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Cet après-midi-là Aragon fut rue de Bretagne; Jules Vallès allait à la Corderie


L'occasion de ce parcours est une emmenée promener autour de la librairie Publico, 145 rue Amelot dans le 11ème.

1925. Meurisse. Gallica
- Théâtre du Château d’Eau (plus tard Alhambra), 50 rue de Malte. Y est donné, en mars 1871, un vaudeville, Le Procès des francs-fileurs, d’après le qualificatif inventé par le Tintamarre pour ceux qui, lors du siège de Paris, avaient prudemment fui en province ou à l’étranger.
- Alhambra (puis "Alhambra Maurice Chevalier"), 50 rue de Malte (démoli en 1967; l'actuel parking souterrain y porte encore ce nom d'Alhambra). En 1936, Gilles et Julien y chantent « La Belle France : il était question de bleuets et de coquelicots, on aurait dit du Déroulède » ironise Simone de Beauvoir, mais ils ont aussi à leur répertoire La chanson des 40 heures.

Des bâtiments contemporains de Marie Dorval au soir d'Antony, le 3 mai 1831 :
- 21, rue Meslay, PLU: maison de la première moitié du XIXe  siècle, dernier étage en retrait desservi par un balcon filant. Balcon central de deux travées au second étage soutenu par de puissantes consoles. Persiennes.
- 22, rue Meslay, (en face du 21) PLU: accès cocher d'une grande cour pavée très régulière (formant un rectangle) de l'immeuble de rapport de style néo-classique, fin 18ème, du 15 bd St-Martin.
- Au n°19, maison du début du XIXe siècle. La façade est encadrée de deux chaînes. Le décor du rez-dechaussée simule un faux appareil. Porte cochère.
- 18, rue Meslay, PLU: 1ère moitié du 19ème, arrière du 11 boulevard Saint-Martin, donnant sur la large cour pavée comportant deux anciennes fontaines en fonte.
- n°17, PLU: remarquable grande maison Louis-Philippe présentant un riche décor de moulures inspiré de la Renaissance française et un grand balcon en pierre sculpté desservant les trois travées centrales de l'étage noble. Oeuvre non attestée de Ballu (construit sur un terrain propriété de Ballu père).

- Appartement de Marie Dorval, 15 rue Meslay. Là qu’on raccompagne l'actrice le soir d’Antony. Voir la balade Hugo en anarcho-autonome dans le ravin du bd Saint-Martin.
 (Elle quittera l'adresse pour le 44, rue Saint-Lazare, en 1833, avec Alfred de Vigny, sa nouvelle liaison. Puis, en octobre 1835, Marie Dorval, la Kitty Bell de Chatterton, drame en prose que Vigny a écrit pour elle, emménagera au 1er étage du 40, rue Blanche, parce qu’il y là pavillon d’écurie et remise où la voiture et les chevaux qu’elle possède désormais pourront trouver place).
George Sand la connaît après Indiana, en 1832 ; elle lui écrit, Marie Dorval accourt (elle a 34 ans, Sand six de moins), long portrait dans Histoire de ma vie : « Elle était mieux que jolie, elle était charmante ; et cependant elle était jolie, mais si charmante que cela était inutile. Ce n'était pas une figure, c'était une physionomie, une âme. » C'était une époque où « se manifestait un paroxysme de passion peu voilé », où l'on aimait les poitrinaires parce que leur amour était plus brûlant, où l'on ouvrait les tombes pour revoir l’aimé. On connaît des lettres enflammées de Sand, de Vigny à Marie Dorval, datées de 1833-34, et de l'une, de Vigny, Léon Séché écrira qu'elle est « l’acte d’un malade et d’un fou » : « Il fallait vraiment que Vigny eut perdu la raison pour avoir écrit la lettre qui commence par « Pour lire au lit » ». Cette lettre a été détruite en 1913.
D'autres maisons contemporaines de ce temps de feu :
- 14, rue Meslay (en face du 9), arrière du 3 boulevard Saint-Martin, PLU: Immeuble de rapport de la fin du XVIIIe siècle.
- 11, rue Meslay, PLU: Grande maison à loyer vers 1800 présentant une façade néo-classique très bien conservée. La façade est bornée par deux chaînes d'angle. Le rez-de-chaussée est orné de refends. Trait de refends dans l'enduit sur le reste de la façade. Garde-corps à motif de losanges. Persiennes ajoutées ultérieurement. Hiérarchisation de la taille des baies en fonction des étages. Porte cochère surmontée d'un fronton triangulaire inspirée par Ledoux et ouvrant sur une cour pavée. Escalier à barreaux ronds sur limon conservé.

- Fédération de la Seine du Parti Socialiste S.F.I.O., 7 bis rue Meslay. C’est du même coup l’adresse de la Librairie fédérale, et aussi le siège d’une coopérative de production et de distribution de films, l’Equipe, créée vers février 1937.
Le 16 mars 1937, une militante du 18e arrondissement de la Gauche révolutionnaire, la tendance de Marceau Pivert, sera parmi les six victimes de la police de Marx Dormoy, à Clichy. « Les forces de police tirant sur les ouvriers antifascistes, et sous un gouvernement du Front populaire à direction socialiste, est-ce la rançon de la politique de confiance exigée par les banques ? » demande sur les murs de Paris une affiche de la Gauche révolutionnaire, qu’en réponse la police va lacérer, tandis que le PS aura interdit la tendance dès la fin d’avril. Désormais sans nom, les amis de Pivert n’en auront pas moins conquis la direction de la Fédération de la Seine neuf mois plus tard. C’est alors sa Fédération de la Seine toute entière que la direction du PS dissout, le 11 avril 1938. Les dissous s’entêtent et se maintiennent de force dans les locaux de la rue Meslay : « Ils veulent la dissolution pour mieux trahir, nous répondons, la Fédération continue », affirme Juin 36, leur hebdomadaire. Mais ils s’inclineront devant le congrès qui, en juin, confirme la dissolution. Marceau Pivert y annonce alors la création du Parti Socialiste Ouvrier et Paysan (PSOP).
Dans cette même rue, les Gerhardt, réfugiés antinazis, ouvrent en 1933 une librairie qui sera un lieu de rencontre d’immigrés politiques allemands.

- les Editions Sociales, 168, rue du Temple, dans les années 1970 encore. S’y trouve aussi La Pensée, revue du rationalisme moderne.
On descend la rue Turbigo pour passer devant la rue du Vertbois:

- table d’hôte de la mère Caviole, rue du Vertbois. C’est la cantine du noyau de la Révolution prolétarienne, alors rue du Château d’eau : Monatte, Robert Louzon quand il passe à Paris, le Dr Louis Bercher, médecin de la marine marchande qui signe J. Péra, Daniel Guérin.

Puis par le passage Ste-Elisabeth, le long d'une église que l'on doit au maître-maçon Michel Villedo, dédiée à sainte Élisabeth de Hongrie et à Notre-Dame de Pitié, consacrée en 1646 par Jean-François Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, alors coadjuteur de l'archevêque de Paris (MH), on rejoint la :

Rue Dupetit-Thouars. Atget. Gallica
- salle du 10 rue Dupetit-Thouars. (Et 22, rue de la Corderie), PLU: Maison d'angle vers le milieu du XIXe  présentant une façade bien proportionnée composée de sept travées sur la rue Dupetit Thouars et de deux travées principales sur la rue de la Corderie et de trois étages carrés sur rez-de-chaussée. Des bandeaux séparent les étages. Persiennes en bois.
C'est dans cette salle que juste après l’armistice de 1918, la Muse Rouge vient se produire. (Voir pour ce groupe la balade Hugo en anarcho-autonome dans le ravin du bd Saint-Martin). La Muse Rouge y sera de retour une douzaine d’années plus tard, quand déclarée par le PC « en dehors du mouvement culturel de lutte de classe », elle aura été chassée de la Maison Commune, devenue communiste, du 3e arrondissement.
La Muse Rouge aura son siège entretemps à l’Union des coopératives, (voir plus bas).

- 16, rue de la Corderie, siège du Parti Socialiste (SFIO) en 1910. PLU : Maison ancienne présentant une façade composée de quatre travées principales et d'un étage carré sur rez-de-chaussée. Persiennes. Lucarnes en "chiens assis". Passage cocher ouvrant sur une cour.

Le 2, rue de la Corderie. Atget. Gallica
- L’Assommoir, 6 place de la Corderie-du-Temple (auj. 14, rue de la Corderie), au rez-de-chaussée. Le cabaret était connu dans tout l’arrondissement sous ce nom, même s’il n’en portait aucun ; il inspirera Zola, dont le roman éponyme, publié en feuilleton en 1876 dans le Bien public, propriété d’Emile Menier, le célèbre chocolatier, sera immédiatement accusé « d’insulter la classe ouvrière », et sa publication interrompue pour ne se poursuivre qu’avec des coupures, un mois plus tard, dans la République des lettres dirigée par Théodore de Banville.

- Bal Montier, 6 place de la Corderie-du-Temple, au 1er étage. S’y réunissaient jusque vers 1858, trois sociétés chantantes, les mardi, jeudi et samedi, au public exclusivement composé d’ouvriers. Dans celle dite Les Enfants du Temple, le jeudi, sous la présidence de Dalès aîné, se retrouvaient les chansonniers Auguste Alais, horloger, Eugène Baillet, ouvrier bijoutier, Charles Colmance, graveur sur bois pour impression sur étoffes, qui y chanta l’anticolonialiste Chant de l’Arabe vers 1850, Charles Gilles, coupeur de corsets, Gustave Leroy, brossier, Victor Rabineau, sculpteur marbrier.

- Chambre Fédérale des sociétés ouvrières, 6 place de la Corderie-du-Temple. Formée entre mars et décembre 1869, elle réunit les principales sociétés ouvrières de la capitale ; tous ses animateurs, dont Varlin, sont des Internationaux. Elle siège à la « Corderie ».
Il a fallu une décennie, après la répression des années 1850, pour que des grèves éclatent à Paris, les plus retentissantes étant, de 1862 à 1864, celles des typographes. Elles ont été sanctionnées de peines sévères mais l’empereur a ensuite accordé sa grâce, et demandé au Corps Législatif de voter une loi abolissant le délit de coalition (de grève), ce qui sera fait au printemps 1864. Les bronziers se mettent en grève dès l’année suivante sur la durée du travail. Si le droit de coalition a été acquis, le droit d’association (de se syndiquer) n’existe toujours pas, et les délégations ouvrières à l’Exposition de 1867 revendiqueront le droit de constituer des chambres syndicales. L’Empire, sur sa fin, laisse à peu près faire, tandis qu’il impulse une Caisse des Invalides du Travail - où siège le coupeur de chaussures Jacques Durand, futur membre de la Commune -, et que préfectures et municipalités développent des Sociétés de Secours Mutuels qui vont intégrer 15 à 20% de l’effectif ouvrier. De nombreuses grèves visent à obtenir un droit de contrôle, voire de gestion, des caisses de secours qu’alimentent les amendes dont les ouvriers sont frappés. La Chambre des cordonniers, sans doute la première en ce domaine, a dès 1866 des statuts prévoyant, en leur article 2, que les ouvrières seront consultées, et qu’elles exerceront le même ordre de contrôle que les hommes. La tolérance est quasi officialisée en août 1868, et les grèves de 1868-1869 vont multiplier les chambres corporatives.
Une Fédération des sections parisiennes regroupe, le 3 mars 1870, des sections qui se sont constituées par quartier à côté de la fédération de métiers. Le 4 septembre 1870, les délégués des chambres syndicales ouvrières, les membres de l’Internationale et les socialistes les plus connus comme orateurs des réunions publiques se réunissent place de la Corderie. Ils adoptent une adresse au peuple allemand, à la fois aux autorités pour les prendre au mot de leurs déclarations de non ingérence, et aux ouvriers allemands pour les conjurer de cesser de prendre part à cette lutte fratricide. Mais comment la diffuser largement à l’armée allemande ? La réunion nomme aussi une délégation pour aller à l’Hôtel de Ville assurer la Défense nationale de son concours, sous réserve d’un certains nombre de conditions, dont la deuxième est « la suppression de la préfecture de police et la restitution aux municipalités parisiennes de la plupart des services centralisés à cette préfecture ». La délégation sera reçue à 1 heure du matin par Gambetta pour l’entendre multiplier des promesses vagues.
Dans l’intervalle, l’assemblée a également décidé de susciter 20 comités d’arrondissement, ou comités républicains de vigilance, élus dans les réunions populaires de leur arrondissement et qui, par l’envoi de quatre délégués chacun, constitueraient un Comité Central. Celui-ci sera sur pieds dès le 11 septembre et s'installera à la Corderie. Trois jours plus tard, il fait placarder un avis, - « Le Comité central républicain des 20 arrondissements aux Citoyens de Paris », signé Cluseret, Napoléon Gaillard, Charles Longuet, Benoît Malon, Edouard Vaillant, Jules Vallès, entre autres -, qui reprend les conditions portées par la délégation, dont le premier est maintenant « Supprimer la police telle qu’elle était constituée sous tous les gouvernements monarchiques pour asservir les citoyens et non pour les défendre ».

