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PARIS, ENTRE CIREY ET VERSAILLES (II. 1745-1748)


(dixième épisode du Paris, la ville rêvée de Voltaire, commencé ici avec la livraison de novembre 2013)

M. de Voltaire, le grand poète

Dans le salon de Mme Dupin, qui reçoit Fontenelle, l’abbé de Saint-Pierre, Buffon, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau a été présenté, un jour, à ce dernier. Il a pu faire entendre des extraits de ses Muses galantes chez Mme La Popelinière, dans son nouvel hôtel du 59, rue de Richelieu, et ils ont fort déplu à Rameau : « Je fus frappé, écrira celui-ci, d’y trouver de très beaux airs de violon dans un goût absolument italien, et en même temps tout ce qu’il y a de plus mauvais en musique française tant vocale qu’instrumentale, jusqu’à des ariettes de la plus plate vocale secondée des plus jolis accompagnements italiens. Ce contraste me surprit, et je fis à l’auteur quelques questions, auxquelles il répondit si mal, que je vis bien, comme je l’avais déjà conçu, qu’il n’avait fait que la musique française, et avait pillé l’italienne ».
Ses Muses ont été données dans leur intégralité chez De Bonneval, l’intendant des Menus plaisirs, dans sa maison de la rue Saint-Honoré, près de l’église Saint-Roch. Le duc de Richelieu n’a cessé d’y applaudir, disant : « M. Rousseau, voilà de l’harmonie qui transporte. Je n’ai jamais rien entendu de plus beau : je veux faire donner cet ouvrage à Versailles ». Le seul petit conseil que le duc ait à donner serait de substituer Hésiode au Tasse pour le livret du premier acte ; Jean-Jacques se met aussitôt au travail.
La guerre de Succession d’Autriche n’a pas cessé, et Frédéric II a finalement fait retour au champ de bataille. Les coalisés s’enfonçant en Alsace, il s’est porté sur leurs arrières, les obligeant à repasser le Rhin. Les armées de Louis XV ont ainsi pu contre-attaquer en Flandre. Le 13 mai 1745, la victoire de Fontenoy, qui date de l’avant-veille, est connue à Paris ; c’est la première fois depuis Saint Louis qu’un roi de France, présent sur le théâtre des opérations a, si l’on peut dire en personne, battu l’Anglais.
« Bourbons ! Voici le temps de venger les Valois » ; l’historiographe a bien mérité de son titre : « M. de Voltaire, qui est le grand poète de nos jours, a fait, en deux jours, un fort beau poème sur la bataille de Fontenoy, sur le simple détail qu’il en a vu sur les lettres », écrit Barbier, qui cite dans son journal les quatorze premiers de la centaine de vers du Poème de Fontenoy. Un premier cent qui ne cessera de grossir au gré des nouvelles informations recueillies.
La grande écurie aménagée pour la Princesse de Navarre
Il va falloir fournir à d’innombrables fêtes, particulièrement sur le théâtre des Petites-Écuries de Versailles. Voltaire et Rameau collaborent déjà, dans ce but, à un nouveau spectacle, Le Temple de la Gloire, aussi le duc de Richelieu donne-t-il leur Princesse de Navarre à Rousseau pour qu’il la refonde en Fêtes de Ramire.
« Monsieur, écrit aussitôt Jean-Jacques à Voltaire, il y a quinze ans que je travaille pour me rendre digne de vos regards et des soins dont vous favorisez les jeunes Muses en qui vous découvrez quelque talent. Mais, pour avoir fait la musique d’un opéra, je me trouve, je ne sais comment, métamorphosé en musicien. C’est, Monsieur, en cette qualité que M. le duc de Richelieu m’a chargé de scènes dont vous avez lié vos Divertissements de la Princesse de Navarre ; il a même exigé que je fisse dans les canevas les changements nécessaires pour les rendre convenables à votre nouveau sujet. J’ai fait mes respectueuses représentations ; M. le Duc a insisté, j’ai obéi ; c’est le seul parti qui convienne à l’état de ma fortune. (…) Quel que soit pour moi le succès de ces faibles essais, ils me seront toujours glorieux, s’ils me procurent l’honneur d’être connu de vous, et de vous montrer l’admiration et le profond respect avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. »
Voltaire lui répond, le 15 décembre 1745 : « Vous réunissez, Monsieur, deux talents qui ont toujours été séparés jusqu’à présent. Voilà déjà deux bonnes raisons pour moi de vous estimer et de chercher à vous aimer. Je suis fâché pour vous que vous employiez ces deux talents à un ouvrage qui n’en est pas trop digne. (…) J’ai perdu entièrement tout cela de vue. Je ne doute pas que vous n’ayez rectifié toutes les fautes échappées nécessairement dans une composition si rapide d’une simple esquisse, que vous n’ayez suppléé à tout. (…) Je sais très bien que cela est fort misérable, et qu’il est au-dessous d’un être pensant de se faire une affaire sérieuse de ces bagatelles ; mais enfin, puisqu’il s’agit de déplaire le moins qu’on pourra, il faut mettre le plus de raison qu’on peut, même dans un mauvais divertissement d’opéra. (…) Je compte avoir bientôt l’honneur de vous faire mes remerciements, et de vous assurer, Monsieur, à quel point j’ai celui d’être, etc. »
Les Fêtes de Ramire sont données à Versailles le 22 décembre 1745 ; sur le livret distribué ce jour-là, Rousseau ne trouve pas son nom. Mme La Popelinière est l’élève et l’admiratrice de Rameau, qui juge le talent de Rousseau de la manière que l’on a lue, et elle est la maîtresse du duc de Richelieu qui ne saurait, alors, rien lui refuser. Des gens moins suspicieux que Jean-Jacques verraient là un complot, lui en tombe malade, et tire un trait sur la musique.

