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De Voltaire à Gréco, si tu t'imagines...


Un parcours sur les pas de Voltaire et des ambassadeurs extraordinaires. 


            La Comédie-Française, invitée à quitter le Théâtre Guénégaud (voir plus bas), trop proche du collège des Quatre-Nations qui s’apprête à recevoir ses premiers élèves, acquiert le jeu de paume de l’Étoile, en face de chez Procope, et en fait un théâtre de mille cinq cents places – dont aucune sur la scène –, qu’elle inaugure en 1689 avec une reprise du Médecin malgré lui de Molière. Elle y restera jusqu'en 1770 quand, le théâtre menaçant ruine, elle l'abandonnera pour la salle des Machines des Tuileries.
            Sainte-Beuve écrivait à propos de Mlle Champmeslé, qui a 47 ans à l'installation ici de la Comédie française, « qu’elle avait la voix des plus sonores et, lorsqu’elle déclamait, si l’on avait ouvert la loge du fond de la salle, sa voix aurait été entendue dans le café Procope ».
L’hiver terrible de 1709 a tué vingt mille Parisiens. Les financiers demandent en ces circonstances aux Comédiens français de ne pas donner le Turcaret de Lesage qui les raille, et ils obtiennent facilement gain de cause. Jusqu’à ce que le roi, bien aise de détourner le mécontentement général sur d’autres que lui, impose que la pièce soit jouée. Un Turcaret – le personnage est vite devenu le nom commun des gens de finance –, c’est quelqu’un qui, dans la pièce, pour un souper de quatre personnes, commande vingt-quatre bouteilles de ce champagne qui a, pour la première fois, les honneurs de la scène, et cent bouteilles de vin de Suresnes pour abreuver ses musiciens !

            Symboliquement, si ce n’est en chair et en os, Voltaire ne va guère quitter le café de Procope : « Né à Paris [et baptisé à Saint-André-des-Arts], ses ouvrages semblent tous avoir été faits pour la capitale », affirmera Mercier qui, lui, a été l’élève du collège des Quatre-Nations. « Il l’avait principalement en vue lorsqu’il écrivait ; en composant, il regardait l’Académie française, où étaient ses prôneurs, le parterre de la Comédie, le café de Procope, et un cercle de jeunes mousquetaires ; il n’a guère eu d’autres points de vue. »
En 1726, après la cuisante bastonnade de l’hôtel de Sully, c’est chez Procope (et la querelle avait peut-être pris naissance dans la loge d'Adrienne Lecouvreur, en face), que Voltaire rumine sa vengeance : c’est « par un garçon de Procope qu’il avait accommodé de façon à s’en servir comme d’un second », qu’il fait porter son cartel au chevalier de Rohan. Celui-ci accepte le duel pour le lendemain et, dans la nuit, le fait enfermer à la Bastille.
En 1737, de Cirey, Voltaire écrit au chanoine de Saint-Merry, son correspondant: « Procope doit m’envoyer un paquet de friandises, marrons glacés, cachou, pastilles, à votre adresse. Je vous supplie de le faire payer. »
Nicolas René Berryer, le nouveau lieutenant général de police qu’a fait nommer en 1747 Madame de Pompadour, a créé pour l'espionnage de la correspondance des particuliers un « cabinet noir ». Les « mouches » sont déjà partout mais on a appris à s’en accommoder. Paul Lacroix raconte qu’un jour, Marmontel, qui n’était encore qu’apprenti philosophe, avait donné rendez-vous à Boindin au café Procope « pour y parler ensemble de matières philosophiques. Ils convinrent entre eux d’une espèce d’argot, destiné à dérouter les soupçons des gens de police, qu’on était sûr de rencontrer dans ce café : d’après ce système de langage déguisé, l’âme devait s’appeler Margot ; la religion, Javotte ; la liberté, Jeannette ; et Dieu, M. de l’Être. Un homme de mauvaise mine vint s’asseoir à côté d’eux, pour les écouter. « Oserai-je vous demander, leur dit-il après avoir écouté sans rien comprendre à leur discussion, quel est ce M. de l’Être, dont vous paraissez si mécontent ? — Monsieur, répondit brusquement Boindin, c’est un espion de police ; le connaissez-vous ? »
C'est à un autre type d'espionnage que se livre Voltaire. Vers la fin d’août 1748, si l’on en croit Longchamp, Voltaire arrive chez Procope déguisé en curé, avec soutane et bréviaire, le visage caché entre perruque en désordre, lunettes et tricorne, pour épier ce qui s’y dit de Sémiramis, sa nouvelle pièce. Il trouve dans ces bavardages matière à quelques corrections, les fait distribuer aux acteurs, et s’en retourne à Lunéville.

Le 2 mai 1760, c’est la première des Philosophes, de Charles Palissot, à la Comédie-Française, devant une salle comble comme n’en ont jamais connue ni Racine, ni Molière, ni Voltaire. Le personnage de Crispin, à quatre pattes sur scène pour brouter une laitue, moque Rousseau et son retour à l’état de nature. On y reconnaît aussi Diderot, Helvétius ; sous le rôle de Cidalise, Mme Geoffrin, et dans « la mère fouettard », Mme d’Épinay.
Deux ans plus tard, pour le deuxième essai de Palissot, la cinquantaine de siffleurs de la claque du chevalier de la Morlière, qui traîne au Procope, traverse la rue et descend la pièce à bout portant.

« Tout ce que je vois jette les semences d’une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n’aurai pas le plaisir d’être témoin, écrira Voltaire. La lumière s’est tellement répandue de proche en proche qu’on éclatera à la première occasion ; et alors, ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux : ils verront de belles choses. » Et Michelet de renchérir : « Les prophètes assemblés dans l’antre du Procope virent le futur rayon de 89 ».
            Le 27 avril 1784, Beaumarchais attend anxieusement chez Procope l’accueil réservé à son Mariage de Figaro, qui se donne à l’Odéon : la Comédie-Française a cessé d’être en vis-à-vis du café.

On remonte jusqu'à la rue de Buci que l'on prend à gauche :
Un cabaret à l’ancienne coexiste encore ici avec le café moderne type Procope : au 4, rue de Buci, chez le traiteur Landelle, qui prêtait sa salle trois ans plus tôt à la première loge maçonnique de Paris, celle de Saint-Thomas-au-Louis-d’Argent, se donnent, le 1er et le 16 de chaque mois, à partir de 1733, les dîners du Caveau. Cette société bachique autant que chantante regroupe, autour de Piron, le jeune Crébillon fils, le peintre Boucher, qui n’est pas beaucoup plus âgé, et Jean-Philippe Rameau, déjà quinquagénaire, mais encore débutant pour ce qui est de l’opéra. Helvétius se joindra parfois à eux. Chacun y doit, à son tour, fournir une chanson ou une épigramme, et si l’on reste « sec », ou si elle est jugée faible, on est condamné au verre d’eau.
En 1855, Poulet-Malassis, le futur éditeur des Fleurs du mal, va ouvrir sa boutique, là où s’était maintenu le Caveau jusqu’à la Révolution.
A l'automne de 1871, Théodore de Banville proposera à Rimbaud une chambre de bonne au-dessus de chez lui, 10, rue de Buci ; Arthur s'y déshabille devant la fenêtre ouverte, jette dehors ses vêtements en loques et s’épouille, nu comme un ver, dans la croisée. On ne le supportera pas plus de huit jours.
            Du Caveau, Piron fournissait en voisin l’Opéra-Comique qui, délogé du préau de la foire Saint-Germain pour cause de construction du Nouveau Marché, avait fait bâtir un théâtre dans l’ancien jeu de paume de la Diligence, au n° 12 de la rue de Buci. À ses Crédit est mort et L’Enrôlement d’Arlequin succèdera, rue de Buci, la première pièce de Favart, le 22 mars 1734.
Au carrefour Buci/Seine, le Bar du Marché

Carrefour rue de Buci / rue de Seine :
En août 1749, le journal de Barbier indiquait : « Le roi a déterminé la place où il permet à la ville de Paris de lui faire ériger une statue », savoir le quadrilatère compris entre la rue de Seine et la rue des Grands-Augustins, à l'Est ; les quais au Nord et les rues de Buci et Saint-André-des-Arts au Sud. « Ce n’est pas à dire, cependant, qu’on prendra absolument tout ce terrain (…) mais c’est-à-dire que la place est désignée dans cet espace de terrain, pour lequel il sera dressé différents plans, dont l’on choisira celui qui paraîtra le plus beau. »
            Le prince de Conti, reçu Grand Prieur de France et ayant de ce fait pris possession de l'hôtel du prieuré du Temple, le roi lui a fait vendre son hôtel de la rive gauche à la Ville – pour une somme comprise entre 1,6 et 1,8 million de livres, assure Barbier, moitié pour lui, moitié pour sa sœur –, afin qu’on y pût « bâtir un hôtel de ville magnifique ». « Il faut donc d’abord faire le plan d’un hôtel de ville, et ensuite le plan de la place derrière ou à côté, sur la même ligne. » On semblait répondre ainsi au vœu de Voltaire qui, dix ans plus tôt, se plaignait à Caylus : « Il n’y a pas une seule place publique dans le vaste faubourg Saint Germain : cela fait saigner le cœur ».