- section parisienne de l’Internationale, 6 place de la Corderie-du-Temple, 3e étage. Elle s’installe ici après la rue des Gravilliers : « Connaissez-vous, entre le Temple et le Château-d’Eau, pas loin de l’Hôtel de Ville, une place encaissée, tout humide, entre quelques rangées de maisons ? Elles sont habitées, au rez-de- chaussée, par de petits commerçants, dont les enfants jouent sur les trottoirs. Il ne passe pas de voitures. Les mansardes sont pleines de pauvres !
On appelle ce triangle vide la Place de la Corderie.
C’est désert et triste, comme la rue de Versailles où le tiers état trottait sous la pluie ; mais de cette place, comme jadis de la rue qu’enfila Mirabeau, peut partir le signal, s’élancer le mot d’ordre que vont écouter les foules.
Regardez bien cette maison qui tourne le dos à la Caserne et
jette un œil sur le Marché. Elle est calme entre toutes. – Montez !
Au troisième étage, une porte qu’un coup d’épaule ferait sauter, et par laquelle on entre dans une salle grande et nue comme une classe de collège.
Saluez ! Voici le nouveau parlement !
C’est la Révolution qui est assise sur ces bancs, debout contre ces murs, accoudée à cette tribune : la Révolution en habit d’ouvrier ! C’est ici que l’Association internationale des travailleurs tient ses séances, et que la Fédération des corporations ouvrières donne ses rendez-vous. » Ainsi la décrivait Jules Vallès, dans le Cri du Peuple du 27 février 1871, repris dans L’Insurgé.
Le 21 mars 1871, le Comité central républicain, réuni à la Corderie, entend Camelinat, Malon, et Vaillant faire le point de la situation, qui conduit, deux jours plus tard à un appel, « Aux urnes, citoyens ! », signé aussi par Eugène Pottier et Vallès.
Le cortège funèbre de Paul et Laura Lafargue, née Marx, à la fin de novembre 1911, derrière des corbillards chargés d’immortelles rouges, est parti de la Corderie. Par la rue des Fontaines, et la rue du Temple, il monte vers le père Lachaise. Jean Longuet, leur neveu, le fils de Jenny Marx (deux des filles de Karl ayant épousé des internationalistes parisiens: « Le dernier proudhonien et le dernier bakouniniste, que le diable les emporte ! », bougonnait le papa), marche en tête de 15 000 personnes ; Alexandra Kollontaï y représente le bureau étranger du parti socialiste russe, Lénine le Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie. Lui qui ne parle jamais français en public fera pour ces funérailles sa seule exception.
Les 3 et 5 rue Béranger vus de la rue Charlot. 1898. Atget. Gallica. Remarquez sur le mur pignon la trace des fenêtres qui avaient donné sur la basse-cour de l'hôtel Bergeret de Frouville

- 3 rue Béranger, restes de l'Hôtel Bergeret de Frouville, 1720, qui semble aujourd'hui ne former qu'un seul ensemble architectural avec l'immeuble voisin dit hôtel de la Haye, du fait de leur acquisition à la fin du 19e siècle par la Ville de Paris. La symétrie dans la composition des deux hôtels semble avoir été voulue dès l'origine. Au 18e siècle, une basse-cour entourée de bâtiments s'étendait au sud, à l'emplacement de l'actuelle rue de la Franche-Comté. On voit aujourd'hui à cet endroit un vaste mur pignon où l'on devine encore les anciens percements de la façade sur la basse cour de l'hôtel. A noter, à l'intérieur, le bel escalier à rampe en fer forgé inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1925 ainsi que de fort belles caves voûtées assez semblables à celles de l'hôtel de la Haye au 5 rue Béranger.
- 5, rue Béranger, donnant sur 2 rue de la Corderie. Hôtel de 1720. Son état actuel est fort semblable à la description qui en est faite en 1776. L'entrée de l'hôtel se fait par une très belle porte monumentale, inscrite sur l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926. A l'intérieur de l'hôtel subsistent un très bel escalier déjà inscrit en 1926, ainsi que de très belles caves voûtées transformées en réfectoire. Du très beau décor intérieur, il subsiste un ensemble de boiseries fin 18e siècle, dans une pièce du premier étage dans l'aile de droite. Ce serait dans cette pièce que Béranger serait mort, après y avoir vécu 3 ans, le 16 juillet 1857. Il était né rue Montorgueil, « Dans ce Paris plein d’or et de misère, / En l’an du Christ mil sept cent quatre-vingt, / Chez un tailleur, mon pauvre et vieux grand-père ». Il avait été admis, en 1813, comme membre du Caveau Moderne, ou Rocher de Cancale, qui se réunissait chez le marchand d’huîtres de la rue ; il avait été, sous la Restauration, « un poète libéral, le seul vrai », dirait Sainte-Beuve. Béranger avait sous-titré sa Conspiration des chansons d’un Instructions ajoutées à la circulaire de M. le Préfet de Police concernant les réunions chantantes appelées goguettes. Au moment où il meurt, d’autres chansonniers, dont Louis-Charles Colmance, se réunissent dans une goguette de la rue, dite Les Épicuriens. Et au n° 10 habite Frédérick Lemaître.
On remarque également dans certaines pièces des vestiges de corniches à rinceaux et rubans, ainsi qu'à l'entrée de la cave un très beau bas-relief représentant un jeune Bacchus (inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926).

1901. Atget. Gallica
- fontaine Boucherat : MH : Édifiée en 1697 par l’architecte parisien Jean Beausire, elle porte le nom du chancelier Louis Boucherat.

- Union des coopératives, immeuble situé 29-31 bd du Temple et 85 rue Charlot (auj. annexe de la Bourse du Travail). Acquise au début de 1919, grâce au concours financier du Magasin de Gros, de la Verrerie ouvrière d’Albi et de la Bellevilloise, cette Maison de la Coopération remplace le siège installé auparavant au 13, rue de l’Entrepôt, dans le 10e. Suivant les résolutions du congrès coopératif de 1912, qui préconisaient la fusion, l’opération s’est faite avec La Prolétarienne du 5e, l’Avenir social du 2e, et la Bercy-Picpus, tandis qu’est en cours un rapprochement avec l’Economie parisienne du 3e, La Lutèce sociale, et l’Union des coopérateurs parisiens. L’Union des Coopératives compte maintenant 39 168 sociétaires, emploie 1 398 personnes et possède 230 établissements à Paris, en banlieue et dans l’Oise, y compris trois colonies de vacances et trois entrepôts. Rien qu’au cours de l’année écoulée, ont été ouverts à Paris, quatre restaurants, sept épiceries et trois boucheries. Une blanchisserie est désormais commune à l’Union des coopératives, à la Bellevilloise, à l’Union des coopérateurs parisiens et aux restaurants ouvriers de Puteaux.
L’assemblée générale de 1919 vote une subvention de 500 F en faveur de la Fédération sportive du Travail (FST), et la création d’un challenge de 3 000 F ; et une autre subvention à l’Ecole coopérative. Elle entérine la création en faveur des sociétaires, de cartes de réduction pour le Théâtre Antoine et pour le Cirque d’hiver. Elle se préoccupe de l’organisation d’une bibliothèque centrale à la Maison de la Coopération, que doublerait une bibliothèque circulante. Un restaurant et une brasserie y sont déjà installés, là où étaient Bonvalet et le café Turc son voisin. Elle vérifie le fonctionnement du bulletin de l’Union des coopératives, tiré à 28 000 exemplaires. Clamamus, député-maire de Bobigny, est membre de sa Commission de surveillance.
La Muse Rouge y a son siège dans les années 1920, après qu’elle a quitté la salle Jules. La société chantante organise toujours des fêtes pour les organisations d’avant-garde ; elle édite aussi, sous un titre éponyme, une « revue de propagande révolutionnaire par les arts ». Le 21 février 1931, son assemblée générale se prononce, à la majorité des membres, contre l’adhésion à la FTOF qui lui a été proposée. La sanction ne se fait pas attendre : un mois plus tard, l’Humanité demande à toutes les organisations que le parti influence de ne plus faire appel au groupe qui, par son refus, s’est placé « en dehors du mouvement culturel de lutte de classe ».

1928. agence Meurisse. Gallica
On revient sur nos pas, en descendant vers le carreau du Temple. L’enclos du Temple, avec son église, son couvent, son cloître, ses vastes cours meublées d’hôtels particuliers et de maisons d’artisans, était une ville à part dans Paris, presque un État, jouissant de privilèges spéciaux, d’une justice, d’une police, d’une voirie particulières. C’est de ces atouts qu’entendit profiter la spéculation qui y construisit « La Rotonde » en 1788, galerie ovale de quarante-quatre arcades s’ouvrant devant des boutiques dont le logement était à l’entresol, tandis que les étages supérieurs étaient faits de petits appartements.
Le donjon du Temple a été abattu dans le même temps et quatre hangars construits devant la rotonde, faisant de l’ensemble un colossal marché aux puces : on les désignait des sobriquets pittoresques de Palais-Royal pour la mode, Pavillon de Flore pour le meuble, Pou-Volant pour la ferraille, et Forêt-Noire pour la chaussure. On n’y parlait à peu près que l’argot, et « être à court d’argent » s’y disait, au choix, « nib de braise » ou « nisco braisicoto ». En 1863, des halles type Baltard les remplacent, qui ne conservent qu'un vestige 8, rue Perrée.

1898. Atget. Gallica
- Le marché des Enfants-Rouges, Petit Marché du Marais en 1628, tira son nom ensuite de la proximité de l'Hospice des Enfants-Rouges créé par Marguerite de Navarre pour des orphelins dont l'uniforme était rouge. Il a été rénové à la fin des années 1990. MH.

