ACTUALISATION PARIS OUVRIER

 

Quartier Picpus, les fards et parfums Dorin


A l’angle des rues de Fécamp et de Wattignies, un bâtiment d’activités de six étages porte ce
Dorin aujourd'hui. Capture d'écran Google streetview
médaillon « Dorin, fournisseur de la Cour 1780 ». L’entreprise de cosmétiques, remontant sans doute à la mi-18ème siècle, est dirigée par un Dorin jusqu’en 1836, avant de laisser les rennes à un M. Titard puis, sous le Second Empire à H. Monin, par ailleurs maire du 3ème arrondissement, associé bientôt à Georges Pinaud. La maison quitte vers 1920 le 27 rue du Grenier St-Lazare pour le quartier de Picpus, où elle agrandit les bâtiments du 60 rue Wattignies en 1935, juste avant de partir pour Colombes. Elle est désormais à Chatou mais a cessé ses activités sous son nom depuis les années 1980.
Dorin années 20
Le réalisateur Marcel Bluwal (celui de Vidocq, entre autres), né en 1925, a connu enfant la sortie des ouvrières de la maison, qu’il évoque dans son autobiographie Un Aller. La presse ouvrière ne fait guère mention des 75 ouvrières de la fabrication qu’à l’été 1933 quand, invoquant la crise, la direction réduit les horaires à 4 jours hebdomadaires, et les salaires en conséquence.

L’émigration allemande antinazie à Paris

L’université populaire allemande, sorte de premier degré de l’Université allemande libre (Freie Deutsche Hochschule (FDU), toutes deux fondées fin 1935), tient ses cours dans les libraires LIFA, rue Meslay ; Science et Littérature, 21, rue Cujas, éditrice en 1938 d’une brochure d’Alfred Döblin : La littérature allemande (en exil depuis 1933), un dialogue entre art et politique., et du Statut juridique des étrangers en France: traité pratique, de S. Feblowicz et Philippe Lamour, et Galeries du livre, 15 rue Gay-Lussac, dont l’arrière-boutique est aussi le lieu des réunions bimensuelles du Collège de sociologie depuis la séance inaugurale du 20 novembre 1937 ouverte par Georges Bataille et Roger Caillois, jusqu’à l’été 1939. La FDU, dirigée par Laszlo Radvanyi, le mari d’Anna Seghers, donne les siens à la Maison des sociétés savantes du 28 rue Serpente. Salomon Gottfried, politologue libéral, en est l’un des professeurs. Walter Benjamin collabore à sa revue Zeitschrift für freie deutsche Forschung.

Le Schutzverband Deutscher Schriftsteller (SDS), et la Deutsche Freiheits-Bibliothek (DFB) sont tous deux domiciliés dans un atelier de peintre de la Cité Fleurie du 65, boulevard Arago.
La Bibliothèque allemande des livres brûlés, son autre appellation est inaugurée le 10 mai 1934, 1er anniversaire des autodafés dans toutes les grandes villes allemandes. Elle est présidée par Heinrich Mann, auquel succèderont Max Schroeder puis Lya Kralik. Alfred Kantorowicz en est le secrétaire général. Elle réunit 11 000 ouvrages interdits par les Nazis, chiffre qui montera bientôt à 20 000. La collection est saisie par la police française en septembre 1939 et détruite par les Allemands pendant l’Occupation. A compter d’avril 1935, elle publie les Mitteilungen der DFB. L’exposition l’Allemagne après le 30 juin, y est montrée du 27 juillet au 14 août 1934. Du 14 au 23 novembre 1936, la Bibliothèque allemande de la liberté organise avec le SDS l’exposition Le Livre allemand libre, à la Société de géographie, alors 10 av. d’Iéna dans l’ex hôtel du prince Roland Bonaparte (auj. Shangri-La).