Par la rue de Seine, on arrive à la rue Jacques Callot, percée en enlevant l'ancien jeu de paume de la Bouteille, lieu de naissance de l'Opéra et de la Comédie française :
            Comme sur la rive droite, les fossés ajoutés par Charles V au rempart de Philippe Auguste (l'actuelle rue Mazarine est l'ancienne rue des Fossés de Nesle) sont le règne de la paume. L’abbé Pierre Perrin ayant obtenu de la reine un « Privilège pour l’établissement des Académies d’opéra pour y représenter et chanter en public des opéras et représentations en musique et vers français, pareilles et semblables à celles d’Italie », il fait doter la « ruelle allongée » du jeu de paume de la Bouteille d’un parterre et de trois étages de loges verticales. La première salle d’opéra est ainsi inaugurée le 3 mars 1671 par la création de Pomone, pastorale dont l’abbé a écrit le livret et Robert Cambert la musique. La faillite est pourtant au bout de cent quarante-six représentations triomphales, et le privilège tombe dans l’escarcelle de Lully.
            Quand Lully l’aura évincée du Palais-Royal, la troupe orpheline de Molière s’installera dans l’ancien jeu de paume devenu Théâtre Guénégaud. Elle y sera rejointe par celle du Marais, après quoi le roi ordonnera la fusion des deux avec celle de l’Hôtel de Bourgogne et donnera ainsi, et ici, naissance à la Comédie-Française en 1680.

En face, la rue Guénégaud rappelle l'hôtel éponyme. On remonte la rue Mazarine, traverse le palais de l'Institut et, par le quai, revient à l'autre bout de la rue Guénégaud.
Celle de Dumas, à la Gaité, en 1882. Gallica

Celle d'Abel Gance au cinéma

            Au départ de l’enceinte, au bord de la Seine, s’élevait la fameuse tour de Nesle que ressuscitera le 19ème siècle, Dumas puis Zévaco, en attendant que le cinéma prenne la relève dans les années 1950. En 1832, Bocage était Buridan pour cinq cents représentations successives ; en 1955, c’est Pierre Brasseur qu’Abel Gance choisira pour interprète. « Où est » – et, surtout, qui est ? – « la reine qui ordonna que Buridan fût jeté en un sac en Seine ? » Le mystère que nous a légué Villon reste entier.
Henri de Guénégaud avait racheté l’hôtel de Nesle attenant, devenu de Nevers. Le secrétaire d’État, puis garde des Sceaux, Henri de Guénégaud alias Anaxandre ou Alcandre, et sa femme Élisabeth, Amalthée en préciosité, recevaient en leur hôtel Mme de Sévigné, Mme de La Fayette, et Arnaud d’Andilly. C’est dans leur salon que Boileau lu ses premières satires et corrigea, peut-être, la première tragédie de Racine, qui ne sera pas mieux reçue pour autant : cette Thébaïde, d’une épouvantable noirceur. Racine en tira vite la leçon, et son Alexandre, qu’entendirent ensuite ici les hôtes, exact contre-pied de la précédente, optera pour le genre optimiste et galant. Le succès sera d’autant plus au rendez-vous que l’auteur avait donné deux fois l’exclusivité de sa pièce : et à Molière et, clandestinement, à l’Hôtel de Bourgogne !
 L’année d’Alexandre vit tomber la tour de Nesle, qui fit place au collège des Quatre-Nations que Mazarin destinait à soixante jeunes gens d’Alsace, de la Flandre, de l’Artois et du Hainaut. C’est ici, à Sainte-Beuve, devenu bibliothécaire à la Mazarine et logeant dans les dépendances de cet Institut que Napoléon avait installé dans le collège des Quatre-Nations, que Baudelaire fera porter, en 1843, ses premiers vers.
           
            Le salon d’Amalthée avait été entraîné dans la chute de Fouquet : les Guénégaud avaient eu à peine le temps de demander à Jules Hardouin-Mansart une extension de l’hôtel construit par ce François Mansart dont leur nouvel architecte s’inspire au point d’avoir accolé son nom au sien qu’il ne leur restait déjà plus qu’à se retirer sur leurs terres de Fresnes.
            Leur hôtel, passé aux Conti, devait dans le projet de 1749, on l'a vu, être remplacé par le nouvel Hôtel de Ville de Paris et une grande place dotée d'une statue équestre du roi Louis XV. Il ne sera finalement démoli qu’en 1768, pour être remplacé par l’hôtel de la Monnaie et loger ainsi le ministre François de L’Averdy.
            C'est que la place aujourd'hui Vendôme, conçue à l’instigation de Louvois comme celle des Conquêtes, qui devait être reliée à la place des Victoires et loger Académies, Bibliothèque, Hôtel des Ambassadeurs extraordinaires et Monnaie, avait été refilée en catastrophe à la Ville sous forme de plans d’un côté et de piles de matériaux de l’autre. Paris mettra vingt ans à en revendre les lots et n’y parviendra qu’à l’aide des spéculations de Law. Exit donc la Monnaie de la place des Conquêtes, exeunt d'ici l'hôtel de ville, la place et la statue.
            Le chimiste Sage (1740-1824) occupa en 1778 la chaire de minéralogie docimastique (examen et analyse des minerais) de l'Ecole publique installée à la Monnaie de Paris, qui avait pour but la formation d'ingénieurs propres à diriger les travaux des mines. Il sera à l'origine, en 1783, de la création de l'Ecole des Mines. Il avait en outre rassemblé depuis 1760 d'importantes collections qu'il céda alors au roi, moyennant une rente viagère de 5000 livres; ces collections demeurèrent à l'Hôtel des Monnaies jusqu'en 1824.
            C'est M. de Puymorin, directeur de la Monnaie, son frère et quelques autres royalistes et chrétiens qui avaient, en mai 1814, exhumé nuitamment les restes de Voltaire et de Rousseau de sorte que l'église Sainte-Geneviève (le Panthéon) ne fût point souillée par ces restes impies. Ils étaient allés les dissoudre dans la chaux vive à la barrière de la Gare, vis-à-vis Bercy, au milieu des cabarets et des guinguettes, sur un terrain appartenant à la gare d’eau désaffectée.

Sur le quai Conti, on est sur le trajet des ambassadeurs.
            Voltaire a été de 1733 à 1749, l’ami-amant d'Émilie, marquise du Châtelet, fille de ce baron de Breteuil qui avait été pendant plus de quinze ans, jusqu’à la mort de Louis XIV, l’introducteur des ambassadeurs à la cour.
            Le protocole faisait faire aux ambassadeurs étrangers antichambre dans le faubourg Saint-Antoine. Ceux des puissances catholiques attendaient, dans une salle du couvent de Picpus dite, pour cela, « des Ambassadeurs », de recevoir les compliments des princes et princesses du sang pour pénétrer en ville ; ceux des autres nations séjournaient à hôtel des Quatre-Pavillons des Rambouillet, protestants, rue de Charenton, où, au jour de leur présentation, venaient les prendre les carrosses de la cour.
            Le parcours officiel des ambassadeurs, après avoir franchi la porte Saint-Antoine et traversé la place Royale, gagnait la Seine par la rue de la Monnaie puis faisait le tour du bassin du Louvre, longeant le fleuve vers l’aval jusqu’au pont Royal, et remontant les quais de l’autre rive jusqu’à la hauteur du Pont-Neuf.
            La folie Rambouillet était surnommée la Maison du Diable, du nom de Rémond le Diable, fermier général dont le fils était l’introducteur, quand l’ambassadeur turc y arriva avec sa suite de 80 personnes le 8 mars 1721. Le vendredi 21 mars, il était reçu par le petit roi de 11 ans aux Tuileries. « On approuva fort, écrit Saint-Simon, le chemin qu’on fit prendre à cet ambassadeur, (…) et de l’avoir fait retourner par le quai des Tuileries et par celui des Théatins [aujourd'hui Voltaire], qui sont les endroits ou Paris paraît le mieux. Que serait-ce si on dépouillait le Pont-Neuf de ces misérables échoppes, et tous les autres ponts de maisons, et les quais de celles qui sont du côté de la rivière ? »
Saïd Méhémet Pacha, son successeur, fera son entrée solennelle à Paris, le 7 janvier 1742, empruntant le parcours protocolaire menant du faubourg Saint-Antoine à l’hôtel des Ambassadeurs extraordinaires de la rue de Tournon, par un froid qui a étréci le cortège sur la seule partie de la chaussée où fumier et sable ont été répandus sur la neige gelée. Ensuite ses cavalcades et ses défilés se déploieront au jardin du Luxembourg.

On est arrivé devant le Pont-Neuf :
            Les principaux cafés de Paris sont au 18ème siècle, en haut du Pont-Neuf, vers l’aval, sur le quai de l’École, celui de Gradot où se réunissent les esprits forts, les savants et les bons joueurs d’échecs, et à l’autre extrémité du Pont-Neuf, côté amont, c’est-à-dire au bout du quai des Augustins, celui de Duverger, où se rassemblent les nouvellistes et les gazetiers politiques.
            La Motte demeurait « rue Guénégaud, près du quai Conti, très froid, comme on sait, et exposé au nord », écrit Sainte-Beuve, qui poursuit en citant Duclos : « devenu aveugle et perclus des jambes, il était réduit à se faire porter en chaise– (il avait à lui sa chaise, c’était alors le luxe des demi-fortunes, explique Sainte-Beuve) -, au café de Gradot, pour se distraire de ses maux dans la conversation de plusieurs savants ou gens de lettres qui s’y rendaient à certaines heures : Maupertuis, Saurin, Nicole, tous trois de l’Académie des sciences, Melon, auteur du premier Traité sur le Commerce, et beaucoup d’autres qui cultivaient ou aimaient les Lettres ».
            Émilie du Châtelet n’y venait que pour Maupertuis. « J’ai été hier et aujourd’hui vous chercher chez Gradot, lui écrit-elle un samedi du début de 1734, et je n’ai pas entendu parler de vous. » C’est, dans ces mois-là, un leitmotiv : « Je vous ai promis de vous avertir de mon retour, ce ne serait point être revenue que de ne vous point voir. Venez souper avec moi demain ; je vous irai prendre au sortir de l’opéra, chez Gradot, si vous voulez m’y attendre ».
            Voltaire est en mission diplomatique pour Berlin et pour Bayreuth. L’armée de l’Angleterre, du Hanovre et de l’Autriche, commandée par Georges II, a défait le 23 juin 1743 celle du maréchal de Noailles à Dettingen, sur le Main. La route du royaume de France s’est ouverte par l’Alsace devant les coalisés. Les rapports de police pistent le philosophe : « On dit que Voltaire déclame hautement contre les Français, les ministres, l’Académie, et surtout contre l’évêque de Mirepoix et l’on blâme le gouvernement de ne l’avoir pas mis à la Bastille pour les derniers discours qu’il tint publiquement chez Gradot avant son départ ».

