De la belle Gabrielle à Bouvard et Pécuchet


Balade (largement) autour de la librairie la Terrasse de Gutenberg, 9 rue Emilio Castelar, Paris 12e, le dimanche 24 juin.

- A la pointe des 2, rue Emilio Castelar / 85, rue de Charenton : Boulangerie aménagée en rez-de-chaussée d'un immeuble d'angle construit en 1906. La devanture comporte des panneaux peints fixés sous verre, signés de T. Luc et représentant des scènes de moisson. A l'intérieur, les murs sont recouverts de carreaux de céramique, agrémentés d'une frise de fleurs stylisées. Inscrite MH

- 38, rue Traversière : École de trait puis librairie ouvrière créées par Agricol Perdiguier en 1856. Aujourd’hui, belle enseigne de l’ébéniste restaurateur Didier Maulet.

- Au 57, arrière et entrée de la crypte de Saint-Antoine des 15-20. C’était ici un petit coin d’Auvergne : des parents aveyronnais, chaque samedi, de 14 à 15h, y conduisaient leurs enfants, à partir de trois ans, aux leçons de bourrée longtemps données par Raymonde Raynaldy. Cette personnalité du folklore rouergat en a dirigé pendant près de quinze ans les cours hebdomadaires dans les locaux de la paroisse. Les positions et les voltes sont enseignées depuis par Régine Raynaldy, fille de Raymonde, qui a elle-même fondé son propre orchestre, partie intégrante de La Bourrée Montagnarde fondée en 1927.

- Église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts élevée pour le compte de la Ville de Paris par l'architecte Lucien-Robert Roy sur les plans d'Émile Vaudremer et Paul Bichoff entre 1902 et 1904. La conception de cette église emprunte beaucoup aux œuvres majeures de Vaudremer : Saint-Pierre de Montrouge, Notre-Dame d'Auteuil et surtout l'église grecque de la rue Bizet. Elle offre un bel exemple de juxtaposition du style néo-roman et de techniques nouvelles. Le clocher aligné sur l'église est désaxé par rapport à la rue. Cette tour de style roman, flanquée d'un escalier en échauguette, domine le mur en brique animé par une horloge en fer de grande taille. A l'intérieur, les structures reproduisent fidèlement les arcades en plein cintre, les chapiteaux et les lourds piliers des églises romanes. Mais une large verrière au-dessus du transept, la forme incurvée des tribunes, l'usage systématique du fer forgé, le décor en grès de Bigot des autels sont autant de signes de modernité. Œuvre posthume, réalisée assez fidèlement par un disciple, Saint-Antoine-des-Quinze-Vingt révèle l'attirance de Vaudremer, dans les dernières années de sa vie, pour le pittoresque et l'asymétrie.
L’orgue en fut construit par le fameux facteur d’orgues, Aristide Cavaillé-Coll, en 1894, pour le Baron de l’Épée, riche amateur de musique qui désirait jouer chez lui du Wagner, dans le vaste auditorium qu’il s’était fait aménager 55, avenue des Champs-Élysées. Avec ses 2 800 tuyaux, dont le plus grave mesure plus de 5 m. de haut, l’instrument possède la puissance des cuivres wagnériens jointe à la subtilité des cordes et des bois.
Lorsque Cavaillé-Coll disparaît en 1899, l’église Saint-Antoine est déjà en projet. En 1907, le Comte Christian de Bertier de Sauvigny rachète au Baron de l’Épée le grand orgue de son salon de musique et décide de le faire installer dans l’église Saint Antoine.

- Au n°64 Ledru-Rollin, PLU : Ensemble construit vers 1880-1890 autour d'une cour rectangulaire, sur une parcelle traversante. Il s'ouvre avenue Ledru Rollin par un immeuble de rapport en pierre de taille et brique adroitement composé et signé “P. Flanet, architecte 1891”. A l'arrière, sur cour, se développent symétriquement des ateliers en pierre, brique et métal élevés de trois étages sur rez-de-chaussée. Une verrière à structure métal en tiers-point abrite une partie de la cour. Celle-ci se clôt, côté rue Traversière, par un immeuble présentant une façade composée symétriquement de sept travées autour d'un porche monumental en plein cintre (n°55 : passage de la Trôle) et élevée de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée. Les modénatures sont très sobres (chaînes de refends, bandeaux et moulurations autour des baies). L'une des parcelles polyvalentes habitat-industrie-commerce les plus caractéristiques du faubourg pour la régularité de l'espace et de l'esthétique (verrière) de la cour.