Les dîners du Panier-Fleuri

Le 2 mai 1746 enfin, pour sa troisième tentative, Voltaire est élu à l’Académie française, à l’unanimité. L’appui de Mme de Pompadour a été décisif, sans pouvoir lui éviter, cependant, les démarches d’usage auprès de quelques-unes de ses bêtes noires comme Languet de Gergy, abbé de Saint-Sulpice, ou l’évêque de Mirepoix. Que va-t-il donc faire dans cette galère ? Y chercher un titre de gloire supplémentaire, sans doute, mais il en espère aussi une position de sûreté.
Tout cela oblige à une présence plus constante à Paris : la « petite retraite du faubourg Saint-Honoré » est devenue le deuxième étage d’une « grande maison à porte cochère » du 43, rue Traversière, au-dessus d’un autre dévolu à Mme du Châtelet, qui seront emportés dans le percement de l’avenue de l’Opéra. Voltaire, comme à l’accoutumée, a loué : on le sait, il n’a jamais eu aucun goût pour la propriété.
La guerre de Succession d’Autriche continue de lui être favorable. Sur son versant colonial, les forces franco-canadiennes s’en prennent aux établissements britanniques de Nouvelle-Écosse, de l’État de New York et de Nouvelle-Angleterre, tandis que la Royal Navy ruine le commerce maritime français. Mais « par une circonstance heureuse et rare », s’émerveille Sébastien Longchamp qui entre à ce moment au service de Voltaire, « il arriva que sur un bon nombre de vaisseaux dans lesquels il était intéressé pendant la guerre de 1746, un seul fut pris par les Anglais. L’argent qui provenait de ces sources fécondes, dans les mains de M. de Voltaire n’y restait pas longtemps oisif ; l’esprit de cet homme était partout, suffisait à tout. Sa fortune reposait en effet tout entière sur des feuilles de papier ou de parchemin ; ses portefeuilles étaient pleins de contrats, de lettres de change, de billets à terme, de reconnaissances, d’effets du gouvernement, etc. Il eût été difficile, sans doute, de trouver dans le portefeuille d’aucun autre homme de lettres autant de manuscrits de cette espèce ». Et Longchamp conclut par une jolie formule, qui parle de la volonté délibérée « de M. de Voltaire de s’en tenir à une fortune portative ».
À quelques pas du 43, rue Traversière-Saint-Honoré, Condillac, Diderot et Rousseau se réunissent une fois par semaine à l’hôtel du Panier-Fleuri. « Il fallait que ces petits dîners hebdomadaires plussent extrêmement à Diderot ; car lui, qui manquait presque à tous ses rendez-vous, ne manqua jamais à aucun de ceux-là, assure Rousseau. Je formai là le projet d’une feuille périodique, intitulée Le Persifleur, que nous devions faire alternativement, Diderot et moi. J’en esquissai la première feuille, et cela me fit faire connaissance avec d’Alembert, à qui Diderot en avait parlé. »
La rencontre, à la Régence. Illustration poir le Neveu de Rameau, 1875. Gallica
Diderot et Jean-Jacques se sont rencontrés autour des tables d’échecs où s’affrontent « Legal le profond, Philidor le subtil, le solide Mayot », que Rousseau a découverts chez Maugis, rue Saint-Séverin. Dans ce café des « libraires qui ont correspondance en Angleterre, Hollande et Genève » et, de ce fait, assure la police, des informations « vérifiées et assurées », « on parle hautement de toutes sortes d’affaires d’État, de finances et étrangères », mais on se tait le temps des parties. Jean-Jacques a suivi ces joueurs chez Rey, qui a autrefois mis à l’enseigne de la Régence son café de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, là où elle s’élargit en une place devant le Palais-Royal.
Diderot « avait une Nanette, ainsi que j’avais une Thérèse, poursuit Rousseau : c’était entre nous une conformité de plus ». Thérèse Levasseur « travaille en linge » comme Nanette, mais à l’hôtel Saint-Quentin, premier point de chute de Jean-Jacques, rue des Cordiers. « Mais la différence était que ma Thérèse, aussi bien de figure que sa Nanette, avait une humeur douce et un caractère aimable, fait pour attacher un honnête homme ; au lieu que la sienne, pie-grièche et harengère, ne montrait rien aux yeux des autres qui pût racheter la mauvaise éducation. Il l’épousa toutefois. Ce fut fort bien fait, s’il l’avait promis. Pour moi, qui n’avais rien promis de semblable, je ne me pressai pas de l’imiter. »
Diderot avait épousé Nanette clandestinement depuis bientôt trois ans et ses parents l’ignoraient toujours.
Du Café de la Régence, on entend la cloche qui, une demi-heure avant le début du spectacle, sonne l’ouverture de l’Opéra. Rousseau ne fait plus de musique, il est secrétaire de Mme Dupin. Pour elle, il lit des écrits de toutes les époques et sur toutes les matières, en copie des extraits, en fait des résumés ; avec Francueil, il suit, place Maubert, le cours de chimie de Rouelle et il laissera sur ce sujet un manuscrit de près de mille deux cents pages. Diderot, qui s’est formé à l’anglais tout seul à partir d’un dictionnaire latin-anglais, a déjà traduit L’Histoire de la Grèce, de Temple Stanyan, pour le libraire Briasson, L’Essai sur le mérite et la vertu, de Shaftesbury et, en collaboration, le Dictionnaire de médecine de James. C’est pour sa connaissance de l’édition que Rousseau l’a présenté à Condillac, qui vient de terminer son Essai sur l’origine des connaissances humaines, et cherche à le faire publier. D’Alembert, qui doit faire avec eux le Persifleur, est l’auteur d’un Traité de dynamique.