- siège de la Fédération de Paris du parti socialiste, 49 rue de Bretagne. Au premier étage, une salle toute en longueur dotée d’une petite scène. Lénine y avait donné, le 21 mai 1909, à 20h30, sous l’égide du Club du Proletari, une conférence consacrée au « parti ouvrier et la religion ». Le dimanche 2 janvier 1910, il écrivait à sa sœur : « aujourd’hui même, je compte aller dans un cabaret pour une goguette révolutionnaire avec des chansonniers » (en français dans le texte), reprenant ainsi les termes mêmes d’un programme de la Muse Rouge, ce qui a fait penser à Robert Brécy que c’est elle qu’il allait voir, et ici. La salle Jules étant devenue trop petite, la Muse Rouge se produisait en effet rue de Bretagne depuis 1910, si son siège était resté boulevard Magenta.
André Breton, alors correcteur d’épreuves à la NRF, puis conseiller artistique du couturier Jacques Doucet, aux appointements de 800 francs par mois, nouveau « salarié » donc (il vient d’abandonner médecine à l’hôtel des Grands Hommes), s’en va, en compagnie d’Aragon, adhérer au Parti socialiste, comme l’on dit encore dans l’immédiat après-congrès de Tours : « Voilà, nous sommes à votre disposition, nous ne sommes pas des communistes, mais nous ferons ce que nous pourrons pour le devenir... » Mis en vers ensuite par Aragon dans les Yeux et la mémoire, ça aura beaucoup d’allure : « Il m’eût fallu une âme bien mesquine / Pour ne pas me sentir cet hiver-là saisi / Quant au Congrès de Tours parut Clara Zetkin / D’un frisson que je crus être la poésie (...) Cet après-midi-là je fus rue de Bretagne (...) Le ciel gris de Paris au sortir du local / J’errais Il y avait par là dans ce quartier / Le siège de la Première Internationale / On vient de loin disait Paul Vaillant-Couturier ». Sauf que ce jour de janvier 1921, d’y voir un « gros homme » nommé Georges Pioch, et son « espèce de fausse bonhomie » suffit à leur faire faire demi-tour.
Le restaurant de la Maison commune à midi

Quelque temps plus tard, c’est Hô Chi Minh qui vient profiter ici des goguettes de chaque premier dimanche des mois d’octobre à mai, où il retrouve ses amis Voltaire et Renan, vrais prénoms d’état civil des fils du gérant des lieux.
La Fédération Nationale des Cercles de Coopératives Révolutionnaires, qui s’est constituée en avril 1925 pour « le redressement et l’assainissement de la Coopération française au moyen de la Coopération révolutionnaire, lutte de classes, par opposition avec le Coopératisme dit de neutralité politique, imposé aux Coopératives de consommation » comme l’écrit Georges Marrane dans sa brochure, a fait triompher la ligne du parti au 49 rue de Bretagne. Quand, le 26 mars, l’Humanité publie une « Mise en garde contre le groupe la Muse Rouge », la Muse Rouge n’a plus qu’à quitter les lieux.

En face, au 46: Mairie du 3e arrondissement édifiée sous le Second-Empire. De style néo-Renaissance, la façade s'inspire des châteaux des XVIe et XVIIe siècles français et italiens. La partie la plus spectaculaire est l'escalier d'honneur se développant dans le hall d'entrée.
Ayant accédé au péristyle, le visiteur découvre un plafond concave décoré de bas-reliefs de Jean Lagrange. Dans les angles, les symboles des arts et des métiers; dans les caissons octogonaux, les différentes étapes de la vie du citoyen, et c'est pour les anars que l'on fait le détour : après La Naissance et Le Mariage, Le Vote y précède La Mort. Ils furent achevés en 1866.

- 90, rue des Archives, MH : Vestiges de l'ancienne chapelle Saint-Julien-des-Enfants-Rouges, de 1533.

78, rue des Archives. Atget. Gallica
- 78, rue des Archives (et 12 rue Pastourelle), MH : Ancien hôtel Amelot de Chaillou, ou hôtel de Tallard du 18ème siècle, de Pierre Bullet.

- 76, rue des Archives (et 19-21 rue Pastourelle), MH : Hôtel Le Pelletier de Souzy, de 1642.

70, rue des Archives. Atget. Gallica
- 70, rue des Archives, MH : Hôtel de Michel Simon ou de Montescot, de 1728.

- rédaction de la Scène Ouvrière, 68, rue des Archives, durant l’année 1931. L'ex hôtel Pomponne de Refuge, puis de Vougny à compter de 1728, fut le premier siège de la Fédération du Théâtre Ouvrier de France (permanence tous les samedis de 14 à 17h), dont le congrès constitutif avait eu lieu le 25 janvier 1931.
La création de la FTOF a mis à l’ordre du jour la transformation des troupes de théâtre amateur en groupes d’agit-prop, et instauré le sectarisme : le numéro 3 de la Scène Ouvrière, en mars 1931, lance à son tour l’anathème sur La Muse Rouge. Mais la revue a surtout pour rôle de fournir un répertoire : son numéro suivant propose une saynète, « A bas le sport bourgeois », qui a pour épilogue : « Travailleurs, le sport bourgeois est pourri, le sport bourgeois c’est le militarisme. Adhérez à votre organisation sportive de classe, à la FST. Formez des comités de spartakiade pour envoyer des délégués à Berlin en juillet. »  On y trouve encore un appel « Aux métallos ! », chœur parlé pour 12 à 20 personnes s’adressant à ceux de chez Citroën, Renault et Peugeot, qui scanderont « Vive le front unique des travailleurs ! A bas les chefs traîtres réformistes ! A bas la guerre contre l’URSS ! Vive l’unité syndicale de classe CGTU ! » Dedans, un portrait de M. Citroën, « qui perd 12 millions par nuit », deux ans avant les « actualités » que Prévert fournira sur le même thème. Enfin un autre chœur parlé, pour une douzaine de participants, proteste contre l’enlèvement du militant communiste N’Guyen van Tao par la police de Chiappe.

- en tournant rue Pastourelle, on marche entre les flancs de l'hôtel Amelot de Chaillou, ou de Tallard à gauche, et l'hôtel Le Pelletier de Souzy à droite, puis:

- 6, rue Pastourelle, MH : Immeuble dit hôtel Beautru de la Vieuville ou Bertin de Blagny, du 18ème siècle.

- 29, rue de Poitou (et 15, rue de Saintonge), MH : boulangerie de 1900. Le décor est d'une grande qualité ; il provient du célèbre atelier de décoration Benoist et Fils spécialisé dans le décor des magasins d'alimentation (1885-1936) ; l'installateur est Ripoche. La façade de la boutique se compose d'un coffrage de bois très simple, mouluré et décoré par quatre toiles peintes fixées sous verre : une inscription, un paysage (moulin), une semeuse et un moissonneur (ce panneau a été refait). L'intérieur est entièrement décoré dans ses parties hautes de toiles peintes fixées sous verre. Le plafond se compose d'un grand ciel délimité par un feston ; il rappelle un plafond de Watteau. Ce thème est très fréquent dans l'atelier Benoist ; aux angles, les quatre saisons sont représentées par des paysages... Deux autres fixés représentent la moisson et les semailles. Les corniches sont ornées de guirlandes de fleurs : anémones - roses - lilas. L'ensemble de ce décor est très caractéristique de l'atelier de Benoist. Le mobilier ancien subsiste : une caisse et deux dessertes de marbre.

- domicile de Karl Marx, 10 rue Neuve-de-Ménilmontant (auj. Commines). Marx y arrive en mars 1848 et y restera un gros mois ; il apporte avec lui le Manifeste communiste, qu’Ewerbeck veut se charger de faire traduire, à Paris, en italien ("Uno spettro s'aggira per l'Europa - lo spettro del comunismo.") et en espagnol ("Un espectro se cierne sobre Europa: el espectro del comunismo."), et il attend des fonds pour ce faire.

Les bâtiments contemporains de Marx:
- 14 rue Commines, PLU : Remarquable immeuble Louis-Philippe. Façade ornée au premier étage d'une serlienne à colonnes corinthiennes que surmonte un fronton. Garde-corps en fonte à motifs de palmette. La porte cochère avec ses vantaux en bois sculptés et une belle imposte en fonte, est encadrée de pilastres doriques laurés. Le passage-vestibule, voûté d'arêtes, a conservé une torchère dans une niche. L'aile de droite renferme un grand escalier dont les barreaux sont parfaits en leurs extrémités d'un motif végétal qui s'enroule sous la main courante. Remarquable revers de la façade sur rue avec un balcon au premier au-dessus de l'entresol. La cour, aujourd'hui parasitée, se terminait par un mur en hémicycle avec une fontaine.
-16 rue Commines, PLU : Immeuble de la première moitié du XIXe siècle présentant une façade en avant-corps bornée de refends composée de quatre travées et de trois étages carrés sur rez-de-chaussée. Le rezde-chaussée simule un faux appareil de pierre. Décor de pilastres au troisième étage. Dais sur consoles au-dessus des fenêtres du premier étage. Chambranles moulurés. Persiennes. Porte piétonne et fenêtre du rez-de-chaussée en plein cintre. Corniche à modillons à la retombée du toit.
- 19 rue Commines, PLU : Immeuble de rapport Louis-Philippe construit par l'architecte Villemsens en 1847 et présentant une façade en pierre de taille composée de cinq travées et de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée. Elle est percée de baies aux embrasures biaises peu courantes.

- le café Schiever, passage Saint-Pierre-Amelot. Un lieu de réunion de la Ligue des justes, le café Schiever, était juste de l’autre côté du boulevard des Filles-du-Calvaire, passage Saint-Pierre-Amelot dans le 11e arrondissement.

- bistrot et goguette, rue de la Folie-Méricourt, face à la cité Popincourt. A la fin de 1933, Lazare Fuchsman, l’un des membres du groupe Octobre, y vit arriver Jacques Prévert vêtu d’une soutane, et se mettre à tenter de ramener à Dieu tous les enragés communistes présents. Après quoi, naturellement, tout finit par des chansons.

Paris 13ème: de Wroblewski à la Nueve

L'occasion de ce parcours a été une balade pour la librairie Jonas, 14-16 rue de la Maison Blanche.


- siège du Mouvement Populaire des Familles, 25 rue du Moulinet. Ce mouvement, très important dans les années d’après la Libération, va passer de l’Action catholique au mouvement ouvrier en se déconfessionnalisant. Une scission regroupera une partie de ses militants dans un Mouvement de libération du peuple, qui comptera encore 4 000 membres à la fondation du PSU, dont il sera partie prenante. Pendant les grèves de février-mars 1950, très proche des dominicains de la mission Saint-Paul, le MLP se retrouvera dans un Comité de soutien aux familles des grévistes, aux côtés du PC, de la CGT et de la CFTC. Il y a eu, de part et d'autre, 2 coopératives de production : au 11, celle des Puisatiers-Cimentiers, au 38, celle des ouvriers piqueurs de grès de Paris et du dpt de la Seine, créée en 1886. Aujourd’hui local parisien des Alternatifs.