Dans les colonnes de l'Humanité
L’Institut pour l’étude du fascisme (INFA), est fondé fin 1933 sur l’ordre du Komintern par l’entremise de la Ligue internationale des libres penseurs. Le secrétaire-général de cette dernière, Hans Meins, et Oto Bihalji-Merin lui donnent forme. A son Comité de patronage, Paul Langevin, Lucien Lévy-Bruhl, Marcel Prenant, Henri Wallon, Francis Jourdain et l’avocat Marcel Willard. Il s’installe au 22, rue des Fossés-Saint-Bernard. Actif jusqu’au 1er trimestre 1935, il était passé 25, rue Buffon. Arthur Koestler et Manès Sperber en seront les collaborateurs les plus connus. l’INFA publia en 1934  L'Allemagne, champ de manœuvre. Le Fascisme et la Guerre, sous le pseudonyme de S. Erckner « Ancien officier de l'état-major allemand » ; présenté par les professeurs Paul Langevin, Lucien Lévy-Bruhl et Marcel Prenant ; adapté de l'allemand par Léon Limon. L’INFA organisa, le 9 mars 1935 à la galerie La Boétie (au n° 83 de la rue) l’Exposition internationale sur le fascisme, préparée par Manès Sperber (voir son Au-delà de l’oubli), et patronnée, outre les parrains de l’INFA par Malraux, Bernard Lecache, Paul Signac, Victor Margueritte, Andrée Viollis, le docteur Dalsace. Le texte de Walter Benjamin l’Auteur en tant que producteur a été préparé pour l’INFA et y a peut-être été lu le 27 avril 1934.

- P. 51, rajouter : Au Caveau Camille Desmoulins, 5 rue de Beaujolais (auj. Milord l’Arsouille), le cabaret franco-allemand Die Laterne donne trois fois par semaine de 1934 à 39 (à l’exception de 1936) des songs de Heine, de Brecht, de Villon, des sketchs, des parodies, etc. Kosma y jouera ses compositions.
- rue Meslay, p. 91, rajouter : A la LIFA (LIbrairie Franco-Allemande) ont lieu certains des cours de l’Université populaire allemande. Léo Gerhardt, le fils des propriétaires, se souvient d’y avoir entendu Anna Seghers, Lion Feuchtwanger, Friedrich Wolf.
n° du 25 novembre 1936
--> - P. 91, rajouter : Pariser Tageblatt, 51 rue de Turbigo. Dès décembre 1933, il s’adresse aux 35 000 à 50 000 réfugiés allemands qui fuient le nazisme. Créé par Georg Bernhard, son rédacteur en chef, libéral de gauche, il est financé par Wladimir Poliakow. A l’été 36, la rédaction ne fait plus confiance à son financier et Georg Bernhard crée le Parizer -->Tageszeitung, 16 rue de la Grange-Batelière qui sera publié jusqu’à février 1940.
- 25, rue Buffon, p. 119, rajouter : dans un appartement de 4 pièces ; voir ses souvenirs ou Hiéroglyphes.
- Salle des Sociétés savantes, p. 131, rajouter : La Freie Deutsche Hochschule y donne ses enseignements.
- P. 133, rajouter : Académie Raymond Duncan, 31, rue de Seine. Le cabaret franco allemand d’Alphonse Kahn, Die Laterne, y donne ses représentations les samedis et dimanches soirs à 8 heures et demie durant l’année 1936.
- P. 144, rajouter : Salle Adyar, 4 square Rapp. Slatan Dudow (alors réfugié 7, rue du Dragon, 6e) y monte les Fusils de la mère Carrar, de Brecht, avec Helene Weigel dans le rôle-titre.
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- P. 150, rajouter : Maison de la Culture, au 29 rue d’Anjou depuis l’été 1937. L’exposition L’Art allemand libre y riposte, début novembre 1938, aux expos sur « l’art dégénéré » organisés par les nazis en juillet 1937. Elle expose, en particulier, un portrait de Kokoschka lacéré par des nazis, et une toile de Renoir pareillement abîmée.
- 10 rue Dombasle, p. 283, ajouter : cette adresse est aussi celle de Walter Benjamin de fin décembre 1937 ou janvier 38 à juin 1940, qui y sous-loue une chambre au psychiatre Fritz Fränkel avec lequel il fera ses expériences de prise de drogue.
- P. 250, on rajoutera ce qui concerne SDS et DFB à la Cité fleurie du 65, bd Arago, en notant que Manès Sperber habitait alors 19, rue de la Glacière, et Salomon Gottfried l’hôtel Home au n° 22 de la même rue.
affiche sans rapport, juste pour la salle
- P. 294, rajouter : Salle d’Iéna, 10 av. d’Iéna. Les 21, 22 et 25 mai 1938, Slatan Dudow y met en scène 8 tableaux de Grand-peur et misère du IIIe Reich, de Brecht. Le 8 décembre de la même année, Alwin Kronacher y monte La foi, l’espérance, la charité d’Horvath.
- P. 311, rajouter : A l’occasion de l’Expo universelle de 1937, le producteur Ernst Josef Aufricht, lui aussi réfugié en France et qui avait déjà monté l’Opéra de quat’ sous à Berlin neuf ans plus tôt, en donne une version française au Théâtre de l’Etoile, avec Raymond Rouleau en Mackie, Suzy Solidor en Jenny, Yvette Guilbert en Mme PeachumBrecht vient à Paris pour l’occasion. C’est un succès avec une cinquantaine de représentations.