Une traduction… avec des augmentations

Le 7 juillet 1746, le parlement de Paris fait lacérer et brûler par l’exécuteur de haute justice des Pensées philosophiques imprimées sans nom d’auteur, quelques jours plus tôt, par le libraire Laurent Durand. Diderot, dont un Langrois de passage à Paris se réjouissait encore, le 4 septembre 1741, de l’entrée au séminaire de Saint-Sulpice pour le 1er janvier de l’année suivante, est l’auteur de cet anti-Pascal qui révèle son évolution vers le déisme.
Voltaire écrit alors des choses légères dans la société de la duchesse du Maine – « Ludovise, Baronne de Sceaux, Dictatrice Perpétuelle De l’Ordre De La Mouche À Miel » –, où « toute faute devait être réparée par un conte fait sur le champ », où les loteries comme les gages aboutissaient à « différents genres d’ouvrages en vers et en prose ». Les contes exotiques du Crocheteur borgne ou de Cosi-Sancta en sont nés.
Domaine de Sceaux
Pour le théâtre de Sceaux, Voltaire a changé une pièce anglaise beaucoup trop crue en une comédie en cinq actes et en décasyllabes, La Prude, qu’il interprète lui-même aux côtés de Mme du Châtelet et de Mme de Staal-Delaunay, la « fidèle Launay » de Ludovise. Son Émilie a décidément tous les talents :
« Leibnitz n’a point de monade plus tendre,
Newton n’a point d’xx plus enchanteurs (…)
Vous tourneriez la tête à nos docteurs :
Bernouilli dans vos bras,
Calculant vos appas,
Eût brisé son compas ».
Paris est un autre univers, avec son 57, rue des Petits-Champs où Jean-Jacques a emmené Thérèse. « J’avais à l’hôtel de Pontchartrain, diront ses Confessions, vis-à-vis mes fenêtres, un cadran sur lequel je m’efforçai durant plus d’un mois à lui faire connaître les heures. À peine les connaît-elle encore à présent. Elle n’a jamais pu suivre l’ordre des douze mois de l’année, et ne connaît pas un seul chiffre, malgré tous les soins que j’ai pris pour les lui montrer. Elle ne sait ni compter l’argent, ni le prix d’aucune chose. Le mot qui lui vient en parlant est souvent l’opposé de celui qu’elle veut dire. »
Mme du Châtelet ne compte parfois guère davantage. Quand elle perd quatre-vingt-quatre mille francs au jeu, chez la reine, Voltaire, sans doute parce que ce sont les siens, en éprouve quelque humeur et ne peut s’empêcher de lui souffler, en anglais, qu’elle joue avec des fripons. À Versailles !
Quand l’une des histoires orientales nées à la cour de la baronne de Sceaux, Zadig ou la Destinée, prétendument traduite du chaldéen, est imprimée anonymement en Hollande, Voltaire écrit tout simplement à d’Argenson le cadet, ministre de la Guerre, présent sur le champ de bataille de Lawfeld, près de Maastricht, d’en faire rentrer les exemplaires en France dans ses bagages. N’est-ce pas sur son chemin ?
À Paris, un libraire et imprimeur de la rue de la Harpe, vis-à-vis la rue Saint-Séverin, Le Breton, a obtenu un privilège pour traduire de l’anglais la Cyclopædia d’Ephraïm Chambers, un Dictionnaire universel des arts et des sciences – c’est son sous-titre –, vieux de vingt ans et tenant en deux volumes in-folio illustrés d’une vingtaine de gravures. Le Breton s’associe pour l’éditer aux libraires Briasson, David l’aîné et Laurent Durand, tout en se réservant son impression.
Diderot, qui a déjà publié chez deux des associés, est vite impliqué, et d’Alembert avec lui. L’abbé Gua de Malves, auquel a été confié le projet, leur en abandonne la direction au premier désaccord. Diderot ne sait pas qu’il s’engage dans une aventure qui va durer vingt ans. Ne gardant de Chambers que la trame, il envisage une encyclopédie entièrement nouvelle, moderne, que rédigerait collectivement une « société de gens de lettres ». Un nouveau privilège se verra accordé, en 1748, à cette « traduction avec des augmentations ».
Parmi les contributeurs du premier volume de l’Encyclopédie, on trouvera un M. de Puisieux. Diderot s’est épris de sa femme : une « passion violente qui dispose presque entièrement de moi », écrira-t-il. Ça n’arrange pas les choses rue Mouffetard, ni l’humeur de Nanette. « Elle ne cessait de persécuter son mari, toutes les fois qu’elle soupçonnait qu’il venait de chez Mme Puisieux. Si l’on joint à cela que cette femme est une seconde Xantippe qui gronde sans cesse et n’est jamais contente, on pourra se figurer quel carillon il devait y avoir dans la maison de notre philosophe », écrira La Bigarrure, cette « gazette galante, historique, littéraire, critique, morale, satirique, sérieuse et badine », qui arrive chaque semaine de La Haye à Paris.