On descend, par les rues de Nevers et de Nesle qui nous rappellent la tour de Buridan, jusqu'à la rue Dauphine. On est à nouveau dans les pas des ambassadeurs qui, par cette rue Dauphine et celle de la Comédie, entre Procope et Théâtre-Français, descendaient ensuite la rue de Condé, de sorte de passer devant le palais du Luxembourg, avant de prendre la rue de Tournon.
            Au 33, rue Dauphine, coin de la rue Christine, Juliette Gréco a déniché, dans une imprimerie, un bar ouvert à peu près toute la nuit. Devenus des familiers du lieu, Roger Vadim, Roger Pierre, Jean-Marc Thibault en ont débarrassé la cave et c’est devenu un club, le Tabou. Les chemises à carreaux, les jeans, les baskets arrivés dans les bagages des Américains sont désormais la tenue de be-bop des « rats de cave ». Albert Camus, qui adore danser, est au Tabou tous les soirs, avec Jean Genet, les trois frères Vian, Raymond Queneau.

Cour du Commerce St-André :
            « Imberbe alors, sur les vieux bancs de chêne, où l’enfant boit, dix ans, l’âpre lait des études », Baudelaire lit avec passion ce Volupté que Sainte-Beuve a écrit à l’Hôtel meublé de Rouen, au n° 4 de l’actuel passage du Commerce, dans les deux chambres du quatrième étage où il recevait Adèle, Mme Victor Hugo.

Place Henri Mondor (de l'Odéon) :
            Marat et les quelques personnes attachées à la confection et au pliage du journal s’activent autour de l’Ami du Peuple, au premier étage de l’ex-30, rue des Cordeliers, qui correspond au pan coupé du bâtiment de l’École de médecine donnant sur l’actuelle place Henri-Mondor. Danton habite à deux pas, près de l’endroit où, sur la place, est érigée sa statue. Billaud-Varenne, son secrétaire, loge 45, rue Saint-André-des-Arts, à l’angle de la rue Gît-le-Cœur. Hébert est au 5, rue de Tournon.
            Le 13 juillet 1793, Marat est assassiné, dans l’appartement à la fenêtre duquel, ouvertes les deux croisées en verre de Bohème, il se penchait quand Danton, au passage, le hélait. « S’il faut un successeur à Marat, s’il faut une seconde victime à l’aristocratie, elle est toute prête, c’est moi », assure le Hébert du Père Duchesne, un temps président du Club des cordeliers. Moins de neuf mois plus tard, Danton est arrêté ; son ancien secrétaire, « le tigre à perruque jaune », requiert contre lui. Au questionnaire d’identité, Danton répond : « Ma demeure ?, bientôt dans le néant, ensuite dans le Panthéon de l’Histoire ! M’importe peu ! Ancien domicile : rue et section Marat ».

            Le dimanche 10 mars 1839, le chapiteau de la future colonne de Juillet sort de la fonderie du Roule tiré par 12 chevaux aidés de 100 à 200 hommes pour gagner la place de la Bastille par les grands boulevards. A la hauteur de la rue de Ménilmontant [aujourd'hui Oberkampf], un cheval s'abat, l'attelage est épuisé, la foule prend les choses en mains, le cortège arrive à destination sur les 10 heures du soir. De la Bastille, une partie de cette foule, environ 300 personnes, essentiellement des ouvriers, brandissant 3 drapeaux rouges, remonte en sens inverse jusqu'à la Porte St-Denis, descend la rue du même nom puis la rue Mauconseil jusqu'au marché des innocents, criant « Vive la liberté ! Vive la République ! A bas les ministres ! ». On chante la Marseillaise et le Chant du Départ. Les gardes municipaux du poste de la Lingerie ont pris les armes et les dispersent. Le cortège se reforme et par le pont au Change arrive place du Palais de Justice. Le poste de la ligne prend les armes, une brigade de sergents de ville s'attaque aux drapeaux, en arrête les porteurs et tous ceux qui les défendent. Ceux qui en ont échappé vont vers l'École de Médecine, entrent au Café Dupuytren, juste en face, appellent les étudiants à la rescousse : "Nous sommes tous des frères, Vive la République ! Les écoles avec nous!"

            Dans les années 1780, au 12 de l’actuelle rue de l’École-de-Médecine, se sont achevés les magnifiques bâtiments de l’Académie de chirurgie, voulus par Louis XV, continués par Louis XVI, qui, après le Roi-Soleil, ont favorisé les efficaces barbiers-chirurgiens dont l'amphithéâtre était d'abord installé plus bas, au n°5.

            Par la rue Dupuytren et la rue Monsieur le Prince on arrive à l'arrière du couvent des Cordeliers où le bataillon des Marseillais, qui fit connaître La Marseillaise aux Parisiens, avait cantonné.
            En face, dans le triangle de la rue Monsieur le Prince, la rue de Vaugirard et la rue de Condé, s'élevait l'hôtel d'Henri de Bourbon, prince de Condé. Celui-ci ayant choisi de résider désormais au Palais-Bourbon, la parcelle fait partie d’un plan d’urbanisme que Charles de Wailly complètera, en 1789, par un projet d’embellissement de la Ville de Paris.

On prend la rue Casimir Delavigne, qui s'appela Voltaire :
            Les nouvelles rues consécutives au lotissement de l’hôtel de Condé s’appellent, à l’exception de la rue centrale, Molière (auj. Rotrou), Regnard, Crébillon, Voltaire (auj. Casimir Delavigne), Racine et Corneille. Pour la première fois, leurs noms sont des dédicaces et non plus l’indication des hôtels aristocratiques, congrégations ou enseignes desservis ; et les rues pas seulement des moyens de viabiliser la propriété foncière, mais un espace public dont jouir. Ces premières rues à flâner de Paris sont placées, de surcroît, sous le patronage des lettres et de la philosophie, Voltaire, à peine mort, se retrouvant en puissance tutélaire bien avant que la Révolution n’en fasse son héros.

On arrive place de l’Odéon :
Le séjour de Condé, très étendu, offrait de multiples possibilités, Louis XVI décide, en 1779, d'y faire construire un théâtre pour ses Comédiens français qui n’occupent la salle des Machines des Tuileries qu’à titre provisoire. Charles de Wailly, pressenti avec Marie-Joseph Peyre, s’en ouvre à Voltaire ; le philosophe a aménagé un théâtre à peu près partout où il s’est trouvé : à Cirey, chez la marquise du Châtelet, dès 1735, comme dans sa maison de la rue Traversière, pour Le Kain, quinze ans plus tard.
 Le roi a décidé également que le théâtre serait placé au plus près possible du palais du Luxembourg, qu’il a donné à Monsieur, son frère, le comte de Provence, et à Madame, l’épouse de celui-ci, afin qu’il « soit un nouvel agrément pour leur habitation, en même temps que pour nos sujets qui, avant d’entrer, ou en sortant du spectacle de la Comédie-Française, auront à proximité une promenade dans les jardins du Luxembourg ». 
            La salle de deux mille places, la plus grande de Paris, financée par le lotissement de l’hôtel de Condé (et celui de la pointe occidentale des jardins du Luxembourg, dans laquelle est ouverte la croisée des rues Madame et de Fleurus), est inaugurée le 9 avril 1782. La Reine, Monsieur, Madame, y assistent à un divertissement qui moque les modes du jour, dont le goût pour une presse incarnée alors dans le Journal de Paris.
            Le 27 avril 1784, c’est un succès fou, au sens propre, pour Le Mariage de Figaro ou La Folle journée. La Comédie-Française, seul théâtre de Paris dégagé comme un monument, est littéralement cernée. « Dès dix heures du matin, soit huit heures avant la représentation, quatre ou cinq mille personnes se pressaient aux abords du théâtre et tentaient déjà d’en forcer les grilles, écrit Frédéric Grendel. Jusqu’à la Seine des files ininterrompues de carrosses stationnent et créent dans les rues avoisinantes un encombrement et une paralysie dont les conducteurs d’aujourd’hui ne peuvent avoir idée. À midi, les grilles cédèrent enfin sous la pression de la foule et la garde imposante dut reculer. Trois candidats au parterre moururent étouffés, impossible de les dégager. Debout, perdus dans l’indescriptible cohue, les trois morts semblaient attendre comme les autres le début du spectacle. (...) La salle fit un sort à la plupart des répliques, applaudissant sans cesse, au point que le spectacle dura plus de cinq heures. » Et cette première représentation fut suivie de soixante-sept autres d’affilée, ce qui ne s’était jamais vu.
Le 1er projet de Charles de Wailly, 1786. Gallica

Les files ininterrompues de carrosses stationnaient rue du Théâtre-Français (auj. de l’Odéon), le long de trottoirs, cette trouvaille anglaise qui faisait ici son apparition à Paris, et devant les maisons à plusieurs locataires jalonnant la patte d’oie conçue par Charles de Wailly. Une place en demi-cercle redouble le théâtre d’un second, symbolique, d’autant mieux que la façade du monument, reliée par des arcades à deux annexes latérales, semble la fermer d’un mur de scène à l’antique.