- mission ouvrière Saint-Paul, 48 av d’Italie. La mission ouvrière dominicaine loue ici, à partir de septembre 1946, une petite maison composée, au rez-de-chaussée, d’une cuisine, d’une salle à manger et de deux pièces qui font, pour celle donnant sur la rue, salle de réunion, et pour celle de la cour, chapelle. Dans la chapelle, le jésuite Henri Perrin, proche des ajistes comme l’on dit des assidus des Auberges de Jeunesse, vient chaque semaine célébrer une « messe des campeurs », suivie par ses amis avec beaucoup de ferveur. Dans la salle de réunion, des syndicalistes de la CFTC, de la CGT et de FO se réunissent toutes les cinq à six semaines. A l’étage, quelques chambres, où loge le père Joseph Robert, qui suit une formation d’ajusteur puis travaillera d’abord dans une fonderie du 11e ensuite, vers 1950, à la Snecma. La revue Economie et Humanisme y ayant installé une antenne, le père Lebret réside également ici quelques jours par mois. C’est à la mission ouvrière Saint-Paul que, suite à l’Appel de Stockholm du 19 mars 1950, s’élabore le manifeste « Des chrétiens contre la bombe atomique », dans lequel quarante-six personnalités déclarent approuver ledit Appel.
Expulsés par leur propriétaire, les dominicains essaimeront vers Vitry et Chaville.

- dominicains d’Arcueil, 38 av d’Italie, Le 17 mai 1871, un incendie éclate dans le château où siège l’état-major du 101e bataillon, proche de l’école des dominicains Albert-le-Grand d’Arcueil. Une douzaine de moines et leur prieur, le père Chaptier, accusés d’avoir mis le feu, sont arrêtés le 19, par ordre de Wroblewski. Conduits le jour même au fort de Bicêtre, ils sont enfermés dans les casemates, d’où ils ne sortent que le jeudi 25 mai, avec les fédérés qui évacuent le fort pour rentrer dans le 13e arrondissement. Conduits tout d’abord à la mairie, ils sont transférés à la prison du secteur, 38 avenue d’Italie, où ils seront fusillés par la foule, à quatre heures. La justice des Versaillais en rendra responsable Serizier, chef du 101e bataillon, ouvrier corroyeur, qui protestera toujours de son innocence : « je ne suis frappé que comme l’homme du peuple assez intelligent et assez courageux pour lutter contre tout ce qui opprime le travailleur. » Maxime Vuillaume, dans ses Cahiers Rouges, fait porter les soupçons sur Émile Moreau, chef d’état-major de Wroblewski, qui ayant réussi à gagner la Suisse malgré une balle qui lui avait traversé les testicules sur la Butte-aux-Cailles, s’y vantait d’avoir fait fusiller les dominicains d’Arcueil ; et davantage encore sur « la foule » ayant agi sans ordres.

- usine à gaz de la Compagnie parisienne d’Eclairage, près de la barrière de Fontainebleau. La compagnie, l’une des six d’avant la fusion de 1855, a son usine à gaz d’Ivry à l’emplacement actuel de la cité scolaire Monet, du square de Choisy, et de la fondation George Eastman ; elle emploie 510 à 670 ouvriers selon les saisons.

Institut dentaire et de stomatologie réalisé en 1937 par l'architecte Edouard Creval et le sculpteur Charles Sarrabezolles pour la fondation George Eastman. Cet édifice de briques rouges témoigne de l'influence du style hollandais sur l'architecture parisienne des années trente. La façade sur rue est structurée par une alternance de lignes de baies à l'entourage de cuivre vert-de-gris et de bandeaux de briques. La façade sur le jardin public, composée d'un pavillon central et de deux ailes en retour est monumentalisée par un large perron et les baies à double hauteur du hall traversant. Apposés sur cette façade, deux médaillons de large dimension rappellent la vocation philanthropique de l'établissement. L'Institut George Eastman fait partie intégrante de l'ordonnance du parc de Choisy -aménagé parallèlement par l'architecte Roger Lardat- et témoigne du soin accordé dans l'entre-deux-guerres aux constructions à vocation philanthropique et des innovations qui émergent de ces programmes.

- Alcazar, 190 av de Choisy. On lit dans un journal de 1882: "La jeunesse anarchiste a tenu un meeting, salle de l'Alcazar, 190, avenue de Choisy. L'ordre du jour portait : les troubles de Montceau-les-Mines. Le citoyen Émile Gauthier, correcteur au journal la France, s'est livré à une charge à fond contre le capital, et la citoyenne Louise Michel a fait appel à la révolte armée, qui doit nous débarrasser de ces "bandits" du gouvernement actuel. "Que le tocsin sonne et que le canon gronde et nous triompherons," a terminé l'orateur.
Au cours d’un bref séjour de vacances à Paris, alors qu’il réside à Londres, Lénine y donne une conférence, le 22 juin 1902, au cours de laquelle Rappoport le voit pour la première fois, et l’entend parler avec stupeur « d’insurrection armée » comme moyen indispensable pour régler les problèmes russes.
Trotski, à la fin de l’automne 1902, à l’invitation du groupe parisien de l’Iskra, y parle « Du Matérialisme historique et de la façon dont il est compris par les socialistes révolutionnaires ». Lénine y sera de nouveau le 13 juin 1912, pour un bilan de la grève des 500 ouvriers des mines d’or de la Léna, en avril, qui ont été massacrés par la troupe et comptent parmi eux 107 morts et 80 blessés.
L’Alcazar deviendra le cinéma Moderne dans les années 1930.

- Les Equitables de Paris, 211 bd de la Gare (auj. bd Vincent-Auriol). Dès les années 1870, le quartier possédait ici l’une des premières coopératives, qui n’étaient alors que cinquante et une pour la production et pas plus de sept pour la consommation, la première de celles-ci n’étant apparue qu’en 1864.

- café-restaurant chrétien-ouvrier, 151 bd de la Gare. Le prêtre-ouvrier Henri Perrin a racheté ce bal musette qu’il transforme en café restaurant. Pendant les grèves de février-mars, des soirées-débat y confrontent des responsables politiques et des ministres chrétiens du MRP, « avec le maximum à la fois de brutalité et de fraternité ». Le 15 mai 1950, s’y tient une réunion autour de la paix au Vietnam, après que les chrétiens du 13e eurent déjà participé à un rassemblement consacré au même thème en février, à Issy-les-Moulineaux. Le 19 septembre, quarante-six chrétiens y adoptent une résolution, qu’ils soumettent à des non-chrétiens, avec lesquels ils s’accordent le 28 sur un appel à la population du 13: « Mourir ensemble ? Non, vivre ensemble ! » Il en sortira un rassemblement parisien de 400 personnes, avec Claude Bourdet puis, en novembre, un second qui réunira Yves Farge, l’abbé Pierre, Charles Tillon, Pierre Cot...

- le Bouillon Louis, 142 bd de la Gare. C’est là que se réunissent les Amis de l’URSS dans les années 1930.

La mise en pains dans l'Illustration de 1905
- raffinerie Say, 123 bd de la Gare, ouverte en 1832 par Louis Say, elle compte 80 ouvriers en 1850, qui seront 200 dix ans plus tard et 500 en 1864, date à laquelle l’entreprise absorbe la raffinerie Régis Bonnet. En 1872, 965 ouvriers travaillent à la raffinerie Constant Say, quasi exclusivement des hommes : la raffinerie se bornait à raffiner le sucre, qu'elle détaillait en pains. Elle occupait tout l'espace entre les rues Dunois et Jeanne d'Arc :
Mais à partir de 1877, l'entreprise entra dans un cycle de transformations techniques et de grands travaux intérieurs, avec notamment la mise en place, en 1881, d'une « fabrication de sucre en tablettes destinées au sciage en morceaux réguliers rangés en caisse et au coupage en cubes », comme la décrit le Journal des fabricants de sucre. En 1890, la production est de 20 000 pains de sucre par jour. C'est de l'installation de cette casserie, engendrée par le nouveau mode de consommation du sucre - le morceau - que date le travail des femmes chez Say, devenu bientôt massif: en juin 1908, l'inspection du travail, à la suite d’une explosion dans la bluterie qui venait de tuer trois ouvrières et d'en blesser 52, comptait 2 084 personnes employées dans l'établissement dont 1 131 jeunes filles et femmes, soit 54,3 % du personnel.
Le sciage dans l'Illustration de 1905
Avec l'achèvement des bâtiments de la casserie, en 1895, l'usine elle-même était devenue ce « monstre qui écrase toutes les petites maisons du boulevard de la Gare », comme l’écrit Christiane Peyre, une militante chrétienne, qui raconta dans Une société anonyme son « établissement » de quelques mois chez Say, en 1950. Jeanne, qui y fut ouvrière de 1904 à 1936, interviewée par Alain Faure quarante ans plus tard, rapporte que son père disait : ‘Une usine comme ça, elle sera jamais morte’. Elle ferma pourtant ses portes en juillet 1968. Travaillaient dans la casserie avec les femmes, les « rouleurs » chargés du service des chariots - traditionnellement, des Algériens avec le dos tout brûlé, dit Jeanne - ainsi que les hommes chargés de la chaîne roulante qui évacuait les cartons pesés et ficelés. En 1914, une enquête officielle parlait déjà de nombreux Kabyles employés dans les raffineries parisiennes : pas moins, d'après elle, de 25 % du personnel de l'usine Say. En 1926, des 25 à 30 000 Arméniens de la région parisienne, qui habitent rue Mouffetard, porte d’Italie, porte de Choisy, au Kremlin-Bicêtre, à Alfortville, beaucoup travaillent chez Say, chez Panhard. L’usine, l’une des plus grosses usines de la capitale, est occupée par les FTP de Fabien le 21 août 1944, comme la chocolaterie Elesca. Ferme en 1968.

- domicile d’Odette Jacquier, 144 rue Nationale. C’est ici qu’on se réunit autour du père jésuite Puységur, puis de Jo Lorgeril, qui lui succède en septembre 1949. Celui-ci, prêtre-ouvrier travaillant chez Chauvin, à Ivry, puis chez Panhard, est très actif auprès des mal logés, et participera à plusieurs opérations de squattage. Pendant les dix jours de lock-out d’avril 1950 à la Snecma, trois prêtres-ouvriers du 13e, le dominicain Joseph Robert et les jésuites Henri Perrin et Jo Lorgeril, avaient signé un tract qui, au-delà de la solidarité immédiate, allait vers l’analyse politique, mettant en cause le patronat et le gouvernement.

- Cité Jeanne d’Arc, de la rue Jeanne d’Arc à la rue Nationale, 1 500 logements, 4 000 âmes en 1882, particulièrement insalubre. Une nouvelle cité, centrée sur l'actuelle rue du Dr Victor Hutinel, est construite en 1908 par la ville de Paris en grande partie pour accueillir le personnel de Say. La JOC va y créer garderie, dispensaire, à partir de 1928, (déjà auparavant, la Nouvelle Etoile des petits enfants de France y avait eu pour infirmière Denise future Servan-Schreiber et mère de JJSS, JLSS et de Christiane Collange), et Melle Elizabeth Panhard (décédée en 1952) va créer rue Xaintrailles un centre d’évangélisation.
Le 1er mai 1931, les « charges de flics à la cité Jeanne d’Arc » ont déjà été suffisamment spectaculaires pour figurer en bonne place dans le film consacré aux manifestations du 1er Mai qui est projeté en ouverture du 6e Congrès de la CGTU, le 8 novembre. Mais le 1er mai 1934, après la dispersion du rassemblement central organisé par la Confédération unitaire dans la clairière de Reuilly, des interpellations ont lieu, qui vont faire se dresser des barricades dans les HBM d’Alfortville, et cité Jeanne d’Arc. Monjauvis, le député de la circonscription figure parmi les arrêtés. Quand le cortège revient de Vincennes, la cité s’énerve ; aux interventions de la police, répondent, jetés du haut des bâtiments, des débris des étages supérieurs insalubres, alors en démolition, et du mobilier abandonné par les expulsés et les évacués. La police fait le siège de la cité toute la nuit, tirant « en l’air » à l’en croire, « dans les fenêtres » selon le PC, et quelques coups de feu de riposte lui reviennent. Au petit matin, elle arrête « au hasard », douze ouvriers, une ouvrière, un mutilé de guerre à 100% et deux jeunes gens de 17 ans, qui tous seront « soumis à la question », inculpés de tentative de meurtre et, de ce fait, « passibles de la peine de mort ».
La démolition de la cité Jeanne d'Arc en 1939

- domicile de Christine Wery, 118 rue Nationale. Elle appartient à l’Union des Chrétiens Progressistes (UCP) et sa pharmacie est déjà un lieu de rassemblement. Dans son logement, au-dessus, les jésuites rattachés à la paroisse Notre-Dame de la Gare, viennent dire la messe.