Le défaut des beaux esprits

L’un des contes écrits à Sceaux vers la fin de 1747, Le Monde comme il va, Vision de Babouc, est, sous couvert d’une mission à Persépolis, une description du gouvernement de la France, mais aussi de la capitale du royaume, savoir : Paris. Babouc « arriva dans cette ville immense par l’ancienne entrée, qui était toute barbare, et dont la rusticité dégoûtante offensait les yeux ». Il s’agit du faubourg Saint-Marceau et Voltaire est ici d’accord avec Rousseau. « Toute cette partie de la ville se ressentait du temps où elle avait été bâtie ; car, malgré l’opiniâtreté des hommes à louer l’antique aux dépens du moderne, il faut avouer qu’en tout genre les premiers essais sont toujours grossiers. »
Babouc « remarqua des fontaines publiques, lesquelles, quoique mal placées, frappaient les yeux par leur beauté » – ça ressemble à un tic de langage chez Voltaire. « Il admira les ponts magnifiques élevés sur le fleuve, les quais superbes et commodes, les palais bâtis à droite et à gauche – [c’est exactement le trajet que l’on fait emprunter aux ambassadeurs extraordinaires autour du bassin du Louvre] –, une maison immense où des milliers de vieux soldats blessés et vainqueurs rendaient chaque jour grâces au Dieu des armées [les Invalides] ».
Assistant à une cérémonie que l’on devine être une représentation théâtrale, Babouc ne douta pas que ses protagonistes « ne fussent les prédicateurs de l’empire ». Ce qui le frappe dans leur prédication, ce n’est pas son propos, c’est sa langue : « leur langage était très différent de celui du peuple, il était mesuré, harmonieux, et sublime ».
Babouc ne voit rien, le conte ne dit rien d’un nouvel outil de gouvernement : l’ouverture des lettres confiées à la poste. Le nouveau lieutenant général de police qu’a fait nommer six mois plus tôt Mme de Pompadour, Nicolas René Berryer, a créé à cet effet un « cabinet noir ». Des « mouches », qui étaient partout, on avait appris à s’accommoder. Paul Lacroix raconte qu’un jour, Marmontel, qui n’était encore qu’apprenti philosophe, avait donné rendez-vous à Boindin au café Procope « pour y parler ensemble de matières philosophiques. Ils convinrent entre eux d’une espèce d’argot, destiné à dérouter les soupçons des gens de police, qu’on était sûr de rencontrer dans ce café : d’après ce système de langage déguisé, l’âme devait s’appeler Margot ; la religion, Javotte ; la liberté, Jeannette ; et Dieu, M. de l’Être. Un homme de mauvaise mine vint s’asseoir à côté d’eux, pour les écouter. « Oserai-je vous demander, leur dit-il après avoir écouté sans rien comprendre à leur discussion, quel est ce M. de l’Être, dont vous paraissez si mécontent ? — Monsieur, répondit brusquement Boindin, c’est un espion de police ; le connaissez-vous ? ».
Le viol de l’intimité des correspondances sera d’autant plus mal supporté qu’il s’apparente, chez le roi, à du voyeurisme. L’un des moyens de tromper son ennui consiste à se faire lire, au petit lever, les renseignements les plus croustillants glanés sur les nuits de sa capitale, et il ne manque pas ensuite de faire allusion, devant les intéressés, à leurs habitudes les plus secrètes. Les Bijoux indiscrets s’inspirent de cette charmante habitude, comme du duc de Richelieu, qui vient d’être fait maréchal de France pour avoir débarrassé Gênes des Anglais, et qui prête de lui au personnage de Sélim.
Les Bijoux indiscrets paraissent en Hollande, sans nom d’auteur, au mois de janvier 1748. Six éditions s’en arrachent en quelques mois, une traduction anglaise est publiée dès l’année suivante. Pour Diderot, ce roman érotique a été aussi l’occasion d’une critique appuyée des prêtres.
Mme la Dauphine, par Van Loo
Le mois de cette parution, Barbier note dans son Journal : « Voltaire, fameux poète, gentilhomme ordinaire du roi et historiographe de Louis XV, ayant le défaut des beaux esprits et gens de talent d’abuser de la familiarité des princes, s’est avisé de faire les vers suivants pour Madame la Dauphine :
“ Souvent la plus belle princesse 
Languit dans l’âge du bonheur ; 
L’étiquette de la grandeur, 
Quand rien n’occupe et n’intéresse, 
Laisse un vide affreux dans le cœur.
 