Camille Desmoulins habitait place de l’Odéon, à l’angle de l’actuelle rue Crébillon. Le couvent des cordeliers fermé par la Révolution, il y loge son Club des cordeliers, populaire, composé d’habitants et non d’élus, qui acquittent un droit d’entrée minime. Marat, retour d’un exil londonien dû à ses attaques contre Necker et La Fayette, s’y est inscrit. C'est en grande partie sous son influence qu’est portée au Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791, la pétition exigeant qu’on destitue le roi.

Par la rue Regnard, on rejoint la rue de Condé :
Beaumarchais, associé avec le financier Pâris-Duverney dans une série d’affaires dont l’exploitation de la forêt de Chinon, s’était installé avec sa famille au n° 26. Le 3 janvier 1773, son Barbier de Séville avait été reçu à la Comédie-Française ; le 11 février, Beaumarchais avait une altercation avec le duc de Chaulnes, qui l’accusait de lui ravir sa maîtresse, l’actrice Mlle Ménard, et il devait quitter son domicile pour la prison de Fort-l’Évêque. Pendant qu’il s’y morfondait, l’héritier et neveu de Pâris-Duverney faisait casser les dispositions du testateur : Beaumarchais était ruiné. Il ne sortira de prison, le 8 mai, que pour se voir chassé aussi de sa maison. Le Barbier de Séville attendra encore deux ans avant d’accéder à la scène.

Avec le cortège des Ambassadeurs, on passe devant le Luxembourg pour remonter la rue de Tournon :
La Galigaï, sœur de lait de Marie de Médicis, s’était, avec Concini son mari, installée rue de Tournon ; c’est peut-être pour ça que la reine avait fait bâtir le Luxembourg. Le 24 avril 1617, Concini, le favori de la reine mère, devenu Premier ministre, était attiré dans une souricière sur le pont-levis du Louvre et abattu à coups de pistolet. Aussitôt fait, Louis XIII avait paru à la fenêtre et avait été salué par ses gentilshommes du cri de « Vive le Roi ! » ; il envoya dire à sa mère qu’il prenait la direction du royaume et qu’elle n’avait plus à se mêler de rien. Le jeune Louis XIII récompensera Luynes, qui l’avait aidé dans l’assassinat de Concini, en lui donnant l’hôtel de leur victime.
Vers 1630, quand Rubens, fuyant la peste, revient d’Anvers installer au Luxembourg les panneaux qu’il y a réalisés, les ambassadeurs extraordinaires se voient désormais attribuer pour résidence l’ancien hôtel des Concini, 10 rue de Tournon.
Entre Ambassadeurs et Brancas, le n°8

A côté, au 18ème siècle, s'élève l'hôtel du duc Louis de Brancas, comte de Lauraguais (1733-1824), un homme qui illustre la curiosité encyclopédique de son époque. Taquinant les muses, il est de surcroît, outre l’accoucheur et le disséqueur qu’on découvrira dans la lettre de sa maîtresse, un fanatique « inoculateur » comme l’on dit dans les débuts de la vaccination. Sophie Arnould, la maîtresse en question, et « l’esprit de Paris » selon les Goncourt, profite d’une absence du duc si bien doué pour rompre avec lui : « Monsieur mon cher ami, Vous avez fait une fort belle tragédie, qui est si belle que je n’y comprends rien, non plus qu’à votre procédé. Vous êtes parti pour Genève afin de recevoir une couronne de lauriers du Parnasse de la main de M. de Voltaire, mais vous m’avez laissée seule et abandonnée à moi-même. J’use de ma liberté, de cette liberté si précieuse aux philosophes, pour me passer de vous. Ne le trouvez pas mauvais, je suis lasse de vivre avec un fou qui a disséqué son cocher et qui a voulu être mon accoucheur, dans l’intention sans doute de me disséquer aussi moi-même. Permettez donc que je me mette à l’abri de votre bistouri encyclopédique. J’ai l’honneur d’être votre Sophie Arnould. »

Depuis longtemps, Lekain et Mlle Clairon défendaient les théories dramatiques de Voltaire, soutenaient sa réforme du costume vers plus d’exactitude, réclamaient avec lui la suppression des bancs qui encombraient la scène ; le 23 avril 1759, le jeune comte de Lauraguais la met en actes en déboursant 30 000 livres pour indemniser la Comédie-Française de son manque à gagner. « Comment apporter le corps de César sanglant sur la scène [à l’acte III de La Mort de César] ; comment faire descendre une reine éperdue dans le tombeau de son époux, et l’en faire sortir mourante de la main de son fils [à l’acte V de Sémiramis] au milieu d’une foule qui cache, et le tombeau, et le fils, et la mère, et qui énerve la terreur du spectacle par le contraste du ridicule ? », se plaignait Voltaire. Désormais, c’est possible et, deux ans plus tard, Lebeau de Schosne, rappelant ce qu’était la situation passée, peut écrire : « … Les coups de théâtre étaient toujours manqués. Nos chefs-d’œuvre tombaient ou perdaient une partie de leur éclat et des éloges mérités aux travaux de leurs auteurs. Sémiramis en a été une preuve bien convaincante. Cette pièce n’eut qu’un faible succès dans sa naissance, exactement par les raisons que je viens de dire ; et elle est aujourd’hui une des plus solides colonnes du palais de Melpomène ».

Molière, Racine, Boileau et les melons d'Auteuil

L'occasion de ce parcours a été une balade pour la librairie Fontaine Auteuil, 41 rue d'Auteuil.


40, rue d’Auteuil, auberge du Mouton Blanc. Molière loue un appartement à Auteuil cinq ou six années durant, vers 1667, au coin rue d’Auteuil / av. Théophile Gautier ; Racine est un temps presque en face, dans l’enclos Ternaux (un château de la fin du 17e siècle que le manufacturier Nicolas Ternaux n’acquerra qu’en 1804), et le cabaret du Mouton-Blanc le lieu où les rejoignent les non-résidents quand ils ne logent pas chez l’un ou l’autre ; le tout dans le mouchoir de poche de la Grande-Rue, aujourd’hui d’Auteuil. Racine (29 ans) y teste ses Plaideurs (1668) sur Ninon de Lenclos (48 ans) et la Champmeslé (26 ans) ; Molière (46 ans) y écrit son Amphytrion (1668). Mais les deux hommes, brouillés depuis 3 ans, n’y sont pas ensemble.

43-47, rue d’Auteuil : Vestiges de l'Hôtel Antier ou de Verrières. L’Hôtel Antier, dit aussi “des Demoiselles de Verrières“, fut construit juste après la mort de Boileau (qui s’éteignit en 1711) pour une cantatrice de l’Opéra âgée de 23 ans, Mademoiselle Antier [1687-1747. Elle chantera durant 30 ans à l’Académie Royale de Musique, y créera, de Rameau, Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux], qui y reçut le Tout-Paris des Arts et de la Finance. On parla longtemps de la fête qu’elle y donna en 1744 pour la convalescence du Roi Louis XV. Un fermier général, M. d’Épinay, acheta ce joyau et l’offrit à deux sœurs, Marie et Geneviève Rainteau, anciennes actrices de la troupe théâtrale du Maréchal de Saxe, qui l’occupèrent de 1750 à 1767. Marie, maîtresse officielle du Maréchal de Saxe, avait ajouté alors à son nom celui de Verrières.
Dans le parc de l’Hôtel, Marie et Geneviève firent édifier un théâtre de 400 places - aujourd’hui disparu - relié à la maison d’habitation par un souterrain et l’on y joua, reflet de la licence du logis, de nombreuses pièces interdites dans les théâtres publics : Les surprises de l’amour de Marivaux, La partie de chasse de Henri IV  de Collé, Camille et Constance du poète Colardeau. Les Demoiselles de Verrières étaient également adorées par les villageois qu’elles conviaient à leurs fêtes champêtres.
Marie eut une fille du Maréchal de Saxe, Marie-Aurore, grand-mère de George Sand. Dans les années 1750, durant la décennie où M. d’Épinay, l’amant de Marie, est Fermier général, les demoiselles de Verrières possèdent également un hôtel à la Chaussée d’Antin, dont celui d’Auteuil n’est que la maison de campagne. Leur salle de spectacle, très grande pour un théâtre particulier, d’une belle hauteur et très richement décorée ne compte « pas moins de sept loges en baldaquin, d’un dessin élégant et tendues de riches étoffes », sans compter, comme il est de règle chez les courtisanes, « un certain nombre de loges grillées qui permettaient aux femmes de qualité d’assister au spectacle sans être vues ». Aurore, la fille que Marie a eue du maréchal de Saxe, et qui sera donc la grand-mère de la future George Sand, « ne restait pas simple spectatrice de ces représentations théâtrales : non seulement elle figurait toujours avec succès dans les pièces que l’on représentait sur le théâtre de sa mère, mais elle jouait encore dans des opéras comiques qui, souvent, alternaient avec les comédies. Elle avait une voix magnifique qu’elle maniait à ravir ». On la verra tenir le rôle de Colette dans le Devin de village, et elle fera ici tous les principaux rôles des opéras de Grétry et des pièces de Sedaine.
L’Hôtel Antier fut vendu à un certain M. de Rouhault en 1767 et de nombreux propriétaires se succédèrent ensuite. Le parc fut grandement mutilé par le percement des rues adjacentes. Il reste de cet ensemble, qui fut l’un des joyaux du quartier d’Auteuil, la façade restaurée sur le jardin.
En 1784 et 1785 [Benjamin Franklin est encore l’ambassadeur en titre et Thomas Jefferson vient d’arriver], John Adams en poste à l’Ambassade américaine à Paris, et futur second Président des Etats-Unis (1797-1801), a résidé avec sa famille et son fils, John Quincy Adams (sixième Président des Etats-Unis, 1825-1829) dans cet Hôtel.
Eugène de Rothschild céda l’Hôtel en 1954 à Total, Compagnie Française des Pétroles, qui l’a enclavé dans des immeubles de bureaux et a amputé son parc. La façade sur la rue d'Auteuil, en retrait au fond d'une cour encadrée par deux ailes rajoutées, a été refaite récemment dans le même style.
En 1993, le CNRS y installe son nouveau Siège. La façade donnant sur le parc est encadrée de deux pavillons circulaires. Ses deux étages et son attique sont séparés par un large entablement. Le fronton arrondi est décoré d'un cartouche représentant une jeune femme (peut-être Mlle Antier). Au-dessus de l'attique un groupe en terre cuite surmonte la façade : deux amours accoudés à un cartouche et liés par des guirlandes. Subsiste également de cette époque quelques éléments décoratifs, comme le bassin rond, avec son jet jaillissant de tritons sculptés, et des boiseries.