- habitation économique de la Société philanthropique de Paris (35 logements), 45 rue Jeanne d’Arc. Le 18 juin 1888, la première pierre en est posée par Georges Picot, un an et demi avant qu’avec Jules Siegfried, Emile Muller, les Dr du Mesnil, Marjolin et Rochard, il crée la Société Française des Habitations à Bon Marché. On trouve aussi, rue Jeanne d’Arc, un immeuble de 71 logements, construit fin 1899 pour un Groupe des Maisons ouvrières (qui deviendra Fondation Mme Lebaudy), par l’architecte Robersat, auquel on doit, dans l'arrondissement, des maisons de la rue Henri Pape. L’habitat social municipal, ce sera à partir de 1912.

- Eglise Notre-Dame de la Gare. Parmi les immigrés de province, pas mal d’Orléanais, ville terminus du chemin de fer. Dupanloup, évêque d’Orléans, lancera en faveur de la pucelle, une campagne relayée par le curé et le maire, d’où les noms donnés aux rues avoisinantes. Pendant la Commune, le curé Parguel (enterré dans son église en 1947, centenaire de la paroisse) n’est pas inquiété. A la Semaine Sanglante, des Communards s’y réfugient, qu’il défend : « N’entrez pas, tirez sur moi plutôt ».

- à gauche, à l'emplacement de l’Ecole Rouge était l'école de filles municipale des religieuses de St-Vincent de Paul, laïcisée ensuite tandis que les religieuses se déplaceraient rue Charcot.

- 10 et 12, rue Dunois (angle rue Charcot), 2 immeubles de La Sablière, filiale de la Soc. immobilière des chemins de fer, bailleur social de la SNCF, 5 209 logements à Paris, essent. dans les 18e, 17e, 12e, 13e (778), 10e et 15e arr. Tandis que l’Association fraternelle des employés et des ouvriers de la Cie du chem. de fer métropolitain, créée en 1865 par les ouvriers des ateliers d’Ivry de la Cie d’Orléans, seront à l’origine des 26 maisons dans le quartier des peupliers. En 1885, la soc. comptait déjà 40 000 cotisants. Elle s’appelle auj. mutuelle d’Ivry.

- 123, rue du Chevaleret, HBM de la Société des habitations économiques du quartier de la Gare, association de la Société philanthropique avec les Cies de chemin de fer d’Orléans et PLM, fondée en 1890. Cet habitat se développe après loi Siegfried du 30/11/1894. La société HBM Gare est administrée par le comte de Montalivet, [54 rue Pigalle], pair de France et membre de l'Institut, [Ils sont ministres de l’Intérieur de père en fils, Jean-Pierre sous Napoléon 1er , son fils Camille sous la monarchie de Juillet], et le magistrat Georges Picot, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques, rapporteur pour les Habitations ouvrières (56 pp.) du groupe d'économie sociale lors de l'Exposition universelle internationale de 1889, à Paris. Par ailleurs auteur de La Lutte contre le Socialisme révolutionnaire, A. Colin, 1895. En face, HLM de La Sablière.

- 119, rue du Chevaleret. Des religieuses polonaises, chassées de Vilno par les Russes, s’y installent en 1846. Les Filles de la Charité, y créent une école (qui existera jusqu’en 1960), un orphelinat, etc pour leurs compatriotes arrivés nombreux après les insurrections de 1831 et de 1863. « Les Polonais, règle générale, sont tous du faubourg Saint-Marceau » affirme l’Education sentimentale. Le poète Cyprian Norwid, né en 1821, arrivé à Paris en 1849, hormis deux ans aux USA et Londres, y restera jusqu’à sa mort, vivant reclus ici les six dernières années de sa vie. Pendant la Commune, il « risque trois fois sa tête » en s’opposant à la profanation des églises et à la destruction de la colonne Vendôme. Un jardin lui a maintenant été dédié sur la dalle recouvrant les voies SNCF et située sur la couture urbaine entre ancien et nouveau 13e.
[Le Polonais Boleslas Wroblewski, commandant de la 3e armée, celle de la rive gauche, a dans ses rangs le légendaire 101e, « Tous enfants du 13e et du quartier Mouffetard, indisciplinés, indisciplinables, farouches, rauques, habits et drapeaux déchirés, n’écoutant qu’un ordre, celui de marcher en avant », tels les décrira Lissagaray.]

- 112, rue du Chevaleret. Les Filles de la Charité s’y installent en 1857. A la demande de la Cie d’Orléans, elles créent un réfectoire pour les cheminots, puis un dispensaire pour les soins aux malades, un centre scolaire réservé à leurs enfants ; toutes institutions laïques après 1902.

- 20 rue Domremy, Ecole des Frères de St-Jean Baptiste de la Salle, qui ont quitté l’école Blanche de la place Jeanne d'Arc, fondée par eux en 1864 mais municipale, et laïcisée en 1879, pour ce terrain qui leur a été donné en 1886 par Say.

- cinéma des Bosquets, 60 rue de Domrémy. Le 1er mai 1929, alors que plus de 500 arrestations préventives ont été opérées par la police, que les dépôts de tramway sont gardés par la police comme les bureaux de poste, et que seuls le bâtiment et les taxis chômeront à peu près totalement, les deux meetings principaux qui se tiennent à Paris, à 10h30 du matin, sont ceux du cinéma des Bosquets et de la Bellevilloise. Ce jour-là, on ne vend pas l’Huma mais Premier Mai, les « gardes rouges » ont des églantines au revers de leur veston.

- petit immeuble des jésuites, 64 rue Regnault. Dans ce lieu acheté par la Compagnie de Jésus, arrivent à l’automne Georges Puységur, qui travaillera chez Say puis à l’entreprise de matériel téléphonique S.A.T., et Henri Perrin, qui se fera embaucher à la tôlerie automobile Genève (l’entreprise comptait déjà 200 ouvriers dans les années 1930).

Atelier de montage des moteurs en février 1917 photo : Gabriel Boussuge. Source : ECPAD
- usines Panhard et Levassor, 4 à 16 av. d’Ivry. Les ateliers Perin-Panhard se sont installés avenue d’Ivry en 1873. Jusqu’en 1890, au n°19, ils fabriquaient des machines à travailler le bois. Entre 1890 et 1895, ont lieu ici les premiers essais de construction automobile. L’entreprise, qui employait 180 à 200 ouvriers va en compter 1 280 en 1901 et 1 850 en 1906. Devenue Panhard-Levassor, la société obtient en 1912 l’autorisation d’établir un dépôt d’hydrocarbures de 31 000 litres. En décembre 1916, c’est chez Panhard et Levassor qu’a lieu, en pleine guerre, la première grève des usines à munitions, et ce haut fait est abondamment rappelé, à la gloire de l’arrondissement, lors des barricades de la cité Jeanne d’Arc, en mai 1934.
En 1944, lors des combats de la Libération, des camions Panhard sont renversés, de gros arbres couchés sur la chaussée, des câbles tendus et entrecroisés, des fossés antichars creusés. Les barricades du 13e sont les plus solides de Paris. Fabien a fait appel au syndicat des terrassiers, les « gars du bâtiment » fidèles à Le Gall. Quatre ans plus tard, l’Étincelle ouvrière, l’organe de liaison hebdomadaire des ouvriers du RPF, dénonce dans son numéro du 14 janvier 1948, les « grèves Molotov » chez Panhard. En février 1949, le futur député du 13e, Bernard Jourd’hui, secrétaire du syndicat des métaux de l’arrondissement, ajusteur chez Panhard-Levassor, est licencié de l’entreprise. Ce sportif ouvrier, ancien boxeur amateur, va entrer dans une coopérative ouvrière d’instruments de précision. Il succède pour le Parti communiste à l’imposante figure d’André Marty, dont l’exclusion a été ratifiée par sa section du 13e le 30 décembre 1952. La même année, la fondatrice de l’une des communautés de chrétiennes laïques d’Ivry, Monique Maunoury, s’était fait embaucher chez Panhard, comme balayeuse. Elle travaillera ensuite, toujours dans le 13e arrondissement, au nettoyage des wagons.
Le 24 août 1944, à 20h41, guidée par un Arménien d’Antony (qui peut-être, comme nombre des siens travaillait chez Panhard, ou chez Say), la 9e compagnie de la 2e DB, ou plutôt « la Nueve », composée à 80% d’Espagnols, arrive porte d'Italie et traverse l’arrondissement...

- PC du colonel Fabien, rue Gandon. Pendant les combats de la libération de Paris, ce PC mobile, après avoir été avenue de Choisy, puis avenue d’Italie, arrive rue Gandon. Après la Libération, Fabien s’est engagé dans l’armée De Lattre, où il est rejoint par le bataillon « Jeunesse » du 13e arrondissement, dans lequel se trouve Alphonse Boudard. A Montmédy, le 1er novembre 1944, Boudard décrit ainsi Fabien qui les passe en revue pour la première fois : « Question gabarit, il paye pas de mine sous son casque de l’armée 39. Il a la vareuse fermée jusqu’au col, le style déjà Mao. A part ses galons sur la manche, il s’efforce, on dirait, de passer inaperçu... de se fondre dans la masse de ses soldats. Il a tout de même un false de cheval, un Saumur... mais on voit bien que ce n’est pas son genre. Il sort de l’usine, lui, de la métallurgie, il sent le casse croûte de dix heures sur le chantier. La tubardise le guette, il a piqué une pneumonie en Espagne, pendant la guerre, on dit qu’il ne s’en est jamais bien remis. »

- paroisse Saint-Hippolyte, 27 av. de Choisy. En 1945, la Mission de France y envoie l’abbé Lorenzo, ancien curé d’Ivry ; huit ans plus tard, la paroisse aura un vicaire ouvrier, Bernard Striffling, qui travaille chez Panhard. Malgré les interdictions de 1954 puis 1959, les décès des prêtres-ouvriers Henri Perrin, en octobre 1954, et Jo Lorgeril en novembre 1956, le 13e arrondissement continuera à compter des vicaires au travail, et une équipe de recherche sur les secteurs à évangéliser tournée vers le monde ouvrier.
Il y aura ici un Comité de résistance spirituelle à la guerre d’Algérie autour d’Elia Perroy, - par laquelle se fera la jonction, au début de 1958, avec le groupe du 11e de la Voie Communiste, foyer de « porteurs de valises » -, Madeleine Collas, Robert Barrat.

- chocolaterie Elesca, 75 à 87 av de Choisy. La chocolaterie Meunier, située rue Keller, était passée avenue de Choisy après l’annexion. Lombart successeurs, chocolatier depuis 1760, « breveté par sa majesté Louis XVI », était venu l’y remplacer tandis que Meunier partait à Saint-Gratien. La chocolaterie employait 800 ouvriers à la fin du dix-neuvième siècle. Plus tard, sa marque Elesca sera illustrée publicitairement par Sacha Guitry : « L.S.K.C.S.K.I. ». L’usine est occupée par la Résistance le 21 août 1944, comme le magasin central des hôpitaux, les centrales électriques et les centraux téléphoniques ; au soir, 61 quartiers sur 80 étaient totalement libérés de l’occupant.