- Écoutons Vielé-Griffin, poète symboliste de 20 ans le cadet de Verlaine, qui vient visiter son aîné : « Dépassant donc la Bastille, lieu encore lointain à cette époque pré-métropolitaine, nous suivîmes le viaduc du chemin de fer de Vincennes, sous les arcades duquel se blottissent encore des boutiques et des habitations cintrées d’entresol. Mais voici qu’une voûte s’ouvre, donnant accès à une rue ; nos indications s’en confirment ; hardiment nous franchissons l’humble arc de triomphe et, curieux bien que peu rassurés, nous tournons sans hésiter à gauche pour nous trouver dans une grande cour aux larges pavés gras de lessive et de déchets alimentaires… un lavoir laissait échapper la vapeur de son essoreuse et des gaillardes aux manches retroussées vidaient à même le ruisseau leurs baquets d’eau bleue… bientôt nous voici reçus par le poète. Une chambre de rez-de-chaussée, triste et nue : deux chaises ; une table devant la fenêtre sans rideaux portait des livres, parmi lesquels nous reconnûmes, non sans émotion, nos premières plaquettes ; un lit, à rideaux de lustrine verte, faisait face à la fenêtre et, l’œil fixe vers la cheminée sans glace où s’accumulaient brochures et journaux, un mauvais portrait de Verlaine, toile nue et sans cadre, pendait à un clou. C’était sinistre. » Ça s’appelle l’hôtel du Midi, maison plus ou moins de passes, au n°6 de la cour Saint-François qui ouvre au n°5 de la rue Moreau ; et la chambre est une espèce d’arrière salle de la buvette du marchand de vins qu’il faut traverser pour y accéder. Verlaine est venu y habiter le 15 mai 1885, 2 ans après son départ du 17 rue de la Roquette.
En octobre, il reçoit ici de Mallarmé, une enveloppe dont l’adresse est celle-ci :
Tapi sous ton chaud macfarlane
Ce billet, quand tu le reçois
Lis-le haut ; 6 cour Saint-François
Rue, est-ce Moreau ? cher Verlaine.
Et la lettre arrivée à bon port, Mallarmé suit.
A l’hiver, Verlaine a la jambe dans une gouttière, plâtrée, et sa mère qui le veille jour et nuit en attrape une pneumonie. Le 21 janvier 1886, elle meurt dans une chambre du 1er étage. L’escalier est trop étroit pour qu’on puisse monter Verlaine sur une civière afin qu’il lui donne un dernier baiser. De la même façon, le cercueil sera descendu par la fenêtre, Verlaine ne l’a pas revue et ne sera pas à la messe d’enterrement qui est dite dans la chapelle des Quinze-Vingts. Il va rester là encore un an ou un an et demi après quoi il sera plus souvent à l’hôpital que n’importe ou ailleurs : 20 séjours en 10 ans.

- rue Jules César. Elle doit son nom d’avoir été ouverte, au moment où paraissait l’Histoire de Jules César de sa majesté impériale Napoléon III, (en 1865), sur l’emplacement des Arènes nationales, construction légère de bois et de toile mais du plus pur style gothique ; cirque à l’antique, sportif et gymnique, et non tauromachique, comme le regrette Théophile Gautier dans son feuilleton de La Presse qui en relate l’inauguration :
« La place de la Bastille et la rue de Lyon avaient, lundi dernier [7 juillet 1851], l'apparence de la calle d'Alcala à Madrid un jour de course. – Dia de toros. Les voitures se hâtaient de toutes parts et de longues files de piétons dont aucun ne retournait, se dirigeaient vers le même but; on ouvrait les Arènes nationales, espèce de succursale de l'Hippodrome, trop éloigné des faubourgs populeux de Paris et plus exclusivement destine à la fashion qui le trouve sur le chemin du bois de Boulogne. (…)
Les Arènes, bâties au point de vue populaire, ne donnent que deux représentations par  semaine, le dimanche et le lundi, pour ne point distraire les ouvriers de leurs travaux. On sait que, depuis un temps immémorial, le lundi est célébré beaucoup trop religieusement par la classe qui travaille, dans les cabarets et les guinguettes de la banlieue. Le prix des places des Arènes nationales lui donne les moyens de se divertir plus honorablement et à moins de frais, variant de dix sols à vingt sols. C'est donc un service que rend M. Arnaut à l'édilité de Paris en occupant un certain nombre d'heures une population un peu turbulente dans les plaisirs, où la pousse le besoin de réagir contre ses rudes labeurs. Le prix d'un litre de bleu empoisonné de litharge et de bois de campêche solde un billet des Arènes et empêche de boire ce même litre. Double avantage : l'on s'amuse et l'on ne s'intoxique pas. »

- Passerelle de Mornay, 1825.

- Bd Bourdon (1806) C'était jadis une allée qui longeait le fossé de l'Arsenal, depuis la Seine jusqu'à la Bastille. Depuis 1822, le canal St-Martin a remplacé, entre la Bastille et la Seine, l'ancien fossé de l'Arsenal. Le mur d'escarpe de ce fossé avait remplacé au 16ème siècle le mur d'enceinte de Charles V. Il fut surélevé et couronné d'un parapet pour devenir le mur du quai actuel du boulevard Bourdon.