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 - Le Boxing Hall, p. 225, est donné sans adresse. Il était situé 41, rue des Boulets. Il y avait eu auparavant plusieurs salles portant ce nom : un Boxing Hall 28, rue de Ménilmontant, à côté de la Chope, donc, et sans doute dépendant de la Bellevilloise ; l’Athletic Boxing Hall (28, rue Vandamme) qui, juste avant la guerre de 1914, avait remplacé le défunt Tivoli Boxing Hall ; enfin un Freddy Boxing Hall, 25, rue de Clignancourt dans les mêmes années. Pour ne rien dire des Boxing Club ou Palace. Mais la « controverse sur l’unité » du 12 janvier 1933 eut bien lieu au Boxing Hall du 11ème arrondissement, 41 rue des Boulets.
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Paris ouvrier (il faut bien périodiser) commence avec Marx à Paris, soit en 1844. Y manque donc:
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- le Banquet communiste de Belleville, organisé par Théodore Dezamy, rédacteur de l'Égalitaire, et Jean-Jacques Pillot, homme de lettres, le 1er juillet 1840, au "Grand Saint Martin", la taverne de Dénoyez, au 10 rue de Paris à Belleville (auj. rue de Belleville). Cabet et les siens en sont absents. Parmi les 1 200 convives (une trentaine seulement sont identifiés), une soixantaine de Gardes nationaux en uniformes, dont 5 ou 6 officiers, et une énorme majorité d'ouvriers, dont des Polonais et des Allemands de la Ligue des Justes. Dans les porteurs de toasts, on compte 3 coiffeurs, 2 relieurs, 1 ouvrier imprimeur et 1 typo, 1 bottier, 1 horloger, 1 tailleur, 1 teinturier, 1 ouvrier sans autre précision, 1 limonadier, 1 peintre d'histoire, 1 prof de littérature.

Un compte-rendu de 16 pages en sera mis en vente, signé de quatre membres, Jean-Jacques Pillot, Théodore Dezamy, Charles Dutilloy (commis) et Corneille Homberg (teneur de livres).

Le coiffeur Lionne y porta un toast "Au courage de propager ses opinions!":

« Communistes,

Disons à tous ce que nous voulons et ce que nous repoussons, afin d’être toujours suivis par ceux qui veulent atteindre notre but en marchant dans notre route, afin de savoir qui nous avons à combattre, et quelle est la valeur de notre unité. »

Ce à quoi semblera faire écho la fin du Manifeste communiste de Marx et Engels 7 ans plus tard: " Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social passé."

Le premier emploi attesté de l’expression parti communiste va apparaître dans le compte-rendu que donne du banquet un journaliste libéral, Léon Faucher, dans le Courrier français du surlendemain : " le parti radical est divisé [...], le schisme devient public aujourd’hui [...], les disciples de Babœuf [sic], les communistes, ont voulu manifester publiquement leur doctrine et avoir aussi leur banquet [...] ". Face au rejet du National, " le parti communiste a passé outre ".

--> - 40, rue Saint-Jean-de-Beauvais (auj. Jean de Beauvais), domicile de l'ouvrier imprimeur Édouard Pandellé, auteur du toast "Au courage de la Pologne" lors du banquet communiste de Belleville, l'une des adresses pour la vente en souscription du Code de la Communauté, de Théodore Dezamy, avec le domicile de ce dernier: 106, rue Saint-Jacques. 