2bis, rue Michel-Ange, PLU : Ancienne sous-station électrique d'Auteuil construite en 1912 par l'architecte Paul Friesé. La façade est composée autour d'une triple arcature métallique qu'encadrent deux travées et une galerie traitées avec soin en briques ocres et éclairées par des baies en plein cintre. La symétrie parfaite de l'ensemble n'est pas sans évoquer la rationalité d'un édifice à vocation industrielle. Elle est représentative du modèle élaboré par Friesé ici pour l'alimentation électrique du réseau métropolitain en plein développement. Le sous-sol était réservé aux câbles et cellules d'arrivées, au rez-de-chaussée, se trouvaient les groupes moteurs-générateurs, les transformateurs et les ventilateurs, en étages les accumulateurs. La nécessité de la ventilation explique les grandes fenêtres en façade; mais si les premières sous-stations réalisées par Friesé affirmaient franchement leur parti industriel, elles se sont "habillées" au fil des ans comme pour cette réalisation tardive de motifs plus conventionnels.

Le salon de Mme Helvétius était 59, rue d’Auteuil ; veuve, elle avait racheté la maison du pastelliste Quentin de La Tour en 1772, et elle reçut là jusqu’en 1800, Condillac, Condorcet, Diderot, puis Benjamin Franklin, le voisin de Passy, qui y amènera Thomas Jefferson, au milieu d’une vingtaine de chats angora. 70 ans après Antoine, le jardinier de Boileau, Thomas Blaikie, l'horticulteur écossais qui refait à l’anglaise , pour le comte d’Artois, le parc de Bagatelle, apporte à l’occasion quelques arrangements au jardin de l’hôtesse des Idéologues du cercle d’Auteuil. Il a ainsi l’occasion, « toujours en compagnie de ces gens de génie », de dîner « avec le docteur Franklin qui est ici comme ambassadeur américain, un homme très ordinaire ».

Villa Montmorency. La comtesse de Boufflers avait été la « Minerve savante », « l’Idole » du Temple, du temps de sa liaison avec le prince de Conti et jusqu’à la mort de celui-ci. Un tableau de Michel Barthélemy Olivier montrait, en 1766, l’un de ces thés à l’anglaise dont la maison était coutumière où les dames, se passant de domestiques, faisaient elles-mêmes le service. Les Goncourt, dans La Femme au 18e siècle, réussissent à en nommer tous les personnages. « Cette charmante femme au bonnet blanc et rose, au fichu blanc, à la robe d’un rose vif, au tablier à bavette de tulle uni mettant sur le rose la trame blanche d’une rosée, cette jolie servante qui sert de ce plat posé sur ce réchaud, s’appelle la comtesse de Boufflers. »
A compter de 1773, elle donne à souper à Auteuil, trois fois par semaine, aux anciens de la société du Temple
« Le jardin de Mme Boufflers », pouvait écrire l’Almanach du voyageur à Paris, en 1787 – on n’avait pas alors la même conception de la propriété privée et tous les domaines étaient ouverts aux gens du même monde –, « à Auteuil, traité dans le genre pittoresque, est remarquable par sa vaste étendue et son caractère de simplicité. On n’y rencontre ni rivière ni pont, ni aucun de ces petits monuments élevés à grands frais, et souvent trop multipliés dans un local serré ; mais on y jouit de la belle nature : on y a tiré parti de la disposition du terrain, profité des sites intéressants qu’il présentait, et on en a fait un lieu charmant ». De la terrasse, la vue s’étendait sur tout Paris, « les tours et dômes de Notre-Dame, de Saint-Sulpice, des Invalides et du Val-de-Grâce ».
Face à l'entrée de la Villa Montmorency
En 1860, sur le parc et le château de Boufflers, qu’a achetés Émile Pereire pour y faire passer le chemin de fer de ceinture, la « villa Montmorency » s’ouvre par un portail monumental où quatre cariatides supportent un linteau affichant le nom de la résidence. Une cinquantaine de maisons, aux occupants souvent anglais, et aussi souvent bâties de brique balnéaire façon Trouville, Dinard ou Arcachon – toujours ce côté station estivale d’Auteuil –, sont déjà dressées sur la pente, autour d’un rond-point orné d’une fontaine. (On peut l’apercevoir depuis le bd de Montmorency, à la hauteur du n°71)

67, bd de Montmorency. C’est dans une maison louis-philipparde que les Goncourt emménagent le 19 septembre 1868, six semaines après l’avoir achetée. Au rez-de-chaussée, un vestibule, la cuisine, la salle à manger ainsi qu’un grand et un petit salon. Le 1er étage est celui d’Edmond : bureau, chambre, salle de bains, cabinet dit « de l’Extrême-Orient ». Le 2e est à Jules, avec sa chambre et deux petites pièces inoccupées.
Jules n’aura pas trouvé le calme dans la maison d’Auteuil, gêné par les enfants des voisins et par le train de la Petite Ceinture ; il s’y éteint le 20 juin 1870 ; il n’a pas quarante ans.
Les droits d'auteur de la réédition d’En 18..., ce livre qui avait été éclipsé par le coup d’Etat, permettent à Edmond de faire aménager par Frantz Jourdain, au deuxième étage de la maison d’Auteuil, ce « Grenier » qui ressemble à « une des plus riches huttes de l’Exposition universelle », à en croire Jules Renard.
Les Daudet viennent, en avant-première, visiter ce Grenier, qui ne sera inauguré que le dimanche 1er février 1885. Les rencontres dominicales y seront désormais rituelles pour les dix ans à venir, à l’exception des mois d'été. A Auteuil, Edmond fait planter dans le jardin une quarantaine de pivoines envoyées du Japon par Hayashi, collectionneur et marchand d'art qu’il a rencontré à l’Exposition universelle de 1878. Le 28 juin 1896, dernier “Grenier“ ; Edmond s’éteint trois semaines plus tard, le 17 juillet, à Champrosay.
La Ville de Paris s'en est portée acquéreur en 1938 afin d'y perpétuer la mémoire de ses occupants.

Pour la Noël 1904, André Gide emménage dans la villa Montmorency, 38 avenue des Sycomores. Il rongeait son frein depuis des mois - « J’attends de cette maison ma force de travail, mon génie. Déjà tout mon espoir y habite », écrivait-il dans son Journal du 17 mai. Cocteau décrit la maison que Gide a fait construire comme une « maison symbolique, où les fenêtres ne regardent pas en face. A l’intérieur, des couloirs, des escaliers s’entrecroisent, se contredisent. » Dès l’entrée, un escalier grimpe ainsi autour des quatre murs jusqu’en haut, et ne dessert pas pour autant toute la maison. Dans ce hall, l’Hommage à Cézanne, de Maurice Denis, qui dépeint, dans la galerie d’Ambroise Vollard, autour d’un tableau de Cézanne, à gauche Redon, Vuillard, Mellerio, le critique d’art, Vollard et Denis lui-même et, à droite, Seruzier, Ranson, Roussel, Bonnard et Marthe Meurier devenue Mme Maurice Denis.
Dans le grand salon de Gide, René Piot peindra autour de la cheminée, cinq ans plus tard, une immense fresque  représentant des groupes de danseuses au milieu de papillons. Mais Gide donne lecture de ses manuscrits à ses amis dans sa bibliothèque, depuis un pupitre surélevé de quelques marches, dans cette salle comme une église, montant jusqu’à la charpente, avec ses petites fenêtre placées tout en haut du mur, sous le toit. Derrière le lutrin, la porte menant à son cabinet de travail comme à la sacristie : une toute petite pièce avec un fauteuil et un bureau encastré dans le mur.