- Station de métro Arsenal : fermée depuis le 2 septembre 1939. La station Arsenal jouait un grand rôle dans La Grosse Caisse, film dont Bourvil était le héros en 1965, une histoire de holdup sur le train spécial collectant les recettes des stations du métro jusqu’en 1967, dont la station Quai de la Rapée, toute proche, était l’une des étapes. Un poinçonneur (Bourvil), auteur amateur de polars, en avait échafaudé le plan et, s’étant vu refuser son manuscrit, l’avait par dépit refilé à un caïd de la pègre (Paul Meurisse). La station Arsenal (voir sur le lien à 1'01") y est, dans le film, quai d’exposition pour des voitures Simca (ce qu’elle était souvent dans la réalité), outre qu’elle sert de base aux voleurs.

- Lisons maintenant le début de ce roman de Flaubert dont vous devinerez sans doute le titre, au moins à l’apparition des personnages. L’action se déroule en 1839 :
« Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.
Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d'encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.
Au delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers le grand ciel pur se découpait en plaques d'outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d'ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l'atmosphère tiède ; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d'été.
Deux hommes parurent.
L'un venait de la Bastille, l'autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue.
Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils s'assirent à la même minute, sur le même banc.
Pour s'essuyer le front, ils retirèrent leurs coiffures, que chacun posa près de soi ; et le petit homme aperçut écrit dans le chapeau de son voisin : Bouvard ; pendant que celui-ci distinguait aisément dans la casquette du particulier en redingote le mot : Pécuchet.
-- "Tiens !" dit-il "nous avons eu la même idée, celle d'inscrire notre nom dans nos couvre-chefs."
-- "Mon Dieu, oui ! on pourrait prendre le mien à mon bureau !"
-- "C'est comme moi, je suis employé."
Alors ils se considérèrent.
L'aspect aimable de Bouvard charma de suite Pécuchet. (…)
Et leurs yeux erraient sur des tas de pierres à bâtir, sur l'eau hideuse où une botte de paille flottait, sur la cheminée d'une usine se dressant à l'horizon ; des miasmes d'égout s'exhalaient. Ils se tournèrent de l'autre côté. Alors, ils eurent devant eux les murs du Grenier d'abondance. » Qui, depuis 1807, s’étendait du bd Morland à la rue Bassompierre. Détruit par la Commune.

A l’époque de Bouvard et Pécuchet va s’y installer la foire à la ferraille et aux jambons qui s’y tiendra jusqu’en 1869.

- Ensuite tout le quadrilatère compris entre les rues Mornay et Bassompierre va être occupé par le dépôt et les ateliers de la Compagnie générale des Omnibus, construits entre 1877 et 1912.
Le Petit Arsenal, qui datait de François Ier, avait occupé l'emplacement qui va du 21 bd Bourdon à la place de la Bastille.

- Magasin de gros des coopératives de France, et Banque des coopératives de France, 29 boulevard Bourdon. La centrale d’achat et la banque, toutes deux socialistes SFIO, ont eu leur siège ici, après le 208 rue Saint-Maur. La banque a fait faillite en 1934.

- n°31 : sous-station électrique Bastille, de Paul Friesé, 1911. Probablement la plus remarquable des sous-stations réalisées par l’architecte, qui s’inspire ici du néo-roman allemand et de l’architecture islamique d’Asie centrale.

- Avant de tourner dans la rue de la Cerisaie, on évoquera le Bal Bourdon, 41 boulevard Bourdon (pointe avec le bd Henri IV). Un bal populaire, le long du port de l’Arsenal, que fréquentent les “fils de Dieu”, l’une des catégories d’ouvriers de la nomenclature de Denis Poulot comme ils le font de ceux de la Bastille. Hillairet lui attribue “une clientèle d’ouvriers et d’ouvrières juifs”.
Cette extrémité de la rue de la Cerisaie, du côté du boulevard Bourdon, a été percée après le premier Empire, sur l'emplacement du Petit Arsenal.

Gabrielle (à dr.) et l'une de ses soeurs. (C) RMN (Musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda
- N° 10. Emplacement de l'hôtel de Sebastiano Zamet, ami d'Henri IV, cordonnier attiré à Paris dans le mouvement qui se fait durant des années après le mariage de Catherine de Médicis avec Henri II (devenue belle-mère d’Henri IV), qui a quitté l’alène au profit de la banque où il a fait fortune. C'est ici que la belle Gabrielle d’Estrées, en soupant, fut prise d'un mal subit et mortel, en 1599, à 26 ans. Le roi s’apprêtait à l’épouser. Puis l’hôtel devint celui du connétable de Lesdiguières (1614). Le maréchal de Villeroi en hérita après la mort de la duchesse de Lesdiguières et y reçut Pierre le Grand en 1717. (Inscription.) En 1776 la maison fut occupée par le conseiller d'État Drouin de Vandeuil. En 1826 c'était une pension où Ledru-Rollin et Sainte-Beuve firent leurs études. L'hôtel de Lesdiguières possédait de très grands jardins.
- en face, N° 11. Maison du 18ème siècle avec médaillon sur la façade et dans la cour.