- barricade de la rue Baudricourt. « Le massacre, dans ce 13e qui avait été l’une des citadelles de la révolte, et sur lequel planait encore le souvenir de Bréa en juin, fut épouvantable (...) l’abbé Lesmayoux, revenu, le soir même de la défaite, à la barricade de la rue Baudricourt, y rencontra un monceau de morts. ‘- Nous relevons là, écrit-il, plus de cent cadavres, parmi lesquels nous ne trouvons qu’un seul soldat régulier.’ Les quatre-vingt-dix-neuf autres étaient les fédérés massacrés. Derrière cette seule barricade... » conclut Vuillaume.

- retrouvons la Nueve: Rue Baudricourt, elle passait devant l’Union des Travailleurs, coopérative de consommation, au n° 66...
- l’Union des Travailleurs, 66 rue Baudricourt, fondée en 1893, 1050 sociétaires autour de 1900. (Auj. librairie et éditions You-Feng)
... et, en débouchant dans la rue Nationale, devant une épicerie de l’Union des coopératives, au n° 111:
- épicerie 111, rue Nationale ouverte en 1919, en même temps qu’un restaurant 153, rue du Chevaleret, par l’Union des coopératives (située dans ce qui est auj., rue Charlot, l'annexe de la Bourse du Travail).
En traversant le bd de la Gare, la Nueve apercevait l’usine Say, dont le quart des ouvriers étaient Kabyles, occupée par les FTP de Fabien trois jours plus tôt. Place Pinel, elle longeait l’arrière des ateliers des Automobiles Delahaye – Delage, situés au 23-25 rue Jenner, qu’elle retrouvait au 43, rue Esquirol. Puis, par le bd de l’Hôpital, elle se dirigeait vers l’hôtel de Ville qu'elle atteindra à 21h22. Là, un reporter de la radio clandestine demandait au premier libérateur qu’il aperçut : « Quelle émotion de retrouver le sol national ? », et s’entendait répondre : « Señor, soy español », ce qui veut dire : les prolétaires n’ont pas de patrie !
La Nueve entra en la calle Rivoli, en el centro de París, donde los franceses acogieron a los españoles como héroes. GETTY

Les bolchéviks au brin d'herbe entre les dents et la révolution en architecture


L’occasion de ce parcours est une balade faite pour la librairie L’œil au vert, 59, rue de l’Amiral Mouchez, 13ème arrondissement. (Pour des photos, voir celles d'une balade précédente qui la recoupait partiellement.)

3, rue de la Cité-Universitaire, PLU : Immeuble d'ateliers réalisé par l'architecte Michel Roux-Spitz en 1930-1931 pour le compte du fabriquant de lampe Perzel, exposant du Salon des Artistes Décorateurs, qui en occupait le rez-de-chaussée. Chaque appartement comprenait en partie basse la cuisine, une chambre et l'atelier sur deux niveaux et, à l'étage une chambre, une salle de bains et la galerie haute. La construction est en béton armé avec remplissage de briques et la façade principale est habillée d'un enduit de pierre reconstituée qui lui confère une très grande qualité de finition. La façade qui compte quatre travées se présente comme un damier composé de quatre grandes baies par étage soulignées par des balcons de forme trapézoïdale rappelant la forme adoptée par Roux-Spitz pour les bow-windows de ses immeubles d'habitation. Exact contemporain des réalisations de Roux-Spitz boulevard Montparnasse, quai d'Orsay, rue Octave Feuillet, il s'inscrit dans la période la plus féconde de l'architecte, celle de la "série blanche".

11, rue Roli, Kamenev, futur président du soviet de Moscou, et Lounatcharski, qui sera commissaire du peuple à l’Instruction publique, habitent dans les années 1910 l’un au deuxième, l’autre au troisième étage de l’immeuble.

Cité Internationale Universitaire de Paris due à André Honorat, ministre de l’éducation nationale du gouvernement Millerand ; Emile Deutsch de la Meurthe, pétrolier, patron de la Société Jupiter, ancêtre de la Shell, qui en apporte le financement ; et Paul Appel, le recteur. Convention entre la ville et l’Etat. Sur 44 hectares, une véritable « collection d’architecture en plein air » remplace les bastions 81-82 et 83 de l’enceinte de Thiers ; Lucien Bechmann, architecte du métro Nord-Sud, fils du DG de la Cie, conçoit la Fondation Deutsch de la Meurthe, et le plan d’ensemble dans lequel viendront s’implanter les pavillons des diverses nations donatrices. La Fondation Deutsch de la Meurthe constitue donc le noyau initial de la Cité U, dès juillet 1925 ; Bourguiba et Sartre font partie des 15 premiers résidents ; Senghor y logera de septembre 31 à 34, pendant qu’Henry Miller est Villa Seurat ; il se souvient que sa chambre ne donnait pas sur le bd Jourdan. La Cité s’agrandit à diverses reprises de nouveaux terrains pris sur la Zone, qui permettent, en 1934, l’aménagement de son parc. En 1959, la construction du périphérique amputera celui-ci d’une partie de sa surface.
C’est là, et non pas à Normale Sup’, qu’en 1929, Simone de Beauvoir rencontre Sartre pour la 1ère fois. « J’étais un peu effarouchée quand j’entrai dans la chambre de Sartre ; il y avait un grand désordre de livres et de papiers, des mégots dans tous les coins, une énorme fumée. Sartre m’accueillit mondainement ; il fumait la pipe. Silencieux, une cigarette collée au coin de son sourire oblique, Nizan m’épiait à travers ses épaisses lunettes, avec un air d’en penser long. Toute la journée, pétrifiée de timidité, je commentai le discours métaphysique », écrit-elle dans les Mémoires d’une jeune fille rangée.
« Je revins chaque jour, et bientôt je me dégelai. (…) Nous travaillions surtout le matin. L’après-midi, après avoir déjeuné au restaurant de la Cité, ou « chez Chabin », à côté du parc Montsouris, nous prenions de longues récréations. Souvent la femme de Nizan, une belle brune exubérante, se joignait à nous. Il y avait la foire, porte d’Orléans. On jouait au billard japonais, au football miniature, on tirait à la carabine, je gagnai à la loterie une grosse potiche rose. »

La Fondation Suisse, inaugurée le 7 juillet 1933, est l’une des premières habitations collectives conçue par Le Corbusier et Pierre Jeanneret. La Fondation Suisse a permis à Le Corbusier d’expérimenter certains de ses principes d’architecture et d’urbanisme. Le bâtiment est ainsi composé de trois blocs distincts qui correspondent à différentes fonctions (logements, espaces collectifs, circulation) : une barre de quatre niveaux reposant sur six grands pilotis abrite les chambres ; une aile courbe d’un seul niveau contient les espaces collectifs ; un module plus petit et étroit, de quatre niveaux, accolé au bloc principal, est destiné à la circulation verticale (escalier, ascenseur). Les matériaux varient selon l’orientation et la fonction des façades (verre du côté des chambres, béton du côté des couloirs). La perception visuelle du bâtiment est donc très différente selon l’angle sous lequel on l’aborde. Le salon dit “ salon courbe ” comporte une fresque peinte par Le Corbusier en 1948 en remplacement d’un mural photographique de 1933. Le mobilier signé Le Corbusier (fauteuil et banquettes avec panneaux émaillés) est visible dans les espaces collectifs et sur les paliers. Le mobilier signé Charlotte Perriand est conservé dans trois chambres témoins.

La Maison du Brésil, inaugurée le 24 juin 1959. Le Corbusier et le Brésilien Lucio Costa (1903-1990, associé au Corbu à compter de 1927, proche du PC pendant les années 1930). La composition architecturale rappelle celle de la Fondation Suisse, conçue par Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Une barre de logements posée sur douze pilotis se développe sur cinq niveaux. En rez-de-chaussée, dégagés par les pilotis, les espaces de vie collective et le logement du directeur s’organisent dans des volumes librement composés, couverts de toits jardins. Les balcons et les murs de séparation des loggias sont peints de couleurs vives, privilégiant le jaune, le bleu et le vert, qui évoquent les couleurs du drapeau brésilien.

En 1869, sous les yeux de Napoléon III venu l’inaugurer, le lac du parc Montsouris se vide comme un lavabo mal bouché dans les carrières. L’entrepreneur, à l’instar de Vatel, s’en suicide. Ces carrières marquaient historiquement le paysage loin au sud : quand on arrivait à Paris par le chemin de Turin, qu’on appellera plus tard la route de Fontainebleau, puis avenue d'Italie; quand on gagnait la capitale par la route d’Orléans, qui prend au faubourg le nom de rue de la Tombe-Issoire, on progressait entre des chevalements de puits de mines, dont les grandes roues remontaient de lourdes pierres à bâtir : la plaine de Montrouge était riche en cliquart. Grâce à quoi le PC de Rol-Tanguy et des FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) se dissimulera, pendant la semaine de l’insurrection, près de la galerie conduisant à l’ossuaire ; sous l’hôpital Sainte-Anne, la plus grande des salles de carrière aura été transformée, durant la guerre, en salle de chirurgie.
Avant la guerre mondiale précédente, les enfants des exilés révolutionnaires russes, sauf des Lénine, qui n'en ont pas et le regrettent si fort qu’ils ont proposé aux Zinoviev, durant le séjour polonais, d'adopter l’un des leurs, connaissent par cœur la mire de Napoléon, le palais du bey de Tunis, reproduit pour l’Exposition universelle de 1867, dans lequel est installée la météorologie de la marine, tous les attraits du parc Montsouris. Les pères, eux, ne voient rien, si l’on en croit cette anecdote de Lénine croisant un Lounatcharski qui pousse du ventre, parce que ses mains sont occupées à tenir sa lecture, un landau dans lequel le bambin est presque enseveli sous des journaux, des brochures et des livres.

Lénine a rencontré à Paris son « roman d’amour » en la personne d'Inessa Stephan-Wild, devenue Armand par mariage, née à Paris en 1874 d'une mère anglaise et d'un père français. Dès 1910, elle sera sa plus proche collaboratrice. La liaison était connue de Nadejda Kroupskaïa, qui proposa de céder la place avant de se lier d'amitié avec Inessa. Lénine fermera le roman en 1913. Inessa Armand participera aux conférences du mouvement de Zimmerwald et à la Conférence internationale des femmes de Berne en 1915, à la réalisation desquelles elle contribuera de manière essentielle. En avril 1917, elle gagnera la Russie avec Lénine.
« « … Une passion et une liaison éphémère sont plus poétiques et plus pures » que les « baisers sans amour » de conjoints piteux et pitoyables. C’est ce que vous écrivez… L’opposition est-elle logique ? Les baisers sans amour de conjoints piteux sont malpropres. D’accord ! Il faut leur opposer quoi ? On pourrait croire des baisers avec amour. Mais vous opposez une « passion » (pourquoi pas l’amour ?) éphémère (pourquoi éphémère ?)… » Lénine, Œuvres Complètes, t. 35, p. 180. Ed. de Moscou
Dans le film de Serguei Youtkhevitch, Lénine à Paris, 1981, c’est Claude Jade qui était Inès (Inessa).