- Bout en impasse de la rue Pierre Guérin ; Le Jardin d'Enfants des Nations Unies a été fondé en 1951 par un groupe de parents de différentes nationalités travaillant à l'UNESCO; il est ouvert à tous. Ce Jardin d'Enfants se trouve aujourd'hui 40 rue Pierre Guérin dans les locaux de l'ancienne "Petite École" crée en 1915 par Madame Alice Hertz. Elle en avait fait une préfiguration, dès le début de la guerre, à Morgat (Bretagne) où elle s’était repliée avec la famille de son mari, qui lui écrivait, le 1er octobre 1914 :
« Chère Alice,
[...]
Je suis bien content que ton petit jardin d'enfants familial marche si bien et te donne à toi comme aux chers petits de grandes joies. Que n'ai-je été ton élève, je me le dis bien souvent ici--car, pour être un bon soldat, il faudrait avoir tous les sens aiguisés et tous les muscles dispos. Je pense souvent à ton beau projet qui devait se réaliser ces jours-ci et qui m'intéressait passionnément. Cela m'apparaît plus nécessaire que jamais. Après la guerre, il faudra tout reprendre par la base et la base après la procréation de beaux êtres sains, c'est leur première éducation. Chère femme, emmagasine des forces, ne t'use pas trop, tâche d'être aussi insouciante que possible, de vivre au jour le jour, de ne pas trop chercher à comprendre, d'avoir une confiance soumise dans le temps qui travaille pour nous, dans la sagacité de nos chefs, et dans la bravoure des soldats de France et d'Angleterre. Garde-toi pour l'heure où, comme tu dis, il faudra se mettre à rebâtir. »
Dans une réponse datée du 16 décembre 1914, Alice réfléchissait à la possibilité de louer un appartement avec un superbe jardin qu'elle avait vu en passant rue des Vignes et d'y fonder un authentique jardin d'enfants. Elle établira finalement ce jardin rue Pierre Guérin. Depuis 1910, elle donnait des cours de formation de jardinières d’enfant, inspirés par les idées du pédagogue allemand Friedrich Froebel, au collège Sévigné ; elle y poursuivra son enseignement jusqu’en 1927. Léon Eyrolles, éditeur et libraire de l’enseignement technique, qui avait épousé la sœur de Robert Hertz, était membre du conseil d’administration du collège Sévigné. Voir Un ethnologue dans les tranchées: Lettres de Robert Hertz à sa femme Alice CNRS Editions, Paris 2002.

1bis, rue Raffet, PLU : Pavillon à pans de bois percé de grandes baies vitrées sur cour arborée abritant l'ancien atelier du sculpteur Maurice Calka. A échappé à la démolition dont le menaçait un immeuble de standing  Les deux ateliers de la rue Raffet étaient à l'origine occupés par le sculpteur Paul-Albert Bartholomé (1848-1928) qui les fit installer et y travailla jusqu'à sa mort en 1928. Il y conçut, notamment, son œuvre la plus connue, le monument d'accueil du cimetière du Père-Lachaise. Son meilleur ami, Edgar Degas y séjourna souvent, sa dernière photo y fût d'ailleurs prise. A partir des années 50 le bâtiment accueillit deux locataires distincts : l'architecte Bernard de La Tour d'Auvergne et le sculpteur Maurice Calka. Bernard de La Tour d'Auvergne y travailla jusqu'à sa mort au milieu des années 70. Le second atelier, celui de Maurice Calka, est resté en activité jusqu’à son décès en 1999. [Maurice Calka, sculpteur 1921 – 1999 Premier Grand prix de Rome, il aura vu de son vivant deux de ses œuvres acquérir une notoriété mondiale. La première est construite en Pierre, à Addis-Abeba (Ethiopie) et mesure dix mètres de haut. Il s'agit de la statue du Lion de Judée, commandée par l'Empereur Hailé Sélassié, qui y voyait l'occasion d'exprimer une vision de l'Afrique entrant dans l'ère moderne (1955). Cette sculpture, à la silhouette aisément identifiable, devint par la suite un symbole culturel de l'afro-centrisme. La seconde œuvre est un bureau en plastique moulé - semblable à un galet poli et réalisé à la fin des années soixante - en petite série. Ce meuble préfigurera le design des objets de toute la décennie suivante. Il a été répertorié dans de nombreuses publications et expositions.] A cette date, décision fût prise de lui rendre hommage en laissant pour la première fois son atelier accessible au public.

3-7, rue Raffet, PLU : Immeubles de rapport en brique et pierre de taille construits par l'architecte Charles Plumet en 1929. Très belles portes conservées de style Art Déco.

24, rue Jasmin, PLU : Immeuble de logements construit par les architectes Pol Abraham et Paul Sinoir en 1922 et devenu par la suite une annexe à usage de pensionnat du collège de Montmorency. Il est caractéristique des débuts du Mouvement Moderne par le jeu géométrique et répétitif de ses trois bow-windows triangulaires. La proximité immédiate du collège de Montmorency, réalisé en 1931 par Pol Abraham permet de juger de l'évolution de l'architecte et de la radicalisation des théories modernistes et fonctionnalistes intervenue entretemps. [Abraham fait partie des principaux représentants du Mouvement Moderne à Paris où il ouvre sa première agence en 1923. Elève de Pascal à l'école des Beaux-Arts, dont il sort diplômé en 1920, il soutient en 1933 sa thèse : "Viollet-le-Duc et le rationalisme médiéval", et est nommé la même année inspecteur général de l'enseignement technique. On les retrouvera 8-10, rue Leconte de Lisle, dans une réalisation de 2 maisons individuelles, en 1924-25, inspirées de l'architecture belge]

22 bis, rue Jasmin, angle et 15, rue Henri Heine, PLU : Collège Montmorency de style fonctionnaliste construit par l'architecte Pol Abraham en 1931. Le collège de Montmorency était destiné à accueillir de jeunes Américaines soucieuses de poursuivre leurs études à Paris. Le programme prévoyait des bureaux, quatre salles de cours, un salon-bibliothèque-théâtre en saillie au deuxième étage, dix-huit chambres, une infirmerie, un laboratoire, et des pièces pour le personnel. La façade laissant apparent le béton armé, l'absence de tout ornement, la rigidité des formes renvoyant aux fonctions font de cette réalisation un manifeste moderniste. Il héberge actuellement une agence d'architecture.

18, rue Henri Heine, PLU : Immeuble de rapport construit par l'architecte Hector Guimard en 1925-1926. Il peut-être être considéré comme le chef-d'œuvre de la dernière période créatrice de Guimard. La façade est en brique et pierre de taille et comprend trois travées symétriques organisées autour d'un bow-window central en pierre de taille. Guimard abandonne définitivement l'ornementation Art Nouveau pour un style plus épuré, proposant ainsi une vision très personnelle de l'Art Déco. A l'intérieur, il réussit à recréer un exceptionnel mur de pavé de verre séparant les deux escaliers comme au Castel Béranger.

21, rue Jasmin et angle 8-12, Henri Heine, PLU : Bureau des Postes et Télécommunications construit en 1913 par l'architecte Paul Guadet. Le béton est recouvert de briques bicolores et enrichi d'un discret décor de mosaïques et de céramique, dont un beau portail d'entrée. Guadet a ouvert son bâtiment avec de grandes fenêtres pour permettre l'éclairage maximal des téléphonistes. Le bâtiment repose sur un socle en pierre et les grandes fenêtres sont coupées par des meneaux. Ceux-ci sont en béton armé égayé de cabochons de céramique. Le remplissage est en briques, disposées le plus souvent trois par trois en carrés alternés, et interposés de lits horizontaux. Le portail est un beau morceau d'architecture en céramique.

Angle rue / square Jasmin, 1906
3, square Jasmin, PLU : Hôtel standardisé réalisé par l'architecte Hector Guimard en 1921-1922. Guimard avait conçu ce modèle de maisons standardisé pour la Société générale de Constructions Modernes et il était prévu que toute l'impasse soit ainsi lotie. Sur une structure simple, dont le caractère industriel transparaît dans l'aspect "strié" de chaque élément, le décor reste fidèle à l'Art Nouveau, tant dans les quelques éléments sculptés que dans l'utilisation des fontes Guimard. Elle a fait l'objet d'une surélévation et de réaménagements récents.

11, square Jasmin, PLU : Immeuble de rapport construit par l'architecte Jacques Rivet en 1955. La façade est découpée en damiers rigoureusement séparés par la structure apparente des murs et planchers en béton. Elle produit un effet géométrique répétitif "à la Mondrian". La composition plastique rigoureuse de ce plan manifeste l'influence qu'exerce encore le mouvement moderne sur l'architecture des années 50.

L'immeuble Houyvet
120, av. Mozart, PLU : Immeuble Houyvet conçu en 1924 et réalisé en 1927 par Hector Guimard. Cet immeuble de rapport composé d'appartements meublés et commandité par l'industriel Michel Houyvet est caractéristique de la période tardive de Guimard. Placé à proximité immédiate de l'Hôtel Guimard du n°122, il témoigne de l'évolution profonde de son style. Il doit être rapproché dans la production de l'architecte de l'immeuble de la rue Greuze daté de 1928. Les ornements ont totalement disparu en façade, la ligne droite devient majoritaire. Les seules animations viennent des contrastes créés entre les zones de brique et de pierre.

122 avenue Mozart, l'Hôtel Guimard construit en 1909. En 1912, Guimard, se mariant, construit pour lui sur une parcelle triangulaire : l’agence est au rez-de-chaussée, l’atelier de peinture de son épouse, Adeline Oppenheim, sous le toit.

29, rue d’Auteuil, 3, rue Boileau : extension de Jean-Baptiste Say, 1997, P. de Turenne

Flaubert, écrivant à Bouilhet qui en revient : « Il me semble que tu as passé à Auteuil un vrai dimanche d’antan, tant par l’entourage des gens que par les lieux en eux-mêmes. L’ombre de Boileau planait à l’entour ; les anneaux de sa perruque moutonnaient sur le paysage et les feuilles, dans le jardin, s’entrechoquaient comme des mains qui applaudissent ».