- La rue est tracée sur l'ancienne impasse Lesdiguières démolie en 1792, par laquelle le peuple s'introduisit dans les jardins particuliers de Launay lors de la prise de la Bastille.

- Rue de l'Arsenal (1829). Tracée sur l’ancienne avenue de l’Arsenal qui allait du Grand Arsenal au Petit Arsenal, puis elle fit partie de la rue de l’Orme (la partie supérieure de la rue de l’Orme est devenue rue Jacques-Coeur). A l’endroit où la rue de l'Arsenal rencontre la rue de la Cerisaie se trouvait la cour sud du Petit Arsenal, qui était devenue un passage. Sous le second Empire l'administration des Poudres était située du côté impair, au coin de la rue de la Cerisaie.

On longe l’arrière de La caserne des Célestins qui occupe l’emplacement d'une partie de l'ancien couvent des Célestins fondé en 1365 sous Charles V. L'ordre fut supprimé en 1778. L'ancien couvent fut occupé, en 1784, par un hospice médico-électrique, puis en 1785 par l'institution de l'abbé de l'Épée pour les sourds-muets. La Révolution en transforma une partie en magasin de bois de charronnage, et les restes se convertirent ultérieurement en un quartier de cavalerie. L'emplacement du célèbre cloître des Célestins est traversé par le bd Henri IV. La caserne a été construite en 1892 par l'architecte Jacques Hermant, la cour des manœuvres, d’1ha est sur les anciens jardins du couvent.

- rue de Sully créée en 1807 sur l'emplacement des cours du Grand Arsenal. L'ancien Arsenal, construit sous Henri II, sur l'ancien Champ-au-Plâtre, où François Ier avait déjà fait fondre des canons, occupait un vaste emplacement qui s'étendait entre la Seine et la Bastille, à laquelle l'Arsenal communiquait. Cet Arsenal consistait en constructions diverses, et plusieurs moulins à poudre. Après l'explosion de 1572, Henri IV y réédifia un nouvel arsenal, sous le nom de Granges d'Artillerie. Louis XIII et Louis XIV contribuèrent à l'embellir. Sous Louis XIV la fonte des canons fut remplacée par la fonte des statues destinées au parc de Versailles et autres résidences royales. Le Régent reconstruisit une partie des bâtiments sur les dessins de Boffrand, et en 1788 Louis XVI supprima l'Arsenal et on ouvrit sur son emplacement plusieurs rues. Un bâtiment a survécu, c'est celui qui sert de Bibliothèque dite de l'Arsenal qui s’ouvrait en 1910, moment où Rochegude nous livre ses promenades, au 3, de la rue de Sully. Le bâtiment primitif, achevé sous Henri IV, fut remanié par Boffrand en 1718, et sous le second Empire la façade a été complètement refaite. Les appartements en bordure du boulevard Morland ont été construits pour le duc et la duchesse du Maine après la cassation du testament de Louis XIV. Sully logeait à l'Arsenal. La Chambre ardente s'y réunit pour juger Fouquet et Mme de Brinvilliers.
Vus depuis l'ouest, de dr. à g.: l'île Louviers, l'Arsenal, l'église du couvent des Célestins, l'hôtel de Fieubet. P-A Demachy. Gallica

En face, rue du Petit Musc (chemin de la Bastille à l’Arsenal : le bd Henri IV n’existe pas encore) ce qui est en 1664 (époque du procès de Fouquet), et depuis le début du siècle, l’hôtel d’Herbault.
Après 3 ans d’instruction, le procès de Fouquet s’est ouvert à l’Arsenal le 14 novembre 1664 ; il durera jusqu’au 20 décembre. Fouquet est détenu à la Bastille où d’Artagnan est son geôlier. A son arrestation, effectuée par le même d’Artagnan, on a retrouvé dans ses cassettes des lettres de Mme de Sévigné, en mauvaise place, mêlées à celles de maîtresses et d’espionnes. En fait, elle aima Fouquet mais sut l’obliger à n’être qu’un ami. Elle n’en suit pas moins son procès avec beaucoup d’anxiété.
Lettre de Mme de Sévigné à M. de Pomponne du jeudi 27 novembre 1664 :
« Imaginez-vous que des dames m’ont proposé d’aller dans une maison qui regarde droit dans l’Arsenal, pour voir revenir notre pauvre ami. J’étais masquée, je l’ai vu venir d’assez loin. M. d’Artagnan était auprès de lui ; cinquante mousquetaires, à trente ou quarante pas derrière. Il paraissait assez rêveur. Pour moi, quand je l’ai aperçu, les jambes m’ont tremblé, et le cœur m’a battu si fort que je n’en pouvais plus. En s’approchant de nous pour entrer dans son trou, M. d’Artagnan l’a poussé, et lui a fait remarquer que nous étions là. Il nous a donc saluées, et a pris cette mine riante que vous lui connaissez. Je ne crois pas qu’il m’ait reconnue ; mais je vous avoue que j’ai été étrangement saisie quand je l’ai vu entrer dans cette petite porte. Si vous saviez combien on est malheureux quand on a le cœur fait comme je l’ai, je suis assurée que vous auriez pitié de moi… » Bouleversée, elle s’en retourne rue Sainte-Avoye (auj. du Temple), où elle est venue loger, veuve à 25 ans, à la fin de sa période de deuil.