- L'acte de naissance de Pierre Leroux (que reproduit P. Félix Thomas, en 1904), indique, pour la maison où vivent son père, limonadier de 36 ans, sa mère, et son grand-père maternel, 1er témoin, limonadier de 60 ans, le 40, quai des Grands Augustins. L'un de ses biographes, Eugène de Mirecourt écrit (en 1856, sans en indiquer le numéro) "dans la maison actuellement occupée par le libraire Didier". La librairie Didier était alors, sur le quai des Grands Augustins, à l'angle de la rue aujourd'hui Séguier, au n° 35.
Jusqu'en 1806 (Pierre Leroux est né en 1797), le quai des Grands Augustins s'arrête à la hauteur de la rue Git-le-Coeur ; il est prolongé par la rue du Hurepoix dont le dos des maisons, côté gauche, a les pieds dans la Seine. En 1806, ces maisons sont détruites et le quai des Grands-Augustins arrive ainsi jusqu'au Pont St-Michel; une nouvelle numérotation s'impose, les numéros pairs sont supprimés (le quai, bâti d'un seul côté, portait numéros pairs et impairs), l'ex n° 40 d'avant 1806 devient le n°35 d'après.
 
- La 1ère journée du Congrès ouvrier international de Paris s'est tenue, le 14 juillet 1889, salle Pétrelle (Paris ouvrier p. 160). Dans cette "salle pour concerts, bals, réunions", située au n° 24 de la rue Pétrelle, où les courants qui allaient fonder la IIe Internationale devaient accorder leurs violons, étaient domiciliés un orphéon, l'Harmonie de Montmartre (fondée en 1863), l'Orchestre suisse, le journal Le Progrès artistique, très musical lui aussi. Une AG des artistes musiciens instrumentistes s'y était tenue le 14 juin 1879 pour discuter du tarif. On y trouvait aussi la Chambre syndicale des parquetteurs et surtout, à compter de sa création à la mi-1891, on y verra la Chambre syndicale des travailleurs du gaz, peut-être la plus importante de Paris, fondée sous l'impulsion de Jean Allemane, et du conseil municipal majoritairement à gauche (si les compagnies sont privées, les allumeurs de réverbères sont pour partie rémunérés par la ville). A la tête des gaziers, Alfred Brard puis, après 1893, Jean Darène, plus corporatiste encore. Le journal du syndicat est antisémite et cherche l'alliance avec les actionnaires "goys" contre les actionnaires juifs, et xénophobe (on rejette les ouvriers étrangers du syndicat). Jean Darène, délégué au congrès constitutif de la CGT, à Limoges, en 1895, y indique comme adresse 24, rue Pétrelle. 

- bal Montesquieu, 6 rue Montesquieu. Paris ouvrier rappelle comment, en 1846, Engels tente de se défaire des filatures policières en passant du bal Valentino (251, rue St-Honoré), au Prado (1, bd du Palais), sans oublier le Montesquieu (6, de le rue du même nom). Ce faisant, il joint l’utile à l’agréable : « Si je disposais de 5 000 Fr de rentes, écrit-il à Marx, je ne ferais que travailler et m’amuser avec les femmes, jusqu’à ce que je sois lessivé. Si les Françaises n’existaient pas, la vie ne vaudrait même pas la peine d’être vécue. Mais tant qu’il y a des grisettes, va ! Cela n’empêche pas (en français dans le texte) que l’on ait envie de temps à autre de parler d’un sujet sérieux. » Ailleurs, évoquant Moses Hess, « passage Vivienne, je l’ai planté là bouche bée pour embarquer avec le peintre Körner deux filles que celui-ci avait levées. » Ailleurs encore : « Ici à Paris, j’ai adopté un ton très cynique, c’est le métier qui veut cette esbroufe et ça réussit souvent auprès des dames. »
Le 6, rue Montesquieu a été ensuite le vaisseau amiral de la chaîne des bouillons Duval, un type d’établissements dont le Chartier contemporain offre une dernière image. 