34, rue Boileau, PLU : Hôtel Roszé construit en 1891 et première œuvre subsistante de l'architecte Hector Guimard. Il a été réalisé pour Camille Roszé, représentant de fabriques de gants de peaux et corsets. "Dans cette modeste villa à l'italienne, à peine visible derrière son rempart de glycines, Guimard a déjà fait œuvre totale, y compris le dessin du jardin, des vitrages, des tentures et des modèles des céramiques de la façade exécutées par Emile Muller"

n° 38, Hameau Boileau. C’est là que régna Antoine (Riquié), le jardinier de Boileau, très habile dans l’art de soigner pêchers et abricotiers, et très bon joueur de quilles, immortalisé par des vers dont on ne cite ici que quelques-uns (pour le reste cliquez sur le lien):
« Laborieux valet du plus commode maître
Qui pour te rendre heureux ici-bas pouvait naître,
Antoine, gouverneur de mon jardin d'Auteuil,
Qui diriges chez moi l'if et le chèvrefeuille,
Et sur mes espaliers, industrieux génie,
Sais si bien exercer l'art de La Quintinie ;
Ô ! que de mon esprit triste et mal ordonné,
Ainsi que de ce champ par toi si bien orné.
Ne puis-je faire ôter les ronces, les épines,
Et des défauts sans nombre arracher les racines !
Mais parle : raisonnons. Quand, du matin au soir,
Chez moi poussant la bêche, ou portant l'arrosoir,
Tu fais d'un sable aride une terre fertile,
Et rends tout mon jardin à tes lois si docile ;
Que dis-tu de m'y voir rêveur, capricieux,
Tantôt baissant le front, tantôt levant les yeux,
De paroles dans l'air par élans envolées,
Effrayer les oiseaux perchés dans mes allées ?
(…)
Mais je vois, sur ce début de prône,
Que ta bouche déjà s'ouvre large d'une aune,
Et que, les yeux fermés, tu baisses le menton.
Ma foi, le plus sûr est de finir ce sermon.
Aussi bien j'aperçois ces melons qui t'attendent,
Et ces fleurs qui là-bas entre elles se demandent,
S'il est fête au village, et pour quel saint nouveau,
On les laisse aujourd'hui si longtemps manquer d'eau. »

La propriété qui avait été celle de Boileau, de 1685 [il l’avait achetée, le 10 août, 10 000 livres] à 1709 [Racine l’a fréquentée jusqu’en 1699, Mme Racine aussi, et leurs 7 enfants], est passée ensuite à Claude Deshais-Gendron (1663-1750). Celui-ci s’est formé à Montpellier, il a vite acquis une grande réputation, il a été l’auteur, en 1700, d'un traité consacré aux recherches sur la nature et la guérison des cancers ; il est devenu, après 1715, médecin et chirurgien du régent, le duc d'Orléans. Il fera fortune en tant qu'ophtalmologiste. Ses qualités humaines et sa culture l’ont lié aux hommes de science et de lettres de l'époque, dont le poète Boileau avant Voltaire. C'est dans la maison qui a appartenu à Boileau, à Auteuil, qu'il se retire, et qu'il reçoit savants, ambassadeurs et personnes influentes. Antoine Riquié en est resté le jardinier ; il mourra à 95 ans, le 3 octobre 1749. Gendron décèdera en 1750.
La propriété de Boileau sera la première lotie à Auteuil. Les quatre hectares que bichonnait Antoine et qui appartinrent ensuite à Hubert Robert, ont été rachetés par l'imprimeur Rose-Joseph Lemercier, conseillé par l'architecte Louis-Charles-Théodore Charpentier, également créateur, à Auteuil, de la villa Montmorency comme du hameau de Boulainvilliers, sur les dépendances du château de Passy. Il livre dès 1842 des parcelles construites, ou constructibles avec servitudes, dans un jardin à l’anglaise, autour d’un grand rond-point. Sa publicité insiste sur la bonne desserte de son « hameau » : en été – et en été seulement, Auteuil est toujours et surtout villégiature –, les voitures desservant Saint-Cloud et Boulogne partent tous les quarts d’heure de la place du Carrousel et, avec la même fréquence, de la rue de Rivoli vers Sèvres et Versailles. De plus, Auteuil se voyant englobé à l’intérieur des toutes nouvelles fortifications, le règlement des voitures de place leur fait obligation d’y accepter la course. Entre des impasses dont les noms ressuscitent la guirlande des amis d’Auteuil, naissent maisons normandes et chalets, quelques manoirs gothiques, puis une réalisation néo-classique d’Hittorff et une serpentine de Guimard.

26-28, av Despréaux, PLU : Villa n°24 du Hameau Boileau, l’une des 5 qui restent du lotissement d’origine, composée sur le modèle d'un manoir néo-gothique avec tourelle orthogonale et colombages par l'architecte Jean-Charles Danjoy, restaurateur de cathédrales. Il était entouré de maisons normandes et de chalets. Reproduit sur les documents de vente de 1849. Maison figurant au P-V de la commission du Vieux Paris (rapport de Michel Fleury le 11/01/1977)
pavillon néo-classique de Hittorf au 6, av Despréaux
chalet rustique du 2, rond-point La Fontaine.
8, av Molière, PLU : Villa d'aspect néo-classique remarquablement conservée du Hameau Boileau. Grille de fonte du balcon et des vantaux de la porte piétonne.

40, rue Boileau, PLU : Hôtel particulier construit pour le peintre Lucien Simon (1861-1945, La critique va inventer l’expression « bande noire » pour un petit groupe qui s’écarte de la « peinture claire », - l’impressionnisme-, alors à la mode dans les ateliers. Le plus souvent inspirées par la Bretagne, où il séjourne régulièrement depuis 1892 plusieurs mois par an dans le sémaphore désaffecté à la pointe de Combrit en Sainte-Marine qu’il a acquis en 1901, où il a installé un atelier) en 1906 par les architectes Joachim Richard et Eugène Audigier. Il présente une architecture originale avec des accents vénitiens et mozarabes interprétés dans un registre Art Nouveau. Réalisé en béton armé, l'hôtel a néanmoins été revêtu de grès de Gentil et Bourdet. Situé dans le hameau Boileau, il a subi des remaniements intérieurs et extérieurs et est actuellement occupé par une annexe de l'ambassade d'Algérie.

- 62 rue Boileau, ambassade du Vietnam, 1977, V. Thangh Nghia
- 63 rue Boileau, école, 2004, Gaetan Le Penhuel

67, rue Boileau, laboratoire aérodynamique d’Eiffel. Construit au pied de la Tour, il a été déplacé là en 1912 ; en 1929, il est repris par le GIFAS (groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) qui l’ouvre à l'industrie automobile et au bâtiment en 1945, et il a fini par appartenir au Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB). Monument historique.

39, bd Exelmans, PLU : "Atelier" de Jean-Baptiste Carpeaux, construit à l'initiative de la veuve du sculpteur pour y abriter ses œuvres, cet hôtel a été commencé par Edouard-Michel Lewicki en 1888 et surélevé par Guimard en 1895 (atelier du second étage) qui y a apposé sa signature. Les niches abritent deux copies de marbres réalisées par Carpeaux.

59, rue Chardon-Lagache, Plaque : Pierre Rebière, né en 1909, fils de forgeron, fut d'abord employé de restaurant avant d'être embauché aux usines Renault comme forgeron lui aussi. Il adhéra en 1934 à la cellule communiste de l'entreprise et fut licencié à la fin de 1934. En février 1935, membre du comité de chômeurs du XVIème arrondissement, où il demeurait.
En octobre 1936, il appartint à la délégation française qui négocia avec le ministre espagnol Martines Barrio, la constitution des Brigades internationales. Commissaire du bataillon "Commune de Paris" de la Xème Brigade, Pierre Rebière participa aux combats de Madrid, puis fut blessé en février 1937 durant la bataille du Jarama. Lors du IXème congrès du Parti communiste (Arles 25-29 décembre 1937), il fut élu suppléant du Comité central. Fusillé en octobre 1942, à 33 ans.

47/8 Chardon-Lagache, et 9 Grande Av. de la Villa de la Réunion (visible de la rue Chardon-Lagache), PLU : Hôtel Deron-Levent construit par l'architecte Hector Guimard en 1905-1907 pour Charles Deron Levent, négociant en textiles. Le projet initial prévoyait la construction d'un véritable castel dans le style Art Nouveau déjà employé par Guimard pour le castel d'Orgeval, mais il fut remanié et la façade réalisée paraît assagie par rapport au projet d'origine. Elle inaugure une nouvelle étape, plus classique, du style Art Nouveau de Guimard qui se poursuivra jusqu'à la Guerre. Il présente aussi des fontes d'un type nouveau, qui sont les premières productions de la fonderie de Saint-Dizier. Une annexe de l'Hôtel est située au n°9.
41, rue Chardon-Lagache, PLU : immeuble Jassedé, construit en 1893, l’une des réalisations précoces de Guimard

11, rue Chardon-Lagache. Les anciennes possessions de la seigneurie des Génovéfains avaient été acquises par Gérard, premier peintre de l'Empereur, en 1809, dans la perspective d’y vivre une partie de l'année. En 1856, ses héritiers vendirent la propriété qui fut morcelée. Pierre-Alfred Chardon, fils d'un « médecin des pauvres », avait amassé une fortune considérable dans un magasin de confection du faubourg Saint Honoré, ce qui lui permit d'ouvrir en 1865 une maison de retraite pour les gens modestes. Il associa à son nom le nom de jeune fille de sa femme : Lagache. Pour bâtir la maison, il fit l'acquisition d'un lot : le bâtiment long avec sa chapelle axiale.
Hôpital Sainte-Perine. Tournées, vers des fonctions hospitalières depuis 1788, les Dames Augustines de Chaillot en avaient été chassées par le percement, en 1854-58, de l’avenue Joséphine (devenue av. Marceau en 1879) et étaient arrivées ici en 1860.
En 1889, la fondation Rossini, maison de retraite des artistes, était fondée grâce à un legs du compositeur Rossini qui avait habité le quartier.
16, Chardon Lagache, Max et Géo Chiquet, sc, 1934

1 ter, rue Molitor, PLU : Hôtel Delfau construit en 1894 pour Louis Marie Albert Delfau, agent commercial, et traité dans le style néo-roman en pierre de taille et briques ocres par Hector Guimard. Le tympan de grès est l'œuvre de Thimoléon Guérin, collaborateur habituel de Guimard pour ses monuments funéraires, et est orné d'un coq sur fond de fleurs réalisé par Muller qui surmonte la fenêtre de la chambre du maître. Ce modèle figura longtemps au catalogue et sur les supports publicitaires du céramiste. L'aspect de l'hôtel a été considérablement modifié lorsque les époux Delfau firent construire en 1907 une annexe à leur hôtel par l'architecte François Orliac et surélever la façade postérieure de
Guimard (modification du comble et de l'intérieur).