Souvent même un grand roi s’étonne, 
Entouré de sujets soumis, 
Que tout l’éclat de sa couronne 
Jamais en secret ne lui donne 
Ce bonheur qu'elle avait promis. (…) ”
Ces vers sont fort beaux, ils contiennent même peut-être du vrai en général ; mais en même temps que Voltaire fait l’éloge de Madame la Dauphine, il fait de la royauté un portrait ennuyé, oisif, insipide, dont l’application tombe sur le roi ; il faut être bien insolent et avoir peu de solidité de jugement pour lâcher une pareille pièce ».
Ulrique de Prusse, par Antoine Pesne
Ce poème, vieux d’un an, Voltaire l’aurait en réalité destiné à Ulrique de Prusse, sœur de Frédéric le Grand et future reine de Suède, mais, en ces affaires, il suffit d’être soupçonné pour être coupable. Si encore ces vers avaient été les seuls, mais Barbier en a d’autres à citer : un dithyrambe de Mme de Pompadour, par exemple, à la fin duquel Voltaire réunit la maîtresse et son roi :
«  (…)
Soyez tous deux sans ennemis, 
Et tous deux gardez vos conquêtes. »
« Ces vers présentés au Roi et à la Cour favorite, poursuit Barbier, ont d’abord paru charmants. Tout y brille pour Madame de Pompadour, la réflexion a ensuite fait apercevoir bien de la liberté et peu de décence. D’après ces vers, Voltaire n’a pas été exilé publiquement mais on lui a apparemment fait entendre qu’il ferait sagement de s’éloigner de la Cour ; il est certain qu’il est parti pour la Lorraine, qu’il est actuellement à la Cour du roi Stanislas. On a prétexté un voyage qu’il devait faire avec madame la marquise Du Châtelet, grande géomètre et sa grande amie. »

LE PARIS DE VOLTAIRE, POÈTE (II. 1723-1726)


(quatrième épisode de Paris, la ville rêvée de Voltaire, commencée ici avec la livraison de novembre 2013)

 