73, rue du Faubourg Montmartre, adresse au 15 mai 1848, chez son ami d’apprentissage Léonard Moulin,  de l’ouvrier corroyeur Louis, dit Aloysius, Huber, président du Club des clubs devenu Comité centralisateur, l’homme qui, ce jour là, du haut de la tribune du Palais Bourbon, déclare par trois fois : « l’Assemblée nationale est dissoute ». (voir Paris ouvrier p. 140) Barricadier de 1834, condamné 2 fois pour complot régicide (arrêté en juin 1835, il n’est libéré que par l’amnistie générale de mai 1837 consécutive au mariage du prince héritier ; incarcéré à nouveau dès l’année suivante, il ne sortira du Mont Saint-Michel que grâce à la révolution de février 1848, sur une civière ; il y était entré bâti en Hercule). Sa dissolution de l’Assemblée nationale n’est pas le fait d’un « agent provocateur » de la police, qu’il n’a jamais été : Peter Amann, (The Huber Enigma : Revolutionnary or police-spy ? International Review of Social History, Vol 12, n°2, 1967, pp190-203), comme Lowell L. Blaisdell (Aloysius Huber and May 15, 1848 New insights into an old mystery, International Review of Social History, Volume 29, Issue 01, April 1984, pp34-61) ont fait depuis longtemps justice de cette accusation.


- A l’occasion du balisage de la "voie de la Libération" partant de la porte d'Italie, pour son 60ème anniversaire, de 11 médaillons en bronze …
Le 24 août 1944, guidée par un Arménien d’Antony (qui peut-être, comme nombre des siens travaillait chez Panhard ou chez Say, dans le 13e), la 9e compagnie de la 2e DB, ou plutôt « la Nueve », composée à 80% d’Espagnols, traversait l’arrondissement. Rue Baudricourt, elle passait devant l’Union des Travailleurs, coopérative de consommation, au n° 66 et, en débouchant dans la rue Nationale, devant une épicerie de l’Union des coopératives, au n° 111. En traversant le bd de la Gare, elle apercevait l’usine Say, dont le quart des ouvriers étaient Kabyles, occupée par les FTP de Fabien trois jours plus tôt. Place Pinel, elle longeait l’arrière des ateliers des Automobiles Delahaye – Delage, situés au 23-25 rue Jenner, qu’elle retrouvait au 43 rue Esquirol. Puis, par le bd de l’Hôpital, elle se dirigeait vers l’hôtel de Ville. Là, un reporter de la radio clandestine demanda au premier libérateur qu’il aperçut : « Quelle émotion de retrouver le sol national ? », et s’entendit répondre : « Señor, soy español », ce qui veut dire : les prolétaires n’ont pas de patrie !

- 11, rue de l’Hôpital Saint-Louis, (ajouter à PO, p.193) Eventails Chambrelent, imprimeur-éventailliste, Modern style, maison fondée en 1873, marques Nevelty, Opalia (éventails en papier cristal), montures Metalia. Deng Xiao Ping (17 ans) y a travaillé du 24 au 29/10/1921: 103 jeunes Chinois y ont été embauchés entre le 22 et le 24 octobre, dont Deng et un oncle à lui, de 3 ans son aîné, un futur ministre de la République populaire, et tout un groupe de jeunes gens originaires de son village natal (Chonqing, dans le Sichuan). Ils font des fleurs de lotus en gaze verte et satin rouge qu’ils montent sur des tiges métalliques, et y apposent une petite étiquette : œuvre d’orphelins et de veuves de guerre ; il s’agit d’une commande destinée aux USA pour y collecter des fonds. C’est payé 2F la centaine, les ouvriers réussissent à faire 600 ou 700 fleurs par jour. Ils seront virés au bout d’une semaine, la commande étant sans doute terminée. En 1974, à en croire son biographe David Goodman, Deng, retour de New-York, fait escale à Paris pour y acheter 100 croissants qu'il partagera avec Zhou Enlai et les autres camarades qui avaient vécu avec lui dans la capitale. Encore un grand contrat!

-199, rue de Charenton, (ajouter PO, p.233) immeuble de Raoul Brandon, 1911, prix du concours de façades de l’année, 4 atlantes : 1 mineur, 1 agriculteur, 1 forgeron, 1 marin pêcheur, du sculpteur Alexandre Morlon dans un immeuble de rapport en pierre de taille.