- L’hôtel d’Herbault est acquis en 1676 par Gaspard de Fieubet, chambellan de la reine Marie-Thérèse depuis 1671. A sa demande, Jules-Hardouin Mansart refit peut-être complètement la demeure, à l’exception de l’angle quai des Célestins rue du Petit Musc, ou la remania seulement, mais tout de même durant cinq ans. Une petite chapelle existait à l’angle de la rue du Petit Musc et du Quai. L’échauguette actuelle, sur la rue du Petit Musc fût l’oratoire de Madame de Fieubet. Après bien des vicissitudes, l’hôtel est acheté en 1857 par M. de La Valette, publiciste, qui le fait restaurer, épargnant les façades sur la cour arrière et les modifiant sur la cour avant (cour d’honneur) et dans la rue du Petit Musc pour obtenir l’ornementation actuelle. Par un canal souterrain, l'hôtel aurait même été mis en communication directe avec la Seine que les convives empruntaient en gondoles pour rejoindre directement la salle à manger. Un petit dôme fut ajouté au centre et le fameux clocheton édifié à droite. En 1877 les Oratoriens y établirent l'école Massillon, et déshonorèrent les ailes de ce vieux logis pour l'agrandissement de leur école.

- Le Pavillon de l’Arsenal a été construit d'après les plans de l'architecte Clément en 1878-1879 à la demande d'un particulier. Laurent-Louis Borniche (1801-1883), ancien marchand de bois installé sur l'île Louviers, grand amateur de peinture, fit construire ce qu'il voulait être un «musée populaire», pour présenter sa collection, de près de 2 000 toiles. À sa mort, en 1883, sa fille vendit les tableaux et loua le bâtiment à la société de pâtes alimentaires Rivoire et Carret. Il devint par la suite comptoir de vente d'alcool, restaurant… Devenue propriétaire du lieu en 1922, la Samaritaine y installa en 1931 ses ateliers de confection, puis la Ville s'en porta acquéreur en 1954 et y conserva des archives.
L’exposition de 1961 « Demain… Paris », qui s’était tenue au Grand-Palais, avait fait de l’horizon 2 000 un leitmotiv : la grande maquette de la capitale réalisée pour l’occasion se trouve à l’heure actuelle au Pavillon de l’Arsenal.

- bd Morland. Il occupe l'emplacement de l'ancien Mail, établi du temps d'Henri IV, qui longeait le Grand Arsenal. En 1770 le Mail devint quai du Mail, et, rappelons-le, longeait le petit bras de la Seine qui séparait la terre ferme de l'île Louviers. En 1806 le quai du Mail devint quai du Colonel-Morland, en l'honneur du colonel (gal à titre posthume) tué à Austerlitz en 1805. Lorsque l'île Louviers fut réunie à la rive droite en 1843, l'ancien quai devint boulevard Morland (1844).

- caserne Schomberg de 1861, abrite alors 450 hommes de la Garde Républicaine ; école de gendarmerie en 1901. Le samedi 26 août 1944, elle est frappée par le dernier bombardement de la Luftwaffe, qui y fait 15 morts et détruit une partie des bâtiments. Ce qu’il en reste sera converti en résidentiel par Yves Lion en 1996-99.

- 5 bd Morland, 1880, bel immeuble d’Auguste Léon Gennerat, où il a son domicile et son cabinet d’architecte (monogramme LG au-dessus de la fenêtre).

- Coin du 1 boulevard Bourdon, et bd Morland : immeuble en rotonde des années 1870.

- Le bureau d'octroi qui se trouve près du pont Morland occupe l'emplacement du jardin de la curieuse maison éclusière du bassin de l'Arsenal que les travaux du Métropolitain ont fait disparaître en 1906.

- quai de la Rapée : Louis XV y eut une maison de plaisance ; l’un des hauts lieux galants de la Régence.