Le café des honnêtes gens


« Il avait dès sa jeunesse adopté un genre de vie ambulatoire. Il n’eut jamais, jusqu’à l’âge de plus de soixante ans, un domicile en propriété dans sa patrie », confirmera Sébastien Longchamp, plus tard son secrétaire. Voltaire loue ainsi, au coin de la rue de Beaune et du quai des Théatins, une partie de l’hôtel de Bragelongne, celui de la marquise de Bernières, femme de 35 ans, épouse d’un président à mortier au parlement de Normandie, à laquelle il est alors attaché. Le 20 mars 1723, la correspondance du marquis de la Cour relate que M. l’abbé Dubos a été nommé « pour examiner s’il y a rien dans le poème d’Henri IV qui puisse choquer à Rome ». Quand Voltaire comprendra que si, et qu’il n’obtiendra pas de privilège, il décide de passer outre, fait imprimer clandestinement à Rouen, et c’est Mme de Bernières qui passe dans son carrosse les premiers exemplaires à Paris. Ces détails scandaleux s’ajoutant aux qualités intrinsèques du texte, le succès est considérable : Voltaire, déjà successeur au théâtre de Corneille et de Racine, est maintenant, de surcroît, « le Tasse et le Virgile de la France ».
D’Argenson l’aîné, l’ancien condisciple, fait à ce moment ses universités chez l’abbé Alary, de l’Académie française, qui loge à l’entresol de la maison du président Hénault, sur cette place Vendôme dont la ville n’avait pu boucler le programme que grâce aux spéculations de Law, acquéreur pour sa part de huit de ses hôtels. Cette société de l’Entresol, d’une vingtaine de membres, l’exilé Bolingbroke, ancien Premier ministre de la reine Anne, qui y propage la conception anglaise de la liberté, l’appelle naturellement un club ; d’Argenson, dans ses Mémoires, la désigne comme « un café d’honnêtes gens », manifestant que le café est en ce temps tout autre chose qu’un débit de boissons. On y trouvait, « l’hiver, de bons sièges, un bon feu et du thé ; dans la belle saison, les fenêtres [du n° 7] s’ouvraient sur un joli jardin, on y prenait de la limonade et des liqueurs fraîches, ou bien l’on se transportait aux Tuileries et l’on discutait en se promenant. En tout temps les gazettes de France, de Hollande, et même les papiers anglais étaient entre nos mains ».
Leur doyen est l’abbé de Saint-Pierre, un ancien de la maison d’Orléans comme l’abbé Dubois, exclu de l’Académie française après la publication, en 1718, de La Polysynodie ou la pluralité des conseils, ouvrage dans lequel il critiquait le despotisme de feu le roi Louis XIV. « Ce bon citoyen, dit d’Argenson, était celui qui nous fournissait le plus de lectures de son cru ; il nous prêtait ses Mémoires et sollicitait nos observations. Un M. de Plélo, depuis ambassadeur [au Danemark], nous lut une belle dissertation sur les diverses formes de gouvernement. »
Au Café majuscule, c’est-à-dire chez Procope, que Maupertuis fréquente de préférence à sa caserne des mousquetaires gris, ce fils d’un corsaire malouin anobli par le Roi-Soleil a, parmi Marivaux, Fréret ou La Motte-Houdart, si bien su faire étalage de son savoir et de ses connaissances que l’Académie des sciences de Paris va l’admettre en qualité d’adjoint géomètre alors qu’il n’a rien publié encore.
Voltaire, chez les frères Pâris, n’oublie pas ce Thiriot, qu’il a connu à l’époque où, pour complaire à son père, il s’était « mis en pension chez un procureur », près les degrés de la place Maubert, rue Pavée-Saint-Bernard. Comme ses amis du collège, Thiriot restera celui d’une vie, et il faudra pour cela que Voltaire y mette du sien. Est-ce en allant de chez Thiriot, qui habite alors au bout du quai des Orfèvres, près du Chagrin de Turquie, vis-à-vis le cheval de bronze, au Pâté-Bercy qu’il passe devant Sainte-Marguerite au jour de la grande Fête-Dieu de la paroisse ?
Anne Charlier, épouse La Fosse, 45 ans. Gallica
Voltaire est là témoin d’un miracle : une femme malade d’un flux de sang depuis des années, et qui ne pouvait se remuer, est inopinément guérie à l’aspect du Saint-Sacrement, si bien qu’elle peut se joindre à la procession. Une enquête a lieu. L’avocat Mathieu Marais, qui nous a laissé des Mémoires, prétend que l’archevêque la conduisit en personne. « Votre mari n’est-il pas janséniste ?, interroge-t-il. — Non, Monseigneur, il est ébéniste », répond-elle ingénument. L’épiscopat de Paris proclame le miracle dix jours plus tard, ordonne un Te Deum à Sainte-Marguerite, et une procession du clergé de cette paroisse jusqu’à Notre-Dame. Ce sont là l’origine et la date – le 26 juin – d’une célébration qui porta le titre de « Procession de madame La Fosse, » du nom de l’ébéniste de mari, jusqu’à la Révolution française, laquelle y mit un terme.
Voltaire ne s’en convertit pas, bien qu’il fût lui-même une espèce de miraculé, comme on va le voir.