- 124, av Daumesnil, (ajouter PO, p.235) groupe des maisons ouvrières (Mme Lebaudy), d’Auguste Labussière.
« L'immeuble de l'architecte Auguste Labussière, 124-126 avenue Daumesnil à Paris, s'inscrit dans une série de bâtiments pensés au début du XXe siècle pour aider et réformer la partie la plus pauvre de la société française. Il fait figure de chaînon essentiel dans le développement de l'habitat populaire opéré alors par les organisations philanthropiques. Cette réalisation est partie intégrante d'une expérimentation concertée qui contribue à créer une façon de vivre, inventée par des nantis pour éduquer des démunis à aimer leur "chez-soi". Cette étude révèle la mise en route d'une certaine forme de réflexion sur la constitution du logement social au moment de son émergence et met en lumière un monde particulier où bourgeoisie et classe ouvrière se retrouvent face à face, la première ayant un projet pour la seconde. A travers une monographie de bâtiment, et l'étude de la politique de la fondation G.M.O. (Groupe des Maisons Ouvrières), mieux connue aujourd'hui sous le nom de sa bienfaitrice, Mme Jules Lebaudy, I'analyse propose plusieurs points de vue sur une opération de logements des premières années du siècle. Elle met en rapport les débuts des réflexions concertées sur l'habitat populaire (commande, idéologies mises en oeuvre, travail architectural) et l'étude de la création d'une forme d'habitat qui deviendra une des images stéréotypées des habitations à bon marché. Cette expérience appartient aujourd'hui à l'histoire mais elle peut guider la réflexion contemporaine sur la conception de l'habitat. » Monique Eleb, L'apprentissage du chez-soi, Le Groupe des Maisons ouvrières, Paris, avenue Daumesnil, 1908. Marseille, éd. Parenthèses, 1994, 123 p.


-7 rue Moreau, 12(voir Paris ouvrier p.231) : administration de L’Ame annamite, et adresse de son gérant, Julien Monneveux, auquel mandats et courrier sont à adresser. Le titre prend la relève du Viêt-Nam-Hôn, tribune libre des étudiants et des travailleurs annamites, et du Phuc-Quôc, son successeur, interdit en France parce qu’’édités en langue étrangère’’ et interdits en Indochine. Se donne comme l’organe du Phuc-Viet, Parti Annamite de l’Indépendance, dont les statuts ont été déposés à la préfecture de police de Paris le 14 juin 1926 : « Nous sommes des esclaves qui veulent devenir des hommes libres, nous sommes vingt millions d’opprimés qui veulent former une nation indépendante » ; le secrétaire du PAI pour l’Europe est alors Hoang-quang-Gin, étudiant à Sciences-Po, 32 rue des Ecoles (auj. Hôtel California) [il voisine dans les meetings avec Bui-công-Trung, délégué du Jeune Annam en Europe, qui habite 6 rue de Brosse, 4e,(à côté de l’église St-Gervais) ; et Tran-van-Chi, pdt de l’Association mutuelle des Indochinois en France, 15 rue du Sommerard (auj. Hôtel Home Latin)]. L’Ame annamite n’aura que 3 numéros en janv., fév. et avril 1927. Articles de Nguyên-aï-Quoc, le futur Ho-chi-Minh, ds n°1 : « M. Sarraut contre les indochinois en France », et ds n°2 : « Pensons à nos déportés politiques : le cas de Lê-ngoc-Liên ». Ds ce même n°, article de Pierre Naville « étudiant à la Sorbonne » : « Russie (URSS) La vie universitaire ». Le titre est imprimé chez Dangon, 123 rue Montmartre, qui imprime aussi la Vie ouvrière depuis qu’elle est devenue l’hebdo de la CGTU. Interdit à son tour en Indochine, poursuivi en France, L’Ame annamite cède la place à La Nation annamite, organe européen du Parti Annamite de l’Indépendance, dont l’adresse se déplace à celle de son directeur politique : Nguyen The Truyen au 6 rue St-Louis-en-l’Isle.
Ta Thu Thau, instit à Saïgon, arrive en France en octobre 1927, il a 21 ans, s’inscrit à la Fac des Sciences, à Paris, en novembre. Il lance La Résurrection, « organe de la jeunesse annamite », mensuel, dès décembre 1928, avec Huynh Van Phuong et quelques autres. Direction et Rédac, 84 rue Pascal, à Cachan. De nouveaux statuts du Parti Annamite de l’Indépendance, datés du 1er avril 1928 sont déposés à la Préfecture le 17 juillet 1928. Le parti est dirigé par un bureau de 3 membres dont fait partie Ta Thu Thau.