En 1872, la ville de Paris rachète le château Ternaux. L’école Normale d’Instituteurs y est logée en attendant la construction du bâtiment sur la rue Molitor. Aujourd’hui IUFM.

2-4-6, rue du Buis : Les bâtiments des n° 2, 4, 6 remontent au XVIIIème siècle et constituent des vestiges d'un hôtel qui a été transformé. Au n°6, maison d'angle présentant une façade composée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Angle abattu. Le rez-de-chaussée est orné de refends. Les fenêtres du premier étage sont surmontées de mascarons et de guirlandes. Au n°4 se retira Olympe de Gouges. Ses positions furent toujours très proches de celles des hôtes de Mme Helvétius, dans le salon de laquelle on défendait le principe d'une monarchie constitutionnelle. En relation avec le marquis de Condorcet et l’épouse de celui-ci, née Sophie de Grouchy, elle rejoignit les Girondins en 1792. Elle fréquentait les Talma, le marquis de Villette et son épouse, également Louis-Sébastien Mercier et Michel de Cubières, secrétaire général de la Commune après le 10 août, qui vivait maritalement avec la comtesse de Beauharnais, auteur dramatique et femme d'esprit. Avec eux, elle devint républicaine comme d'ailleurs beaucoup de membres de la société d'Auteuil, qui pratiquement tous s'opposèrent néanmoins à la mort de Louis XVI : le 16 décembre 1792, Mme de Gouges s'offrit pour assister Malesherbes dans la défense du roi devant la Convention. Dans sa Déclaration des Droits de la Femme, 1791, elle avait écrit de façon prémonitoire "la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune". Elle sera guillotinée le 3/11/1793.
Le château Ternaux est loué à Madame Récamier qui y reçoit Lamartine, Chateaubriand. En 1853, c’est un pensionnat.
On prend rue Désaugier, on tourne à dr. rue d’Auteuil, puis à dr. rue Verderet.

2, rue Verderet, PLU : Immeuble de rapport construit en 1936 par Joseph Bassompierre, Paul de Rutté et Paul Sirvin abritant des studios, des chambres et un duplex. Profitant de l'exiguïté de la parcelle (78 m²), les architectes ont habilement transformé la contrainte en atout, grâce à une saillie en courbe sur les trois premiers niveaux, qui a ainsi permis de supprimer l'angle aigu du bâtiment. Le revêtement en casse de grès cérame or, les ferronneries du même ton des balcons supérieurs, la finesse des huisseries métalliques confèrent au bâtiment une apparence à la fois précieuse et moderne. Le traitement des façades, la couleur, la ligne courbe et le jeu de décrochement des derniers niveaux s'opposent aux tenants de la pureté et du dépouillement moderne des années vingt. Elle indique une vision adoucie de la modernité proche de celle de Michel Roux-Spitz ou de Madelin.

4, rue d’Auteuil, PLU : Chapelle Sainte Bernadette, construite entre 1936 et 1937 par l'architecte Paul Hulot en brique de Bourgogne sur une armature de ciment. Les verrières sont l’œuvre de Mauméjean. La façade-clocher parée de brique, réalisée en 1953 par Raymond Busse, annonce le bâtiment situé en retrait de la rue d'Auteuil. Emplacement du lieu de naissance de Pierre Chardon.

Vers 1667, Molière, on l’a dit, loge au coin de la rue d’Auteuil et de  l’avenue Théophile Gautier. La veille de la première d’Amphytrion, il s’est couché tôt, laissant Boileau, La Fontaine, Chapelle, La Bruyère, Racine boire seuls, racontera Louis Racine, le second fils de ce dernier, qui n’aura que 7 ans à la mort de son père. Chapelle, qui n’est pas gai, propose bientôt qu’on aille se jeter tous ensemble dans la Seine. L’acteur Baron appelle à l’aide son quasi-père adoptif. Molière descend, fait valoir qu’une aussi belle et grande action, qu’il approuve, doit se faire au grand jour : il faut attendre le matin. Dans l’intervalle, les candidats au suicide auront oublié leur projet.
On les imagine, d’après les mémoires fournis par Baron à Grimarest, mener une vie toute contemporaine : Molière joue au théâtre du Palais-Royal son Amphytrion, ou le Tite et Bérénice que lui a confié Corneille, et il habite Auteuil. Il est presque quotidiennement en bateau : il y monte au pont Royal et il descend là où, sous le pont Mirabeau, coulera la Seine. À bord, des moines qui s’arrêtent au couvent des Bonshommes de Chaillot, des paysans qui rentrent à Auteuil après avoir livré leurs produits aux marchés parisiens. Pendant le trajet, Molière discute avec l’ami Chapelle, si souvent à ses côtés, de la philosophie de Gassendi. Ou bien le jeune Baron avoue que quatre vers de son rôle lui paraissent obscurs. Molière se rend : il ne les comprend pas mieux ; par chance, Corneille vient dîner ce soir, on demandera à l’auteur. Mais Corneille lui-même n’est plus très sûr de ce qu’il a voulu dire ; il s’en tire par cette pirouette : « Récitez-les noblement : tel qui ne les entendra pas les admirera ».

8-10, rue Leconte de Lisle, PLU : Maisons individuelles réalisées par les architectes Pol Abraham et Paul Sinoir en 1924-25. Les façades des deux maisons construites pour le même client, l'ingénieur Marette, sont inspirées de l'architecture belge (Pompe, De Koninck) qu'Abraham avait connu l'année précédente. L'oriel du second étage, avec ses angles marqués et le balcon du troisième qu'il soutient, est l'élément essentiel de la composition, comme il sied à l'ouverture de la pièce principale sur la rue.

5-11, rue Leconte de Lisle, PLU : Ensemble de maisons disposées autour d'une voie privée. Le n°7 a été surélevé mais il conserve deux panneaux en bas-relief au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée. Au n°9-9bis, deux pavillons sur cour présentant deux façades composées d'un étage carré sur rez-de-chaussée.

17-23, rue Leconte de Lisle, PLU : Groupe de cinq maisons édifié en 1923-1925 par l'architecte Adolphe Thiers. Thiers a construit cinq maisons sur une parcelle délimitée par de nombreux angles dont il était propriétaire et dont il fut probablement le promoteur. L'intérêt de cet ensemble réside surtout dans le plan, l'architecte ayant réussi à obtenir des pièces régulières en disposant les services, cuisines, dégagements, escaliers le long des limites biaises, et à placer les garages sous la cour aménagée en jardin de façon à laisser chaque maison bénéficier de son sous-sol. La construction est en brique avec linteaux et corniches en béton armé, ainsi que les terrasses aménagées dans les décrochements. Les volets de bois, avec barres et écharpes, donnent à ces maisons une image de "résidence secondaire" avant la lettre.

Rue des Perchamps à dr. : 1927, le Studio Building d’Henri Sauvage, 2-4, Gal Largeau/21-35 rue des Perchamps/65-65bis-65ter La Fontaine. Le revêtement de Gentil et Bourdet, entreprise de Billancourt, souligne les volumes : gris sur le plat, marron en creux, multicolore sur les bow-windows des ateliers. Inscrit aux Monuments Historiques. Voir aussi dans le 16e sa Cité Argentine, 111, av Victor Hugo (1905), et l’immeuble du 28, rue Scheffer – rue Pétrarque (1928). Redescendre par la rue des Perchamps

85-87 rue La Fontaine, PLU : Immeuble construit par l'architecte Ernest Herscher en 1905 avec des détails influencés de l'Art Nouveau. Remarquables façades sur rue et sur cour. L'architecte a utilisé des consoles métalliques pour soutenir la loggia du dernier étage suivant un modèle proche de celui utilisé par son camarade d'atelier, Henri Sauvage, pour la villa Majorelle de Nancy (1898). Une abondante faune et végétation en pierre sculptée complète la décoration de la façade : des mésanges, un escargot et un lézard se promènent entre les feuillages entourant le portail d'entrée, tandis que les allèges des baies, les consoles des balcons et des bowwindows regorgent de campanules. "Les façades en briques roses de la cour intérieure révèlent une invention que l'on rencontre rarement dans ces lieux visibles des seuls résidents; la composition est toute en vigueur, encadrée par les fenêtres triples disposées en escalier qui suggèrent la fonction de circulation verticale dévolue aux angles". (in Catalogue Henri Sauvage. A.A.M. Bruxelles et S.A.D.G Paris, 1976.)

16, rue d’Auteuil : Saint-Jean de Passy est dans l’hôtel Véron, de la 1ère moitié du 18e siècle, dont sont protégés l’escalier, le vestibule, le salon, l’élévation, la rampe d’appui, le décor intérieur.

11-27, rue d’Auteuil : Ensemble cohérent de maisons représentatives de l'ancien village d'Auteuil s'étendant jusqu'au lycée J.-B. Say. Au n° 11, belle maison d'angle de trois étages carrés sur rez-de-chaussée, ornée de refends au premier étage et d'appuis soutenus par des consoles cannelées; la maison du n°19 est sommée d'une pittoresque lucarne à ferme débordante.