Le pauvre de la reine


Jean René de Longueil s’était fait « à Maisons un jardin de plantes rares [plus complet et mieux entretenu que celui du roi ne l’était alors, précise Voltaire] et un laboratoire de chimie, dignes tous les deux d’un lieu où tout ce qui n’aurait pas été magnifique aurait eu fort mauvaise grâce, écrira Fontenelle. Il est sorti du jardin le seul café, que l’on sache, qui ait encore pu venir à maturité en France, et on assure qu’il n’a pas moins de parfum que celui de Moka. M. de Maisons a fait lui-même, dans le laboratoire, le bleu de Prusse le plus parfait que l’on ait encore dans cette espèce de couleur ».
« Il réunissait souvent à Maisons tous les arts, tous les talents et tous les agréments de la société, poursuit l’abbé Duvernet, un autre contemporain. Il y donnait souvent des fêtes. Il en avait annoncé une dans laquelle tous les plaisirs de l’esprit devaient se varier et se succéder pendant trois jours. Plus de trente seigneurs y étaient invités [dont le baron de Breteuil et le président Hénault] et autant de dames. On devait jouer la comédie. Mlle Le Couvreur était déjà arrivée. Le cardinal de Fleury était invité aux fêtes de Maisons, et devait y venir. Voltaire devait lire sa tragédie de Mariamne. Le jour de son arrivée, il se sent indisposé, et sur les neuf heures du soir la fièvre se déclare. Gervasi, le médecin alors le plus accrédité, est appelé, et décide que c’est la petite vérole. L’épouvante est dans le château. On réveille les dames pour annoncer cette nouvelle. On dépêche des courriers au cardinal de Fleury et aux autres seigneurs qui devaient venir à Maisons. Mlle Le Couvreur, persuadée que la présence d’un ami peut ajouter aux soins du docteur Gervasi, fait partir un exprès pour la Normandie où se trouvait Thiriot, et ne quitte Voltaire que lorsque cet ami est arrivé. »

Thiriot veille le malade sans discontinuer, malgré le risque de contagion. Voltaire, reconnaissant, partagera plus tard avec lui, entre autres largesses, une pension de 2 000 livres allouée par le duc de Bourbon, Premier ministre. Bref, Voltaire est sauvé. « Au bout d’un mois, Voltaire, encore très faible, voulut venir à Paris, reprend l’abbé Duvernet. À peine fut-il en voiture que le feu éclata dans la chambre d’où il sortait, et embrasa, en grande partie, une des ailes du château. Le danger que Voltaire avait couru pendant sa maladie, et l’incendie auquel il venait d’échapper le rendirent encore plus cher aux sociétés dont il faisait les délices. »
Le 5 septembre 1725, Louis XV, ses fiançailles avec la jeune infante d’Espagne rompues, est marié à 15 ans à la fille de Stanislas, roi détrôné de Pologne : Marie Leszczynska. Trois pièces de Voltaire sont jouées en cet honneur. La cour s’ouvre au fils de maître Arouet, assure Gustave Lanson : il est des familiers de Mme de Prie, qui peut tout sur « Monsieur le Duc », Louis Henri de Bourbon, Premier ministre depuis la mort du Régent ; c’est à elle qu’il dédie sa comédie de L’Indiscret. La jeune reine, Marie Leszczynska, qu’il amuse, l’appelle : « Mon pauvre Voltaire » et, de sorte qu’il ne le soit plus, lui donne 1 500 livres de pension sur sa cassette. « Ainsi tout lui venait, argent, gloire et plaisir. C’était un enchantement. »

« Ne frappez pas sur la tête »