- 6 rue St-Louis-en-l’Isle (ajouter à PO p.101, adresse de Nguyen The Truyen* de la mi-1927 au tout début 1928 où il rentre à Saïgon. La police s’est installée en face de chez lui, ds une boutique d’empailleurs, et cherche des noises à tous les Vietnamiens qui viennent le voir ; elle monte également tous les commerçants du quartier contre lui. Il est alors directeur politique de La Nation annamite, « organe européen du Parti Annamite de l’Indépendance », qui aura deux numéros en juin et août 1927. Le titre a succédé à l’Âme annamite, interdit en Indochine, poursuivi en France, qui n’aura eu que 3 numéros. La Nation annamite a pour rédac-chef Nguyen Van Luan, même adresse ; pour secrétaire de rédac : Bui-Ai. L’un et l’autre titre tirés à 5 000 exemplaires.
* Nguyen The Truyen est arrivé en France en 1919, étudiant à Toulouse, puis à Paris en 1922-23. Membre de la Section coloniale du PCF, il rompt avec le Parti en 26 ou 27 et fonde le PAI qui s’inspire du modèle du Guomindang chinois. Il rentre à Saïgon le 9 janvier 1928.

-4 rue de Vaugirard 6e (ajouter à PO, p.133), siège du Parti Annamite de l’Indépendance, dont les statuts ont été déposés à la Préfecture le 13 juin 1927.  Bui-Ai, ancien instit, assure la permanence au siège du parti, (et donne ce dernier comme son adresse perso). Le parti compte, outre le fondateur, Truyen : ingénieur chimiste, licencié es sciences et licencié en philo ; un trésorier : Bui-duc-Than, employé, 12 rue Gustave Doré, 12e, et un trésorier adj : Tran-Vinh-Hien, étudiant aux B-A, 4 rue de Vaugirard 6e. Les statuts donnent pour but au parti : indépendance du Vietnam, alliance avec la France, participation à la SDN.
Il y a alors 7 à 8 000 Vietnamiens en France, dont, à Paris, 1 100 étudiants et quelque 300 « ouvriers, garçons de café, petits commerçants, restaurateurs ». La Maison des étudiants indochinois à la Cité U ne sera inaugurée que le 22 mars 1930.


- Victor Hugo, Histoire d’un crime : « - Demain – si nous sortons d'ici cette nuit – trouvons-nous tous au faubourg Saint-Antoine...
On m'interrompit : – Pourquoi le faubourg Saint-Antoine ?
– Oui, repris-je, le faubourg Saint-Antoine ! Je ne puis croire que le cœur du peuple ait cessé de battre là. Trouvons-nous tous demain au faubourg Saint-Antoine. Il y a vis-à-vis le marché Lenoir une salle qui a servi à un club en 1848...
On me cria : La salle Roysin.
– C'est cela, dis-je, la salle Roysin. Nous sommes cent vingt représentants républicains restés libres… » Voir pour cette journée du 2 décembre 1851,dans Paris ouvrier, p.81, l’entrée Restaurant Bonvalet, et p.224, l’entrée Barricade de Baudin. La salle que Victor Hugo appelle Roysin et dit "vis-à-vis le marché Lenoir": eh bien, elle est effectivement vis-à-vis le marché Lenoir, face à la rue d'Aligre, au n°157, rue du Fbg St-Antoine. Là où se trouve aujourd'hui encore un magasin de mode féminine, on trouvait en 1851 la bonneterie Lesage, et là où l'on voit aujourd'hui l'enseigne d'une salle de body building, est le porche qui mène au café que décrit très exactement Hugo:
"On entre dans le café Roysin par une allée qui donne sur la rue, puis on traverse un vestibule de quelques mètres de longueur, et l'on trouve une salle assez vaste, avec de hautes fenêtres et des glaces aux murs, et au milieu plusieurs billards, des tables à dessus de marbre, des chaises et des banquettes de velours."
La seule différence concerne l'orthographe du nom, qui est Roisin dans l'Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration, qui deviendra le Didot-Bottin. Roisin, limonadier, est donc le patron de la salle du n°157 rue du Fbg St-Antoine dans l'annuaire de 1851, mais dès celui de 1852 il a disparu pour faire place à "Leclercq et Cie, association de limonadiers". A-t-il été victime de la répression? S'est-il fondu discrètement dans un regroupement plus vaste?
Sur la rue, on retrouve la boutique des Lesage de décennie en décennie: en 1860, 1870, 1880 où est précisé "confection, détail pour hommes", 1890; en 1900, c'est maintenant "Veuve Lesage", la patronne, et pareillement en 1911. C'est en 1920 qu'on la voit remplacée par "Robuste, confection pour hommes".
Sur cour, 50 ans de limonadiers succèdent à Roisin: après Leclercq et Cie, c'est Lewi en 1860, Ch. Marrot en 1870, la Vve Matry en 1880, le "Grand Café du Faubourg" de Signard en 1890. Et puis, en 1900, plus rien à côté de la Vve Lesage, au n°157. En fait, la Coopération des idées est déjà là depuis 1899 mais elle n'apparaît, dans mes sondages décennaux effectués sur Didot-Bottin qu'avec l'édition de 1911: "Université populaire du Fbg St-Antoine, la Coopération des idées". Pour plus de détails, sur cette dernière, voir la p. 223 de Paris-Ouvrier.