- Rue Crémieux. Ouverte en 1865 par la compagnie générale immobilière de Moïse Polydore Millaud, patron du Petit Journal, lancé le 1er février 1863, du Soleil plus tard et de quelques publications dérivées, après qu’il a possédé une banque et un bazar. La rue a gardé son nom jusqu'à la fin du siècle, avant de prendre celui du membre du gouvernement provisoire de 1848. 35 pavillons de 3 niveaux comportant chacun 2 pièces à feu, avec cuisine en sous-sol sur le mode anglais.
Le Théâtre des Folies de Lyon (enseigne Concert), et les niches encore garnies de statues du n°12 (hôtel de France). Gallica

En face de la rue Crémieux, le 12, rue de Lyon (UGC) était encore, dans les niches aujourd’hui vides, orné de statues quand le marquis de Rochegude publia ses Promenades en 1910. A la gauche du bâtiment, (auj. Roche et Bobois), s’élevait le Grand Théâtre Parisien que Polydore Millaud y avait ouvert le 1er avril 1865, avec la Duchesse de Valbreuse, pour le public populaire du faubourg. Dans le décor, le cachot s’ouvrait malencontreusement de l’intérieur, ce qui allait susciter un abondant courrier au journal ! Aux parquet, stalles, 1er et 2e amphithéâtre, avant-scènes et tribunes s’ajoutaient des places dites confortables, et d’autres dites grands confortables. On y jouait le drame, la comédie, le vaudeville et même l’opéra (Jeanne d’arc). Les représentations étaient sans cesse troublées par le bruit des trains du chemin de fer de Vincennes, la scène étant toute proche du viaduc, ce qui était assez gênant pour les acteurs. Mais le public était généralement enthousiaste et on l’a vu faisant bisser le monologue de Hamlet. La salle devint ensuite un caf'conc’ dit Théâtre des Folies de Lyon, encore visible sur des photos de l’inondation de 1910.

La Tour Eiffel et ses effets


La tour Eiffel, monument emblématique de Paris est un gros totem de ferraille (ceci dit sans aucune nuance péjorative), portant le nom de son constructeur. On n’en est pas plus intrigué que ça, ce n’est pourtant pas banal ! On trouve plutôt, ailleurs, dans ce rôle, la pierre et le marbre, dédiés à quelque souverain des cieux ou de la terre. Notre pylône métallique célébrait, bien involontairement comme on verra plus bas, un siècle après la Révolution, la primauté industrielle de la capitale. C’est Paris, marquée de ses croisillons de fer, qui méritait de s’appeler Stalingrad (la « ville de l’acier » :-).
Les fondations de la tour Eiffel. Gallica

L’Exposition du centenaire de la prise de la Bastille s’est ouverte le 6 mai 1889. La société de Gustave Eiffel (installée alors à Levallois, 42 rue Fouquet, rue devenue depuis Gustave Eiffel, et qui se prolongeait jusqu’à l’actuel périphérique), y était responsable d’une tour qui gardera son nom, dans la mesure où elle était, non pas un monument commémoratif de commande, mais une attraction construite « à ses risques et périls », financiers s’entend : un manège forain, l’équivalent d’une grande roue ou de montagnes russes.

Concernant l’obélisque, monument tout ce qu’il y a de plus classique et officiel, lui, qu’on dit donc « de Louxor » ou « de la place de la Concorde » et non pas « de Lebas », son piédestal nous fait pourtant connaître le nom de l’ingénieur qui en dirigea l’érection, (comme celui du capitaine qui en avait assuré le transport : Verninac). Les noms des ouvriers, vous n’y pensez pas ! Le 28 octobre 1836, on a bien vu, accrochés à son sommet, les drapeaux des charpentiers et des maçons, mais l’hommage qu’ils se rendaient ainsi à eux-mêmes resta tout éphémère et non patronymique.

Des noms, Gustave Eiffel en a fait graver une ribambelle sur sa tour, il y avait la place : soixante-douze patronymes, tous des Français à l’exception du Suisse Breguet. Côté Grenelle, Gouin, Cail, Giffard, l’homme des injecteurs de machines à vapeur ; côté Trocadéro, Flachat, l’ingénieur du pont d’Asnières et de la plupart des réalisations de Gouin, et aussi ingénieur-conseil des frères Pereire ; face à Paris, enfin, le Polonceau du pont du Carrousel, à moins qu’il ne s’agisse de son fils, inventeur des fermes métalliques éponymes. En bref, une vingtaine d’industriels, ses pairs ; les autres sont des savants. Les noms des deux cents à deux-cent-cinquante ouvriers présents en permanence sur le chantier durant vingt-six mois ne figurent nulle part. Un tiers des 15 000 éléments de structure a été riveté sur place, une équipe de quatre membres étant nécessaire pour chauffer le rivet grâce à un four portatif qu’on hissait avec soi, mettre et maintenir le rivet en place, enfin en marteler la tête. Une équipe de riveteurs répétait l’opération 250 à 300 fois par jour. Par bonheur, il n’y eut aucun accident mortel. Gageons que le contraire n’aurait même pas suffi à en immortaliser les victimes. 