« Il n’y avait pas à perdre une minute pour écraser Voltaire », conclut Michelet, qui voit dans ce qui va suivre non un conflit personnel, mais l’action « des prêtres », menés par le cardinal de Fleury, contre Mme de Prie et Monsieur le Duc, et contre Pâris-Duverney, secrétaire de ses commandements et quasi-ministre des Finances. « Un chevalier Rohan-Chabot, homme de peu, poursuit-il, se chargea de l’exécution. Le 1er février 1726, il accoste le poète au théâtre, et lui cherche querelle. [— “Arouet ? De Voltaire ? Comment vous appelez-vous donc ?”] ; Voltaire le cloue d’un mot [— “Et vous, Rohan ou Chabot ?”].
« Deux jours encore, avec persévérance, autre querelle au foyer, et il lève sa canne [— “Mon nom, je le commence, et vous finissez le vôtre !”] ; Mlle Lecouvreur, qui était là, s’évanouit. Enfin le 4, Voltaire dînant chez M. de Sully, il est demandé à la porte, où il trouve Rohan avec quatre coquins qui lui donnent des coups de bâton. [« Tandis que M. de Chabot faisait tomber Voltaire dans un guet-apens, il criait à ses gens : “Ne frappez pas sur la tête, il en peut sortir encore quelque chose de bon” », rapportera d’Argenson dans ses Mémoires.]
« Il court à l’Opéra où était Mme de Prie, court à Versailles se plaindre, à qui ? à Maurepas, grand maître des chansons, qui ne peut rien pour lui que faire chansonner son affaire. Voltaire rage et cherche Rohan. En vain pendant deux mois entiers (février-mars). Il ne trouve partout que de mauvais plaisants, d’aveugles sots qui disent : “Tant mieux ! le moqueur est moqué !” ».
Telle est effectivement la réaction du prince de Conti, si louangeur au moment d’Œdipe, toujours à lire d’Argenson : « M. le prince de Conti, apprenant cette aventure, dit que les coups de bâton étaient bien reçus, mais mal donnés ».
l'hôtel de Sully, Ransonnette, 1806. Gallica
Le duc de Sully, dont il est si souvent l’hôte et depuis si longtemps, n’a pas daigné prendre fait et cause pour lui ; Voltaire ne le reverra plus. « Il s’éloigne de toute société ; une profonde retraite devient son partage. À l’étude des langues vivantes qu’il commence alors il joint l’exercice de l’escrime. Un maître d’armes vient tous les matins lui donner des leçons », raconte l’abbé Duvernet qui a recueilli le témoignage de Thiriot. C’est « par un garçon de Procope qu’il avait accommodé de façon à s’en servir comme d’un second », qu’il fait porter son cartel au chevalier de Rohan. « Le chevalier de Rohan accepte le défi pour le lendemain à neuf heures, assigne lui-même le rendez-vous à la porte Saint-Antoine, et le soir même fait part à sa famille du cartel qu’il a reçu. Tous les Rohan se mettent en mouvement » ; le 17 avril 1726, Voltaire est de nouveau à la Bastille.
Une lettre de félicitations envoyée au lieutenant général de police semble donner quelque crédit au « complot des prêtres » dénoncé par Michelet, dont le chevalier de Rohan-Chabot n’aurait été que l’instrument : « Vous venez de mettre à la Bastille un homme que je souhaitais y voir il y a plus de 15 années », écrit l’anonyme, fustigeant le vilain « métier que faisait l’homme en question, prêchant le déisme tout à découvert aux toilettes de nos jeunes seigneurs ». Et le délateur de poursuivre : « L’Ancien Testament, selon lui, n’est qu’un tissu de contes et de fables, les apôtres étaient de bonnes gens idiots, simples et crédules, et les pères de l’Église, saint Bernard surtout, auquel il en veut le plus, n’étaient que des charlatans et des suborneurs ». Suit ce souhait terrible : « Je voudrais être homme d’autorité pour un jour seulement, afin d’enfermer ce poète entre quatre murailles pour toute sa vie ».
Heureusement, Voltaire est désormais Voltaire : en attestent les ordres transmis au gouverneur de la Bastille : « Le sieur de Voltaire est d’un génie à avoir besoin de ménagement. SAR a trouvé bon que j’écrivisse que l’intention du roi est que vous lui procuriez les douceurs et la liberté de la Bastille, qui ne seront point contraires à la sécurité de sa détention ». 
Thiriot dînera donc avec lui tous les jours, et il aura tout loisir de se consacrer à l’étude de l’anglais.
Mme de Tencin a été, par hasard, incarcérée en même temps que lui. Il s’agissait, à suivre Michelet, pour Voltaire, de le perdre, mais pour Mme de Tencin, de la sauver… du Châtelet. La Fresnaye, qui s’est tiré une balle dans la tête au beau milieu de son salon, a laissé des lettres qui l’accusent de l’avoir ruiné, d’avoir détourné tout l’argent qu’il lui confiait pour placement.
Le gouverneur de la Bastille fait à Voltaire les honneurs de sa table ; le poète reçoit tant que le lieutenant général de police doit émettre un rappel à l’ordre : « les douceurs et la liberté de la Bastille » ne vont pas jusqu’à sa transformation en salon. Voltaire aura-t-il l’occasion d’y rencontrer Pâris-Duverney, embastillé lui aussi ? On ne sait. Il n’aura pas de contact, en tout cas, avec Mme de Tencin. Dès le 2 mai, Voltaire est libéré sous la condition d’un exil en Angleterre. Il n’a pas atteint Calais que déjà il écrit à une amie commune : « Ayez la bonté d’assurer Mme de Tencin qu’une de mes plus grandes peines, à la Bastille, a été de savoir qu’elle y fût. Nous étions comme Pyrame et Thisbé : il n’y avait qu’un mur qui nous séparât, mais nous ne nous baisions point, par la faute de la cloison ». Trois jours plus tard, il traverse la Manche.
« Lorsque Voltaire débarqua pour la première fois en Angleterre, au mois de mai 1726, résume Brunetière, il avait passé la trentaine, et, depuis déjà plus de vingt ans alors, il n’était guère de monde où son extraordinaire précocité ne l’eût familièrement mêlé. Chez la vieille Ninon de Lenclos, où son parrain, l’abbé de Châteauneuf, le menait aux jours de congé ; au Temple, chez les Vendôme, où l’on tenait, après boire, académie de libertinage ; ailleurs encore, chez les Maisons, où Dumarsais faisait le philosophe ; au café Gradot, au café Procope, où Boindin donnait des leçons d’athéisme ; à la cour du Régent ou chez Mme de Prie, tous ces audacieux paradoxes, toutes ces idées que Bayle avait insinuées sous le couvert de son érudition, Voltaire les avait entendu soutenir et discuter, il les avait discutées lui-même, il les avait mises en vers faute d’oser encore les mettre en prose. »