1, impasse Nansouty/36, bd Jourdan, PLU : Villa probablement restructurée vers 1930-1940 dans le goût moderne des années trente par le décorateur Emile Medvès à partir d'une première maison construite en 1883 : surélévation d'un étage, construction d'un avant-corps circulaire en saillie du côté de l'entrée, revêtement uniforme des façades et sans doute réaménagement complet des intérieurs. L'utilisation de la parcelle a fait l'objet d'un soin particulier. La maison, le jardin et le mur avec portillon donnant sur le boulevard Jourdan forment un ensemble architectural cohérent. Les arrondis de la façade sont rappelés par les éléments décoratifs sur le sol du jardin (agrémenté d'un petit portique à l'antique).

17, rue Emile Deutsch de la Meurthe, PLU : Constructions destinées au fonctionnement du parc Montsouris, commencé pour la 2e Expo Universelle de 1867 et achevé pour la 3e en 1878. Attribution des édifices à l'architecte Gabriel Davioud (1823-1881, auquel on doit les monuments des places de Châtelet et de la République; le temple de la Sibylle aux Buttes-Chaumont; les grilles du parc Monceau). Les cinq pavillons, élevés sur un à deux niveaux, développent une architecture très caractéristique du style pittoresque en vogue sous le Second Empire.

8, rue du Parc de Montsouris, PLU : Hôtel particulier de Michel Morphy, feuilletoniste du Petit Journal, édifié au début du XXème siècle dans le goût rococo et orné de motifs de faïences colorées.

11-13, rue du Parc de Montsouris, PLU : Villa édifiée dans le goût régionaliste de la fin du XIXème siècle utilisant la meulière, la brique et le bois. La ferme en bois de la charpente est laissée apparente sous une lucarne dans le goût des constructions balnéaires de la côte normande. La typologie de cette maison se justifie également par le caractère paysager du parc Montsouris édifié à proximité sous le Second Empire.

14, rue Nansouty/2, rue Georges Braque. André Lurçat, avec l’appui de son frère, le peintre Jean Lurçat, alors très pénétré de l’influence cubiste, construit en 1926-27, pour le jeune (28 ans) peintre  zurichois Walter Guggenbühl cette villa, presque une sculpture cubique, dépouillée et sans effet ornemental. Comme le dit l'architecte moderniste, "l'espace intérieur engendre des volumes qui se situent extérieurement d'une manière purement logique et utilitaire, et d'où l'architecte peut pourtant tirer un résultat plastique". Au début la maison était pourvue de fenêtres disposées irrégulièrement sur la façade, pour déterminer un jeu de verticales et d'horizontales, un jeu de surfaces nues et d'ouvertures. La maison a perdu un peu son caractère sculptural à cause de la création de nouvelles fenêtres.

6, rue Georges Braque, PLU : Résidence-atelier du peintre Georges Braque édifiée par Auguste et Gustave Perret en 1927-1930. Elle poursuit le parti adopté par Perret dans la résidence-atelier Chana-Orloff (1926-1929) ou de Mela Muter (1927-1928) : constructif avec l'ossature en poteaux-poutres en béton armé et stylistique avec l'affirmation du système constructif en façade. Pour les résidences-ateliers il opte pour un remplissage de brique, alors que pour les grands hôtels particuliers il optera pour les pans de béton ou les panneaux de pierre reconstituée. L'identification de la travée noble est manifeste, tout autant que la séparation entre habitation et atelier, ce dernier apparaît presque comme la surélévation d'un ancien hôtel, couverte d'un toit-terrasse que l'on aurait marqué par une épaisse corniche.
Le plan de l'intérieur est traditionnel bien que toujours fonctionnel. La seule recherche spatiale interne, tout à fait modeste, tient au traitement de la courbe d'escalier.
Braque, était celui par qui le cubisme était arrivé. « M. Braque est un jeune homme fort audacieux, écrivait alors Louis Vauxcelles. Il méprise la forme, réduit tout, sites et figures et maisons à des schémas géométriques, à des cubes. » Mais Georges Braque, quand il arrive au 6 de la rue qui prendra son nom, n’est plus un jeune homme, il a maintenant 45 ans.

9, rue Braque, PLU : Maison-atelier du peintre chinois M. Oui, réalisée en 1927 par l'architecte Raymond Fischer (auteur de l'un des 3 immeubles mitoyens de la rue Denfert-Rochereau à Boulogne, les 2 autres étant de Mallet-Stevens d'un côté, et la maison Cook du Corbusier de l'autre. A failli faire dans la  même ville une maison pour Chagall qui aurait voulu la payer en tableaux. Auteur des stèles de Jules Guesde et du couple Lafargue.) Edifice très caractéristique de la modernité architecturale et du constructivisme influencé par les Arts Plastiques. Jeu de volumes exploitant les possibilités offertes par le béton. Le rez-de-chaussée est réservé au garage et l'accès se fait par un escalier extérieur en porte-à-faux menant au premier étage.

10, rue Nansouty/2 square Montsouris, PLU : Maison Gault construite par les frères Perret en 1923. La maison Gault fut le prétexte d'une polémique entre Perret et le Corbusier. Le collectionneur Pierre Gault avait d'abord proposé à Le Corbusier d'étudier le projet d'une maison pour lui-même avant de se tourner vers Perret. Largement publiée, cette maison est atypique dans l'œuvre de Perret, par son esthétique d'enduit lisse comme par le système constructif original employé (murs porteurs raidis par des câbles). Le traitement spatial du séjour, sous la forme d'un hexagone dominé par une galerie circulaire, constitue un troisième élément exceptionnel chez Perret. Première villa des Perret dans l'immédiat après-guerre, cette réalisation appartient avec la villa Cassandre à Versailles et le projet de maison en série à un ensemble marqué par une certaine convergence de vues avec le Mouvement moderne.

51, square Montsouris/53, av. Reille : maison-atelier que Le Corbusier construit en 1923 pour son ami Amédée Ozenfant. Les deux hommes ont rédigé ensemble un manifeste, Après le cubisme, destiné à lutter contre le danger décoratif qui guette le mouvement. Ils développent leurs idées communes dans une revue, L’Esprit nouveau : « L’esprit constructif est aussi nécessaire pour créer un tableau ou un poème que pour bâtir un pont ». L'atelier était éclairé à l'origine par un toit d'usine en "dents de scie". Depuis, les "dents de scie" ont été transformées en toit terrasse, mais le reste n'a pas changé. Rappelons les 5 principes du Corbu: toit-terrasse; pilotis qui libèrent l'espace au sol; fenêtres en bandeau; façade rideau, sans poutres ni piliers extérieurs; plateaux libres.

55-57, av. Reille, PLU : Maisons d'artistes de trois étages sur rez-de-chaussée, réalisées par l'architecte Jules Dechelette en 1925 en béton, aux façades dominées par les baies vitrées et structurées par d'importants bow-windows, formant de nets décrochements. Construction illustrant les principes architecturaux du Mouvement Moderne.

2, place Jules Hénaffe, PLU : Pavillons des réservoirs de la Vanne (1871-1874) construits en 1900 par l'ingénieur Baratte et par l'entreprise des ingénieurs Bardoux et Blavette. Les trois kiosques vitrés protègent des contaminations atmosphériques les doubles siphons (bâche) ou aboutissent les eaux du Loing et du Lunain. Le soubassement de ces pavillons est en pierres non appareillées dont le plus haut est bordé d'un chaînage de pierre taillée à arcades de briques multicolores. Il soutient un élégant bâtiment vitré à charpente en fer laminé décoré d'un bandeau de carreaux en céramique. La toiture est ornée d'antéfixes de bronze à têtes de lion.

9, rue Paul Fort, PLU : Maison-atelier en béton de l'entre-deux guerres, présentant une façade composée de trois étages sur rez-de-chaussée dominée par d'importantes baies vitrées horizontales et d'étroites ouvertures verticales. Corniche saillante au-dessus du second étage, balcon en béton plein. Cette maison illustre les principes architecturaux mis en vogue à la fin des années vingt : un volume simple, fait de plans parallèles et de décrochements nets, découpé régulièrement par d’importantes baies vitrées en longueur, et des fenêtres très étroites en hauteur. Les huisseries des fenêtres "à guillotine", lignes métalliques noires, se détachent sur la façade blanche. La qualité plastique de la façade tient entièrement dans le jeu des volumes et l'harmonie des vides et des pleins; elle en fait une construction très représentative des principes architecturaux du Mouvement moderne.

Lénine arrive à Paris, 24 rue Beaunier, au début du mois de décembre 1908 ; il y habitera jusqu’en juillet 1909 avec sa sœur Marie, la Kroupskaïa et la mère de celle-ci (La mère de Nadejda resta au foyer jusqu'à sa mort en 1915), dans quatre chambres avec des glaces au-dessus des cheminées, une cuisine, un débarras, l’eau et le gaz pour 840 francs, plus 60 francs d’impôts, plus 60 francs à la concierge chaque année. Quand Lénine et lui y font la vaisselle, Martov se prend à rêver de l’invention d’une vaisselle jetable. (Ils font donc la vaisselle alors qu’il y a deux femmes au foyer.)
[Lénine a apporté de Genève avec lui les plombs en caractères cyrilliques nécessaires au tirage du Social-démocrate, quotidien, en russe, et du Prolétaire, qui s’imprimeront 8, rue Antoine-Chantin puis 110, avenue d’Orléans, dans un petit pavillon situé au fond d’une cour arborée qui ressemble à un jardin. L’imprimerie est au rez-de-chaussée, le Comité Central a des pièces au premier.]

angle de la rue Marie-Rose et de la rue du Père-Corentin : couvent franciscain construit en 1934-36 par les architectes J. Hulot et Gélis. Les bâtiments entourent une grande cour-jardin, carrée. Le couvent comprend deux parties distinctes : l'une ouverte au public, avec la chapelle, les parloirs et les salles de conférences, l'autre formant couvent proprement dit. Les architectes ont dû se conformer à l'exigence de simplicité qui sied à un couvent franciscain ; ils ont cependant réussi à donner à l'ensemble une belle ordonnance, notamment avec les grandes fenêtres de la chapelle donnant sur la rue Marie-Rose. Située au premier étage, on y accède par un escalier monumental à volée dédoublée. Longue de 40 mètres, elle est construite comme les autres bâtiments en brique rose de Bourgogne et à la pierre rouge de Préty. La nef est divisée par une série de sept arcatures de brique en arc brisé qui soutiennent un plafond plat. Le chœur est éclairé par des verrières de Pierre Villette sur des cartons d'André Pierre célébrant les trois ordres créés par Saint-François.