On n'a de photos que des peintres, pas des rivetteurs. 1924. Gallica
Les ouvriers y sont payés à l’heure, c’est à dire moins l’hiver, où les journées ne font « que » 9 heures, que l’été où elles en font 12. La grève de septembre 1888 demandait, pour compenser un peu, une augmentation horaire à la mesure de la diminution du jour. Le 20 septembre, pour mettre un terme au conflit, Eiffel accordait par écrit une augmentation de 15 cts de l’heure à l’entrée de l’hiver, assortie d’autres promesses orales. Le 19 décembre, il fait très froid depuis quelques jours, plusieurs ouvriers sont tombés malades, les autres, réunis au café du 135 rue d’Orsay (auj. quai Branly pour cette partie), leur local habituel, considèrent que la journée d’hiver de 9 heures payées 10 est une des promesses verbales non tenues de septembre. Le 20 décembre, à 7h45, ils sont 140 à monter au sommet, alors à 210 mètres, dans le froid qu’on imagine à cette date, cette heure et cette hauteur, pour y tenir meeting. Au bout d’une heure, la grève est décidée, les monteurs éteignent les forges, 5 délégués partent pour Levallois rencontrer Eiffel, qui n’accordera rien.
 
Lors d’une exposition suivante, pas universelle celle-là mais des Arts décoratifs, la tour Eiffel s’appellera Citroën. A compter du 4 juillet 1925, et dix ans durant, jusqu’à la faillite d’André Citroën, de quarante kilomètres à la ronde vous éblouissait le nom de la marque automobile, en lettres de vingt mètres de hauteur, composées de deux cent cinquante mille ampoules de six couleurs. Une appropriation de l’espace et des monuments publics qui se réinstalle aujourd’hui par le biais de toiles peintes couvrant les échafaudages lors de travaux de rénovation.

C’est chez Pauwel, à la Chapelle, successeur de Charles Nepveu  à la Compagnie générale de matériel de chemin de fer, qu’Eiffel avait débuté. L’entreprise employait d’autres célébrités : Denis Poulot se souvient avoir assisté, barrière des Vertus (au débouché de la rue du Château-Landon sur le boulevard de la Chapelle), chez le traiteur Boulanger, à l’enseigne du « Là, s’il vous plaît », au sacre d’un « empereur des pochards et roi des cochons » qui travaillait chez Pauwel. « Là, s’il vous plaît », c’est l’appel lancé par le forgeron à ses collègues pour leur indiquer que c’est le bon moment de frapper sur la pièce chaude. Boulanger était donc lui-même, sans doute, un ancien forgeron mais, devenu gargotier, son nom nous est resté. On ne sait pas en revanche le nom de « l’empereur », Hercule doté de doigts de fée au bout de biscottos de fer, capable nous dit Poulot de dessiner le portrait d’Henri IV, à l’aide d’une pointe à tracer, dans un carré d’un millimètre de côté !

Eiffel créerait ensuite son entreprise en 1867, à 36 ans. On lui doit, à Paris, la passerelle des Buttes-Chaumont, et la coupole de la synagogue de la rue des Tournelles, et aussi l’ossature du Bon Marché. Aristide Boucicaut, vendeur puis chef de rayon pour les châles au Petit-Saint-Thomas de la rue du Bac, avait pressenti le grand boom économique du Second Empire. Le 9 septembre 1869 était posée la première pierre du premier grand magasin parisien, le sien. L’architecte Louis Charles Boileau et l’ingénieur Gustave Eiffel allaient, de fer (qui permet les larges baies) et de verre (pour laisser passer la lumière naturelle), le construire. Le baron Haussmann lui fournirait sa clientèle en enrichissant la bourgeoisie.
De chez Eiffel encore la structure métallique du « pavillon de l’Alimentation et des Vins de la Ville de Bordeaux », à l’Exposition universelle de 1900, qui deviendra la cité d’ateliers d’artistes dite La Ruche, au 2 passage de Dantzig dans le 15ème.

