Il y installera un cinéma, les Miracles (dont le nom rappelle évidemment la cour des miracles à l’emplacement de laquelle il se situe), qui fonctionnera de 1930 à 35. Dans ce bâtiment se sont écrits Combat (Camus en est rédacteur en chef), France-Soir, France-Dimanche, et le magazine Elle créé en 1945 et dirigé par l’épouse de Pierre Lazareff. Immeuble aussi du faux Crépuscule, le journal dans lequel est censé travailler Max Covet, rubricard imbibé des faits divers, grand copain de Nestor Burma. France-Soir s’y maintiendra jusqu’en 1998. Ce journal qui vendait à plus d’1 million d’exemplaires, avait grâce à ses 8 éditions quotidiennes quasiment la vitesse de réactualisation des médias électroniques d’aujourd’hui. Il ne reste de tout cela qu’une façade.
3. La rue du Caire est ouverte fin 1799, en célébration de l’entrée de Bonaparte dans la ville lors de la campagne d’Egypte de l’été 1798. La rue est spécialisée en 1900 dans le commerce des fleurs et plumes, puis le sera dans l’industrie du chapeau de paille. Place du Caire, on trouve alors des cardeuses de matelas. La cour des miracles s’ouvrait encore en 1900 rue Damiette ; ce n’était plus qu’une voie privée de 40 m de long et de 10 m de large débarrassée des faux infirmes que décrit V. Hugo dans Notre-Dame de Paris : c’était un « immense vestiaire où s’habillaient et se déshabillaient à cette époque tous les acteurs de cette comédie éternelle que le vol, la prostitution et le meurtre jouent sur le pavé de Paris ». Et même un peu plus que cela, la comédie ne connaissant pas de relâche et les rôles ayant à jamais déteint sur les acteurs : « on pouvait voir passer un chien qui ressemblait à un homme, un homme qui ressemblait à un chien. Les limites des races et des espèces semblaient s’effacer dans cette cité comme dans un Pandémonium ».