Les Lénine arrivent 4 rue Marie-Rose en juillet 1909, dans un appartement plus petit que celui de la rue Beaunier, (Marie, la sœur de Vladimir Ilitch étant rentrée en Russie), mais plus moderne, avec électricité et chauffage central, où ils resteront jusqu’en juin 1912.
[Zinoviev habite rue Leneveux. En face, un hôtel où un indicateur a pris ses quartiers.]
Deux chambres et une cuisine composent l’appartement de la rue Marie-Rose : « au bord du divan, un jeu d’échecs. Le divan est noyé sous les livres, partout des livres. Sur des étagères, sur une planche, sur le parquet », selon Aline, Lénine à Paris. Souvenirs inédits. Là, Lénine écrit ses articles pour l’Etoile de Saint-Pétersbourg, le soir, à partir de 7h, les met sous enveloppe à 8h30 ou 9h et file prendre le métro à Alésia pour la gare du Nord, sachant que le trajet prend 22 minutes et qu’il veut y être 10 minutes avant le départ du train de sorte d’avoir le temps de remettre son pli directement au wagon postal. Sinon, il se déplace le plus souvent à bicyclette ; il se la fait voler près de la Bibliothèque Nationale, malgré les 10 centimes laissés chaque fois à la concierge de l’immeuble dans le couloir duquel il la range ; il se la fait écraser par un vicomte en auto, au début de 1910, engage des poursuites contre le ci-devant et est heureusement indemnisé. Pendant la campagne des législatives, cette année-là, il va entendre Jean Jaurès, Edouard Vaillant dans leurs meetings électoraux.
Les dimanches, c’est à bicyclette que la Kroupskaïa et lui vont prendre un bol d’air : à Fontainebleau, au bois de Meudon, et c’est par le même moyen qu’il rejoint les écoles de formation de banlieue, comme celle qui s’ouvre à Longjumeau au printemps de 1911, que fréquentent également Kamenev et Zinoviev ; Inès Armand y supervise les travaux pratiques et y fait la popote. En 1911, toujours à vélo, avec Rappoport, le fils de ce dernier, et la Kroupskaïa, ils vont voir les Lafargue à Draveil. Paul Lafargue avait participé à la rédaction du programme du POF (Parti Ouvrier Français), à Londres, en mai 1880, avec Marx et Engels ; il était devenu l’un des dirigeants du parti dès son retour en France en avril 1882.

101bis, Tombe-Issoire/1ter, villa Seurat, PLU : Atelier Zielinski construit par l'architecte Jean-Charles Moreux dans les années 1920 à l'angle de la Villa Seurat. Maison en béton présentant une façade composée de deux étages sur rez-de-chaussée et surmontée d'un toit terrasse. La particularité de cet atelier réside dans le traitement de l'angle, où le pan coupé du rez-de-chaussée et du premier étage est en rupture avec la baie courbe et en porte-à-faux du second étage. L'architecture moderniste de cet atelier est dans la continuité des réalisations de Lurçat et Perret villa Seurat inscrites à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques (ISMH).

15. Sur une voie créée en 1926, lotie par Schreibmann et baptisée Villa Seurat, un ensemble de villas d'artistes et d'hôtels particuliers est construit de 1924 à 1926. L'architecte André Lurçat est l'auteur de huit maisons : au n° 1 pour l'écrivain Frank Townshend, au n° 3 pour les peintres Édouard Georg et Marcel Gromaire, au n° 3 pour le peintre Jean Lurçat (frère de l'architecte), au n° 5 pour le peintre Pierre Bertrand, au n° 8 pour Melle Quillé, au n° 9 pour Mme veuve Bertrand, au n° 9 pour le sculpteur Arnold Huggler et, enfin, l'hôtel particulier au 101 rue de la Tombe-Issoire.
Dans le même lotissement, au n° 7 bis, les architectes Auguste et Gustave Perret signent en 1926 la maison-atelier du sculpteur russe Chana Orloff. Ces immeubles, destinés à des artistes «arrivés», ont été protégés ISMH en 1975 lors d'une campagne nationale sur l'architecture des 19e et 20e siècles.
Henry Miller, débarque en 1931 de Brooklyn avec son rire de « marsouin céleste ». Alfred Perlès, à l’automne, l’a fait embaucher comme correcteur au New York Herald Tribune, dans lequel il signe du nom de son ami (seuls les journalistes titulaires peuvent y écrire) : « La rue de Lourmel dans le brouillard. »
« Il y avait (aussi) ce type Louis Atlas, un homme d'affaires New-yorkais s'occupant de fourrures, qui m'avait engagé comme "nègre" pour une série d'articles sur les Juifs célèbres de Paris. Il me payait vingt-cinq francs l'article qui paraissait sous son nom dans des magazines juifs New-yorkais. J'écrivis quelque chose sur Fred Kann et quatre ou cinq autres, dont Soutine ». « Lowenfels m'avait parlé de Michael Fraenkel, un juif américain qui avait réussi à Paris en créant les Editions Carrefour. C'était donc un bon sujet pour mes biographies à vingt-cinq francs. » [Walter Lowenfels, un communiste américain, et Fraenkel avaient fondé Carrefour Press, un mouvement prônant le total anonymat de l’art. Miller y écrira ses premiers textes, publiés sans nom d’auteur.]
« J'allai le voir. Il habitait au numéro 18 de la Villa Seurat, près du métro Alésia. Une petite impasse avec de jolies maisons construites après la guerre. Là, habitaient Dali, Antonin Artaud et Foujita. Derain venait juste de déménager. Je passai la nuit chez ce gentil fol qui ne pensait qu'à la mort. Quelqu'un pour me plaire! C'était ma première entrevue avec la Villa Seurat et comme vous savez, j'ai repris plus tard l'appartement qu'Artaud venait de quitter et j'y ai vécu jusqu'à aujourd'hui » (avril 1939), au n° 18.
Le 1er séjour de Miller Villa Seurat, à l’été 1931, où il est l’invité de Michael Fraenkel, dormant sur le parquet du salon, à donc lieu dans l’appartement du r-d-c gauche. Miller et Fraenkel discutent interminablement du sujet favori de ce dernier : la mort ou, plus exactement, la mort spirituelle de l’homme moderne. Ces discussions philosophiques sont l’élément déclencheur qui fait entamer à Miller ce qui deviendra Tropique du Cancer. Fraenkel pousse Miller à abandonner le manuscrit sur lequel il a commencé à travailler pour écrire plutôt comme il parle. Comme Miller le confie à son ami Emil Schnellock, “le processus d’abandon de mon moi a commencé Villa Seurat.” Il adapte la thématique funèbre de Fraenkel pour la placer dans Tropique du cancer. “Je suis Villa Seurat, l’invité de Michael Fraenkel. Il n’y a pas un grain de poussière et pas une chaise qui ne soit à sa place. Nous sommes totalement seuls ici, et nous sommes morts.” Villa Seurat sera ultérieurement changé en “Villa Borghese” et Fraenkel deviendra “Boris”.
Le jour même de la publication de Tropique du Cancer, le 1er septembre 1934, Miller emménage dans le studio du dernier étage du 18, Villa Seurat. Il y restera jusqu’au 22 mai 1939. Le loyer en est d’abord payé par Anaïs Nin, qui partage brièvement l’appartement. Il raconte à Schnellock, “c’est un endroit merveilleux –avec une terrasse, une salle de bains, le chauffage central, de l’espace, etc. et on m’a rabaissé le prix à 700 francs par mois, tout compris. » A Fraenkel il écrit: “Je chante et je veux que les voisins m’entendent. J’emménage ici, chers voisins. Je m’installe Villa Seurat. Je suis le dernier vivant. On dit que les temps sont lourds. Sans doute le sont-ils. Mais ils sont légers pour moi. Je déménage avec le temps qui change. Avec le soleil et la lumière. Avec les oiseaux. Avec les fleurs des champs.”
« La porte du sanctuaire était punaisée de notes et d’avis importants: “Si vous devez frapper, faites-le après 11h du matin”—”suis absent pour la journée, et peut être pour une quinzaine”—“La maison ne fait pas de crédit” —”Je n’aime pas qu’on m’emmerde quand je travaille.” Et ainsi de suite. » Alfred Perlès, Mon ami Henry Miller.
Soutine fait des séjours villa Seurat entre 1937 et 1941 avec Melle Garde (Gerda Roth), qui a fui l’Allemagne nazie et qu’il a rencontrée au Dôme. « J'avais perdu Soutine de vue [depuis 1931]. Je finissais le Tropique. Je lui avais demandé si cela l'intéressait de faire un dessin pour la couverture du livre, mais il avait refusé et je ne l'ai revu qu'en 1938, quand il a emménagé à la Villa Seurat. » C'est finalement à Mary Reynolds, la femme de Marcel Duchamps, que l’on doit la couverture du Tropique.
Miller : « J'ai plusieurs fois invité Soutine à me venir voir dans mon appartement, mais il est très timide et il dit oui, mais il ne vient pas. Il est tout le temps chez une voisine, Chana Orloff, la sculpteuse russe. Chana qui est une très bonne amie de moi me raconte qu'au contraire de ce qu'on pense, Soutine est très rigolo quelquefois. - Il m'a montré, elle me dit, comment quand il était trop pauvre pour acheter une chemise, il sortait après avoir enfilé un caleçon, avec les jambes pour servir de manches, et par dessus cela une cravate autour du cou! » Lettre à Jean Giono du 24 mai 1939 ; in Francis Segond & Jean-Pierre Weil, Chaim Soutine, éditions Faustroll.

50, av René Coty/1, rue de l’Aude, PLU : Maison-atelier édifiée en 1929 par le peintre Jean-Julien Lemordant et Jean Launay, architecte. Maison singulière due à la configuration ingrate du terrain et la cécité de son concepteur. La façade sur l'avenue, en grande partie aveugle, se présente comme une coque blanche en équilibre sur le mur de soutènement. La construction en proue de navire sur un soubassement aveugle s'explique par la configuration du terrain : une parcelle triangulaire coincée entre le réservoir de la Vanne et dont l'épaisseur va diminuant, du fait des remparts obliques du réservoir hauts de 7 mètres. Vaisseau de béton blanc à la proue effilée, percée de fenêtres de cabines, surmonté de la passerelle de commandement matérialisée par la verrière de l'atelier.

7, avenue Reille, Rosa Luxemburg, fondatrice du parti social-démocrate de Pologne et de Lituanie, venue à Paris s’occuper de l’impression, impossible sur place, de l’organe du parti, La Cause ouvrière, a trouvé ce point de chute, le 18 mars 1895, dans une chambre meublée du troisième étage de la maison, indiquée par une compatriote qui en est locataire, Wanda Wojnarowska.

Place Coluche au bout de la rue

11, rue Gazan, Coluche y habite une douzaine d’années durant ; il avait ses habitudes dans un café qui est à la frontière du 13e et du 14e arrondissement, le café "L'Ariel". Par sa maison passeront Jean-Pierre Faye, Félix Guattari, Alain Jouffroy, le peintre Gérard Fromanger, Yves Lemoine du Syndicat de la Magistrature, Gérard Nicoud, Pierre Bénichou, l'un des rédacteurs en chef du Nouvel Observateur, et un groupe de jeunes peintres qui avaient un nom piqué à Chester Himes: Steaming Muslims (César Maurel, TristaM, Philippe Waty, Francky Boy (François Sévéhon), Dominique Gangoph et, un moment, Fabrice Langlade)... J-P Faye: "Une atmosphère étonnante de perpétuelle table ouverte, avec des tas de jeunes gens qui passaient par là (...) des victuailles abondantes, des pâtes extraordinaires; tout était posé sur la table et chacun se servait."

2 à 20, rue Gazan, PLU : Ancienne fabrique du parc transformée en restaurant dénommé le "Pavillon du parc". Architecte présumé Gabriel Davioud. Bâtiment élevé sur deux niveaux, façade en brique polychrome, frise en faïence à motif floral, toiture en saillie supportée par des consoles en bois. Extension récente à rez-de-chaussée.

21, rue Gazan, PLU : Immeuble d'ateliers-logements pour artistes, construit par l'architecte Jean-Pelée de Saint Maurice en 1930. La façade plane est résolument moderniste. Elle forme un damier composée de larges baies vitrées régulièrement disposées sur trois travées et trois étages carrés reposant sur un rez-de-chaussée ouvert par six portes identiques et symétriques. Seuls les deux étages d'attique apportent un peu d'animation grâce à deux balcons-baignoires en ciment dont l'un parcourt la totalité de la façade et ferme ainsi le damier formé des trois premiers étages.