On doit enfin à Eiffel l’ossature de la statue de la Liberté, tâche dans laquelle il succédait à Viollet-le-Duc. Cette ossature était habillée par Monduit et Béchet ; Gaget, Gauthier et Cie successeurs, 25 rue de Chazelles, maison fondée en 1825. « Un de nos grands établissements parisiens, écrit Turgan, le plus important peut-être de ceux où l’on travaille les métaux. On leur doit la tête gigantesque de la statue de l’indépendance américaine, en cuivre repoussé, qui à l’exposition universelle de 1878, préfigurait pour ses souscripteurs le futur monument new-yorkais » que l’on n’appela jamais ni statue Gaget, Gauthier et Cie successeurs ni statue Eiffel ni statue Bartholdi, son sculpteur, mais uniquement « statue de la Liberté ». Enfin la statue toute entière, qui sera posée, donc, sur une armature de l’entreprise Eiffel, à l’entrée du port de New York. 
L'habillage de la Liberté. Gallica

Les dessous Eiffel de la Liberté Gaget. Gallica

La même entreprise redressera la colonne Vendôme, aura la charge des flèches de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle, de la couverture de l’Opéra Garnier et, plus terre à terre, des canalisations conduisant les eaux de la Vanne et de la Dhuys à Paris, la société étant l’entrepreneur de la Compagnie générale des eaux. Outre ces infrastructures, elle fait aussi dans la robinetterie.

Mais le plus notoire des travaux d’Eiffel est bien sûr sa tour, construite de 1887 à 1889. Attraction touristique, il lui fallait hisser les visiteurs qui payaient le point de vue imprenable ce qui poserait un problème d’ascenseur. Lors de son inauguration, elle en était encore dépourvue : le président du Conseil s’était arrêté au premier étage ; Locroy, ministre du Commerce était monté à pied jusqu’au sommet !

Léon Edoux avait présenté le premier ascenseur, - il est l’inventeur du mot -, à l’Exposition de 1867. C’est lui qui va réaliser l’ascenseur double de la tour Eiffel, à deux cabines s’équilibrant, qui reliera le 2e étage au sommet. Les ascenseurs Roux-Combaluzier et Otis, qui démarraient au rez-de-chaussée, ont été remplacés pour l’Expo de 1900 ; ceux d’Edoux existaient toujours en 1980, c’était alors les doyens des ascenseurs.
Léon Edoux était passé de la fabrication d’usines à gaz aux ascenseurs en s’associant avec Samain. L’entreprise Edoux et Samain, (12 rue Saint-Amand et 72 à 78 rue Lecourbe), fabriquera des ascenseurs électriques dès 1900. Elle aura les honneurs de la Java des Chaussettes à clous, de Boris Vian, où tous les gendarmes ont des noms d’ascenseurs :         « - Gendarme Edoux-Samain / Combien de contredanses avez-vous exécutées ce matin ?
/ - Cent treize, brigadier / - Gendarme, ce n'est guère! / Attention, on vous surveille ». Ses collègues sont le gendarme Combaluzier et le gendarme Otis Pifre (161-63 et 174-76 rue de Courcelles, 17e).

Le scandale de Panama datait de 1892 ; panama, devenu nom commun, est passé dans l’argot dès 1903 pour y nommer une « chose, affaire embrouillée » (Nouv. Lar. ill.). Paname pour désigner Paris est attesté la même année. Paris était-il alors « la grosse combine » comme New York « la grosse pomme » ? Toujours est-il qu’Eiffel se trouva attaqué au moment du scandale parce qu’il construisait les écluses du canal. Il en prendra sa retraite, laissant la place à la tête de son entreprise à Maurice Koechlin.

L’atelier d’horlogerie Breguet avait été fondé quai de l’Horloge, - il ne pouvait en être autrement ! - à la fin du 18e siècle. Il s’était installé 19 rue Didot cent ans plus tard, après avoir été à l’origine des premières horloges électriques, des premières bobines, du télégraphe à lettres, du premier téléphone national. L’entreprise comptait 130 à 190 ouvriers en 1896, 480 en 1900. En 1903, le transfert d’une partie de la production à Douai faisait tomber ce chiffre à 150 mais il serait déjà remonté à 270 en 1907. Les premiers hélicoptères y seront encore mis au point. En 1918, à 86 ans, Gustave Eiffel collaborait, rue Didot, à la première mise au point d’un prototype en soufflerie.
Henri Tanguy, futur colonel Rol-Tanguy, en sortant du service militaire, en 1930, entre chez Breguet, rue Didot. Il y devient tôlier-formeur, chaudronnier en cuivre, tuyauteur, soudeur. Quatre ans plus tard, à la suite de la  tentative de coup d'État de février 34, il y monte un syndicat, y crée une cellule communiste. Il est licencié l’année suivante. 

La société Eiffel est demeurée à Levallois jusqu’en 1957, date à laquelle elle passait au Blanc-Mesnil avec un siège à Paris 23, rue Dumont d’Urville.

Armorial de patrons que tout cela ! Pourquoi le film seul, à ses génériques, rend-il hommage à tous ses ouvriers ? Personnellement, je ne vais au cinéma que pour ça. Paris ouvrier, avec ses quelque 1 000 noms propres, essaye à sa petite échelle (ce n’est pas le Maitron, bien sûr), d’être le mémorial des ouvriers parisiens.