-Le Sublime, ou le Travailleur comme il est en 1870 et ce qu’il peut être. Voir Paris ouvrier, p.31, l’entrée Goguettes. Après Gouin, où il a été 5 ans contremaître, Denis Poulot décide en 1857 de fonder sa propre fabrique de ferronnerie dans le 19e, 50 bd de la Villette, qu'il cèdera en 1868 à Nicolas Vuillaume, mais où il est encore en 1870 puisque l’on trouve cette dédicace : "A Victor Hugo hommage de son respectueux admirateur Denis Poulot, 50 boulevard de la Villette Paris" sur un exemplaire du Sublime envoyé à V.H. en 1870 à Hauteville House. C’est dans sa fabrique qu’ont eu lieu des réunions électorales en mai, juin et novembre 1869 : « Cité Chaumont, au 50 boulevard de la Villette, un hangar en charpente en fer, ancien atelier, accueillit par deux fois les électeurs du quartier, un peu perdus dans le clair-obscur de cette immense salle. » Alain Dalotel, Alain Faure et Jean-Claude Freiermuth, Aux origines de la Commune. Le mouvement des réunions publiques à Paris. 1868-1870. Paris, François Maspero, 1980, 372 p.
En 1872, Denis Poulot crée, à 40 ans, au 50, av. Philippe-Auguste à Paris une " Fabrique de produits pour polissage " (émeri, meules et machines à polir) remportant une médaille d'argent à l'Exposition de 1878 (...). En mars 1879, il est nommé maire du 11e arrondissement de Paris par Mr Hérold, préfet de la Seine. Il le restera trois ans, déclarant en 1882 :" En démocratie, il ne faut éterniser ni les fonctions, ni les mandats. "

- L’actuelle rue Léon Frot (11e arr.) est l’ancienne rue de la Muette et le n°16 d'aujourd'hui  l'ancien n°27-29 siège, dès l’été 1846, de l’entreprise de boutons de Jean-Félix Bapterosses, où travailleront 150 personnes, dont 2/3 d’hommes, pour produire 1 400 000 boutons par jour. 400 femmes, autour, à leur domicile, attachent lesdits boutons sur des cartons. Alexandre Martin, dit « l’ouvrier Albert » à la société secrète des Saison qu’il dirige avec Blanqui et Barbès, est mécanicien chez Bapterosses. Il sera membre du gouvernement provisoire de la Seconde République, le 24 février 1848, et en sera bien vite exclu, ce qui provoquera l’envahissement du Palais Bourbon le 15 mai. Voir Paris ouvrier, p.140 Les spectateurs montent sur scène. Voir aussi dans l’index, sur ce blog, les renvois à l’Ouvrier Albert.